Droits de l’homme, migrants et transnationalisme : une étude de cas*








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date de publication29.11.2016
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Référence : Olga L. Gonzalez, « Droits de l’homme, migrants et transnationalisme : une étude de cas »,  Droits de l’Homme et consolidation démocratique en Amérique du Sud, Renée Fregosi et Rodrigo España (coordinateurs), Ed. L’Harmattan, Paris, 2009, p. 297 - 313.

Droits de l’homme, migrants et transnationalisme :
une étude de cas
*


par Olga L. Gonzalez**

Introduction : les deux versants du transnationalisme


Deux grands champs ont été investis par les travaux mettant au centre de leurs analyses le transnationalisme : la contestation et la migration.
Avec la mondialisation, les analyses des mouvements sociaux en termes transnationaux ont gagné de l’importance. Ceci ne signifie pas que l’État nation et les institutions internationales sont en train de disparaître : la plupart des chercheurs s’accordent pour dire qu’ils gardent un pouvoir considérable de nos jours. Cependant, il est indéniable que des modifications substantielles sont en cours dans la sphère de l’action publique et que de nouvelles médiations surgissent. Le développement des technologies de communication très rapides, la multiplication de réseaux et de groupes d’affinités, l’émergence de questions globales sont quelques unes des expressions de ces modalités d’action collective. En regardant attentivement les liens qui existent entre le local et le global, le transnationalisme fournit un outil conceptuel stimulant pour penser les nouvelles formes de la contestation et de la protestation et permet de considérer la possibilité d’une société civile mondiale.
Le thème du transnationalisme a également investi le champ des migrations internationales. La possibilité d’être à la fois « ici et là-bas », de s’impliquer dans des actions ayant une répercussion « là-bas » tout en ayant été initiées « ici », serait une ressource naturellement portée par les migrants. En effet, en tant qu’individus rattachés à (au moins) deux espaces nationaux, porteurs d’un capital social, les migrants pourraient mettre à profit ce potentiel. Dans cette perspective, une grande attention a été dédiée aux mécanismes engendrés par le différentiel économique des régions auxquelles sont rattachés les migrants (Portes, Guarnizo et Haller, 2003).
Mais les regards se penchent également sur les pratiques immatérielles, qu’elles soient sociales, politiques ou culturelles. Ainsi, l’idée selon laquelle l’augmentation de la migration va de pair avec une augmentation de la participation politique des migrants est répandue : « L’augmentation des migrations élargit les activités politiques potentielles des émigrés pour une raison évidente : la migration augmente le nombre d’acteurs politiques possibles », écrit R. Koslowski (2005), éditeur d’un important ouvrage sur les migrations internationales comme vecteur de la mondialisation des politiques locales. Pour cet auteur, parmi les facteurs qui sous-tendent cette globalisation dans les affaires politiques locales des migrants se trouvent, outre l’augmentation du nombre des migrants, les révolutions dans les transports et dans les communications et le climat démocratique dans les pays d’accueil et d’origine des migrants.
De manière générale, la réflexion autour de ces deux champs a été menée de manière indépendante. Rares sont, en effet, les travaux se situant dans une interrogation au carrefour de ces deux modalités du transnationalisme. Pourtant, une réflexion articulant les deux domaines se révèle féconde, non seulement parce qu’elle rend compte de la montée de nouveaux phénomènes de contestation, mais aussi parce qu’elle permet de spécifier quels sont les mécanismes et les acteurs principaux à l’œuvre dans les pratiques transnationales.
Précisément, cet article se propose d’articuler ces deux créneaux, en apportant des évidences à partir d’une étude sur le terrain. Nous étudierons l’expérience d’une organisation qui dédie une partie importante de son travail aux droits de l’homme en Amérique latine et qui est basée dans un pays, la France, où résident de nombreux migrants latino-américains.
L’article est divisé en deux sections. Dans la première, nous nous penchons sur une association française de contestation. Nous retraçons l’histoire de son engagement en Amérique latine et nous examinons la dimension transnationale de son travail, en faisant ressortir ce qui a pu changer dans la durée. La deuxième partie répond à la question de la participation des migrants latino-américains dans les pratiques politiques de la contestation.

I. L’action transnationale pour les droits de l’homme : le cas d’Acat


Comment fonctionne la contestation relative à la situation des droits de l’homme ? Quelles sont les relations d’interdépendance entre les associations dans les pays du Nord et du Sud et les acteurs gouvernementaux et par quels canaux s’exprime la dénonciation ?
Dans les paragraphes qui suivent, nous répondons à ces questions à partir du cas de l’association Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, Acat. Après un parcours de l’histoire de l’engagement de cette association en Amérique latine, nous effectuons une caractérisation sociologique de son travail.

1. Un vieil engagement dans la défense des droits de l’homme en Amérique latine



« C’est en 1974, le 16 juin, qu’une quarantaine de chrétiens fonde l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, Acat. (…) À l’origine, deux femmes, Hélène Engel et Edith du Tertre, sensibilisées à la question de la torture à la suite d’une conférence d’un pasteur italien revenant du Sud Vietnam, Tullio Vinay. Il y témoigne des tortures répétées et en appelle aux chrétiens : ‘Pendant combien de temps, nous, chrétiens, laisserons-nous défigurer le visage du Christ sans réagir ?’ » (Acat, document de présentation sur le site web).
Dans les années qui suivent, l’action de cette association à vocation œcuménique s’élargit. Au but initial de combattre la torture s’ajoutera, par la suite, l’abolition de la peine de mort, la défense du droit d’asile, et plus largement la défense des droits de l’homme, au sens large.
L’association réussit à rassembler plus de 16 000 adhérents au milieu des années 1980. Si aujourd’hui elle connaît une baisse du nombre de ses adhérents (ils étaient 10 000 en 2007), elle reste une référence importante en matière de défense des droits de l’homme, comme l’attestent les nombreux comités locaux à travers toute la France.
Le travail dédié à l’Amérique latine a débuté au moment de l’installation de dictatures militaires, dans le Cône Sud du continent, durant les années 1970. Les activités consistent essentiellement dans des campagnes de sensibilisation et de dénonciation. Elles peuvent être ponctuelles, comme lorsqu’il s’agit de faire des dénonciations afin d’éviter l’emprisonnement de quelqu’un (ce fut par exemple le cas en en 1982, lors de la mobilisation autour du pianiste argentin Miguel Angel Estrella) ; s’étaler sur plusieurs mois (c’est le cas des campagnes menées contre l’impunité en 2007) ; ou bien s’inscrire dans la longue durée (telle l’action suivie pendant plusieurs années avec les grand-mères de la place de Mai pour la récupération des enfants des militants politiques kidnappés par l’armée).
Ces dernières années, le travail s’est fortement concentré sur la Colombie, le pays le plus violent de l’Amérique latine1 et où sévit la plus grave confrontation armée du continent. Remarquons que le conflit qui a lieu en Colombie touche atrocement certains secteurs de la population, et notamment ceux qui sont engagés dans la défense des droits de l’homme2.

2. Une caisse de résonance transnationale



Afin de caractériser l’action de cette association, nous procéderons à l’étude des mécanismes et moyens qu’elle met en œuvre pour atteindre ses objectifs. Avec S. Tarrow (2000), nous pensons que cette perspective est plus appropriée pour déceler le type d’activités de l’association que celle qui consiste à examiner simplement ses buts.
Dans la pratique, il existe deux niveaux relativement distincts de l’action. D’un côté se trouve le travail de la réception de l’information (par exemple des dénonciations et des communiqués), de l’autre il y a la diffusion et la production (voire la traduction) d’information. Les deux démarches donneront lieu à des échanges avec des partenaires a priori différents.
Les informations concernant les violations des droits de l’homme transitent par différents chemins selon les actions menées, mais une des caractéristiques du travail d’Acat est l’existence de nombreux et denses échanges avec les associations ancrées localement. Ainsi, la situation des paysans du Chocó3 colombien sera connue par l’intermédiaire d’une association qui travaille avec les communautés depuis plusieurs années, et qui dispose de canaux de communication avec l’association française. Il en est de même du programme du « Bajo Atrato » (du nom de la région du fleuve Atrato) du Cinep, un centre de recherche et d’éducation populaire créé par les jésuites. Le travail qui y est réalisé est à la source de nombreuses informations qui « remontent » jusqu’à Acat.
Parfois, les informations sont relayées par des associations internationales situées sur le terrain. Il en est ainsi à Cacarica et à San José de Apartadó dans la région d’Urabá, où travaillent les associations Peace Brigades International, Human Rights Everywhere, la Rete italiana di solidarieta' con le comunita' di pace de San José de Apartadó, dont le siège est en Europe, et l’association Minga, dont le siège est en Colombie. Ces organisations ont un suivi constant et attentif sur place, émettent des communiqués, alertent sur les menaces, etc.
La communication avec des militants des droits de l’homme résidant dans le pays et les relations d’interdépendance avec les acteurs locaux est une constante dans le travail d’Acat, que ce soit dans les autres régions du monde où cette association s’investit, ou en Amérique latine. Ainsi, dans le passé, la recherche des enfants des militants de gauche récupérés par les militaires argentins fut possible grâce, en premier lieu, à la mobilisation des activistes sur place, notamment le mouvement des grand-mères de la place de Mai, dès 1981.
Le deuxième niveau de l’action est la diffusion de l’information. Les associations disposent d’une large gamme d’interlocuteurs (on citera les média, les organisations gouvernementales internationales, les organisations gouvernementales nationales, les ONG, les mouvements sociaux et partis politiques…). Acat interagit activement avec les organisations gouvernementales, aussi bien au niveau national que supranational (en l’occurrence, auprès des instances européennes), mais aussi avec des ONG européennes.
Les organisations gouvernementales valorisent cet ancrage direct avec les acteurs provenant de coins reculés du pays. Parfois, ils sont demandeurs des analyses produites par Acat. Par ailleurs, en plus de cette relation privilégiée avec les instances des gouvernements des pays du Nord, Acat constitue des réseaux d’alliances pour mener des « campagnes », au sens explicité par M. Keck et K. Sikkink (1998) : « [Il s’agit de] dispositifs d’activités stratégiquement liées où des membres d’un réseau diffus et basé sur des principes communs développent des liens explicites et visibles et des rôles mutuellement reconnaissables dans un objectif commun, et généralement contre une cible commune ». Ce travail en réseau permet de multiplier les informations et les analyses, d’établir des liens avec d’autres organisations, etc. Il en est ainsi, par exemple, avec le réseau d’associations Oidhaco, constitué depuis 1996 :
Le Bureau International des Droits humains - Action Colombie (Oidhaco) est une réseau de 41 organisations européennes et internationales dédié au relais, à la promotion, à l’information et au soutien des activités des organisations colombiennes de défense des droits humains et des agences européennes de développement, des organisations de solidarité, des églises et des organisations internationales de défense des droits humains. Oidhaco cherche à contribuer à la construction et à la consolidation de la démocratie, de l’État de droit, de la paix et de la justice sociale en Colombie.
De l’examen de l’ensemble des mécanismes d’action de cette association, il ressort que celle-ci est un mouvement social transnational, MST. En effet, d’après la définition proposée par Tarrow (2000), les MST sont des « groupes socialement mobilisés ayant des membres dans au moins deux pays, engagés dans une interaction soutenue de contestation avec les détenteurs du pouvoir d’au moins un pays autre que le leur, ou contre une institution internationale ou un acteur économique multinational »4. Forte de ses relations d’interdépendance avec les acteurs « locaux » du Sud (défenseurs des droits de l’homme, associations locales) et avec les organisations gouvernementales des États du Nord, une association comme Acat a un rôle pivot.
La qualité, fréquence et densité des interactions qu’elle tissera avec les institutions, journalistes et ONG des pays du Nord sont un gage pour les associations des pays du Sud. En effet, les possibilités structurelles d’avoir une incidence politique par le biais des mouvements sociaux sont faibles dans un pays comme la Colombie (compte tenu de la grave situation des droits de l’homme et des violences dont sont victimes leurs défenseurs5). Ceci n’exclue pas, comme on l’a vu, que de nombreuses analyses et la plupart des informations soient produits localement. En fait, pour les mouvements sociaux en Colombie, les liens tissés avec les mouvements sociaux à l’étranger garantissent un effet de « caisse de résonance », c’est-à-dire l’amplification de leurs dénonciations auprès d’institutions pouvant répercuter sur les gouvernements des pays du Sud. Ici réside la dimension proprement transnationale du travail : il se produit une sorte de contraction de l’espace, entre l’ici et le là-bas. De plus, cette contraction de l’espace se produit par le biais de mécanismes de pression du type « MST » et non pas d’État à État.
Remarquons que la modalité « caisse de résonance » n’est pas un trait fondamentalement nouveau. Dans les années 1970 et 1980, les associations locales situées dans le Sud ont su mettre à profit leurs canaux de communication avec les associations du Nord pour faire mieux entendre leurs revendications.
Cependant, le parallélisme ne signifie pas que l’action des années 2000 soit identique à celle des années 1970 et 1980. Ne serait-ce qu’en raison des media utilisées pour déployer l’information ; aujourd’hui la diffusion a beaucoup changé. Évidemment, elle est plus agile. Les alertes, les menaces, les communiqués peuvent transiter rapidement, voire immédiatement, contribuant au sentiment de compression du temps et de l’espace. Du côté de la réception, les réactions peuvent être collectées également dans des intervalles courts. Le nombre de contacts peut se multiplier grâce à l’outil internet. Mais la démocratisation et la facilité d’utilisation des nouveaux supports de l’information comporte aussi des difficultés : avec internet, il existe une multiplicité de sources d’informations relatives aux droits de l’homme. Cette concurrence accrue entraîne une nouvelle durée de vie des campagnes : en règle générale, elles sont plus éphémères. Par ailleurs, la multiplication des contacts peut être illusoire, étant donné la difficulté de faire un suivi minutieux des informations relayées.
Aux changements générés par le changement du mode de support technique s’ajoutent d’autres évolutions en profondeur. De fait, une association comme Acat paraît aujourd’hui être davantage ancrée dans le monde institutionnel que par le passé. Cette institutionnalisation et cette professionnalisation peuvent obéir à une stratégie de contournement de la chute du nombre d’adhérents et de militants. Quoi qu’il en soit, la nouvelle donne s’accompagne d’un niveau d’interlocution et d’interaction plus élevé avec les organismes gouvernementaux des pays du Nord. La sollicitation que les institutions du Nord font des diagnostics et analyses du réseau d’associations travaillant sur la Colombie met en évidence leur montée en puissance comme interlocuteurs fiables.

II. La participation des migrants latino-américains en France pour les droits de l’homme


Alors que les acteurs transnationaux augmentent leurs possibilités d’interlocution avec les organisations des pays du Nord, il est intéressant d’explorer dans quelle mesure cette nouvelle configuration se traduit dans une augmentation du nombre d’acteurs engagés dans ces actions.
Concrètement, les migrants contribuent-ils à informer et à témoigner sur la situation des droits de l’homme dans les pays du Sud ? S’investissent-ils dans ce créneau pour influencer l’évolution politique de leur pays d’origine ? Quelles sont leurs pratiques d’engagement ? Avant de répondre à ces questions, nous présenterons rapidement l’état de la migration latino-américaine en France.

1. Migrants latino-américains dans la France d’aujourd’hui



La migration latino-américaine en France a subi un profond changement. Les raisons d’immigrer en France, mais aussi les pays d’origine, ont considérablement varié.
Dans les années 1970 et 1980, la France a été la destination de très nombreux intellectuels et militants politiques, provenant majoritairement des pays qui subissaient la répression (Brésil dès la fin des années 1960 et Chili, Argentine, Uruguay dans les années 1970 et 1980). Ces migrants ont contribué à façonner une image des Latino-américains en France qui perdure encore de nos jours, celle de l’exilé politique de gauche.
Cependant, de nouveaux phénomènes se sont produits depuis dans les années 1990. D’un côté, les flux des migrants du Cône Sud vers la France ont cessé et ont commencé à se produire les mouvements de retour. En effet, le rétablissement de la démocratie a favorisé le retour de nombreux exilés vers leurs pays. De plus, les enfants de ces immigrés installés en France depuis trente années ne se vivent pas comme des immigrés, mais comme des Français. Pour toutes ces raisons, le poids de cette migration a tari.
Dans ces années s’est produit l’accentuation des flux vers l’Europe en provenance de la région andine, particulièrement de la Colombie, du Pérou et de l’Équateur. Une des motivations de ces migrants a été de fuir la crise économique. Celle-ci a touché tous ces pays – bien que les périodes et les caractéristiques diffèrent pour chacun d’entre eux (milieu des années 1980 au Pérou, fin des années 1990 en Équateur et Colombie). Parallèlement, d’autres phénomènes – comme la montée de la violence, la fragilisation sociale et l’affaiblissement de l’État – ont frappé de plein fouet ces trois pays durant ces années. L’émigration fut une échappatoire à l’ensemble de ces crises. L’ampleur de cette émigration est une nouvelle donnée : dans ces pays, aujourd’hui environ un dixième de la population est installée à l’étranger. Si la destination principale de ces migrants a été l’Espagne, ils ont afflué également vers d’autres pays européens.
Aujourd’hui, le visage de la migration latino-américaine en France est composé, dans sa plus grande partie, de migrants provenant des sociétés andines. D’après nos estimations, les Andins constituent un groupe d’environ 60 000 personnes, et de très divers profils et trajectoires se dessinent parmi eux (parmi les statuts légaux, on trouve de nombreux Français par acquisition et de nombreux étudiants, mais aussi de très nombreux irréguliers et un certain nombre de réfugiés politiques).

2. Migrants latino-américains et action transnationale pour les droits de l’homme




La participation des migrants dans les droits de l’homme diffère selon les pays et selon la période étudiée. Le cas des Argentins et le cas des Colombiens nous permettront de contraster les différents niveaux de l’action.
M. Franco a étudié la conformation et les activités de groupes d’Argentins installés en France et militant pour leur pays dans les années 1970 et 1980, ceux que l’on nomme les « exilés ». Ils étaient organisés autour de nombreux collectifs, les principaux étant le Centre Argentin d’Information et Solidarité, la Cadhu (Commission Argentine des Droits de l’Homme) et le Cosofam (Commission de Solidarité des Parents des Prisonniers, Disparus et Tués en Argentine). A côté de ces organisations non partisanes plusieurs autres groupes mettaient en avant leurs identités professionnelles : la Tysae (Travailleurs et Syndicalistes Argentins Exilés), le Gaaef (Groupe d’Avocats Argentins Exilés en France), l’Uparf (Union de Journalistes Argentins résidant en France) ou partisanes : Montoneros, Peronismo Revolucionario, Ejército Revolucionario del Pueblo del Partido Revolucionario de los Trabajadores, ERP, Política Obrera et Oficina Internacional de los Exiliados del Radicalismo Argentino, Oiera (Franco, 2005).
Ce fut le thème des droits de l’homme qui fédéra leurs actions, un type de militantisme nouveau pour ces activistes provenant des différentes tendances de la gauche, et habituellement plus radicaux dans leurs demandes. Comme le dit M. Franco (2007) : « Cette intense activité s’organisa (…) sous un apparent profil ‘apolitique’ : c’est-à-dire, sans identifications partisanes explicites, à partir d’un langage de plus en plus exempt de références idéologiques – au delà de la position antidictatoriale –, sans opinion sur le passé politique immédiat, sans constructions politiques futures – au-delà de l’exigence de démocratie ».
Ces organisations maintenaient des liens actifs avec les organisations françaises travaillant pour les droits de l’homme en Amérique latine. Leurs bulletins et publications y circulaient, les réunions étaient l’occasion d’échanges d’informations et de perspectives sur la situation dans le pays. De fait, ces liens tissés durant les années de la dictature ont été remis à jour plusieurs années plus tard. K. Sikkink (2005) a ainsi montré comment l’arrestation militaires hauts gradés et les procès pour violation des droits de l’homme de la fin des années 1990 fut possible grâce à la coalition « insider-outsider », établie dès les années 1970.
L’implication des migrants colombiens dans la dénonciation et la lutte pour les droits de l’homme dans leur pays contraste avec le cas des Argentins. Durant les années 2000, hormis de très petits noyaux d’une dizaine de militants, il n’existait pas de comité de suivi des droits de l’homme formé par des Colombiens résidant en France. Cette tâche était effectuée uniquement par les ONG (nous employons ici l’appellation au sens large), c’est à dire au sein d’institutions où travaillent des professionnels et où la nationalité n’est pas un critère déterminant.
Les migrants colombiens ne se dirigent pas vers les associations comme Acat. Ils ne sont pas proches de cette association – ni en tant que membres actifs ou bénévoles, ni en tant que membres passifs. De fait, la grande majorité des Colombiens résidant en France que nous avons rencontrés au cours de ces quatre dernières années ne connaissaient même pas l’existence d’Acat. D’ailleurs, nous élargissons ce constat à d’autres ONG travaillant pour la Colombie, voire, 2002, aux comités pour la libération d’Ingrid Betancourt6. De même, l’engagement dans le seul parti politique d’opposition en Colombie7 était extrêmement réduit, reposant pour l’essentiel dans une poignée d’intellectuels.
Il y a là, en apparence, un paradoxe qu’il conviendrait d’expliquer. Pourquoi n’y a-t-il pas une mise à profit de l’action transnationale ? Pourquoi existe-t-il une si mauvaise connaissance de ces ONG ? Comment expliquer le désinvestissement des migrants colombiens par rapport aux droits de l’homme dans leurs pays, alors que la situation est d’une extrême gravité ?
La première explication qui vient à l’esprit consiste à dire que cette migration est essentiellement économique. De ce caractère « intrinsèque » se déduirait l’idée que ces migrants ne se mobilisent pas politiquement. Bien qu’intuitivement correct, ce genre de raisonnement nous semble insuffisant sur le plan de l’explication sociologique. Nous pensons qu’il est souhaitable de spécifier et de nuancer ce type d’approches et de les référer précisément aux contextes.
Ainsi, des chercheurs ont observé que dans d’autres communautés touchées par la guerre ou par la répression, et ayant un nombre très important de migrants économiques, il existe une mobilisation pour des actions politiques ou humanitaires dans le pays d’origine. C’est le cas, par exemple, des Turcs (étudiés par I. Rigoni, 2001) ou des Sri-Lankais (A. Etiemble, 2001) installés en France, qui participent activement dans les comités de libération ou dans la défense des droits de l’homme.
Pour cette raison, plutôt que d’attribuer leur faible mobilisation à leur caractère majoritairement économique, il nous semble qu’il convient mieux de caractériser les processus en cours. Ceci exige, d’abord, d’approfondir la connaissance de ces migrants. Nous avons signalé que la plus grande vague de migrants colombiens correspond à la période de récession économique et des grandes difficultés sociales et politiques de la fin des années 1990. Il serait cependant erroné de considérer que les migrants colombiens en France sont exclusivement des migrants économiques. Il existe un nombre important de migrants intellectuels (réfugiés des années 1970 et 1980 et étudiants universitaires – ces derniers seraient environ trois milliers) ainsi que de migrants dont la motivation principale n’était pas strictement d’ordre économique, mais plutôt de s’installer dans un pays plus calme.
Pourtant, indépendamment de leur statut social ou de leur niveau éducatif, ni les uns ni les autres ne s’investissent dans le témoignage sur la question des droits de l’homme et ils ne s’approchent pas non plus des comités chargés de leur défense, comme Acat. C’est cette dynamique qu’il faut essayer d’expliquer, et pour laquelle nous avons identifié deux phénomènes. Il convient en effet de distinguer le cas des Colombiens qui n’avaient jamais eu d’engagement ou de participation de type politique dans leur pays d’origine du cas des Colombiens qui étaient des anciens activistes politiques dans leur pays.
Les migrants économiques se méfient par rapport aux initiatives dès lors que celles-ci leur apparaissent comme étant institutionnelles. Par ailleurs, il n’existe pas – ou très peu – de formes d’organisation de revendication des droits. Les migrants économiques adoptent la stratégie de la « débrouille ». Dans celle-ci, l’on néglige l’univers du droit et l’on est régi par l’intérêt immédiat. Nous avons montré comment, par rapport à leurs droits sociaux en France, les migrants économiques avaient une faible conscience de ceux-ci. Leur comportement s’apparentait davantage à un utilitarisme (Gonzalez, 2007). Il ne semble pas surprenant qu’ils adoptent cette même stratégie par rapport aux droits qu’ils pourraient mobiliser dans leur pays.
Le faible investissement des migrants dont la motivation d’installation en France n’est pas économique, mais intellectuelle, nous semble résider ailleurs. Chez les étudiants, la très faible mobilisation par rapport aux droits de l’homme dans le pays d’origine s’explique, en partie, par l’origine sociale de ces migrants. La plupart d’entre eux proviennent des couches moyennes et aisées des principales villes, celles qui connaissent le moins les conséquences du conflit armé colombien et la situation des droits de l’homme. Ils n’étaient pas spécialement politisés avant leur voyage en France. Ils envisagent leur séjour en Europe comme un périple de formation, tel qu’on l’apprécie par exemple dans le roman de Santiago Gamboa, Le syndrome d’Ulysse. Cette jeunesse est davantage conquise par l’exploration sensorielle du jeune âge que par l’idée d’ « informer et de témoigner » sur la situation de leur pays, comme ce pouvait être le cas chez les Argentins des années 1970. D’ailleurs, seulement un petit noyau formé essentiellement par des étudiants provenant de l’université publique mène une action directement politique (Trujillo-Irurita, sf).
Quant aux anciens militants politiques, il faut savoir qu’ils sont arrivés en France surtout dans les années 1970 et 1980. Au cours du travail de terrain que nous avons mené, nous avons identifié plusieurs facteurs qui expliquent leur faible degré de participation dans les associations comme Acat. La première est leur réticence à adopter le discours des « droits de l’homme ». Plusieurs de ces militants ont eu des expériences révolutionnaires, souvent en lien avec la lutte armée, or aujourd’hui les guérillas sont critiquées, elles aussi, pour la violation des droits de l’homme. Certains militants n’adoptent pas un discours qui leur semble contrecarrer la lutte armée, laquelle semble encore la seule issue possible pour certains d’entre eux. Mais il y a aussi une espèce d’usure, une fatigue avec un système qui ne donne pas de signaux de changement. Certains anciens militants de gauche ou d’extrême gauche se sont retournés vers des engagements, comme l’écologie ou le féminisme. Enfin, d’autres se sont retournés vers la sphère individuelle (famille, travail). Ils suivent de loin la vie politique et sociale du pays et discutent volontiers des événements qui s’y succèdent, mais ils ne vont pas au-delà des constats d’indignation dans leur vie privée.

Conclusion


Au cours de cet article nous avons examiné plusieurs expériences par rapport aux droits de l’homme en Amérique latine. L’association Acat, basée en France et dont le travail est en partie orienté vers cette région du monde, nous a servi comme prisme pour comprendre le fonctionnement de l’action relative à la situation des droits de l’homme.
Au vu des expériences citées, l’action transnationale n’est pas portée par les mêmes acteurs. Dans les années 2000, elle est largement le fait des militants et des ONG qui sont restés en Colombie. Elle est relayée par les mouvements sociaux transnationaux, MST, du type Acat. En revanche, elle n’est pas le résultat de la mobilisation des migrants installés en France, ou très faiblement.
Cette situation contraste avec les cas étudiés dans les années 1970 et 1980, époque à laquelle les migrants installés en France ont joué un rôle actif. Dans ce papier nous nous sommes centrés sur le cas argentin, mais nous pensons que la mobilisation des Chiliens et des Uruguayens répond aux mêmes formes d’action transnationale. Le travail qui s’y effectua durant ces années impliqua de nombreux collectifs de migrants. Les liens que ceux-ci tissèrent avec les MST et les ONG permettent de rendre compte, de nos jours, de la mobilisation autour des enfants des disparus ou de l’arrestation de Pinochet.
Le différent niveau de participation chez les Colombiens et chez les exilés du Cône Sud montre qu’il n’y a pas de transmission de l’engagement entre les migrants de ces deux régions d’Amérique latine. Plus largement, ces expériences invitent à modérer l’idée selon laquelle l’augmentation du nombre de migrants entraîne l’élargissement de l’action transnationale. La mobilisation propre à chaque aire nationale et le type de récit dominant concernant la situation des droits de l’homme nous semblent expliquer mieux ces différentiels de mobilisation et de contestation.

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Sikkink, Kathryn, “Patterns of Dynamic Multilevel Governance and the Insider-Outsider coalition”, In Della Porta, Donatella et Tarrow, Sidney (coord.), Transnational Protest and global Activism, Rowman & Littlefield, 2005, p. 151-173.
Tarrow, Sidney, « La contestation transnationale », Cultures et conflits, n° 38-39, 2000. [En ligne], mis en ligne le 20 mars 2006, http://www.conflits.org//index276.html. Consulté le 19 Janvier 2008.
Trujillo-Irurita, Orlando, “Redes militantes colombianas en Paris: Solidaridades cosmopolíticas y experiencias de migración”, IHEAL, Paris 3, sf. [En ligne], www.iheal.univ-paris3.fr/IMG/pdf/texteorlandoTrujillo.pdf Consulté le 19 janvier 2008.

Bulletins et tracts d’organisations argentines en France:


  • Comité de Défense des Prisonniers Politiques Argentins

  • Comité International contre la Répression

  • Association Internationale de Défense des Artistes Victimes de la Répression dans le Monde

  • Movimiento Antiimperialista por el Socialismo en la Argentina

  • Commission Argentine des Droits de l’Homme

  • Centre Argentin d’Information et Solidarité




* Cet article s’est enrichi au cours des discussions prolongées avec Maria Cecilia Gomez, responsable d’Amérique latine à Acat France, militante pour les droits de l’homme et intervenante orale lors de la 1ère Rencontre d’études sur les Droits de l’Homme en Amérique latine réalisée à l’IHEAL le 28 janvier 2008.

** Chercheure associée à l’Urmis – Université Paris Diderot, docteur en sociologie de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris, présidente du Groupe Actualités Colombie, Maison des sciences de l’homme de Paris. olgalu@free.fr

1 En 2000, la Colombie détenait le record de 60,8 homicides pour 100 000 habitants. (A titre de comparaison, en France ce taux est de 0,7 pour 100.000 habitants, aux Etats-Unis il est de 6,2 pour 100 000 habitants). Environ un quart de ces homicides obéit à des motivations politiques. Cf. Francisco Gutiérrez S., « Tendencias del homicidio político en Colombia », Nuestra guerra sin nombre, Iepri, Bogota, 2006.

2 La Fédération internationale des Droits de l’Homme survole la situation des défenseurs des droits humains dans le monde. En 2007, la Colombie arrivait en tête en termes de victimes. Voir le site de la FIDH, http://www.fidh.org/IMG/pdf/FIDH-imp_Ameriques.pdf.

3 Situé sur la Côte Pacifique, le Chocó est le département le plus pauvre de la Colombie. Sur une partie de son territoire se trouve la région d’Urabá, où sévit le conflit armé.

4 D’après S. Tarrow (2000), les organisations internationales non gouvernementales, OING, partagent plusieurs caractéristiques avec les mouvements sociaux transnationaux (notamment la volonté d’aboutir au changement social) mais leur mode d’action diffère. Alors que les mouvements sociaux transnationaux ont une interaction soutenue avec les institutions internationales, un des soucis des OING est de fournir des services à des citoyens d’autres pays.

5 Voir Sophie Daviaud (2000), « Les ONG colombiennes de défense des droits de l’homme face aux violences », Bulletin de l’Institut Français d’Etudes Andines, Vol 29, N° 3, p. 359-378.

6 Il existe environ un millier de comités pour la libération d’Ingrid Betancourt en France, organisés autour de deux fédérations : le comité d’Ile de France et la Fédération internationale. Dans l’un comme dans l’autre, la participation des migrants colombiens en France est très faible ou inexistante.

7 Nous faisons référence au parti Polo Democratico Alternativo, créé en 2006 et dont il existe une petite antenne en France.




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