Par contre, pour ce qui est des autres figurations en d’autres lieux que les mosquées, les Arabes des premiers siècles ne paraissent pas avoir senti un interdit particulier








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Danseuses palais Djawsaq al-Khaqani à Samarra 836/839

La facture, assez maladroite, n’a plus rien à voir avec l’art byzantin.

Les visages n’ont plus de modelé, bien que les robes conservent des plis fortement accentués. Si les danseuses voulaient évoquer le côté plus ou moins frivole du harem, elles seraient d’une maladresse et d’une lourdeur peu compatibles avec la qualité d’un artiste choisi pour décorer un palais califal.

Mais il s’agit ici de peindre le concept de « danseuses ».

Cette esthétique du concept contribuera de manière essentielle à rendre l’art licite.

D’ailleurs ces danseuses pourraient tout aussi bien symboliser des constellations, leurs robes sont d’ailleurs parsemées d’étoiles.

Le petit monticule à l’arrière plan frappe par son étrangeté. Or il reproduit exactement l’image de montagnes dans les peintures murales de Mari au 18ème siècle avant Jésus Christ.

  • Peintures de Mari 1800 avant Jésus Christ

Le site archéologique de Mari est situé à l'extrême sud-est de la Syrie. 

C’est un trait essentiel de toutes les civilisations « traditionnelles », pour qui il est impérieux de continuer indéfiniment les techniques, les thèmes artistiques afin de ne pas laisser perdre ce qui a été une fois inventé. C’est dans un esprit analogue que pour le musulman toute « innovation » est péché.

  • Comparaison entre les peintures

  • Peinture Abbasside 838/839


Pour appliquer l’esthétique licite que nous avons définie, il fallait abandonner la perspective qui organise les êtres en profondeur.

  • Jeune seigneur une coupe à la main Le Caire Xème siècle

On remarque la poursuite de l’évolution vers une absence complète de modelé, d’ombres et de lumières, vers une peinture dite « plate », c'est-à-dire vers une figuration qui soit licite. Ce qui est figuré c’est le concept du « jeune beau » tel qu’il est conçu dans la poésie arabe.

Le peintre musulman fait preuve de sa bonne foi en montrant qu’il ne cherche nullement à imiter la création de Dieu pour lui faire concurrence.

On est bien devant les œuvres d’une esthétique musulmane.
Nous arrivons donc à l’art non figuratif

L’art non figuratif

Le domaine de l’art non figuratif musulman peut se diviser en trois « provinces » bien précises :

  • La calligraphie

  • Le décor géométrique à base de droites

  • Le décor géométrique à base de courbes (décor végétal ou floral)

Ces différents éléments de l’art abstrait musulmans seront associés entre eux, donnant des œuvres d’une remarquable richesse.


  • La calligraphie

Si nous commençons par la calligraphie, c’est parce qu’il s’agit du seul art proprement arabe de l’Islam.

  • Les raisons de l’importance de cet art

Première raison :

  • Son motif de base, c’est la forme des lettres de l’alphabet arabe.

  • Alphabet arabe. Quelques mots. (Christophe ; Julien ; Stéphanie)

Certes la calligraphie a été considérée comme un grand art dans d’autres civilisations, notamment en Chine. Mais, constituée d’idéogrammes, elle ne permet pas la liaison en ligne possédant un mouvement continu. Son idéal artistique est naturellement le « caractère de sceau » formant une entité de signification.

Dans l’écriture arabe, les hampes verticales qui s’opposent à la direction horizontale et ponctuent les boucles, la possibilité de varier la hauteur des hampes et celles des boucles, de jouer aussi sur la largeur de celle-ci et la longueur des lignes horizontales fournissent des variables riches en potentialités plastiques.

Deuxième raison :

Selon la tradition, (enseigné à Adam).

  • L'arabe est la langue du message de Dieu transmis aux hommes par Mahomet

Depuis toute éternité, le texte coranique est écrit sur une tablette céleste que seuls les anges peuvent contempler. L'écriture est donc un don divin.

Dès lors, écrire c'est entrer en contact avec le divin.

Recopier le Coran c'est comme effleurer la parole du Dieu.

  • Exemples d’illustration du Coran

Il y avait, lors de l’avènement de l’Islam au VIIe siècle, 17 personnes qui savaient écrire. Ils furent les ancêtres des premiers calligraphes comme Khalid Ibn Abi’Heyyade qui calligraphia entièrement des exemplaires du Coran.

Dans les premiers temps de la révélation coranique, l’écriture s’est imposée comme un moyen de conservation et de préservation de l’intégrité originelle de la langue du Coran.


Ainsi codifiée, la calligraphie aller passer, de simple moyen de transmission et de communication, au stade d’un art majeur d’une exceptionnelle richesse.

L’écriture dans les édifices islamiques a une fonction décorative, mais aussi iconographique, comparable à la fonction qu’ont les images dans le monde chrétien.

Les versets coraniques, ornant la mosquée, enveloppent littéralement les fidèles.


  • Emploi de la calligraphie dans la décoration

Son emploi comme décor dans les mosquées prend par là une dimension et une réalité monumentales qu’elle n’a possédées dans aucune autre religion ou civilisation.

Sur le plan matériel, elle est employée habituellement pour structurer des superficies, en séparant par exemple, en frise, l’alicatado (revêtement d’un mur ou d’un plancher avec des carreaux) de sa partie supérieure revêtue de stuc.

  • Medersa Bou Inania Meknès Maroc

Ecole (medersa ou madrassa)

Pour encadrer une fenêtre, la courbe d’un arc, un portique ou un mihrab.

  • Mosquée au Qatar


Science des proportions et art du geste, cette conception de l'art se démarque de la tradition occidentale.

Le calligraphe ne produit pas une œuvre indépendante et autonome, il ajoute la valeur de la beauté à des objets qui préexistent, il ornemente un support, il décore la réalité. Bref, il est l'artisan qui pare l'enveloppe des choses.
L’écriture sera :

  • reproduite en peinture ou en mosaïque,

  • Décoration épigraphique du Dôme du Rocher

  • Décoration épigraphique de la mosquée de Médine

  • Décoration épigraphique de la mosquée de Meknès

  • taillée dans la pierre,

  • Diapo

  • assemblée avec des carreaux de céramique,

  • Diapo

  • sculptée dans le bois,

  • Le Caire, Meknès

  • gravée dans le cuivre ou le bronze

  • Diapo

  • tissée dans la soie.

  • Diapo

  • Décoration avec calligraphie

  • Décoration avec calligraphie en miroir


On peut diviser en trois grands genres les modèles qui inspirent la calligraphie arabe :

Hîjâzî :

  • Ecriture Hîjâzî

Il semble que le style le plus ancien, et dans lequel sont réalisés les plus anciens manuscrits du Coran (Bibliothèque Nationale de France et British Library de Londres) est le style hijâzî (de "Hedjaz", région d'Arabie Saoudite). Ce style se caractérise par une écriture dont les verticales sont inclinées vers la droite.

Coufique :

  • Ecriture Coufique

Cette écriture (anciennement appelé "Hiri" et issu de l'écriture syriaque) se caractérise par son aspect rectiligne et angulaire, et provient de la ville de Kufa en Irak, et c’est elle qui apparait en premier dans la décoration architectonique. C’est une écriture soutenue, que seuls savaient lire les érudits et les imams (prêtres musulmans).

Cette écriture  évoque l’immuabilité de Dieu. Les parties verticales des lettres évoquent l’immanence de Dieu, les parties horizontales, sa présence dans le monde.

Cette écriture illustre certains très beaux corans du Xème siècle.

  • Coufique Variantes 1

  • Coufique Variantes 2

Le coufique connu ensuite plusieurs variantes : coufique fleuri, coufique géométrique.
Nashki (italique) :

  • Ecriture Nashki

Le Naskhi, dont les origines remontent au VIIIe siècle, est apparue dans sa forme systématisée au IXe siècle. Il s’agit d’un type d’écriture aux caractères liés, de forme quasiment circulaire et flexible. Considérée comme peu élégante, elle était surtout utilisée pour la correspondance ordinaire ou les écrits officiels et administratifs. Elle finit par se généraliser, pour devenir celle que le grand public allait connaître le mieux parmi ceux qui savaient lire et écrire.

Avec l’arrivée du papier, qui remplaça le parchemin, ce style gagna ses lettres de noblesse.noblesse et servit d’écriture principale de Corans. À ce jour d’ailleurs, il y

Elle est presque toujours formée de courts traits horizontaux et de verticales d’égale hauteur au-dessus et au-dessous de la ligne médiane. Les courbes sont pleines et profondes, les jambages droits et verticaux, les mots bien espacés en général. 

Elle apparait dans l’ornementation architectonique à partir du XIIème siècle.

Le nashki, plus coulant, suggère la vie inépuisable de Dieu.

  • Comparaison entre Coufique et Nashki


L'écriture va s'étendre à toutes sortes de surface (papier, parchemin, bois, céramique, textiles...) et les graphies se multiplient.

Différentes graphies

Le farsi :

Style perse. Ce style cursif met en valeur les courbes de la lettre arabe en réduisant les figures angulaires, lui conférant une élégance toute particulière.

Le Thuluth (un tiers) :

Le Tholoth, apparu au VIIe siècle, est une écriture statique et monumentale, essentiellement utilisée à des fins décoratives dans les manuscrits et les inscriptions. Elle a également été utilisée pour la copie des Corans, surtout pour les têtes de chapitre. On la considère comme la plus importante des écritures ornementales.

Le Riqaa

L'écriture Riqaa (petite feuille) provient à la fois du Naskhi et du Tholoth. Le centre des boucles des lettres est invariablement rempli, les lignes horizontales sont très courtes. Son emploi fut réservé au courrier personnel et pour les livres profanes de moyen format. C'est aujourd'hui l'écriture manuscrite la plus employée dans le monde arabe.

Le Mohaqqaq:

Le Mohaqqaq était originellement une écriture dont les lettres étaient moins angulaires que le Coufique. L’ensemble était « produit avec méticulosité » comme son nom l’indique. Avec la découverte du papier autour de 750, l’écriture acquit une certaine rondeur qui la rendit plus facile à tracer et devint l’écriture favorite des scribes et pour la copie des Corans de grand format.

Le Tawaqi

Le Tawaqi (signature) est issu de l'écriture Riyasi,  que les califes abbassides utilisèrent pour signer leur nom et leur titre. C’est une grande écriture élégante, ce qui en fera une écriture utilisée pour les occasions importantes.

Le Tomar:

Il est possible d’ajouter à ces six écritures principales,  l’écriture Tomar qui aurait été conçue sous le premier calife omeyyade Moawiya (661-680). Ce dernier en fit une écriture royale et elle est à ce titre une des plus anciennes écritures arabes. L’Andaluz
Ce n’est pas seulement son rôle religieux privilégié et le refus d’utiliser l’art figuratif qui explique le succès immense de la calligraphie arabe.

La calligraphie arabe possède des caractères esthétiques indépendants du sens. Elle a donc pu être utilisée à titre purement décoratif dans des œuvres byzantines, chez les primitifs italiens et même sur les façades d’églises françaises du Moyen Âge.

  • Porte de la chapelle Saint Gilles Le Puy en Velay


L’écriture qui n’est qu’un moyen de communication par un système de signes sans importance par eux-mêmes, dès qu’elle devient art autonome, cesse d’être ce moyen et par conséquent cesse d’être un signe pour devenir une forme pure.

  • Dôme du Rocher

  • Mausolée de Mevlana Konya Turquie

Poète et père des derviches tourneurs.

La calligraphie arabe, comme tout art véritable a cessé d’être un moyen pour devenir une fin en soi.

  • Décor géométrique à base de droites


Dès lors, pour que l’espace de l’œuvre soit fortement structuré, puisqu’il ne pouvait plus l’être par la perspective et par la vraisemblance du « monde représenté », il fallait l’organiser de manière autonome, indépendante du sujet et de l’anecdote.

Cette structure de l’espace autonome de l’œuvre convenait tout particulièrement à des artistes placés en situation par les fameux interdits d’imiter des êtres vivants.

Puisqu’il fallait organiser ce monde autonome des formes, il a fallu mettre en œuvre un système de composition savant qu’utilisera plus tard toute la miniature musulmane. Esthétique de « l’horreur du vide ».

  • Coupole du Dôme de Jérusalem


Des formes récurrentes vont donc prendre leur place dans cette esthétique. Des formes géométriques particulières qui vont alors peupler l’art musulman.

  • Le plus caractéristique est l’octogone étoilé.

  • Octogone

Voici le destin surprenant d’un motif décoratif omniprésent dans l’ornementation islamique : l’étoile à huit branches ou octogone, formée de deux carrés concentriques superposés et décalés de 45°.

  • Octogone et Coran (2 diapos)

Dans la tradition coranique, il s’agit d’un symbole typographique utilisé pour marquer des divisions en parties égales au sein du texte et qui permet de rythmer la récitation du Coran, découpé en 30 sections (une par jour du mois). Ce symbole indique donc le quart d’une récitation quotidienne.

Sa connotation religieuse est fondamentale : c’est en quelque sorte une forme géométrique parfaitement régulière qui renvoie à la perfection de la parole divine.
De tous les polygones, l’octogone sera l’un des plus fréquents à travers tous les milieux dans l’art musulman.

Si on le désirait, on pouvait ainsi inscrire trois, quatre, cinq carrés et on obtenait alors des étoiles à douze, seize pointes….

  • Octogone étoilé

Puis, on va prolonger chacun des côtés du polygone central, qui dessinent les côtés d’un nouveau polygone semblable et ainsi de suite jusqu’aux limites de l’espace disponible.

Au début, les polygones se touchent par leurs côtés ou par leurs pointes.

  • Carrelage sans entrelacs

Puis les côtés vont se prolonger en entrelacs.

  • Exemple d’entrelacs

D’autant plus perceptibles que les côtés des polygones seront figurés par un galon plat continu qui passera alternativement au dessus et au dessous des autres galons.

  • Décoration « coupée »

A la limite de l’espace disponible, la série est coupée brusquement.

Non pas parce qu’on « ne sait pas faire autrement » mais parce que, cet entrelacs brusquement interrompu, donne le sentiment que cette trame de l’univers continue en réalité indéfiniment, qu’elle forme la texture de la nature selon la théologie musulmane. Le cadre du panneau est comme une fenêtre ou un microscope éclairant une portion arbitraire prise sur des séries qui se prolongent « d’un bout à l’autre » de l’univers.


  • Une autre forme utilisée : l’hexagone

Les hexagones étaient construits de la même manière, comme deux triangles sécants opposés, souvent inscrits dans un cercle.

La pointe de l’un désigne le Ciel, l’autre la Terre.

C’est le fameux emblème juif de « l’étoile de David » que les Arabes appelaient « le sceau de Salomon » et qu’ils respectaient et vénéraient. Salomon était pour eux un prophète mais aussi la personnification des connaissances.

  • Exemples de décoration avec « sceau de Salomon »


L’art musulman atteint, dans l’utilisation de ces motifs géométriques, un niveau de complexité et de développement jusqu’alors inconnu, convertissant ainsi la décoration géométrique en une forme artistique de premier ordre.

  • Décoration (2 diapos)

La géométrie de la décoration aide à obtenir des perceptions très diverses.

La répétition de motifs élargit l’espace à l’infini.

La symétrie des formes peut être perçue comme l’ordre et l’harmonie

Les différentes manières de percevoir les configurations des figures nous invitent à regarder et regarder encore.

Il est intéressant d’observer la symbolique liée aux différentes couleurs : pour les musulmans, le vert est la couleur du prophète. Les drapeaux de tous les pays musulmans en contiennent. Le jaune est la couleur du soleil, le bleu la couleur du ciel, du Paradis. Le rouge est la couleur du sang, l’ardeur guerrière ou érotique.

La complexité de certains des motifs, et la petite taille des pièces, exigeaient une grande habileté de la part de l’artisan qui réalisait l’assemblage.

  • Une autre forme apparaît aussi fréquemment : c’est l’étoile.

  • Etoile

On la retrouve dans une multitude de combinaisons, et elle trouve son origine dans la rotation de carrés.

L’impression finale donnée et celle d’un labyrinthe sans fin, composé par de multiples formes colorées, qui, vues ensemble, expriment une autre perspective du paysage géométrique.

  • Décoration avec « étoiles » (2 diapos)

  • Décor géométrique à base de courbes

  • Autre présence récurrente dans la décoration musulmane : l’arabesque.

Pour organiser l’espace de manière autonome et indépendante, n’était-il pas évident d’utiliser une courbe, considérée comme la plus belle ?

« Arabesque » vient du mot « arabe » mais les Arabes n'ont probablement pas inventé les éléments constitutifs de cet ornement. Il faut en effet remonter à l'Antiquité tardive et à l'art byzantin pour découvrir l'origine de l'arabesque.

  • Arabesques byzantines

L’arabesque est un motif ornemental. Son caractère ornemental provient d'effets de symétries ou de jeux de courbes qui évoquent des formes végétales, souvent entrelacées.
L’art musulman va d’abord se servir des spirales et arabesques byzantines.

  • Arabesques Mosquée de Damas

On peut classer l’ornement végétal en deux grands groupes ; le premier est attribué à l’intégration d’éléments pouvant être qualifiés d’un « naturalisme plus pur ».

Pour les hommes du désert à qui le Coran propose le paradis comme " un jardin sublime dont les fruits à cueillir seront à portée de la main ", l’arabesque végétale est une promesse d'infini.

  • Mihrab de la Mosquée de Cordoue


Puis, les formes végétales se convertissent en un motif répétitif et géométrique

La symétrie et l’harmonie avec lesquelles l’arabesque couvre les espaces sont basées sur les mêmes principes mathématiques qui régissent la décoration géométrique pure.

  • Coupole Mosquée de Kairouan

L'ornement à " la manière arabe " est un rythme ininterrompu, une végétation irréaliste, un mouvement sans fin, une variation inlassable...

  • Arbre aux arabesques

  • Entrelacs et motifs végétaux Mosquée de Kairouan


L’importance de l’arabesque se manifestera jusque dans la peinture.

  • Danseuses avec arabesques

Les yeux et les mains des danseuses se trouvent sur une arabesque parfaite. Du point de vue musulman, l’important était que les yeux qui symbolisent l’âme humaine et éventuellement les mains qui écrivent le Livre, se trouvent sur la courbe mathématique, spirale ou arabesque qui organise le monde des formes de l’œuvre.

En l’homme ce qui est essentiel c’est le regard et les mains. Ce sont d’ailleurs les deux seuls éléments prêtés à Dieu par le Coran. Il suffisait de disposer les visages et éventuellement les mains sur la courbe que l’on ne représentait pas mais qui assurait la structure maîtresse et secrète des œuvres.

  • Bataille

Dans une variante du hadith de Muslim, Ibn Abbas, le compagnon du Prophète, répond à un peintre qu'il peut « tâcher que les animaux ressemblent à des fleurs »

On peut rapprocher de cette phrase toute une série d'œuvres où mondes animal et végétal semblent se mêler.

  • Panneau à l’oiseau Le Louvre

Sur ce fragment de panneau apparaît un motif stylisé mi-végétal mi-animal : un oiseau à tête de profil dont les extrémités se muent en volutes.

La technique fait appel à une taille profonde et en biseau, faisant jouer le contraste entre ombre et lumière. La sculpture ici est particulièrement soignée avec ses angles adoucis, et sa composition sophistiquée qui fait glisser imperceptiblement l’animal dans le monde végétal.     

La transformation d’une forme en une autre, l’ambiguïté de lecture du motif sont souvent présentées comme une tendance de l’art islamique et peuvent être interprétées comme un jeu visuel, une recherche esthétique ou encore une manière de rendre licite le motif sculpté.
Plus tard, les protomés (Figure peinte à mi-corps, buste. Buste humain ou partie antérieure d'un animal, employé comme motif décoratif) de chevaux participent de cette même « esthétique de la métamorphose », leurs têtes émergeant d'un réseau de rinceaux végétaux.

  • Chevaux à protomés

On voit ici un rectangle fortement marqué par un axe de symétrie vertical, d’où émergent des entrelacs végétaux complexes. Sculpté sur plusieurs plans, depuis le très profond relief jusqu’à la gravure, ce panneau est par sa technique typique de l’art du bois du XIe siècle.

Malgré leur grande stylisation, on peut remarquer que les harnachements et l’anatomie des chevaux sont traités avec beaucoup de précision : l’œil, la bouche et le naseau sont indiqués par la gravure. Ces détails marquent peut-être une volonté de réalisme….

Les deux protomés de chevaux ne sont pas posés sur les rinceaux végétaux, mais semblent s’y intégrer. Leur encolure en émerge, et leurs oreilles se transforment en enroulements. Cette esthétique de la métamorphose n’est pas nouvelle dans les arts de l’Islam.

En Europe, l’idée de la transformation d’un animal ou d’un personnage en végétal est également ancienne. Les légendes des Métamorphoses d’Ovide, écrites au début de l’ère chrétienne ont donné lieu à pléthore de représentations artistiques. La nymphe Daphné est ainsi couramment représentée lors de sa mutation en olivier, tant sur une mosaïque romaine du IIe siècle comme dans une célèbre sculpture du Bernin. Dans les marges de manuscrits médiévaux, les lettrines ou les motifs décoratifs se transformant en animaux sont également fréquents.


Les arts mineurs
On appelle en Europe « arts mineurs » des domaines qui font partie des arts décoratifs.

Sur le plan esthétique, les arts mineurs de l’Islam, bien que réalisant souvent des objets magnifiques, n’apportent rien de nouveau à ce que nous savons de l’art figuratif et de l’art « abstrait » musulmans.

Cependant, en terres d'Islam (comme dans de nombreuses civilisations extra-européennes ou anciennes), ces arts décoratifs ont été portés à un point de perfection qui interdit de les classer comme artisanat.

Ainsi, si les artistes islamiques ne s'intéressent pas à la sculpture pour des raisons principalement religieuses, ils font preuve, selon les époques et les régions, d'une inventivité et d'une maîtrise remarquables dans les arts du métal, de la céramique, du verre, de la pierre taillée (cristal de roche notamment mais également pierres dures comme la sardoine), du bois sculpté et de la marqueterie, de l'ivoire, ...


  • La céramique

L'art de la céramique connaît quant à lui deux innovations majeures : l'invention de la faïence et celle du lustre métallique qui se retrouveront longtemps dans l’art musulman.

  • L’invention de la faïence (3diapos)

Dans les arts de l'Islam, on nomme « faïence » une céramique à pâte argileuse, couverte d'une glaçure opacifiée à l'oxyde d'étain, et décorée sur glaçure.

Le répertoire de motifs reste assez restreint : motifs végétaux, épigraphie.

La faïence fut le plus souvent utilisée pour faire des décors bleu et blanc (que l’on retrouvera plus tard en Chine, puis en Europe). On utilise pour cela le cobalt.

Le lustre métallique serait né au ixe siècle, peut-être par transposition en céramique d'un produit déjà existant dans le verre.

  • Coupe lustre métallique

Ce type de décor typiquement islamique consiste en une coloration plus ou moins prononcée par pénétration d’atomes d’argent ou de cuivre dans une glaçure déjà cuite.

On peut trouver deux types de décors lustrés.

L’un polychrome, le plus ancien (et pourtant plus difficile à obtenir), où l’on trouve plusieurs couleurs de lustres et un décor principalement composé d’éléments géométriques ou végétaux (médaillons, palmettes, arbre de vie, bouquet noué… ).

  • Coupe aux bouquets stylisés IXème siècle Musée du Louvre

  • Coupe rouge


Ces lustres polychromes sont rapidement remplacés par des lustres monochromes. Avec eux réapparaît l’iconographie figurative (personnages stylisés, animaux divers ou fantastiques).

  • Coupe en faïence bleue et blanche

  • Coupe décor bleu et blanc

Contrairement à la faïence qui n’a été utilisée que sur des pièces en forme, les lustres métalliques ont été utilisés autant sur des objets que sur des carreaux.

  • Mihrab de la Mosquée de Kairouan (2 diapos)

Si la faïence semble avoir été utilisée uniquement sur des pièces de forme, le lustre métallique au ixe et au xe siècle est attesté aussi bien sur des objets que sur des carreaux de revêtement : l'un des plus remarquables exemples connus est le décor du mihrab de la Grande Mosquée de Kairouan (Tunisie), constitué de cent trente neuf carreaux lustrés.


  • Le verre

Transparent ou opaque, il est produit, décoré par soufflage dans un moule, ou ajouts d'éléments. On connaît plusieurs exemples de verres taillés, dont le plus célèbre est sans doute le bol aux lièvres, conservé au trésor de Saint-Marc de Venise, et des décors architecturaux dans ce matériau ont été mis au jour à Samarra.

  • Flacon en verre soufflé

  • Aiguière

  • Les métaux

Les artisans travaillent déjà le métal en virtuoses, créant toutes sortes de vaisselles.

  • Aiguière de Marwan II Le Caire

L'aiguière de Marwān II, du musée islamique du Caire, en est un des plus impressionnants exemples. Composée d'une panse globulaire, d'un haut col finement ajouré, d'une embouchure en forme de coq, elle est un des chefs-d’œuvre de la période omeyyade. Elle est d'ailleurs créée pour l'un des souverains de cette dynastie.

  • Aiguière en métal

  • Lustre

  • Le bois sculpté

Le décor est d’abord dérivé des spirales et des arabesques mais il devient rapidement géométrique.

  • Décor de bois sculpté et marqueté

  • Décor de plafond en bois

  • Minbar en bois sculpté

  • Les ivoires

La mode des ivoires ne paraît pas avoir duré longtemps.

Un procédé plus simple a consisté à incruster des boîtes.

  • Coffret incrusté d’ivoire




  • Les tissus

Présent dans tout le monde musulman, le tapis est un d'abord un objet du quotidien pour les peuples arabes ou turcs initialement nomades mais aussi un symbole religieux puisqu'il isole le croyant des impuretés du sol.

  • Tapis (2)

Au fil des siècles et suivant les régions, il adopte une variété de matières, de motifs et de couleurs au point de devenir un élément de décoration de grand luxe.
Que ce soit la calligraphie et l’enluminure d’un Coran, que ce soit le décor sculpté d’une mosquée, que ce soit un minbar en bois ou en marbre, des lampes de mosquée en verre émaillé ou de la vaisselle en céramique, toujours et partout on retrouvera exactement les mêmes motifs essentiels et la même esthétique.

Il n’y a pas en art musulman de séparation des genres.

Les apports de l’art musulman

Les différents apports de l’art musulman
Les claustras

L’entrelacs de galon rectiligne ou curviligne est généralement conçu comme un décor de grille, de cloison découpée dans la pierre, le marbre ou le bois. 

Les claustras de marbre du Dôme du Rocher et des mosquées de Damas, Médine ou al-Aqsa obéissent à cette technique de l’entrelacs.

  • Types de claustras Mosquée de Damas

  • Types de claustras


Le stuc

Ce sont les réalisations les plus spectaculaires.

  • Palais de la Aljaferia Saragosse

  • Palais de l’Alhambra Grenade

A l’Alhambra, le stuc éblouit partout. Il s’agit sûrement de la ressource décorative la plus largement exploitée dans le monde islamique ; ceci est dû à son coût modéré, sa facilité de mise en œuvre, et sa capacité à être modelée ou taillée, il est également capable de s’adapter à tout support architectonique : murs, poteaux, voûtes…
Les muqarnas (mocarabes).

  • Muqarnas

Les muqarnas – ou mocarabes en espagnol – sont des prismes ou polyèdres, en bois ou en stuc, coupés de manière concave en leur partie inférieure. La grande particularité des compositions géométriques à base de mocarabes est que l’on peut en couvrir n’importe quel type de surface et volume inversé ; cela permet son utilisation pour la décoration de consoles, d’arcs, de coupoles.

Mais son application la plus surprenante reste la décoration des plafonds, comme ceux de la Sala de Dos Hermanas y Abencerrajes, un authentique prodige de cette spécialité décorative.

  • Alhambra Salle des deux sœurs

Les plafonds de muqarnas sont une allégorie des stalactites de la grotte où, selon la tradition islamique, se réfugia le prophète Mohamed, dans sa fuite de La Mecque à Medina. Elles peuvent aussi symboliser le ciel ou des ruches d’abeilles.

Il existe 7 formes prismatiques basiques, susceptibles d’être assemblées selon de multiples combinaisons, souvent complexes. Ces plafonds de muqarnas sont de réels prodiges mathématiques, puisque sur la base de la combinaison de corps géométriques, on parvient à remplir complètement un espace sans qu’il reste du vide.

  • Alhambra

  • Décoration de la mosquée du Sheikh Lotfollah

  • Dôme du rocher


Les arcs outrepassés

L'arc outrepassé (ou arc en fer à cheval) est un arc qui dessine un arc de cercle plus grand que le demi-cercle. Cette variante de l'arc en plein cintre est apparue au ve siècle dans le Bas-Empire romain et fut abondamment utilisée dans l'architecture wisigothique et hispano-mauresque. 

  • Différence avec l’arc en plein cintre

  • Arc outrepassé VIIIème au Xème siècle


Les arcs outrepassés brisés

L'arc outrepassé brisé est une variante de l'arc outrepassé apparue au xie siècle en Al-Andalus à l'époque des royaumes de taïfa.

On le trouve un peu partout dans les monuments du Maghreb et de l’Espagne Musulmane.

  • Différence avec l’arc outrepassé simple

  • Arc outrepassé brisé


Les influences de l’art musulman
Les sociologues considèrent qu’un transfert culturel est consommé lorsqu’il donne naissance à de nouvelles formes hybrides, dans la sphère des idées, en politique, dans la vie religieuse, et bien sûr dans les arts.


  • L’art Mozarabe

Mozarabe est le nom donné aux chrétiens vivant sur le territoire espagnol conquis à partir de l'an 711 par les armées musulmanes et connu à l'époque comme Al-Andalus , sur le sud de la péninsule ibérique. Les mozarabes avaient dans la société arabe le statut de dhimmi, statut d'infériorité qu’ils partageaient avec les juifs, en tant que non-croyants à l’Islam. C'est seulement dans la pratique, et non dans la loi, que leur culture, leur organisation politique et leur pratique religieuse étaient tolérées. Elles étaient assorties d’un contrôle strict.

Après une longue rébellion chrétienne (entre 852 et 886), la répression fut brutale et l'émir Mohammed Ier (852 - 886) ne laissa d'alternative à ses sujets rebelles que la conversion à l'islam, la mort ou la fuite.

À la suite de ce régime de terreur, des villes durent être repeuplées par des mozarabes venus de Tolède qui exercèrent une influence certaine sur leurs suzerains.

L’art mozarabe témoigna de cette époque, avec un style islamique mais des thèmes qui restèrent chrétiens.

L'Art mozarabe est la continuation en terre d'Islam de l'Art wisigoth.

  • Clocher de Santo Tomé Tolède

  • Puerta del sol Tolède


Il reste aujourd'hui très peu d'édifices de pur style mozarabe, excepté quelques églises, disséminées sur le territoire espagnol..

  • Eglise de Santa Maria de Melque VIIème VIIIème siècle

L'église Santa María de Melque se trouve dans la commune de San Martín de Montalbán, à 30 km au sud de Tolède.

  • Eglise de San Miguel de Escalada XIème siècle

En arrivant, on est tout de suite frappé par les douze belles arcades en fer à cheval du portique. Au XIe siècle, deux constructions furent ajoutées: la tour et la chapelle Saint-Fructueux.


  • L’art Mudéjar

Mudéjar désigne, à l'opposé, le musulman pratiquant librement sa religion sous la domination chrétienne.

L'art mudéjar, spécifique à l'architecture ibérique, provient ainsi des architectes et artisans musulmans employés par les souverains chrétiens pour construire leurs palais et autres monuments. 

L’Art islamique a suscité une véritable fascination chez les conquérants chrétiens. Fascination qui se reflètera essentiellement dans leur art de vivre.

Les plus grands centres de l'art mudéjar furent Séville et Grenade.

  • Patio de las doncellas Alcazar de Séville XIIIème siècle

  • Salon des Ambassadeurs Alhambra Grenade

  • Cour des Lions Alhambra Grenade

  • Jardins du Generalife Alhambra Grenade
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