Le programme économique du Premier ministre








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3. L’austérité à jamais ?

La baisse projetée du niveau relatif des pensions s’explique principalement par une hypothèse : dans la projection du COR, les pensions une fois liquidées comme les salaires pris en compte pour le calcul de la retraite suivent uniquement les prix et non les gains de pouvoir d’achat des salaires, ce qui permet une baisse relative des pensions d’autant plus forte que la hausse des salaires sera soutenue.

Comme c’est dorénavant la règle (la consigne à respecter) dans toutes les prévisions contenues dans les rapports administratifs, le COR fait donc l’hypothèse que, jusqu’en 2070, les pensions, à l’instar des autres prestations sociales, seront indexées uniquement sur les prix, n’auront aucun gain de pouvoir d’achat, de sorte que l’équilibre des régimes de retraites, tout comme pour les autres prestations sociales, se fera par la paupérisation des retraités, des familles, des handicapés, etc. Il faut que la protection sociale contribue coûte que coûte à la baisse des dépenses publiques.

Les retraités ont aujourd’hui le même niveau de vie médian que la population d’âge actif7 C’est une particularité française : en Suède, les retraités sont plus pauvres de 25%, en Allemagne de 15%. Plutôt que de la remettre en cause, ne faut-il pas être fier de cette spécificité ? Alors que nos sociétés seront dans tous les scénarios retenus plus riches demain, pourquoi ne pas la préserver ?

La loi de 2003 de Fillon retenait l’objectif d’une pension minimale à 85% du SMIC net à l’issue d’une carrière au SMIC. Le ratio observé a été de 83,5% pour la génération née en 1951 ; de 80,5% pour la génération 1958 ; il devrait baisser à 73% pour la génération 1990. Pourquoi renoncer à l’objectif qu’avait concédé le pourtant fort libéral Fillon ? Fautil faire passer aussi le minimum vieillesse en dessous du seuil de pauvreté ?

7 Le niveau de vie moyen évoqué précédemment inclue des personnes âgées fortunées qui ne sont pas représentatifs de la masse des retraités. Il est préférable de comparer les niveaux de vie médians.

4. Des déficits en trompe-l’oeil

Adopté le 20 juin, le dernier rapport du COR a été communiqué la veille au journal Les Echos, qui a pu donner le ton : « les perspectives financières des régimes de retraite se dégradent » (il faut comprendre : par rapport à celles du rapport de l’an passé), « dès 2021, le besoin de financement des régimes atteindrait 9 milliards » « la question de nouvelles mesures de redressement devrait se poser ». D’ailleurs « la droite avait proposé de relever l’âge légal du départ ». Il faut d’abord remarquer que compte-tenu des fragilités et des contraintes de l’exercice, il n’est guère sérieux de tirer des conclusions de la comparaison du rapport précédent et du rapport de cette année, surtout quand il s’agit de différences de 0,3 point de PIB… dans 20 ans.

Selon le COR, avec le scénario à 1,8% par an, les retraites sont équilibrées à partir de 2040 uniquement et dégagent ensuite un excédent (qui monte jusqu’à 1% du PIB au début des années 2060). Inversement avec le scénario à 1%, les retraites connaissent un déficit de l’ordre de 1,3% du PIB entre 2035 et 2055 qui s’accroît ensuite (jusqu’à 1,8% en 2070). Ces scénarios sont établis en gelant les taux de prélèvement pour les retraites.

L’exercice de prévision à très long terme (le COR va dorénavant jusqu’en 2070 contre 2060 auparavant) est, doit-on souligner, extrêmement fragile par construction. La majeure partie de la population de 2070 n’est pas encore née, et il est bien hasardeux de savoir ce que sera précisément l’état de l’économie française à cet horizon.

A ces incertitudes naturelles, s’ajoutent des choix retenus par le COR qui sont eux particulièrement contestables. Les prévisions présentées ne reposent pas sur une analyse prospective approfondie, mais souvent sur l’extrapolation hasardeuse des chiffres les plus récents. De plus, les responsables de l’exercice sont contraints de reprendre pour le courtmoyen terme les prévisions de la direction du Trésor, tandis que pour le long terme, ils s’obligent à reprendre les objectifs politiques du gouvernement en place (comme la baisse du nombre de fonctionnaires).

Quelles sont les hypothèses qui expliquent les différences entre le rapport 2016 et le rapport 2017 ?

- Les deux premières sont démographiques. Le COR retient maintenant, à la suite de l’INSEE, un solde migratoire de +70 000 par an (au lieu de 100 000 l’année dernière), ceci sur la base de chiffre portant sur 2013. Moins d’immigration, c’est moins d’actifs et donc de moindres recettes. Mais l’hypothèse à la baisse est-elle compatible avec les flux observés depuis la crise syrienne ? La progression de l’espérance de vie des hommes est revue en forte hausse (+1,6 année en 2060) – d’où une croissance des dépenses de retraites – ceci malgré les signes de ralentissement dans beaucoup de pays. Ces deux hypothèses fragiles suffisent à faire passer le ratio démographique 20-64 ans / 65 ans et plus de 1,86 à 2,05 (soit une hausse de 10%) en 2050.

- Le COR est contraint de caler les premières années de sa projection sur le Programme de stabilité. En avril 2016, la croissance retenue pour 2016-2020 était de 1,7% par an en moyenne ; en avril 2017, elle n’est plus que de 1,5%, soit 2 points de PIB en moins en 2020, soit 0,25 point de ressources en moins pour le système des retraites.

- Empêtré dans les contraintes administratives, le COR présente une projection saugrenue où (dans l’hypothèse, par exemple de gain de productivité du travail de 1,3% par an), le taux de croissance augmenterait de 1,5% en 2017 à 1,85% en 2025, puis chuterait à 1,45 % en 2026, remonterait jusqu’à 1,70% en 2032 (année où le taux de chômage atteindrait 7%), puis fluctuerait autour de 1,5%.

- Le taux de chômage avait baissé jusqu’à 7,2% en 2008, cela sans signe de surchauffe du marché du travail. Après la crise financière (et en raison de celle-ci, et non d’un durcissement du droit du travail, au contraire), le taux de chômage est monté à 10,5% à la mi-2015. Il se situait à 10,2% début 2016, à 9,6% début 2017. Le COR a décidé de fonder ses projections centrales sur un taux de chômage de 7% (ce qui n’est pas particulièrement optimiste), mais ce taux ne serait atteint qu’en 2032 (au lieu de 2025, l’année dernière). Ainsi, le taux de chômage serait de 9,4% en 2021, alors qu’une baisse fort modeste de 0,5 point par an aboutirait à 7,4%, soit 0,4 point de PIB de ressources de plus pour les retraites. De façon générale, même en acceptant l’objectif minimaliste d’un taux de chômage ne baissant pas en dessous de 7%, il manque environ 4,5% d’emplois en France, compte tenu des chômeurs découragés et du sous-emploi contraint. Réduire rapidement ce déficit résoudrait aussi la question de l’équilibre des retraites. Et puisque le déficit des retraites s’explique par la persistance du chômage de masse, n’est-il pas dangereux de prétendre le résorber en reportant plus rapidement l’âge de départ à la retraite, ce qui se traduit par une hausse du chômage compte tenu du déficit actuel d’emplois ?

5. L’austérité salariale et budgétaire comme horizon

Le COR parie sur le maintien et même le durcissement de l’austérité salariale et budgétaire. Or on a là une autre explication des déficits annoncés.

Selon le COR, la part des salaires dans la valeur ajoutée serait aujourd’hui trop élevée (58% contre 56% avant la crise). Sa projection comporte donc un retour au niveau d’avant-crise, soit une baisse non négligeable de 3,5% de l’évolution des salaires par rapport à la productivité. En fait, compte-tenu des baisses d’impôts sur les entreprises, la part des profits après impôts (l’Excédent brut d’exploitation après impôts sur les sociétés) qui était de 28% en 2006 est en 2016 de 28,5%. Sans même réduire la part de ces profits, les salaires peuvent donc parfaitement à l’avenir augmenter comme la productivité du travail. Or, 3,5% de salaire en plus, c’est 0,3 point du PIB de ressources en plus pour les retraites. On l’aura compris, la prétendue dégradation à court terme du système des retraites vient surtout d’un renoncement à une politique de réduction du taux de chômage et au maintien de l’objectif de baisse de la part des salaires.

Le COR retient par ailleurs l’hypothèse que le nombre de fonctionnaire diminuerait nettement. En 20 ans, il est supposé baisser de 7,4%, tandis que l’emploi total progresserait de 7%. De même, le COR écrit sans précision que la projection incorpore « l’hypothèse conventionnelle d’un différentiel de dynamique jusqu’en 2032 entre le salaire moyen dans la fonction publique et celui de l’ensemble de l’économie ». Bref, la nonindexation du point de la fonction publique est pérennisée. Ces hypothèses forcées entraînent une baisse de 2,4% à 1,6% du PIB des cotisations retraite employeur de l’Etat (soit 0,8 point de PIB).

Ce sont les hypothèses d’austérité de dépenses publiques et d’austérité salariale qui provoquent le déficit. Moins de salaires et moins d’emplois, c’est un déficit des retraites… et c’est un prétexte pour plus d’austérité encore.

6. Taux d’activité des femmes : la fin de la marche vers l’égalité ?

Plus le taux d’activité augmente et plus les recettes (si le taux de chômage n’augmente pas) pour les retraites augmentent. Or, à nouveau à ce niveau, le COR retient des hypothèses particulièrement contestables.

Il parie en effet sur une stagnation du taux d’activité des femmes. Ce taux n’a cessé de se rapprocher de celui des hommes au cours des dernières décennies : en 1975, pour les 25-49 ans, il était de 59% contre 97% pour les hommes, soit un écart de 38 points ; en 1990, il était de 76% contre 96% (soit un écart de 20 points) ; en 2016 il était de 83,2% contre 93,7% (soit un écart de 10,5 points). Cette marche heureuse vers l’égalité serait-elle stoppée ? Elle a été ralentie suite à la crise du capitalisme libéral de 2008 (le taux d’activité des femmes n’a augmenté que d’un point entre 2007 et 2016). Mais est-ce une fatalité ? C’est l’hypothèse que retient le COR : le taux d’activité des femmes n’augmentait quasiment plus à l’avenir (83,5% en 2021 et 83,8% en 2070) de sorte que l’écart avec les hommes ne se réduirait quasiment plus (maintien de 9,3 points d’écart en 2070). En Suède, l’écart homme/femme n’est déjà plus que de 5 points.

Ce qui vaut pour les femmes, vaut pour les seniors. L’âge moyen de départ effectif à la retraite est aujourd’hui de 61,6 ans. Le COR anticipe qu’il passera à 64 ans à partir de 2040. Mais il n’anticipe qu’une faible hausse du taux d’activité des 55-60 ans. Ce taux était de 52% en 2000 : il est déjà monté à 76% en 2016 ; or le COR le maintien à 77% en 2050 et 78% en 2070 (alors qu’il est aujourd’hui de 83% déjà en Allemagne, de 88% en Suède).

Conclusion

Le COR construit de sombres prévisions en s’appuyant sur des hypothèses très contestables. Il plaide de facto pour plus d’austérité. C’est l’inverse qu’il faudrait faire. Garantir le système des retraites en donnant clairement des objectifs en taux de remplacement net ; équilibrer si nécessaire par la hausse des cotisations sociales. Un système de retraite public assurant un niveau de vie satisfaisant aux salariés à un âge satisfaisant est un acquis du modèle social français. Il faut assurer aux jeunes et aux moins jeunes que leurs cotisations leur ouvrent bien un droit social.

Le système français de retraite est un système socialisé, qui, par essence, doit être piloté période après période, compte tenu des contraintes économiques et des choix sociaux. Le travail du COR privilégie un scénario (forte baisse du niveau relatif des retraites, baisse de la part des cotisations dans le PIB) fragile et reposant sur des hypothèses très discutable.

En creux, les rapports du COR, attestent toutefois que les alternatives sont à portée de mains. Plaçons-nous, par exemple8, dans l’hypothèse de gains de productivité de 1,3 % l’an. Stabiliser à 14 % du PIB en 2040 la part des ressources consacrée aux retraités (au lieu de vouloir la baisser à 12,8 % du PIB comme le soutient le COR) limiterait à 5 % la baisse nécessaire du niveau relatif des retraites (au lieu d’une baisse projetée de 15,6 %). Maintenir le niveau relatif des retraites demanderait de faire passer à 14,6 % la part des retraites dans le PIB avec une hausse de 1,5 point des cotisations.

Le déséquilibre annoncé par le COR pour le court-moyen terme est artificiel ; il provient de l’hypothèse de maintien du chômage à un haut niveau, de la pression sur les salaires, de la baisse de la masse salariale de la fonction publique. Plutôt que de viser la baisse du poids des retraites dans le PIB, nous pouvons collectivement choisir de garantir le niveau de vie relatif des retraités.* * *

8 Ces chiffres ne sont qu’illustratifs et d’autres scénarios pourraient être retenus.  

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