Le mur idéologique Par Sami A. Aldeeb Abu-Sahlieh1








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4) Le cimetière1


La séparation qu’on a constaté entre les vivants s’étend à la tombe, tant chez les juifs que chez les musulmans. D’où la révendication par ces deux communautés de cimetières religieux réservés exclusivement à elles. On ne doit pas se mélanger avec des «mécréants».

A) Séparation après la mort chez les juifs


Selon la Bible, les fils de Hèt proposèrent à Abraham d'enterrer Sarah dans la meilleure de leurs tombes, mais Abraham refusa l'of­fre et insista pour acheter une grotte et un champ en propriété afin d'y enterrer sa femme (Genèse chap. 23). Jacob fit jurer à Joseph solennellement (sur ses organes génitaux) de transporter son corps de l'Égypte pour le faire enterrer à Canaan dans le tombeau de ses pères (Genèse 47:30). Joseph aussi fit jurer aux fils d'Israël de l'emporter avec eux lorsqu'ils reviennent en Canaan (Genèse 50:25). Ainsi Moïse emporta avec lui les ossements de Joseph (Exode 13:19) et ils furent enterrés à Sichem, dans une parcelle de champ que Ja­cob avait achetée aux fils de Hamor (Josué 24:32).

On a déduit de ces récits que les juifs ne devaient pas être enterrés avec les autres. Le Talmud comporta ensuite deux prescriptions apparemment contradictoires. Ainsi B. Shandrin 47a dit qu'on n'enterrera pas le pervers à côté du juste, et Bavil: Gittin 61a ajoute: «Nous enterrerons les morts des non-juifs avec les morts des juifs pour la paix». Cette dernière phrase a donné lieu à des in­terprétations contradictoires: certains estiment que le but est de maintenir de bonnes relations avec les voisins non-juifs, d'autres estiment que c'est pour des raisons humanitaires, d'autres enfin se satisfont de citer cette phrase d'une manière tronquée: «Nous enter­rerons les morts des non-juifs», sans la précision qu'ils seront enter­rés avec les juifs. L'Abrégé du Choul'hane Aroukh statue:

On n'enterre pas un méchant auprès d'un juste, comme il est dit: «Ne rappro­che pas mon âme des pêcheurs» (Psaumes 24:9). Même un méchant qui a eu une très mauvaise conduite, on ne l'enterrera pas auprès d'un autre méchant, dont la conduite a été moins mauvaise. De même on n'enterrera pas un juste, et à plus forte raison quelqu'un dont la conduite a été moyenne, aux côtés d'un homme particulièrement estimé pour sa piété. On n'enterrera pas ensemble deux hommes qui se détestaient l'un l'autre, car même dans la mort, ils n'au­ront pas la paix.

Le Zohar, livre ésotérique juif écrit vers 1300, dit:

Dieu purifiera la Terre Sainte de toute la souillure des païens, comme un homme qui secoue son manteau pour en rejeter l'ordure. Les païens enterrés en Terre Sainte seront rejetés hors du domaine sacré. Rabbi Siméon purifiait les rues de Tibériade en faisant rejeter les païens qui y étaient enterrés.

La question de l'enterrement des juifs avec les non-juifs s’est posé notamment en raison de la multiplication des mariages mixtes. Ceci a fait l'objet de réponses variées de la part des rabbins qu'on peut trouver sur Internet.

Une réponse de 1914 affirme que si un juif possède un terrain dans un cimetière, il peut y faire enterrer sa femme non-juive, à moins que la congrégation qui a vendu le terrain ait mis comme condition le non enterrement de non-juifs. Mais dans tous les cas, il sera interdit de procéder à une cérémonie religieuse non-juive à l'intérieur du cimetière juif, tout comme il sera interdit de déposer sur la tombe de la non-juive un symbole religieux comme la croix.

Une réponse de 1916 permet l'enterrement du conjoint d'un juif dans un terrain que celui-ci possède. Il est par contre interdit d'en­terrer un conjoint juif dans le cimetière d'un non-juif; dans ce cas le rabbin ne doit pas présider aux funérailles.

Une réponse de 1936 affirme qu'il est permis à une femme non-juive d'être enterrée à côté de son mari juif dans un cimetière juif, mais la pierre tombale ne doit pas porter de signes religieux chré­tiens.

Une réponse de 1963 dit qu'il est permis d'enterrer un proche pa­rent non-juif près de son parent juif, dans le terrain de ce dernier. La cérémonie religieuse à la maison peut être célébrée par un clergé chrétien, mais dans le cimetière lui-même, la cérémonie doit être juive. On ne permettra pas à un non-juif qui n'a pas de lien de parenté d'être enterré à côté d'un juif. On pourra cependant créer une section séparée dans le cimetière juif pour des demandes iso­lées d'enterrement de non-juifs non-apparentés.

Un rabbin m'a donné la raison suivante pour laquelle il ne faut pas mélanger les juifs et les non-juifs:

Les juifs ont un objectif spécial dans ce monde, étant choisis par Dieu pour être la lumière parmi les nations. De ce fait, nous devons savoir qu'il s'agit d'un privilège jusque dans l'autre monde. Nous ne devons pas penser que tout finit dans ce monde ou que lorsque la mort survient nous sommes comme les autres. Pour cela, nous sommes enterrés seulement dans des cimetières juifs pour que nous nous rendions compte que ce privilège reste valide pour nous dans l'autre monde aussi.

En Israël, un jeune immigrant russe, né d'un père juif et d'une mère chrétienne, avait entrepris la procédure de conversion au judaïsme avant d'être tué dans un attentat à Jérusalem. N'étant pas considéré comme juif, les rabbins ont interdit son enterrement dans le cimetière juif de Jérusalem. Les autorités chrétiennes russes ortho­doxes ont aussi refusé de l'enterrer dans leur cimetière sans des fu­nérailles chrétiennes. Il fut alors mis dans le cimetière des Bahaïs. Pour essayer de résoudre ce genre de problèmes, l'organisation juive non-orthodoxe Menuha Nehona lutte pour avoir des cimetiè­res ou des carrés qui échappent au monopole des autorités juives orthodoxes. C'est ainsi qu'elle a inauguré en mars 1999 un cime­tière laïque à Beersheba et un autre en novembre 2001 à Jérusa­lem.

Signalons ici qu’il est interdit aux Juifs, descendants d'une famille sacerdotale comme celle de Cohen ou de Lévi, de se contaminer au contact avec un mort ou par la proximité trop immédiate d'une tombe. C'est pourquoi ils sont également enterrés à l'écart. La presse israélienne rapporta le 1er janvier 2002 que le gouvernement israélien promit aux juifs ultra-orthodoxes que les avions El-Al ne voleront pas au-dessus du cimetière d'Holon en décollant de l'aéroport de Tel-Aviv parce que, selon la loi juive, ceux de descendance sacerdotale n'ont pas le droit d'entrer dans un cimetière et que la contamination s'étend jusqu'au ciel.

Les milieux religieux vont jusqu'à interdire l'enterrement d'un juif non-circoncis dans le cimetière juif. De ce fait, ils procèdent à sa circoncision après la mort, qu'il soit mort-né ou adulte. La Knesset a connu des débats houleux à ce sujet, notamment à propos des juifs soviétiques décédés en Israël et circoncis par les sociétés fu­néraires sans l'accord préalable de leur famille. Les membres laïcs de la Knesset ont vu dans cette pratique «la dernière en matière de coercition religieuse». Le dirigeant du parti Meretz Yossi Sarid, membre de la Knesset, a dit: «Je suis seul responsable de mes organes sexuels. Moi seul et personne d'autre. L'establishment religieux ne contrôle pas seulement nos vies, mais aussi nos morts». Ophir Pines, du parti du travail, a qualifié la circoncision posthume d'acte «perverti et maladif» et «une forme d'adoration des idoles». Le porte-parole du ministère des affaires religieuses a précisé: «Selon la halacha, il est interdit d'enterrer une personne incirconcise parmi les juifs, et les incirconcis sont habituellement enterrés dans des cimetières pour des juifs qui ne se conforment pas à la halacha».

B) Séparation après la mort chez les musulmans


Au début de la communauté musulmane, les musulmans enter­raient leurs morts dans la maison (comme ce fut le cas de Maho­met), près des maisons, dans le désert ou dans des cimetières communs. Il ne semble pas qu'il y ait eu initialement une sépara­tion entre les tombes des musulmans de celles des non-musulmans. Les musulmans ont hérité des cimetières qui existaient auparavant et y enterraient leurs morts. Les Arabes n'accordaient probablement pas trop d'importance aux tombes. On rapporte à cet égard que Mahomet a désaffecté des tombes des mécréants pour y créer sa propre mosquée sans que cela ait provoqué une protestation de la part des gens de Médine. Par la suite, les juristes musulmans classiques ont estimé qu'il est possible de transformer un cimetière mécréant en un cimetière musulman, mais à condition que les tom­bes soient désaffectées et que les ossements des mécréants soient mis dans un autre lieu que le cimetière. En revanche, ces juristes interdisent de transformer un cimetière musulman en un cimetière pour les mécréants. Ils justifient cette différence de traitement par le fait que les morts mécréants ne bénéficient pas d'immunité et de respect, contrairement aux morts musulmans. Ils ont interdit aussi d'enterrer un musulman dans le cimetière des mécréants (à moins d'être désaffecté) tout comme ils ont interdit au mécréant d'être enterré parmi les musulmans. Pour comprendre la désaffection du cimetière mécréant avant de pouvoir y enterrer des musulmans, et l'interdiction d'enterrer un musulman auprès d'un mécréant, il faut avoir à l'esprit la croyance musulmane relative à la vie après la mort.

Se basant sur des versets coraniques et des récits de Mahomet, les musulmans croient que l'âme du mort reste dans le corps pendant sept jours. Dès que le corps du mort est installé dans la tombe et que les gens qui l'ont enterré s'éloignent - le mort entend leurs pas selon Mahomet -, deux anges noirs, appelés Munkir et Nakir, ayant des yeux brillants comme des chaudrons de cuivre et des canines comme des cornes de bœufs, se présentent à lui et commencent la question durant les sept jours: «Que pensais-tu de Mahomet?» Le croyant répond: «J'atteste que Mahomet est le serviteur de Dieu et son messager». Les deux anges lui montrent alors la place qu'il au­rait occupée en enfer et qui est échangée contre une place au para­dis, et ils élargissent sa tombe de tous les côtés pour qu'il soit à l'aise. Le mort sent alors une immense joie qui perdure à jamais.

Les deux anges posent la même question au mécréant. Celui-ci ré­pond: «Je ne connais pas Mahomet. Je n'en disais que ce que disent les gens». Sur ce, les deux anges frappent le mécréant avec un marteau en fer entre ses oreilles; le mécréant pousse alors un cri si fort que ses voisins l'entendent, sauf ceux qui sont très sourds. Les deux anges ouvrent ensuite la porte de l'enfer et montrent au mécréant les différents instruments de supplice. Le mécréant est alors pris d'une peur immense. Les deux anges lui ouvrent aussi la porte du paradis pour lui montrer la place qu'il aurait pu occuper et qui désormais est échangée par une place en enfer. La tombe du mécréant devient alors comme une fosse de feu et se rétrécit, mettant le mécréant mal à l'aise. Mahomet affirme à cet égard que «la tombe est soit un des jardins du paradis, soit une des fosses de l'enfer».

Rapportant ces croyances, Hasan Khalid, le mufti du Liban, insiste sur le fait que le damné subit réellement la souffrance déjà dans la tombe, souffrance qui touche tant le corps que l'âme du mort. Ma­homet disait à cet effet: «Dieu, sauvegarde-moi de la souffrance de l'enfer, et sauvegarde-moi de la souffrance de la tombe». Il disait aussi que les animaux entendent les souffrances des morts. Comme pour se rattraper, le mufti ajoute que toute personne qui meurt est soumise à la question avec ses conséquences, que cette personne ait été enterrée dans une tombe ou pas, qu'elle soit morte noyée, brûlée, dévorée par les fauves ou éclatée dans les airs. Tout le monde est soumis à la question, à l'exception des martyrs, des grands justes, des combattants dans la voie de Dieu, des petits en­fants et des prophètes. Cette première question par laquelle les morts passent précède la question finale qui aura lieu le jour du ju­gement dernier et qui fixera définitivement le sort du mort.

En plus de la croyance dans la souffrance de la tombe, les musul­mans croient que les âmes des morts se rencontrent déjà dans la tombe comme se rencontrent les vivants sur la terre. Chaque âme recherche l'âme qu'elle aime. Dès qu'un nouveau mort vient vers eux, les morts l'accueillent et lui posent des questions à propos des vivants et de leurs connaissances. Ils se saluent entre eux comme les vivants, suivent les nouvelles de ceux qui sont restés sur la terre et même rendent les saluts des vivants. On rapporte à cet effet que Mahomet saluait les morts lorsqu'il passait près de leurs tombes en prétendant qu'ils l'écoutaient.

Avec de telles croyances eschatologiques fortement ancrées dans la mentalité des musulmans, on comprend aisément qu'ils refusent d'enterrer leurs morts à côté des mécréants, sauf lorsqu'il n'est pas possible de les transférer dans un pays musulman. Ibn-Qayyim Al-Jawziyyah (décédé en 1351) écrit que les tombes des non-musulmans ne doivent être proches ni des maisons des musulmans ni de leurs tombes parce qu'elles constituent un lieu de châtiment et de colère. Elles ne doivent pas être dans le même lieu que celui de la miséri­corde, celui des musulmans, parce que cela porte préjudice à ces derniers. Il cite à cet égard Mahomet qui aurait dit: «Je suis quitte de tout musulman qui est avec un polythéiste». On lui demanda: «Et pourquoi?» Il répondit: «Ne vois-tu pas les signes de leur feu». Ibn-Rushd (décédé en 1126) écrit que si une musulmane a été enterrée dans un cimetière des chrétiens, elle sera déterrée pour être enterrée dans le cimetière des musulmans, à moins que son corps ne soit décomposé. Ceci est parce que les mécréants subissent un châti­ment dans leurs tombes et elle subit un préjudice par leur voisi­nage.

Les musulmans, occupant des pays déjà habités par des non-mu­sulmans, ont laissé à ces derniers leurs cimetières et le soin d'enter­rer leurs morts selon leurs propres normes. Les légistes musulmans classiques interdisent à un musulman de laver un non-musulman, de l'enterrer ou de l'accompagner à la tombe, fût-il son propre père, à moins qu'il n'y ait pas de mécréant pour s'en occuper. Il ne doit en aucun cas prier pour lui. Le Coran stipule: «Ne prie jamais pour l'un d'entre eux quand il est mort, ne t'arrête pas devant sa tombe. Ils ont été incrédules envers Dieu et son Prophète et ils sont morts pervers» (9:84). Et si des musulmans sont trouvés morts avec des mécréants mais qu'on n'arrive pas à distinguer les musulmans des mécréants, tous sont enterrés dans le cimetière musulman par égard aux musulmans, et selon certains légistes classiques dans un lieu à part, ni dans le cimetière des musulmans, ni dans celui des mé­créants. Si on prie pour eux collectivement, on doit spécifier que la prière ne concerne que les musulmans parmi eux. Mais si on prie pour chacun d'eux à part, on dira: «Que Dieu ait piété de lui s'il est musulman».

Une fatwa de la Commis­sion de fatwa égyptienne de 1962 dit qu'il est interdit de donner aux coptes une partie d'un cimetière consacré à l'enterre­ment des musulmans pour que les coptes puissent y être enterrés. Ce cimetière doit être consacré à perpétuité aux musulmans. Une autre fatwa de 1964 affirme qu'il est interdit d'enterrer les musulmans et les non-musulmans dans le même cimetière. Et si une femme chré­tienne meurt enceinte des œuvres d'un musulman, elle est enterrée à part entre le cimetière des chrétiens et celui des musulmans du fait qu'elle est chrétienne ne pouvant pas être enterrée dans le ci­metière des musulmans, et son fils est un musulman ne pouvant pas être enterré dans le cimetière des chrétiens. Une fatwa de 1979 ajoute qu'il est interdit d'enterrer des morts musulmans avec des morts non-musulmans sauf si on n'arrive pas à identifier les morts. Dans ce cas on enterre tous les morts, tant chrétiens que musulmans en­semble dans le cimetière musulman par égard pour les musulmans.

En ce qui concerne l’apostat (celui qui abandonne l’Islam), Ibn-Abidin (décédé en 1836) écrit qu’il ne sera ni lavé, ni mis dans un linceul, ni donné aux gens de sa nouvelle religion, car le faire signifie qu'on lui rend honneur alors qu'il n'en est pas digne. L'apostat sera jeté dans une fosse comme on jette un chien. Et s'il a un parent musulman, il serait préférable de le lui remettre pour le laver comme on lave une robe impure et l'enrouler dans un habit usé. Cette attitude s'étend aux adeptes des sectes non admises au sein de la communauté musulmane. Ainsi les chiites re­fusent de laver et d'enterrer un sunnite.

Si les mécréants ont le droit de se faire enterrer dans leurs cimetiè­res dans les pays musulmans dont ils sont ressortissants, l'Arabie saoudite connaît une situation particulière. Dans ce pays, il est interdit aux non-musulmans d'avoir des lieux de culte, fût-ce dans des locaux privés, tout comme il leur est interdit d'avoir des cimetières. Si on tolère leur présence provisoire en Arabie parce qu'on a besoin d'eux, une fois morts, ils ne doivent pas y rester. Et si on les y enterre, on doit les exhumer et les rapatrier parce que, selon Mawerdi (décédé en 1058), «l'inhumation équivaut à un séjour à demeure». Le Ministère des affaires municipales demanda à la Commission de fatwa saoudienne en 1984 ce qu'il fallait faire avec les étrangers non-musulmans qui meurent à Riyadh ou dont des membres sont amputés pour des rai­sons chirurgicales. Il signala que ces corps posent de gros problè­mes à la municipalité qui, dans certains cas, les enterra très loin de la ville, et elle souhaiterait maintenant créer un cimetière propre aux non-musulmans. La Commission répondit:

Il n'est pas permis d'enterrer les mécréants ou leurs membres, quelles que soient leurs religions, dans les cimetières musulmans. Et il ne leur est pas permis d'avoir un cimetière particulier dans la terre de la Péninsule arabique pour y enterrer leurs morts ou les membres qui en sont amputés, en raison des préjudices religieux et temporels qui en résultent. Le corps doit être remis aux ayants droit et le membre amputé devra être remis à son propriétaire. Si on ne peut pas remettre le corps à l'ayant droit ou le membre amputé à son proprié­taire et qu'il n'est pas possible de les sortir hors du pays, ils seront enterrés dans un terrain anonyme sans propriétaire afin de les couvrir et prévenir leur nuisance.

Le droit musulman ne permet pas au musulman de séjourner en Terre de mécréance. Certains vont jusqu'à considérer un tel musulman comme apostat et donc ils lui refusent un enterrement dans un cimetière musulman. Mais comme on a fini par admettre l'impossibilité d'empêcher les musulmans de quitter la Terre d'islam vers la Terre de mécréance, il fallait s'occuper d'eux une fois morts et prévoir une solution à leur enterrement. Étant interdit dans les pays musulmans d'enterrer un musulman avec des non-musulmans, le premier souci est d'em­pêcher un tel enterrement en Terre de mécréance autant que faire se peut. Ainsi le Guide du musulman à l'étranger dit:

Il n'est permis d'enterrer un musulman dans un cimetière des mécréants que s'il n'y a pas de cimetière propre aux musulmans et qu'il n'est pas possible de le transférer dans un pays musulman proche. Et si par la suite il devient possi­ble d'exhumer le musulman pour le transférer dans un cimetière musulman, cela devient une obligation.

Des musulmans vivant à Bruxelles demandèrent d'avoir leur propre cimetière, et le gouvernement belge requit une fatwa pour justifier leur demande, fatwa obtenue de la Commission de fatwa saou­dienne. Celle-ci répondit:

Les morts musulmans doivent être enterrés dans un cimetière indépendant pour eux, et il n'est pas permis de les enterrer dans un cimetière non-musul­man. L'Imam Al-Shirazi dit dans Al-Muhadhdhab: “Le mécréant ne sera pas enterré dans le cimetière des musulmans, et le musulman ne sera pas enterré dans le cimetière des mécréants”. Al-Nawawi dit dans Al-Majmu: «Nos com­pagnons sont d'avis à l'unanimité que le musulman ne peut pas être enterré dans un cimetière des mécréants, et un mécréant ne peut pas être enterré dans un cimetière musulman». De cela découle l'obligation de consacrer un lieu pour l'enterrement des musulmans dans un cimetière qui leur soit propre.

Une association musulmane a acheté un certain nombre de tombes dans un cimetière chrétien. Peut-on y enterrer les non-musulmans et ceux qui sont sortis de l'islam comme les Ahmadites et autres sectes? La Commission de fatwa saoudienne répondit:

Il n'est pas permis d'enterrer un musulman dans un cimetière chrétien parce qu'il souffre de leurs châtiments. Il faut que les musulmans aient des tombes séparées du cimetière chrétien. Quant aux Ahmadites, ils sont des mécréants et ne peuvent pas être enterrés dans un cimetière consacré aux musulmans puisqu'ils n'en font pas partie.

On demanda à cette Commission s'il était possible de participer aux funérailles de mécréants selon les traditions politiques? Elle répon­dit qu'il ne faut pas le faire au nom de la politique. Le Coran sti­pule: «Ne prie jamais pour l'un d'entre eux quand il est mort, ne t'arrête pas devant sa tombe. Ils ont été incrédules envers Dieu et son Prophète et ils sont morts pervers» (9:84). Si des mécréants se chargent d'enterrer leurs morts, les musulmans ne doivent pas prendre part aux enterrements ou les aider à enterrer leurs morts. Il en est autrement s'il n'y pas de mécréants. Les musulmans peuvent alors enterrer les mécréants comme Mahomet avait fait avec son oncle Abu-Talib. Lorsque celui-ci est mort, Mahomet dit à Ali: «Va l'enterrer».

Signalons enfin que chez les musulmans, il n'y a pas de séparation entre les sexes dans les cimetières, mais si on est contraint d'enter­rer plusieurs morts dans la même tombe, alors on met en premier lieu, face à la Kaaba, celui qui connaît mieux le Coran. Et si parmi les morts il y a une femme, elle est mise après l'homme. Et s'il y a un hermaphrodite, celui-ci a la priorité sur la femme, parce qu'il se peut qu'il soit homme.

Nous avons vu que certains juristes classiques prévoient la peine de mort contre le musulman qui refuse de se faire circoncire. Dans ce cas, il ne sera pas considéré comme musulman et il ne sera pas enterré dans le cimetière des musulmans. Mais qu’en est-il s’il a été dispensé pour éviter le danger de mort? Faut-il le circoncire avant de l’enterrer? La majorité des juristes musulmans répond par la négative pour trois raisons:

- La circoncision est une atteinte à la pudeur du mort.

- La circoncision est sans utilité après la mort puisque l'objectif de la circoncision est la purification en vue de la prière et du pèlerinage.

- Le mort retrouve son prépuce après sa mort, autant donc le lui laisser.

D'autres juristes estiment qu'il faut distinguer entre l'enfant et l'adulte. Seul ce dernier est soumis à la circoncision parce qu'il était durant sa vie obligé de se circoncire. Son prépuce est déposé dans le linceul.

Les auteurs modernes estiment qu'il ne faut pas circoncire le musulman s'il meurt incirconcis. Mais la pratique semble être différente. Ainsi, Sonnen signale que les bédouins près du Lac de Génésareth en Palestine circoncisent l'enfant décédé incirconcis, même s'il est âgé d'un seul jour. La circoncision est faite par le cheikh qui procède à l'enterrement. Mohammed Kacimi rapporte un fait réel dans son roman Le mouchoir: un pied-noir d'Orléanville, communiste et maquisard, a souhaité, une fois mort, être enterré au cimetière musulman. Après son décès, cer­tains musulmans ont menacé de déterrer leurs défunts si on leur imposait la présence d'un incirconcis. La solution a été trouvée par un simple coup de ciseaux, faisant sauter la partie tant incriminée. Purifiée, la dépouille a été admise sans his­toire au carré musulman.

Conclusion


Il est grand temps que les deux communautés juive et musulmane cessent de mutiler les enfants et de discriminer ceux qui ne partagent pas leurs croyances respectives dans le domaine du mariage, des aliments et des cimetières. Sur ce dernier point, l’Etat doit mettre fin aux cimetières religieux tant juifs que musulmans. Si un chrétien refuse l’enterrement d’un juif ou d’un musulman près de lui dans le cimetière public, il sera vite taxé de racisme. Le contraire devrait aussi être vrai. Un juif ou musulman qui refuse de se faire enterrer à côté d’un chrétien doit aussi être traité de raciste et traduit devant les tribunaux. Toute demande de cimetière religieux doit tomber sous le coup de la loi contre le racisme.



1 L'auteur est chrétien arabe d'origine palestinienne et de nationalité suisse. Licencié et docteur en droit de l'Université de Fribourg. Diplômé en sciences politiques de l'Institut universitaire de hautes études internationales de Genève. Responsable du droit arabe et musulman à l'Institut suisse de droit comparé à Lausanne. Il est l'auteur de nombreux ouvrages et articles sur le droit arabe et musulman et le Proche-Orient (liste dans: www.sami-aldeeb.com).

2 Pour plus de développements et pour les références, voir notre ouvrage Circoncision masculine – Circoncision féminine : débat religieux, médical, social et juridique, L’Harmattan, Paris, 2001.

1 Pour plus de développements et pour les références, voir l’ouvrage précédent ainsi que nos deux ouvrages : Les musulmans face aux droits de l’homme, Winkler, Bochum, 1994, et Les musulmans en Occident entre droits et devoirs, L’Harmattan, Paris, 2002.

1 Voir la déclaration du criminel de guerre Julius Streicher au procès de Nuremberg le 26.4.1946 dans Der Prozess gegen die Hauptkriegsverbrecher, Nürnberg, 1947, vol. 12, p. 343.

2 Voir à ce sujet l'interview de Karesky, ancien chef de la communauté juive de Berlin, Jewish Chronicle (Londres), 3 janvier 1936, p. 16, et le Mémorandum adressé par la Fédération sioniste d'Allemagne au parti nazi le 21 juin 1933 (dans : Dawidovicz, Lucy S.: A Holocaust Reader, Library of Jewish studies, Behrman, N.Y., 1976, pp. 150-155).

3La Liberté, 31.10/1.11.1985. Voir aussi Mergui, Raphaël; Simonnot, Philipper: Meir Kahane, le rabbin qui fait peut aux juifs, Favre, Lausanne, 1985, p. 76; Aldeeb Abu-Sahlieh, Sami A: Discriminations contre les non-Juifs tant chrétiens que musulmans en Israël, Pax Christi, Lausanne, 1992, p. 31.

1 Pour plus de développements et pour les références, voir nos deux articles dans mon site: http://www.go.to/samipage: Les interdits alimentaires chez les juifs, les chrétiens et les musulmans, et Faux débat concernant de l’abattage rituel en Occident

1 Pour plus de développements et pour les références, voir notre ouvrage Cimetière musulman en Occident, normes juives, chrétiennes et musulmanes, L’Harmattan, Paris, 2002.



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