Premier Acte








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Acte III



Plusieurs semaines plus tard.
Scène 1
Bureau d’Elie. Elie et Ully.
Elie : Dis-moi, es-tu devenu fou ? Qu’est ce que c’est que cette lettre que tu as envoyée?
Ully: Tu ne m’as pas laissé le choix de ne pas me tourner vers les tribunaux : j’ai à récupérer ce que tu m’as pris.
Elie : Tu sais parfaitement que nous ne sommes pas coupables. La bourse, cette année a été catastrophique. Beaucoup d’entreprises ont fait faillite et nous avons simplement sauvé la compagnie d'un échec complet. Ce n'est pas de ma faute si tu es ruiné et que tu as misé tout ton argent sur une seule entreprise .
Ully: Ne me fais pas la morale ! J’ai investi dans « Molécule » parce que j’avais confiance en elle et j’ai conservé les titres jusqu’à la fin parce qu’il était m'interdit de les vendre, sous peine de délit d’initié.
Elie : Donc tu as perdu. Big deal. Tu n’es pas jeté à la rue : tu reçois malgré tout quelque chose des actions et si tu les conserves jusqu’à la fin et que tu gardes les nôtres tu recevras plus encore. En dehors de ça, si cette entreprise était si bonne pourquoi personne n’a voulu l’acheter ?

Ully : On s’est retourné vers des investisseurs pour qu’ils reprennent l’entreprise mais vous avez fait échouer toutes nos négociations parce que vous vouliez l’acheter pour une bouchée de pain.
Elie : Ce ne sont que des simples spéculations. Mais toi non plus tu n’es pas blanc comme neige et jusqu’à présent nous traitons des cas ou tu nous as embrouillés. Au sujet de tes combines intelligentes pour diminuer les impôts nous remboursons jusqu’à aujourd’hui les contraventions et les taxes supplémentaires. Tu viens nous faire la morale, mais tu es un hypocrite, le maître des hypocrites.
Ully : Qui parle d’hypocrisie ? Vous êtes devenu l’exemple même de l’hypocrisie. Tout le monde vous hait, les employés que vous manipulez, les autorités que vous escroquez, les ouvriers que vous maltraitez, les fournisseurs que vous ne payez pas. Mais ce n’est pas suffisant, pour prospérer et encore prospérer, vous vous êtes soumis à la corruption et aux pots-de-vin. Je ne suis pas coupable si vous n'avez pas été capables de vous occuper des choses après que je vous ai quitté. La différence entre ta technique et la mienne, c’est que moi, j'use de stratagèmes intelligents et légaux, tandis que toi, tu es beaucoup moins pointu, tu ne fais que des magouilles vulgaires qui échouent, des coups bas sous la ceinture, des manœuvres de mafieux.
Elie : Bravo, bravo, tout à fait le tribun du peuple, le grand socialiste, le protecteur des travailleurs et des classes ouvrières! Quelle chance que nous t’ayons mis à la porte, depuis que tu es parti nos ventes ont triplé, nous avons acquis des entreprises aux Etats Unis et en Europe. Maintenant que tu possèdes de nouveau un certain nombre de nos actions reçues à la place de celles de « Molécule » tu peux nous assigner en justice sur ce que tu veux. Mais, à la vérité, tu n’as aucune raison de nous en vouloir pour avoir mis la main sur « Molécule ». Nous ne connaissions même pas son existence. La première fois que nous avons entendu parler de cette entreprise, c’est par Hadas, chez toi. C’est pourquoi nous avons retardé l’idée de nous associer, le prix de vente des actions était trop élevé. C’est seulement après la chute des cours, quand personne ne voulait plus s’y intéresser, nous avons fait un geste pour Hadas et nous avons accepté d’acquérir son entreprise.
Ully : Je n’ai rien à dire au sujet de « Molécule » si ce n’est par l’intermédiaire de mon avocat. Je sais exactement ce que vous avez fait, je vous connais bien et pas d’hier. Je vous ai quitté à cause de vos magouilles. On vous jugera pour tout ce que vous avez fait. C’est vrai que vous avez triplé : mais vous n’êtes parvenu à n’acheter que les entreprises les plus nulles du marché et pour perdre les fonds que je vous avais laissés, ça vous a pris trois ans. Mais ça, vous êtes parvenu à le cacher aux actionnaires, avec l'aide de vos auditeurs. Mais on dirait que je gaspille ton temps et mon temps et il ne me reste qu’à te dire que l’on se reverra au tribunal.
Elie : Réfléchis bien avant de te lancer dans une telle entreprise. Moi, je ne doute pas de notre réussite. Mais je vais être direct avec toi et te prévenir que tout est hermétiquement clos, comme une cuirasse. Nous avons reçu les conseils des meilleurs spécialistes judiciaires et économiques d’Israel et des Etats Unis. Tu nous as appris à ne travailler qu’avec les meilleurs. Tu n’as aucune chance. Nous avons un autre conseil à te donner, nous sommes prêts à te réintégrer à ton ancien poste si tu nous aides à faire fusionner « Molécule ». Ca ne te fera que gagner. Ully, allez, reviens à la maison, reviens dans la famille.
Ully : J’ai déjà fait partie de la famiglia mafiosa et j’en ai divorcé. Je préfère encore être orphelin. Je ne participerai pas à cette corruption, comme vous le voulez. Depuis que je suis parti, vous ne pouvez pas m’abattre. Je suis une fois ici, une fois là, comme une molécule. Je suis capable de faire un long périple, une odyssée, afin que la vérité se dévoile en plein jour, car le temps arrive pour que notre état devienne légaliste et que les coupables soit punis.

Scène 2
Au commencement, la scène est sombre. Un épais brouillard envahit cette scène.

Dans une lumière opaque, comme par une nuit sans lune, se révèle une atmosphère surréaliste onirique. On entend de temps à autre des tonnerres et on voit des éclairs. A l’avant scène se tiennent Ully et Elie. Derrière eux, tempête, hautes vagues – décor ou écran de projection.

Dans le brouillard, apparaissent les personnages secondaires. Il n’est pas évident de savoir s’ils évoluent sur le sol, sur la mer ou sur un bateau. Les personnages portent les masques des personnages figurant dans l’Odyssée. Sorcières, naîades, cyclopes, âmes de l’Hades, Lotophages… La musique que l’on entend au-dessus de la tempête sur mer est la musique grecque tragique de Théodorakis interprétée par Maria Farantouri de l’album « Mauthausen » … La musique s’amplifie à chaque entrée de personnage.
Les chants peuvent être interprétés par des chœurs grecs qui se trouvent situés sur les côtés de la scène et qui accompagnent l’action de leurs voix. Le sentiment cauchemardesque semble sortit du livre de Job, lorsque les envoyés viennent annoncer les mauvaises nouvelles à Job. Les lumières sur scène passent au travers d’un brouillard et donnent une sensation de monde étranger et solitaire. Ce tableau est à l’opposé du tableau du premier acte qui représentait le bonheur lumineux, accompagnés de chant et de joie. La différence entre un monde de vie et ici, un monde fantomatique.
Tout le long de la scène, quand Ully ne parle pas, il joue de son corps pour exprimer la consternation qu’il ressent en entendant les autres personnages parler. Son corps se redresse, montrant une certaine assurance au début de la scène pour passer à un repli sur soi, abattu, écrasé en fin de la scène. Il se transforme sous le jeu d’ombre et de lumière d’un homme altier, en un petit bonhomme. Tandis que le personnage d’Elie, même s’il ne parle pas, grandit et prend de l’importance. Il semble réagir de manière grotesque aux propos des personnages annexes, d’un rire cynique de temps à autre, il semble commenter leurs propos d’un «  qu’est ce que tu racontes ». Il se transforme sous l’effet de l’ombre et de la lumière le long de la scène, d’un être petit - ce qu’il est réellement - à un géant.
Rentre le premier directeur de l’entreprise Medica I: Un homme d’environ 60 ans, vêtu d’un costume à la page, cravate colorée et masque de cyclope.
Ully (au premier directeur d’entreprise) Vous êtes directeur de la plus grande entreprise médicale concurrente de « Larissa Médicaments », vous devrez être particulièrement intéressé d’acquérir l’unique chance de les abattre.
Elie ( au premier directeur d’entreprise ) Si vous rejoignez ce traître, vous aussi il vous trahira. Il vous fera subir ce qu’il nous fait actuellement subir. Il n’est pas fiable. Il y a des gens avec qui il ne faut à aucun prix avoir affaire à eux.
Ully (au premier directeur d’entreprise) : Vous avez investi énormément, comme moi-même dans l’entreprise « Molécule » et vous avez perdu beaucoup d’argent dans la fusion. J’ai des preuves irréfutables contre eux, qui pourraient les conduire tous en prison. Rejoignez-nous, ainsi que les autres nombreux directeurs d’entreprises afin que nous les renversions pour toujours.
Elie ( au premier directeur d’entreprise ) : Il vous entraîne dans un naufrage sans fin et sans espoir. Je sais que vous avez perdu beaucoup d’argent. Mais vous pourrez récupérer tout ce que vous avez perdu, si nous coordonnons nos prix, comme je vous l’ai conseillé.
Le premier directeur d’entreprise à Ully : Ully, je suis désolé, je vous respecte énormément et je sais que vous avez raison. Ces escrocs sont devenus complètement fous ces derniers temps. Mais je trahirai mes actionnaires si je m’occuperai de vendetta parce que nous risquons de perdre le procès et de leur faire perdre beaucoup plus.
Rentre le second directeur d’entreprise Medica II. Une femme entre deux âges, vêtue d’un costume d’affaire, et portant un masque de sorcière. Se tourne vers Ully:
Directrice d’entreprise (à Ully) : Il ne m’est pas facile en tant que femme de m’assimiler à cet univers machiste. ( d’une voix chuchotée ) Je vois que c’est difficile pour vous aussi. Avant sa disparition, mon mari, ne me laissait pas approcher de cet enfer, maintenant qu’il n’est plus, je l’ai remplacé à la tête de l’entreprise. Je suis devenue forte. Je ne dirai jamais assez merci à votre épouse qui a passé nuit et jour à me sortir de cette mauvaise passe dans laquelle j’étais tombée; comme je ne vous remercierai jamais assez pour les conseils que vous avez bien voulu me donner afin de me sauver de ce monde cruel des affaires. Si vous le désirez, rentrez dans notre entreprise, elle est encore petite mais il y a beaucoup à faire. Vous verrez, on travaille 24 heures sur 24, mais cela serait extraordinaire de travailler de concert. Nous ne devons pas uniquement travailler, il peut nous arriver quelque fois de (d’une voix émue) nous… encanailler. ( riant ) Mais ça suffit avec vos guerres, qui donc a encore la force de faire la guerre, alors que la vie est si courte.
Rentre un troisième directeur d’entreprise Medica III : Vêtu d’un costume trois pièces, ventre protubérant. Sur le visage, un masque de lotophage. Il se dirige vers Ully avec une bouteille d’un doux breuvage et deux verres. Il tend à Ully un des verres.
Directeur  de la troisième entreprise médicale (à Ully): … et le plus important, je suis au Rotary avec Arieh depuis plus de 20 ans. On se retrouve aussi tous les vendredi, à la salle de sport du country. Il y a des choses que tu ne fais jamais aux confrères. Ca ne se fait pas dans notre milieu, ce n’est pas correct. En fin de compte nous sommes tous dans le même navire, et on doit s’épauler les uns les autres. Combien sommes nous au fond, 500, 1000, 2000 familles maximum? Et si nous ne faisons pas corps, c’est la fin des haricots. Que préfères-tu?
Récupère les verres et sort.
Rentre un quatrième directeur d’entreprise Medica IV. Vêtu comme un chef d’entreprise des anciennes générations. Un costume rapiécé, une chemise démodée, des pantalons froissés. Un masque d’habitant de l’Hadès sur le visage. Il se tourne vers Ully et le serre dans ses bras avec paternalisme. Il parle par l’intermédiaire d’un appareil placé sur ses cordes vocales, ayant perdu la voix après une opération. Au milieu de son discours, il a du mal à parler de temps en temps, sa voix est discordante.
4eme Directeur (à Ully) : Tu m’amuses, Ully, que j’attaque Arieh en justice ?!…Il a soutenu financièrement mon fils, Dovelé. Et si je veux qu’il réussisse dans les affaires, il ne vaut mieux pas lui faire des ennemis. C’est un tout petit pays, tout le monde connaît tout le monde. Et dès qu’on t’a fait une réputation de fauteur de troubles, les affaires, c’est terminé pour toi. Ne parlons pas d’invitations aux fêtes et aux événements. J’ai perdu dans l’affaire d’Arieh un demi-million de dollars. Et alors ? Tu sais qu’elle catastrophe ce serait si ma femme devait rester clouée à la maison, sans pouvoir être invitée à une seule soirée? Qui es-tu ? Un loup solitaire ? Redescends, camarade.
Rentre le cinquième directeur d’entreprise Medica V. Un vieil homme sépharade d'origine grecque. Une bonne gueule. Vêtu d’un gilet et d’une veste ouverte. Il porte sur son visage le masque d’un marin grec. Il se dirige vers Ully en faisant quelques pas de sirtaki et ils dansent un instant ensemble.
Directeur 5 (à Ully) : Bre Hijico Mio ! Chez nous il n’y a pas de chose comme ça !

Savez-vous ce qu’on fait en Grèce, à ceux qui se plaignent, on les écarte de la société. Il était interdit de parler avec eux, de marier à eux votre fille, jusqu’à ce qu’à la fin ils fuient ou se suicident. Il y en avait comme ça qui nous ont été dénoncé aux nazis, au pouvoir, à nos pires ennemis. Non, camarade, chez nous, dans la société grecque et tu demanderas à ta mère si c’est faux, la traîtrise et la calomnie sont considérées comme les fautes les plus immondes. Tant dis qu’ici en Israel c’est très répandu, tout le monde calomnie tout le monde. C’est une mode ashkenaze, de se conduire comme ça! Calomnier l’oncle de Nelly, la chair de ta chair, un homme qui s’est battu contre les nazis, et qui a créé ce pays. Nous en avons tellement peu dans ce pays, il faut se rassembler. Si on perd l’honneur et l’amitié, alors il vaut encore mieux quitter ce pays. Ully, reviens a toi, Querido, car il n’y a pas d’espoir dans ce pays pour les calomniateurs !
Rentre un client de Ully. Un homme d’une cinquantaine d’années. Vêtu d’un blazer et d’une cravate moderne jaune. Sur le visage un masque de satyre. Ully et Elie l’encadrent de chaque côté.
Ully au client : Je n’aurai aucun problème pour vérifier la viabilité de l’entreprise que vous voulez acheter en France. J’ai étudié l'administration des affaires en France, le français est ma langue maternelle, j’ai également acheté la succursale de la compagnie « Larissa-Médicaments » en France.
Elie au client : Ecoutez bien ce qui s’est passé en France : Il a voyagé avec une de nos jeunes avocates et au lieu d’étudier l’entreprise il s’est mis à l'étudier à elle - Les français m’ont contacté et m’ont signalé que même en France, ils n’avaient jamais rien vu de pareille.
Le client à Ully : Vos liens sont vraiment épatants. Mais de toutes les façons il est impossible de tenir des tarifs si élevés pour l’étude de viabilité d’une entreprise française. Je vous paierai le SMIG et vous réussirez évidemment à vous trouver une petite Ginette ou Brigitte. Votre femme n’en saura rien et nous serons tous contents…
Rentre Yankele. Un bel homme, d’environ cinquante ans. Athlétique, veste ouverte, jeans et sandales ; il parle et se comporte comme un habitant du kibboutz. Sur son visage, le masque d’un paysan grec.
Ully : Yankele, quelle chance de te rencontrer, j’ai besoin du conseil d’un journaliste modèle comme toi. Où sont passés les bons jours d’antant. Ceux passé au régiment, pendant toutes ces années, ensemble, six semaines par an. Ils n’ont déjà plus besoin de nous, nous sommes trop vieux pour eux. Je suis cloué avec mon action judiciaire contre « Larissa-Médicaments », parce que du coup tout le monde à peur de faire affaire avec moi. L’unique solution pour casser le système, c’est que tu m’organises un interview avec toi et des journalistes de la rubrique économique de ton journal.
Elie : Yankele ! On ne s’est plus revu depuis la fête surprise de Nelly. Et je voulais te demander conseil au sujet des maquettes et des logos concernant l’entreprise « Larissa-Médicaments », ça concerne un budget publicitaire de plusieurs centaines de milliers de dollars. Mais cher ami, pas un mot de notre conversation à Ully, je sais que c’est un de tes compagnons d’arme depuis le service militaire…
Yankele (à Ully) : Camarade, je parie que tu es totalement coupé de la réalité, ce

n’est que maintenant que tu découvres l’Amérique? Nous nous trouvons dans un pays où la corruption va en grandissant et ronge tout bon sentiment, je voudrai t’aider, pas uniquement au souvenir de notre bon temps passé. Avant tout, je voudrai te prévenir : Je suis sûr que tu es mis sur écoute, comme je suis sûr qu’ils ont connaissance de notre conversation. Je ne crois pas que nous pourrons y arriver, dans notre cher pays démocratique, tous les outils de communications sont entre les mains de gens plein de fric et tu voudrais te battre contre eux ?
Entre Maurice, ami d’enfance du quartier de Ully. Vêtu comme un ouvrier d’entreprise, avec une grande barbe, une grande confiance en lui, tee-shirt et pantalon jeans usés, une grosse bague au doigt. Un masque de combattant grec sur le visage.
Maurice (à Ully) : Ce n’est pas ce genre de scandale qui intéresse l’Assemblée. Je

suis député, ce serait du suicide que de partir en guerre contre les entreprises médicales, elles emploient trop de gens dans la région et dans ma ville. Elles exportent beaucoup. Je suis sûr que tout ce que tu dis est vrai et qu’ils font toutes les infamies que tu racontes. Et alors! Parlons sérieusement, ils investissent dans la production et dans l’entreprise. Alors pourquoi se battre contre eux, pour quelques millions qui ont été investis et qui ont été perdu. Ces millions là  ont été investi sur moi ? Combien de mandats vont ils m’envoyer? Comprends. Les jeunes gens des villes de développement ne sont pas intéressé de savoir si un type à volé un peu d’argent, ils n’ont pas une belle âme comme les gens des grandes villes.
Rentre l’avocate de la COB. Une femme d’une quarantaine d’années. Un peu grosse, beau visage. Un bon cœur. Elle parle d’une voix amère et fatiguée. Vêtue d’une robe noire et longue. Sur le visage, un masque de prêtresse grecque. Elle parle avec une prononciation marquée en fumant des cigarettes avec un fume-cigare.
L’avocate de la COB  (à Ully) : Vous avez là affaire à des gens très intelligents. Il

nous sera très difficile de les avoir. Tout le monde a peur de parler, car contre tous ils ont quelque chose, comme ci ou comme ça. En vérité, que je m’étonne déjà comment ils n’ont encore rien découvert contre vous.

Elie (à lui-même sarcastique, à mi-mot) :

Etonne-toi, Il n’y a pas un seul juste dans Sodome !
L’avocate : J’imagine qu’ils ont du chercher, bravo d’être parvenu à rester propre

jusqu’à maintenant tout en ayant réussi dans les affaires. Vous parviendrez à écrire là-dessus un livre : « Comment réussir dans les affaires sans se salir. » Mais maintenant, soyons sérieux. Monter une telle enquête - Ca va prendre plusieurs mois d’affilés et je n’ai vraiment pas de temps pour ça ; Je suis encore prise par l’enquête sur l’élite d’une banque et pour l’instant je ne suis parvenu à n’attraper que du vent. Je n’ai pas de subventions, je suis seule, tout le monde me dit : « tu es une femme comme un cèdre ! » Je sors des rangs avec mon épée dégainée pour le combat contre le dragon et je crie : « avanti! en avant! » et mes collègues restent en ligne et crient : « Bravo!». En dehors de ça, de tous vos amis qui ont été lésés avec vous, il n’y en a pas un au moins qui serait prêt à aller avec vous ? Quoi, vous pensez être le seul qui ait raison et que tout le monde se trompe ?
Ully : (à lui-même d’une voix basse à peine audible)

Je ne sais pas de moi-même où je vis et si j'aurai du commencer avec toute cette histoire…
A la fin de cette scène, la musique augmente et on entend en conclusion, la chanson de Louis Armstrong : « Nobody knows the trouble I’ve seen » Ully, agenouillé sur scène, penché, la tête dans les mains, pleure silencieusement. Son ombre est minuscule, presque inapparente. En contre point, l’ombre d’Elie est immense. Elie se tient près de Ully, et il y a un sentiment comme si son personnage phagocytait le personnage d’Ully. La musique va en s’amplifiant.

Scène 3

Salon de la maison des Doron.

On entend encore la voix de Louis Armstrong. La musique va en faiblissant. Quand une lumière commence à éclairer Ully qui se tient exactement comme à la fin de la scène précédente.
Nelly : ( Embrasse Ully ) Dorillé ! Ma tendresse ! Pourquoi restes tu seul dans l’obscurité ? Viens près de moi, que je te gâte. ( Elle l’aide à s’allonger sur le sofa, et lui caresse les cheveux. La lassitude de Ully disparaît jusqu’à ce qu’elle s’arrête.)

Comme ça, comme ça, je t’aime, tu es maintenant redevenu le Ully que j’ai connu. Mon héros mythologique qui se repose sur le sein de sa tendre épouse.
Ully : Le héros mythologique de toute une société qui l’a poignardé coup de couteau après coup de couteau et il n’en est même pas resté un pour en faire l’éloge funèbre. Je vis dans un cauchemar. Comme Ulysse bringuebalé sur un navire en pleine tempête. J’entends des hurlements déchirants. Des sirènes qui m’attirent au plus profond des eaux. Créatures merveilleuses, fantômes miraculeux qui m’appellent vers elles. Tout le monde m’abandonne et finalement je reste isolé, épuisé et lorsque j’arrive, je suis à bout de force sur le rivage solitaire et abandonné.
Nelly : Tu devrais avoir honte ! Qu’as tu donc perdu en fait? Un peu d’argent et quelques amis qui ont dévoilés leur vrai visage au moment difficile. Ne soit donc pas aussi dramatique, tu n’es absolument pas abandonné sur un rivage isolé! Tu es arrivé à la maison. Tu m’as, tu as les enfants, merci mon Dieu tu es en bonne santé, nous avons une maison, de l’argent, un peu d’économies, ce n’est pas la fin du monde. Il y a des gens qui perdent en un seul jour toute leur famille. Replace les choses à leur juste valeur !
Ully : Je sais. Mais je n’arrive pas à m’habituer, c’est plus fort que moi. J’ai vraiment cru que mes amis seraient là dans les moments difficiles, exactement comme nous les avons accompagnés dans leurs difficultés. J’ai cru que mes clients respecteraient ce que je fais et que mes collègues étaient des hommes de conscience. J’ai cru que les journaux n’étaient pas « sous influence » comme ceux des états totalitaires. J’ai cru qu’ Elie et ton oncle, même si je savais qu’ils étaient à moitié truands, ne tomberaient pas si bas.
Nelly : A moi-aussi ça me fait mal. Mais cela ne doit que nous renforcer. Soyons plus unis, ayons plus confiance l’un en l’autre : Notre coin chaud, personne ne nous le prendra. Tout le reste ce n’est que de l’argent, ça ne vaut rien.
Ully : Le problème c’est que tout est lié : Mais c’est aussi l’argent, tu sais très bien qu’il ne nous reste presque plus d’économies. C’est aussi la trahison, pour moi, l’amitié a toujours été placée à un très haut niveau. Et maintenant même l’amitié est déchue, perdue... Ils m’ont saignés à blanc, je me sens comme un poisson hors de l’eau. Il ne me reste que peu d’espoir, une flaque d’eau pour le menu fretin quand l’eau va disparaître. Et ce qui me torture c’est que je me suis mis moi-même dans cet ennui. J’ai décidé moi-même d’investir tout l’argent dans « Molécule » contre ton avis. J’ai invité moi-même Arieh et Hadas pour la fête surprise de ton anniversaire, alors que ton intuition disait que je me trompais.
Nelly : Je t’ai déjà dis que la responsabilité m’incombait autant à toi qu’à moi. Ca suffit, abandonne cette idée, pense en avant !
Ully : Tu as peut être raison. Mais je suis parti en croisade contre eux et je ne suis pas même parvenu à les égratigner. Le seul qui a perdu de l’argent, son travail et sa santé, c’est moi, l’idiot. C’est comme si un courant magnétique me poussait dans l’abîme et je n’y pouvais rien. Comme si je m’étais aveuglé, comme une éclipse et que je ne pouvais pas sortir de là. Peut être que certains ont fait de la magie noire, comme tu l’as dis un jour pour plaisanter, ils ont pris une poupée et y ont planté des aiguilles, en chuchotant "Ully, Ully…" …Peut être, peut être…
Nelly : Je vois que tu commences à dire des conneries. Au moins que cela n’influence pas sur ta santé! Nous arriverons à tout surmonter! Mais s’il t’arrivait une attaque cérébrale ou quelque chose comme ça, je ne me pardonnerai jamais de t’avoir laisser entrer dans la bataille. J’accepte complètement que tu continues ton combat et je suis prête à t’aider ; mais si je vois que tu tombes dans la dépression ou qu’un être qui t’est inférieur te tape sur la santé, je ne te laisserai pas continuer la bataille. Car tu m’ es plus important que tout dans la vie. Et ça me tue de te voir prendre cela si durement !
Ully : Tu sais combien je t’estime. Mais tu ne peux vraiment pas m’aider dans cette guerre. Tu me donnes une base morale, de la force et de l’amour. Bravo ! Mais même avec la meilleure volonté du monde, tu n’as pas les clefs pour résoudre le problème. C’est un problème professionnel et non sentimental.
Nelly : Que tu saches, Arieh et Elie sont au fond des gens comme tout le monde. Essaie de penser à Elie en plein action avec sa grosse femme et Arieh qui souffre de constipation chronique quand il essaie de faire ce qu’il doit faire. N’est-ce pas qu’ils sont horribles? Sans habits ils sont vraiment drôles! Alors essaie de les imaginer et de comprendre qu’il est possible de les dépasser. Justement moi avec mon intuition et avec le fond psychologique, tu penses qu’ils vont me donner à décider pour eux. Il faut utiliser leurs faiblesses, il n’y a pas d’homme sans talon d’Achille.

Scène 4

Déjeuner dans le bureau d’Elie. Elie, Ully et Arieh sont présents. Rentre de temps en temps la secrétaire d’Elie qui apporte à manger à boire à Elie et Arieh.
Elie : Ully, je vois que tu ne manges rien, qu’est ce qui t’arrive, tu as peur qu’on t’empoisonne ?
Ully : Je vous aime trop et je ne voudrais pas vous compliquer la vie en crevant ici moi-aussi, comme est mort votre vice président de Marketing. J’ai entendu qu’il y avait un nouveau virus tueur qui n’atteint que ceux qui vous condamnent. Il ne me serait pas agréable de fournir un prétexte d’enquête sur l’oncle de Nelly, je suis trop attaché à la bonne réputation de la famille.
Elie : C’est bien qu’Arieh n’ai pas peur de la nourriture de la cuisine de notre entreprise, il a au moins confiance en nous.
Ully : Vous devez choisir entre la nécessité de proposer une compensation financière de cent millions de dollars aux actionnaires de  « Molécule » ou un dédommagement convenable pour moi. Faites donc froidement un calcul économique, vous êtes des hommes d’affaire extrêmement intelligents et vous me signalerez ce que vous avez décidé. Je vous ai dis que je ne vous laisserez pas faire la fusion et que je ne vous laisserez pas continuer à baiser tout le monde. Qu’il ne vous vienne surtout pas l’idée de m‘éliminer. Ou quelque chose dans le genre de ce qui est arrivé à votre chercheur qui voulait déserter pour un concurrent. Il vous a volé la formule médicinale du médicament. Il ne pouvait déjà plus mourir d’un virus meurtrier puisque vous aviez déjà utilisé de ce subterfuge mais d’une piqûre de serpent dans son jardin. Ce que je ne comprends pas c’est avec quelles mains le serpent a pu reprendre la formule que l’on n’a pas encore retrouvée à ce jour.
Arieh : ( parlant la bouche pleine ) Comment peux-tu parler ainsi ? As tu donc oublié tout ce que j’ai fait pour toi ? As-tu oublié que je suis le parrain de ton fils ?
Ully : Peut être devrais-tu en finir une fois pour toutes avec tes prétentions de m’avoir fait. Alors que tu sais que c’est juste le contraire, je t’ai construit et c’est grâce à moi que tu es multimilliardaire alors qu’il ne me reste que des miettes. Tu me regardes de haut, tout à fait monsieur Léon, comme on t’appelle en famille, ou comment dois-je appeler notre très honoré monsieur Arieh, Don Léon, ou peut être même don Corleon, c’est bien plus adapté à ton nom et à tes productions grecques, espagnoles, italiennes. C’est pour cela que tu as tellement voulu devenir le parrain de mon fils. Tout le monde à peur de toi. Ils pensent que tu vas leur mettre un chat mort devant la porte et leur faire des propositions qu’on ne pourra te refuser. Le parrain

mafieux, Mackie le surineur…


Arieh : (arrêtant de manger, pale et en sueur) tu essaies de te moquer de moi, parce que j’ai traduit mon nom de Léon en Arieh, toi, monsieur Bouskila, qui a voulu cacher l’origine marocaine, égyptienne, métèque de son père. Tu es devenu Doron soudain : juste arrivé à 18 ans et effacé la famille Bouskila ! enrôlé à l’armée et direct Doron. Ton père jusqu’à aujourd’hui ne te pardonne pas ta trahison ! Mais qui n’as tu pas trahi ? Tes origines, ton père, ton oncle, je ne m’étonnerai pas de savoir que tu trahis aussi Nelly !
Arieh boit son café et soudain crache, un cafard qui était dans le café. Elie est stupéfait. Il éclate d'un rire nerveux. Elie appuie sauvagement sur la sonnette. Sa secrétaire rentre surprise.
Elie : Dites-moi, vous êtes devenue folle, mettre un cafard dans le café d’ Arieh, qu’est ce qu’il vous arrive ces derniers temps ?
La secrétaire nettoie les taches de café sur la table, Arieh est encore assis sous le coup de la stupéfaction, pâle. Se racle la gorge et nettoie sa bouche avec une serviette de papier et son front.
La secrétaire d’Elie : (en état d’hystérie complète) Pardon, vraiment pardon. Je ne sais pas comment ça s’est passé. J’étais tellement préoccupée avec l'aménagement de la rencontre avec Ully, les discussions avec les officiers de sécurité, les conseils judiciaires, l’organisation des enregistrements secrets…
Elle s’arrête au beau milieu de la phrase. Elie la regarde d’un œil méchant. Ully se régale de la situation, Arieh est toujours assis sonné, prêt de l’attaque cardiaque. La secrétaire sort en courant de la pièce. Arieh reprend doucement ses esprits. 
Arieh : (dans une intonation qui se veut calme) Ully, tu sais, nous sommes finalement une grande famille, et je ne veux pas qu’ils vous arrivent à Nelly et à toi un dommage quelconque même indirectement. Même si je ne suis pas d’accord avec un mot de toutes tes accusations imaginaires, et malgré l’énervement ressenti à tes propos du plus profond de mon âme, je veux te prouver que je te pardonne et que je ne t’en garde aucunement rigueur. Je suis prêt à te garantir un remboursement sur cinq ans de tout l’argent que tu as perdu dans l’investissement en travaux de conseil. Pas sur les options seulement sur l’argent investit et perdu. Sortit directement de ta poche, ainsi en fin de compte tu n’auras rien perdu. Tu nous as porté préjudice de plusieurs millions de dollars, sans qu’ont ne t’ait rien fait de mal, le temps est arrivé d’enterrer la hache de guerre. Malgré tout je t’apprécie et je préfère te savoir de notre côté plutôt que contre nous.
Ully : Je ne suis pas d’accord pour attendre cinq ans, trop de choses peuvent arriver…
Elie : Mise sur l’humanité d’Arieh et sur sa parole d’honneur, cesse d’être paranoiaque et suspicieux, comme si tout le monde voulait t’arnaquer. Tu ne t’es peut être pas débarrassé de tes complexes d'adolescent? En dehors de ça quelle alternative? Tu vas continuer à te battre contre nous ? Nous aurons toujours le dernier mot, car nous avons en plus le temps et l’argent. Regarde combien d’argent tu as déjà sorti et où cela t’a mené ? Combien de temps perdu et de crises de nerf ! Il vaudrait mieux que tu investisses ton temps pour retrouver un nouveau travail. Ou au moins venir nous aider à la fusion de « Molécule » Crois-moi, ce serait mieux pour tous.
Ully : (sèchement) Soyons sérieux, tes conseils ne me conviennent pas du tout.
Arieh : O.K. Nous allons t’allouer un acompte pour l’ensemble des consultations et des conseils que tu as donnés jusqu’à présent. L’acompte concerne la totalité de la période des consultations et il sera spécifié et promis par contrat que tu n’auras pas besoin de rembourser cet acompte. Il est évident que tu n’auras pas besoin de retravailler pour recevoir l’acompte. Tu l’as compris, Ully?
Elie : Alors nous passons un accord. Viens, serrons-nous la main et trinquons. Pour calmer tes soupçons, Ully, bois dans mon verre pour être sur que tu n'es pas de cafard…
Elie, Arieh et Ully boivent ensemble et échangent une poignée de main. Ully sort.
Elie : Comment as-tu pu accepter de le dédommager ? Après tous les problèmes qu’il nous a causés, toutes les calomnies qu’il a propagées sur nous, tu lui donnes en plus un accessit ?
Arieh : Tu as encore beaucoup à apprendre de moi. Je dois l’endormir jusqu’à ce que nous puissions sortir de cette impasse. La dernière chose dont j’ai besoin c’est qu’il y ait un avis suspendu en lettre sainte blanche sur le prospectus de notre prochaine émission d'actions pour une demande reconventionnelle de 100 millions de dollars. Ton devoir est de me laisser un peu de tranquillité. Je vais continuer à être l’homme du bon côté et toi, tu seras le méchant. Le coup qui va l’abattre, il le recevra d’un côté qu’il n’a pas encore vu venir. On n’est pas prêt à tuer quelqu’un pour le faire éliminer, il suffit de le dégoûter de vivre. Ce bonhomme commence à devenir un peu trop dangereux, il est imprévisible. Il nous a causé un dommage de plusieurs millions, plus encore. Chaque fois qu’il trouve des systèmes ingénieux il me monte sur les nerfs. Il est temps de le casser une fois pour toute.
Elie : Es-tu d’accord de me laisser utiliser contre lui une arme décisive? On devra sacrifier le bonheur de ta petite Nelly, mais seulement en dernier recours. Je sens que je vais remettre mon papillon et continuer le rôle du conférencier mais cette fois-ci je serai plutôt conspirateur. Et je raconterai à Nelly, dans le cadre de « c’est la vie » ce qui se cache véritablement derrière son couple idéal avec Ully. J’ai la sensation qu’on n’en a pas fini avec les surprises des fêtes-surprises.
Elie et Arieh rient et sortent. On entend en musique de fond « la ballade de Mackie le surineur » de l’opéra de quatre sous de Bertolt Brecht sur la musique de Kurt Weill.


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