Le programme économique du Premier ministre








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III - L’ACTION DE LA FONDATION JEAN-JAURÈS ET DE SES PARTENAIRES

« Avortement et contraception : des droits universels indispensables à l’autonomie des femmes » : pour le libre choix des femmes

La Fondation Jean-Jaurès, la CLEF et le Planning familial ainsi qu’un collectif d’associations[10], parrainé par la France, ont organisé le quatrième side event, auquel la ministre a participé. Ce side event « Avortement et contraception : des droits universels indispensables à l’autonomie des femmes » s’est inscrit dans la continuité du parallel event organisé par la CLEF et la Fondation Jean-Jaurès, lors de la CSW60 (cf. supra).

Force est de constater que le droit à l’avortement est en recul constant, même dans les pays – minoritaires – où il est autorisé. Ainsi en Europe, après l’Espagne, ce fut récemment au tour de la Pologne de tenter de le restreindre davantage encore. Aux États-Unis, à peine investi, Donald Trump a signé un décret qui rétablit l’interdiction de financer les ONG internationales pratiquant l’avortement et militant pour sa légalisation. En Amérique latine, la grande majorité des pays pratiquent une législation parmi les plus restrictives sur l’avortement, ce qui a d’ailleurs conduit l’ONU, en 2016, à demander aux pays touchés par le virus Zika d’autoriser l’accès des femmes à l’avortement et à la contraception. En Afrique et au Moyen-Orient, la situation est à peu près identique à celle de l’Amérique latine.

Cette situation entraîne, selon l’OMS, la mort de 47 000 femmes chaque année en raison de complications liées au recours à des pratiques dangereuses pour avorter. Elle constitue également un frein majeur à « l’autonomisation économique des femmes dans un monde du travail en pleine évolution », thème central de la 61e session de la Commission de la femme. Il ne peut, en effet, y avoir égalité des sexes dans l’emploi si les femmes ne peuvent maîtriser librement leur fécondité en accédant sans pression à l’avortement et plus encore à la contraception. Or, 225 millions de femmes dans le monde sont toujours dépourvues d’accès à la contraception.

Les droits sexuels et reproductifs sont des droits fondamentaux et universels qui conditionnent la réalisation effective des objectifs pour le développement durable (ODD) – et particulièrement le cinquième[11] – adoptés par l’Assemblée générale de l’ONU en septembre 2015 et qui sont entrés en vigueur en janvier 2016. Ils s’inscrivent aussi dans l’action conduite depuis sa création en 1969 par le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP).

C’est la raison pour laquelle nous avons organisé ce side event, sur cette question centrale du lien entre l’autonomisation des femmes et leur égalité avec les hommes dans le monde du travail et l’accès sans entrave à l’avortement, à la contraception et à des services sûrs de santé reproductive légale et abordable, comme le recommande d’ailleurs, en septembre 2016, un groupe d’experts des droits de l’homme des Nations unies.

Objectif

L’objectif de ce side event était double : d’une part, mettre en lumière le travail des instances internationales et des associations féministes sur le terrain en utilisant l’enceinte de l’ONU comme relais politique et médiatique. Il s’est agi, d’autre part, d’appeler à une mobilisation internationale pour la reconnaissance du droit universel des femmes à l’avortement et à la contraception, condition majeure à leur autonomie économique, sociale, politique et culturelle et à la réalisation effective de l’égalité entre les sexes dans tous les domaines.

Modéré par Françoise Morvan, présidente de la CLEF, et Véronique Séhier, co-présidente du Planning familial, la conférence a réuni des intervenantes de très haut niveau[12]qui, chacune à leur tour, ont dressé un tableau précis de la situation de l’avortement dans leur pays respectif et dans le monde, notamment aux États-Unis et en Europe. Il a été ouvert par Laurence Rossignol qui devait rappeler qu’en France aussi, de façon plus insidieuse, « les mouvements réactionnaires utilisent les ressources du numérique pour diffuser une information qui, sous couvert d’une neutralité apparente, vise en réalité à les dissuader d’avorter »[13]. La ministre a proposé que pouvoirs publics et société civile mettent en commun leurs expériences et leurs stratégies « pour faire barrage à toute régression et à continuer de porter de grandes avancées »L’ambassadrice des Pays-Bas, Susan Blankhart, a exposé la genèse de l’initiative She Decides. Cette initiative résume bien la philosophie de ce side event, fondée sur la liberté des femmes à choisir leur vie en toute sécurité.

Les anti-IVG présentes

Ce side event a rencontré un grand succès et un vif intérêt de la part des  participantes. Le débat a été très fructueux, les questions multiples. Nous pouvons nous interroger sur les raisons qui ont conduit les Polonaises à renoncer depuis la chute du Mur – avant de protester massivement aujourd’hui – à des droits fondamentaux comme l’avortement alors qu’ils étaient acquis sous le régime communiste[14].

Parmi les participantes se trouvaient des jeunes filles opposées à l’avortement. Les associations anti-avortement dirigées par les intégristes catholiques, évangélistes et musulmans ont été très présentes tout au long de la CSW. L’une de leurs représentantes a pris la parole et exposé sa position. La co-présidente du Planning familial, Véronique Séhier, concluant le side event, leur a répondu en réaffirmant que l’avortement et la contraception étaient les deux facettes d’un même droit pour les femmes, celui de décider d’être mères ou de ne pas l’être, de choisir sa vie, son ou sa partenaire et son rythme de vie.

La rencontre annuelle transatlantique : quel vote des femmes ?

Comme l’an dernier, la Fondation Jean-Jaurès, le PSE-Femmes et la FEPS ont organisé une rencontre réunissant des Américaines et des Européennes[15] – chercheures, expertes, responsables politiques – spécialisées sur les droits des femmes. Présidée par Zita Gurmai, présidente du PSE-Femmes et en présence d’Helena Dalli, ministre travailliste maltaise du Dialogue social, de la Consommation et des Libertés civiles dont le pays préside actuellement l’Union européenne, cette deuxième rencontre à New York dans le cadre de la CSW a permis de poursuivre le dialogue amorcé l’an dernier, quelques mois avant l’élection présidentielle américaine, alors que l’élection d’Hillary Clinton était encore une probabilité.

Les interlocutrices américaines ont dressé un tableau inquiétant de la situation des femmes après l’élection de Donald Trump, concernant particulièrement la question de l’avortement. Les Européennes les ont assurées de leur soutien total dans ce combat, d’autant qu’en Europe, on l’a vu, la menace de retours en arrière est loin d’être écartée. Face à ce constat, Zita Gurmai a souhaité que les échanges portent sur trois questions : comment impliquer davantage de femmes en politique ? Que font les partis politiques démocratiques pour s’opposer aux partis extrémistes ? Les femmes se sentent-elles représentées par les partis progressistes ?

La pertinence de ces questions reflète le fait qu’aux États-Unis, 42 % des femmes[16] ont voté pour Donald Trump (contre 54 % pour Hillary Clinton), soit beaucoup plus qu’attendu[17] et en dépit des propos misogynes tenus par le candidat républicain et de ses positions sur l’IVG pendant la campagne.

Force est de constater que le même phénomène existe en Europe où, désormais, les partis populistes ou d’extrême droite, souvent dirigés par des femmes comme en Norvège, au Danemark et en France, recueillent plus de votes féminins qu’auparavant. Ainsi en France, depuis que les Françaises ont obtenu (tardivement) le droit de voter en 1944, leur vote est passé, au fil des ans, d’un vote majoritairement à droite à un vote majoritairement à gauche dans les années 1990, rejetant toutefois toujours le vote extrême. Depuis le début des années 2000, le vote des femmes tend à se rapprocher de celui des hommes, notamment en faveur du Front national, malgré la vision traditionaliste de la place des femmes dans la société que ce parti prône. Pour l’élection présidentielle de 2017, si au premier tour 25 % des femmes (contre 23 % des hommes) ont voté pour Emmanuel Macron, le vote des femmes pour le FN reste élevé (20 %)[18]. Les raisons de cette situation sont à peu près identiques des deux côtés de l’Atlantique, à la fois socio-économiques (emplois précaires, chômage, faibles salaires) et sociétales (rejet de l’immigration).

Les partis démocrates et progressistes américains et européens doivent réfléchir ensemble à la façon de reconquérir cet électorat féminin « égaré ». Une nouvelle rencontre est prévue dans les prochains mois.

Focus sur le parallel event de l’association Regards de femmes

Il est bien sûr impossible de résumer l’ensemble des parallel events organisés par les ONG présentes. Retenons ici celui de l’association Regards de femmes, présidée par Michèle Vianès, intitulé « Les crises et les femmes, fenêtres d’opportunité ou menaces de régression ? ». Après l’introduction de la présidente, qui a pointé « le risque de stagnation séculaire des économies […] et celui de la régression des droits des femmes », les intervenantes[19] ont tour à tour présenté des bonnes pratiques pour « une mutation efficace du monde du travail ». Celle-ci passe, pour elles, par le renforcement du leadership et de la participation des femmes, l’élargissement de leurs possibilités dans le monde du travail notamment dans les petites et moyennes entreprises, leur accès à un travail décent avec la mise en place de cadres normatifs et juridiques, ainsi que l’accompagnement des femmes rurales.

Au cours de cet atelier, les intervenantes ont dénoncé à nouveau les défis de l’égalité entre les femmes et les hommes dans les pays où persistent les mutilations génitales féminines, les mariages forcés et précoces (comme au Mali), de même que notamment les conséquences dramatiques de la déscolarisation des filles, de la féminisation de la pauvreté ou encore de la subordination des femmes aux hommes[20].

Béatrice Ouin, notamment, a analysé le travail dans les domiciles privés, comme en écho aux propos tenus par la directrice exécutive d’ONU-Femmes, Phumzile Mlambo-Ncguka (cf. supra). Retraçant l’histoire du travail domestique, l’ancienne responsable syndicale a expliqué comment la transformation du travail gratuit effectué par les femmes à leur domicile en travail salarié leur avait permis de « sortir de la maison pour aller gagner leur propre argent ». Toutefois, ce travail domestique rémunéré est « atypique », a-t-elle précisé. Il constitue aujourd’hui, selon l’OIT, la forme d’emploi la plus mal payée, la moins bien protégée et la plus précaire. Le vieillissement de la population rendant de plus en plus nécessaire le travail dans les domiciles privés, il est essentiel pour progresser vers l’égalité professionnelle et donc de faire de ce travail une profession et d’en reconnaître la valeur. Béatrice Ouin explique qu’il faut « construire des parcours professionnels avec des formations, des diplômes et un déroulement de carrière. C’est la seule façon d’en faire un métier comme les autres ».

IV - CONCLUSION

Un petit-déjeuner sous forme de bilan pointant quelques avancées positives

La ministre Laurence Rossignol a relevé, lors d’un débriefing de la CSW avec les ONG le 4 avril 2017, un certain nombre de points positifs issus de cette réunion annuelle à l’ONU : les termes « travailleurs du sexe » et « prostitution forcée » sont désormais bannis du vocabulaire onusien. CAP International a d’ailleurs noté l’importance, cette année, de la diplomatie abolitionniste.

Dans le domaine du travail, la question du travail invisible des femmes a été posée, de même que celle des violences dans ce domaine et la nécessité pour les femmes de s’engager massivement dans les industries du numérique. Par ailleurs, le thème retenu par la CSW61 a permis de renforcer les liens entre organisations syndicales et mouvements et ONG féministes.

Globalement, la France est apparue en pointe sur les droits et l’émancipation des femmes, affirmant ses positions et ses valeurs de laïcité et d’universalisme à tous les niveaux du débat.

Mais une unanimité des États membres de l’ONU de plus en plus difficile à trouver

Pour autant, l’idée centrale qui ressort de la CSW61 est le recul des droits des femmes dans le monde de façon générale, et plus particulièrement sur la question de l’universalité des droits sexuels et reproductifs. Cette année, un tiers des paragraphes de la déclaration finale (dite « conclusions agréées »), élaborée avec la société civile, n’a pas été approuvée unanimement. Au sein même de l’Union européenne, des divergences se font de plus en plus sentir sur cette question (notamment de la part des gouvernements de la Pologne et de la Hongrie), l’affaiblissant sur le plan international dans la défense de ses valeurs.

À l’issue de l’adoption des conclusions, très en retrait, donc, sur la question des droits sexuels et reproductifs, la France a fait une déclaration sur cette question approuvée par vingt-et-un États membres de l’UE (Royaume-Uni compris) sur vingt-sept. « Nous croyons fermement que tous les individus ont le droit d’avoir le contrôle et de décider librement, et de façon responsable, de toutes les questions liées à leur sexualité, sans contrainte, sans discrimination ou violence.  C’est une question de justice sociale », a précisé la France, au nom d’autres pays européens, en regrettant que ces éléments n’aient pas été pris en compte dans les conclusions agréées. Les ONG ont, à ce titre, salué la ministre Laurence Rossignol pour son action efficace au cours de la CSW61, mais aussi pour son engagement dans la défense des droits des femmes au sein de son ministère.

Dans ce contexte, l’annonce d’une Cinquième conférence mondiale suscite, dans le climat actuel, de la part des ONG, des craintes de remise en cause des acquis, notamment par rapport à la conférence de Pékin en 1995.

Les droits sexuels et reproductifs et leur caractère universel : pierre d’achoppement essentielle

Déjà l’an dernier, lors de la CSW60, le texte final était en retrait sur cette question, conditionnant les droits sexuels et reproductifs aux lois nationales. Cette année, les divergences se sont encore accentuées, certains pays comme les États-Unis refusant le langage agréé en la matière. Le recul est net sur l’IVG, victime de l’alliance des États-Unis, de la Russie, du Vatican, des mouvements « pro-choix » et de l’Organisation de la coopération islamique. Le courant porté par l’OIC existe aussi en France, où il a fortement critiqué le rapport gouvernemental français sur la mise en oeuvre en France de la Convention CEDAW. Pour les ONG présentes, il est indispensable de poursuivre sans relâche le combat contre le relativisme culturel et pour la liberté de toutes les femmes à choisir leur vie.

« Même si tout le monde n’est pas satisfait de certains éléments de l’accord final, nous avançons », a cependant assuré la Secrétaire générale adjointe pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, directrice exécutive d’ONU-Femmes, Phumzile Mlambo-Ncguka. « Nous faisons des progrès pour faire comprendre que tous les enfants, garçons et filles, ont des droits égaux, et pour réduire la charge que doivent supporter les femmes, mères et filles », a-t-elle dit, en évoquant « toutes les nuits passées à travailler ». Toutefois, quelques jours auparavant, devant les ONG présentes à la CSW61, Phumzile Mlambo-Ngcuka devait reconnaître que « les temps sont durs pour les femmes progressistes dans les pays hostiles aux droits positifs des femmes. Les ennemis sont très nombreux et il est important de savoir qui sont les ennemis des droits des femmes… 150 pays (sur 176) ont des législations contraires aux droits universels des femmes, affectant trois milliards de femmes et de filles dans le monde ».

Comme l’an dernier, la CSW61 a rencontré un faible écho médiatique, en France notamment. Pourtant, malgré les bémols que l’on peut y mettre, ce rendez-vous annuel des femmes du monde entier est un lieu d’échanges, d’informations, de contacts qui, au-delà de la seule question des droits des femmes, mesure l’état d’avancée ou de régression de la démocratie dans le monde.

Sur la question des droits des femmes, les résistances se renforcent à l’autonomisation des femmes dans le monde entier sous la pression toujours plus forte des conservatismes et des extrémismes religieux. Et ce n’est pas l’élection récente de l’Arabie saoudite par le Conseil économique et social de l’ONU parmi les quarante-cinq membres de la Commission de la condition de la femme à partir de 2018 (et pendant quatre ans) qui constitue un élément de réjouissance[21]  
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