Les Compagnons du Silence Édition de référence : Paris, Phébus, 1998. Le roman est ici présenté en deux tomes. Les Compagnons du Silence II troisième partie








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Paul Féval

Les Compagnons du Silence

BeQ

Paul Féval

(1816-1887)


Les Compagnons du Silence
roman
Tome deuxième
La Bibliothèque électronique du Québec

Collection À tous les vents

Volume 370 : version 1.01

Du même auteur, à la Bibliothèque :

Le Loup blanc

La Fée des Grèves

Contes de Bretagne

Une histoire de revenants

L’homme sans bras

Les Habits Noirs


Les Compagnons du Silence


Édition de référence :

Paris, Phébus, 1998.

Le roman est ici présenté en deux tomes.

Les Compagnons du Silence

II

Troisième partie



Le prince Coriolani



I



Le colonel San-Severo


Il y avait du monde partout, cette nuit : dans les salons et dans les galeries, sur les terrasses embaumées de fleurs, dans les parterres, sous les bosquets, le long des rampes illuminées qui montaient à ce chapeau chinois, léger et hardi, nommé le belvédère, au fond des grottes où régnait un suave demi-jour. La cour était là, brillants seigneurs et belles dames.

Quand Doria donnait la fête, on venait de loin. Vous eussiez entendu parler sous les orangers tous les dialectes de l’Italie : la grave langue de Rome, le pur florentin, le piémontais déjà tudesque, et le vénitien, qui a pris des mots à tous les idiomes de la terre.

Il n’y a guère de grande famille dans la péninsule italique qui ne se vante d’être alliée à Doria. Rien qu’avec ses nobles parents, Doria pouvait emplir ses galeries, ses salons et ses jardins.

C’était février, c’était le plein carnaval. Pendant le carnaval à Naples, le masque est de mise partout. On ne donne pas de bals masqués : on donne des bals. Chacun s’y costume selon sa fantaisie, pourvu que le costume soit beau.

Elles passaient donc, ces reines, fatiguées déjà de plaisirs, car la nuit s’avançait. Elles allaient, par groupes gracieux et rieurs, de la salle de spectacle où la compagnie du théâtre Saint-Charles avait chanté toute la soirée, aux salles de danse couvertes et en plein air, d’où sans cesse partait l’appel des orchestres. D’autres descendaient, au bras de leurs cavaliers, les sentiers mystérieux conduisant aux grottes et aux cabinets de verdure.

Parmi celles-ci, nous eussions reconnu Pénélope Brown, l’épouse imprudente de Peter-Paulus. Elle était toujours accompagnée de son colossal sigisbé, le colonel San-Severo ; de la garde romaine.

Cet officier supérieur, haut de six pieds, ne l’avait point quittée et lui faisait une cour assidue. Mais gardons-nous de laisser croire un seul instant au lecteur que la fille de Marjoram et Watergruel eût le moindre tort à se reprocher.

Pénélope avait appris le départ de son mari par Jack. Ses soupçons étaient d’avance éveillés par la conduite inconsidérée de Peter-Paulus à bord du Pausilippe. Pénélope connut tout d’un coup l’étendue de son malheur.

– Je suis trahie, dit-elle à Mélicerte, sa confidente fidèle.

– Tous les hommes sont les mêmes, repartit Mel en haussant les épaules.

– Croyez-vous véritablement que je sois trahie ? demanda Pénélope, qui avait espéré une contradiction.

– On demande milord Brown, dit en ce moment un domestique de l’hôtel montrant sa tête à la porte.

– Est-ce une femme ? s’écria Pénélope jalouse.

– Non, milady... c’est un homme qui vient pour l’affaire que vous savez.

– Dissimulez !... lui glissa Mel à l’oreille.

– Faites entrer, dit Pénélope.

Un homme de six pieds de haut, portant le riche costume de la garde romaine fut introduit. Pénélope prit cet air effarouché de l’Anglaise qui connaît ses caouvenences. Pendant que l’étranger saluait, elle lui dit :

– Vos été le premeur homme qui entré dans le chamber de moâ... Je disé à vos lé raisonne... je vôlé me vendger de milord !

Le colonel ne comprenait pas un mot de français. Il salua milady, et, prenant sa main pour la baiser, il lui fit une double croix sous la paume. Pénélope, chatouillée, se réfugia jusqu’auprès de son lit en criant comme une aigle :

– Shocking ! very schocking indeed !

– Ce sont les habitudes du pays, lui dit Mel. Un beau brin d’homme !

– Ah ! dit le colonel en italien, est-ce qu’il y a quiproquo ? Je croyais que vous connaissiez l’affaire... mais, du moment que je vous gêne...

Il fit mine de se retirer. Un signe de Mel le retint.

– Je veux bien rester, moi, grommela le colonel de la garde romaine ; mais du diable si je sais comment leur faire comprendre la chose.

Pénélope et Mel le regardaient. Il chercha des yeux autour de la chambre et vit un écrin sur la table de nuit. Il le montra du doigt.

– Diamants ?... dit-il.

– Je compréné bienne, répliqua Pénélope.

– L’avez-vous ? demanda le colonel.

– Yes, yes, fit milady, pôt aller lé soar au bal.

– Justement ! s’écria le beau brin d’homme ; au bal !

– Et mylord y est ? interrogea Pénélope.

– Le Pendjaub !... fit le colonel. San-Severo ; diamants... bal... ce soir !

– Jé compréné bienne... Je vôlé siurprendre M. Brown et venger moâ... positively !

– M. Brown ! s’écria San-Severo ; c’est cela ! nous nous entendrons !

Ils ne savaient absolument pas ce qu’ils avaient dit l’un l’autre ; mais chacun d’eux avait son idée fixe.

San-Severo, qui était, comme le lecteur le sait déjà, le terrible capitaine Luca Tristany, ayant appris qu’un Anglais nommé Brown était arrivé par le Pausilippe, venait s’aboucher pour la fameuse affaire du Pendjaub. Pénélope comprenait vaguement qu’un beau militaire voulait la conduire à un bal où Peter-Paulus était déjà en fraude de ses droits conjugaux.

– Milord, dit-elle, jé vôlé caounfier moâ à voter honour, pôr siurprender M. Brown et vendger moâ.

– C’est cela ! s’écria Luca Tristany, M. Brown... juste !

Elle lui tendit la main. Il la prit sans façon par la taille, et fit un tour de bal en répétant le mot bal. Je crois que ses moustaches effleurèrent même le front chaste et immaculé de Pénélope.

– Ce sont, dit Mel en ouvrant les malles, les habitudes du pays.

Le beau colonel, voyant qu’on retirait des malles cette prestigieuse toilette que nous avons déjà décrite, et dont les diverses pièces avaient été achetées par Peter-Paulus lui-même dans les plus élégants magasins de Fleet street, approuva chaudement et dit :

– Parfait !... Vous le montrerez au prince royal et à Sa Majesté elle-même.

Il parlait du diamant.

Mel prit le colonel par la main et le conduisit dans la chambre de Peter-Paulus où il n’y avait plus personne. Le colonel l’embrassa sur les deux joues. Quand elle fut partie, il fourra dans sa poche divers petits objets qui se trouvaient sur les meubles. Ce n’était pas pourtant un homme minutieux, mais il y a de vieilles habitudes.

La toilette de Pénélope fut faite vivement et gaiement. Le mariage de ces vives couleurs rose, bleu, orange, amarante, eut lieu selon les règles les plus sévères du goût de Cheapside. Quand on alla chercher le colonel et qu’il vit cette longue femme vêtue en arc-en-ciel, il offrit vivement son bras. Un équipage stationnait à la porte. Pendant la route, le colonel tâta un peu les poches de sa compagne, pour voir s’il sentirait l’écrin du Pendjaub.

– L’honour de moâ été enter vos mains ! lui dit Pénélope ; j’été iune faibel gentlewoman ! Je vôlé bien sévôrer le vendgeance... mais jé vôlé gâder préciously le vertiou !

San-Severo, le brave géant, n’en voulait qu’au Pendjaub.

Pénélope eut deux occupations principales à la fête du palais Doria : chercher Peter-Paulus, son infidèle conjoint, et se venger de lui. À vrai dire, elle ne réussit ni à l’un ni à l’autre. Nous savons si le pauvre sujet anglais était sur un lit de roses ! Quant au colonel, qui naturellement était chargé d’aider Pénélope dans sa vengeance, il s’acquitta fort mal de son emploi. Il était là pour le diamant. Le baragouin de Pénélope commençait à l’exaspérer. Il l’avait traînée de salon en salon, disant à tout le monde qu’elle était la femme du plus riche joaillier de Londres, mais tous ses efforts pour obtenir le moindre renseignement sur le fameux Pendjaub étaient restés absolument infructueux.

Ceux qui passaient près de lui le félicitaient sur sa conquête. Pénélope, au bout d’une heure, pesait cent livres à son bras.

Vers minuit, elle put voir un certain mouvement insolite dans les salons et dans les jardins. Son colonel fut accosté successivement par plusieurs personnes qui lui glissèrent quelques mots à l’oreille. À dater de ce moment, le colonel devint encore, s’il est possible, plus taciturne et plus froid avec sa belle compagne. Il aborda brusquement un cavalier dont Pénélope admira les cheveux châtains avec mélancolie, et lui fit tout bas une question.

Le cavalier dit en anglais à Pénélope :

– Le seigneur colonel désire savoir si vous avez le diamant sur vous.

– Oh ! s’écria en français la fille de Marjoram, il été bienne doux dé entender, si loin de le Anguelterre la languadge de le pays natal !

– Qu’a-t-elle répondu ? demanda San-Severo.

– Rien, fit le cavalier inconnu.

Le colonel fronça ses gros sourcils et prononça durement :

– Dites-lui de répondre, sang du Christ !... nous n’avons plus de temps à perdre !

– Le seigneur colonel prie milady de répondre, dit le cavalier ; est-ce milady qui a le diamant ?

– Quel diamant ? fit Pénélope.

Le cavalier ayant traduit ceci au colonel San-Severo, celui-ci lâcha le bras de milady, la fit asseoir sous une tonnelle, se leva et dit :

– Je vais revenir.

Après quoi, il disparut avec son compagnon.

À peine avait-il tourné l’angle de la charmille, laissant Pénélope aussi désolée et embarrassée qu’Ariane, qu’elle vit revenir à elle le cavalier inconnu. Celui-ci s’assit auprès d’elle.

– Ne me répondez pas, lui dit-il en anglais, et prêtez bien attention à mes paroles ; si c’est votre mari qui a le diamant, qu’il se garde de le montrer... Repartez pour Marseille cette nuit même, si cela vous est possible... Il y va de la vie !

Le cavalier se leva et s’esquiva. Pénélope était pétrifiée. Une voix se fit entendre derrière elle dans l’intérieur du massif.

– Parlons italien le moins possible, disait cette voix en français, on nous surveille... Le prince royal et le roi sont ensorcelés.

Pénélope était fille d’Ève, malgré son apparence un peu masculine. Sa curiosité l’emporta sur sa crainte. Elle écarta doucement quelques branches de jasmin qui fermaient le fond du berceau, et glissa un regard à l’intérieur du massif. Il y avait là six dominos noirs, six masques à barbe. Impossible de voir leurs visages ! À leur voix, seulement, Pénélope devina que c’étaient des jeunes gens.

– S’il ne vient pas... disait l’un d’eux exprimant un doute et une crainte.

– Il viendra ! l’interrompit-on.

– Alors, s’écria l’un de ceux qui n’avait pas encore parlé, il est à nous.

– Si tu as du courage, marquis ! lui fut-il répondu.

Le marquis étendit la main.

– Je jure, s’écria-t-il avec toute l’énergie de la haine italienne, que, si cela dépend de moi, cet homme ne sortira d’ici que déshonoré ou mort !

– Quand même il faudrait donner ton honneur ou ta vie ? dit-on encore.

Celui qu’on avait appelé marquis se dressa de son haut d’abord, puis il baissa la tête en prononçant d’une voix sourde :

– Quand même !

II



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