Quel a été le rôle des historiens dans la constructions des mémoires de la guerre d’Algérie ? Quelles ont été les différentes étapes de ce processus ?








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date de publication10.10.2017
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Composition : l’historien et les mémoires de la guerre d’Algérie
La mémoire collective, celle d’un pays, est l’expression d’un lien avec le passé qui peut être manipulé et propre à chaque groupe particulier ou acteur. C’est donc une construction subjective.

Certaines périodes, certaines déchirures, sont particulièrement source d’enjeux de mémoire comme la seconde guerre mondiale et la guerre d’Algérie, cette guerre dite « sans nom ».

Le rôle des historiens est alors essentiel : il travaille sur la et les mémoires, sur la représentation du passé et sur le rapport des sociétés à leur passé ; il croise les sources pour tendre vers la vérité, l’objectivité. Pour cela il dispose d’outils : archives, documents, témoignages… qu’il doit exploiter.

Dans le cas de la guerre d’Algérie, il s’est trouvé confronté à différents groupes ou institutions qui ont rendu complexe ce travail de mémoire

Quel a été le rôle des historiens dans la constructions des mémoires de la guerre d’Algérie ? Quelles ont été les différentes étapes de ce processus ?

Nous verrons dans un premier temps comment la mémoire officielle a conduit à une « amnésie officielle » et donc à une mémoire partielle et partiale du conflit ; il faudra en effet attendre les années 90 pour que l’afflux des témoignages n’éclaire cette période d’un jour nouveau, sans que pour autant tout les problèmes ne soient réglés (c’est ce qui fera l’objet d’une deuxième partie).
Selon l’historien Benjamin Stora, les années qui ont suivi les accords d’Evian jusqu’aux années 1990, peuvent être qualifiées de partiales et partielles concernant le travail de mémoire. En effet, l’Etat, alors dirigé par le général de Gaulle, s’attache à réconcilier les français entre eux dans un contexte déjà difficile qui succède à la fin de la seconde guerre mondiale, puis la défaite en Indochine et enfin la guerre d’Algérie. C’est pourquoi il organise une « amnésie officielle » afin de ne pas raviver les tensions entre les différents protagonistes de cette guerre qui ne dit toujours pas son nom. On peut alors parler d’un véritable refoulement, correspondant à la loi d’amnistie inscrite dans les accords d’Evian (1962) qui implique l’arrêt immédiat des poursuites et libération des prisonniers algériens en France et français en Algérie. Une seconde loi d’amnistie sera proclamée en 1982 en faveur des anciens officiers putchistes (en référence aux évènements de mai 1958) car selon les mots du président François Mitterand : « il appartient à la nation de pardonner ». La volonté de conciliation autour de la nation est alors très claire.

Pourtant, dès les années 1950-55, des intellectuels s’étaient élevés contre le silence et l’oubli, tel Henri Alleg, dirigeant du journal « Alger Républicain » qui fut arrêté et torturé par l’armée française (10ème DP), ce qu’il relata en 1958 dans un ouvrage intitulé « la question », en référence à la torture, à une époque ou le silence régnait sur ce sujet. La filmographie de cette époque témoigne également de la difficulté de parler du conflit, tel le film de Jean-luc Godard « le petit soldat », sorti en 1960 mais censuré jusqu’en 1963. Le cas des appelés du contingent, à qui cette guerre a été imposée, est particulièrement complexe ; impliqués dans une escalade des évènements qu’ils ne maîtrisent pas, ils ressentiront longtemps les stigmates de cette violence ; c’est ce qui apparaît dans le film « avoir 20 ans dans les Aurès ».

C’est pourquoi à leur retour, de nombreux soldats et rapatriés ne peuvent accepter ce silence comme remède. Pour eux, leurs souffrances doivent être reconnues ; ils se rassemblent dans des associations d’anciens combattants, telle la FNACA (Fédération Nationale des Anciens Combattants d’Afrique du Nord) qui choisit le 19 mars comme célébration officielle de la fin de la guerre, ce en quoi elle s’oppose à d’autres associations qui considèrent cette date comme le début de nouvelles souffrances. Il apparaît donc dès cette époque bien difficile de construire une mémoire commune des évènements, même par ceux qui les ont vécus. Parmi ces dernier, certains ont en effet été particulièrement visés, tels les harkis, également nommés supplétifs de l’armée française ; la fin de la guerre a marqué pour eux le début d’une série d’exécutions sommaires de la part des anciens du FLN qui les considéraient comme des traitres. Réfugiés en France ils n’ont trouvé que peu de soutien et ont été le plus souvent installés dans des camps de fortune. Humiliés des deux côtés, leur mémoire des évènements est particulièrement douloureuse. Quant aux français d’Algérie les « pieds noirs », ils ont dû accepter l’exode de ce pays qu’ils considéraient comme le leur ; un véritable déchirement et une installation en France, un pays pour eux presque inconnu, auquel ils ont dû rapidement s’adapter. Ces mémoires multiples ont fait l’objet de différents films qui témoignent et portent aux yeux du publics le vécu des différents protagonistes ; c’est le cas dans « le coup de sirocco », qui en 1979 raconte le retour difficile des pieds noirs. Cependant, la question des harkis, plus difficile et douloureuse ne sera exprimée que plus tard.
Dans ce contexte complexe, le rôle des historiens dans l’élaboration d’une mémoire objective est particulièrement important, de par leur point de vue à la fois critique et impartial d’analyse. A ce titre, travailler sur les mémoires de la guerre d’Algérie s’avère comme un véritable défi, qu’ils commencent à relever à partir des années 1990. En effet, à partir de cette période, les mémoires se « réveillent » et l’on peut même parler d’une hypermnésie. Les témoignages se succèdent et sont révélés au grand public, de nombreux ouvrages sont publiés sur le sujet et sur les évènements liés à la guerre d’Algérie, tels que ceux d’octobre 1961 (une manifestation de sympathisants du FLN réprimée à Paris et qui aurait fait de nombreux morts) dénoncés par Jean-Luc Einaudi dans son livre « Octobre 1961 un massacre à Paris », contre lequel Maurice Papon, alors préfet de la Seine et incriminé par l’auteur, lance un procès. Selon un journaliste, celui-ci a pu le faire et échapper à ses responsabilités grâce à la loi de 1979 qui interdit la consultation des archives. Le passé a donc bien du mal à refaire surface et à être totalement assumé, même en 1999 date de l’article de Claude Liauzu. Pourtant, cette même année, la guerre prend enfin un nom, au travers de la loi du 18 octobre, par laquelle des conditions de stricte égalités sont reconnues entre tous les combattants du conflit ( les termes « guerre d’Algérie » sont clairement mentionnés), y compris les forces supplétives françaises, les harkis.

Peu à peu, la dénonciation de la torture pratiquée par l’armée française se fait également plus directe, comme par exemple dans le livre de Raphaelle Branche intitulé « la torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie ». L’historien et la société doivent également tenir compte et assimiler des différents témoignages parfois très poignants, à l’image de celui de Louisette Ighilahriz qui accuse ses tortionnaies et décrit précisément l’horreur de ce qu’elle a subi. Face à elle, le général Massu et le général Bigeard tentent de faire entendre leur point de vue dans le journal « le Monde ». Le cinéma apparaît aussi comme un exutoire de mémoire ; c’est le cas dans le film « l’ennemi intime » de Patrick Rotman en 2002 ou dans « hors la loi » de Rachid Bouchareb en 2007 ; ces deux films font apparaître la confusion et les oppositions qu’a pu faire naître ce conflit, les difficultés à se positionner, au sein même d’une famille. En 2006, le film « Harkis » dénonce clairement le sort qu’ils ont dû subir lors de leur arrivée en France et le malaise qui se répercute sur les nouvelles générations.

En effet, 50 ans après, les plaies ne sont pas encore refermées et le malaise reste présent au cœur de la société française. C’est pour tenter d’y mettre fin que la loi de février 2005 exprime la reconnaissance de la Nation à tout ceux et celles qui ont souffert dans les anciennes colonies françaises, mais mentionne également un rôle positif de la France à l’époque coloniale, ce qui a suscité un véritable tollé auprès d’une partie de la classe politique et d’une partie des historiens et de la société civile. La controverse provoquée par cette loi montre également la difficulté à assumer pleinement ces pages de l’histoire. Des oppositions s’affirment également quant à la date choisie pour commémorer la guerre d’Algérie. Celle du 5 décembre, choisie par le président Jacques Chirac en 2003 ne correspondait à aucun évènement précis, mais elle évitait les tensions entre les partisans et les opposants à celle du 19 mars 1962, date officielle du cessez-le-feu mais refusée par certaines associations qui la considèrent comme le début de nouvelles souffrances, en particulier les rapatriés qui se sont alors sentis trahis par la France, ou encore les harkis que celle-ci a laissés à leur triste sort. Un sort qui n’est toujours pas totalement réglé en 2001, comme le fait apparaître le discours du président algérien Bouteflika qui accuse la France de les considérer comme des « sous-citoyens français » mais ne se dit pas prêt à les accueillir sur le sol algérien en les comparant aux « collaborateurs » français durant la seconde guerre mondiale, une comparaison que les principaux concernés ne peuvent tolérer.

Cette confusion des mémoires se fait jour à nouveau en 2012, lors de l’installation de 1585 noms supplémentaires sur le mémorial érigé qui Branly. La Fnaca considère cela comme un « détournement de mémoire » réfutant l’inscription de ces noms qui selon elle ne serviraient qu’à « rendre hommage aux militaires et supplétifs ayant trouvé la mort au service de la France ».

Ce travail de mémoire apparaît donc encore aujourd’hui comme un sujet sensible et objet de tensions entre les différents protagonistes, ont chacun un vécu et donc un regard différent sur les supplétifs, militaires engagés, membres du contingent, rapatriés évènements dont ils veulent aujourd’hui faire entendre leur point de vue lors des différentes commémorations. Le rôle des historiens est alors de permettre le passage du témoignage à l’histoire au travers des travaux récemment publiés tels que ceux de Guy PERVILLÉ, Benjamin STORA, Mohammed HARBI, Gilbert MEYNIER, Raphaëlle BRANCHE.

Selon Jean-Charles JAUFFRET, « ceux qui ont vécu directement la guerre d'Algérie », après avoir longtemps refusé de parler, ressentent le besoin avec l'âge de faire un retour sur eux-mêmes, devenant après avoir été longtemps « hommes mémoire » et « hommes silences », des « hommes témoins ». La multiplication des mémoires particulières, cloisonnées, celles des officiers, des soldats appelés du contingent, des pieds-noirs, des harkis, et l'irruption d'un nouveau groupe social, porteur à son tour de la mémoire algérienne, celui des enfants issus de l'immigration algérienne, ceux qu'on appelle les " Beurs ", constituent pour Benjamin STORA « un redoutable défi à la société française », avec le risque de voir se développer « une mémoire communautarisée autour de la question algérienne ».

Dans le même temps, on a vu s'effectuer une relève au niveau des historiens qui, comme le rappelle Jacques FRÉMEAUX, n'ont d'ailleurs jamais cessé de travailler sur la guerre d'Algérie, relève stimulée par l'ouverture depuis 1992 des archives de l'Armée, de la Justice et de la Police, et qui a débouché sur de nombreux travaux universitaires. (CRDP de Reims).

L’absence de commémoration ou cérémonie officielle le 19 mars 2012 pour le cinquantenaire des accords d’Evian illustre parfaitement la difficulté de ce travail de mémoire.

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