Entretien avec Pierre Chouchan à propos de








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date de publication25.12.2016
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À propos des Mariages des gays et des lesbiennes, homoparentalité.

Entretien avec Pierre Chouchan à propos de


« l’Amour au pied du mur. »

Vous venez de publier un livre où vous mettez en scène des familles homoparentales, des couples de lesbiennes, des couples de gays. À vous lire, on croirait qu’il s’agit de familles banales, alors que vous ne pouvez pas ignorer que cette question pose des problèmes et que les polémiques ne font que commencer, surtout à l’approche de l’élection présidentielle !
P.C. « L’amour au pied du mur »  est un maillage de témoignages au travers desquels j’ai voulu, avec un regard de tendresse, donner un reflet de vie quotidienne. Il évoque d’abord des parents dont un ou plusieurs enfants sont homosexuels-les. Je vais ensuite à la rencontre des homosexuels, de leurs difficultés à s’accepter, mais qui émergent peu à peu dans les secteurs et les professions où on ne les imaginait pas. J’ai pu ainsi sentir leur besoin de reconnaissance en temps que chrétiens ou juifs par exemple. Enfin, une partie entière est effectivement consacrée à « ces parents qui nous troublent. » Les gays et de lesbiennes forment des couples plus stables que nous l’avons longtemps imaginé, ils éprouvent un réel désir d’enfant et, si on ne peut avoir de statistiques, on sait que le nombre des naissances dans les familles homoparentales est exponentiel. Au point que, après les États-Unis, on parle en Europe d’un véritable « Gaybyboom. »

Ces familles, après avoir obtenu le PACS – en passe d’ailleurs d’être amélioré – exigent de la société le droit au mariage, l’autorisation de procréer, d’adopter. Or, le fondement du mariage est la reproduction de l’espèce. Le mariage homo n’a donc aucun sens, il constitue une caricature, voire une provocation. Un couple homosexuel ne peut se reproduire, même s’il a recours à différentes manipulations pour avoir des enfants.
Il y a plus de trois ans, j’ai abordé cette enquête sans a priori. Je suis hétérosexuel, j’ai été marié, je n’ai connu que des expériences féminines. Je n’ai donc rien à prouver. Au fil de mes entretiens avec ces hommes, ces femmes ces couples de gays, de lesbiennes, j’ai rencontré la souffrance provoquée par notre regard, souvent méprisant, ironique ou hostile. Il en ont conçu une honte d’eux-mêmes qui les a conduit à cacher leur orientation sexuelle. Jusqu’à un passé récent, ils ne se sentaient pas dignes de devenir des pères et mères de famille. C’est encore le cas pour beaucoup d’entre eux. Au sein de leurs associations, singulièrement l’APGL (association des parents et futurs parents gays et lesbiens), ils font un cheminement dans le sens d’une meilleure estime de soi, qui aboutit à envisager de concrétiser dans les meilleures conditions leur désir d’enfants. Et ils ne peuvent accepter de ne pas être traités à égalité avec les familles hétérosexuelles. Bien sûr, ils exigent l’égalité, une législation, la possibilité du mariage, de la procréation, de l’adoption. Qui pourrait le leur reprocher ?

Permettez-moi de douter. Ce que vous présentez comme une tendance lourde, une vague de fond, n’est- elle pas une simple vaguelette, situé aux franges de la société. Ne s’agit- il pas que d’une pression des medias, de lobbies ? C’est grave, quand une société qui ne croit plus en elle-même, érige en fait de société majeur ce qui ne l’est pas. C’est la voie ouverte à toutes les aventures. Nous sommes face à une opinion publique ficelée, chacun doit adhérer à un diktat, sous peine de passer pour un ringard. Il ne s’agit pas de mettre à l’index les homosexuels. C’est une minorité qui a droit à la liberté. Mais celle-ci ne doit pas conduire aux changements de règles qui régissent une société. Nous sommes placés devant le fait accompli, sans que soit envisagé de vrai débat, sans la moindre approche philosophique.
« L’Amour au pied du mur » n’est pas un essai, ne prétend pas avoir une approche théorique, philosophique. Je me suis efforcé de faire une enquête de la façon la plus honnête possible, d’aller à la rencontre des gens, en choisissant des exemples les plus représentatifs. Vous avez raison, nous nous trouvons devant le fait accompli, mais c’est ainsi. Les gays et les lesbiennes n’ont pas attendu notre aval, encore moins notre bénédiction… Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une vaguelette, loin s’en faut. En plus, nous sommes tous concernés, car l’homosexualité nous remet en question, nous interroge au cœur de nos certitudes. Et puis n’exagérons rien, l’existence de familles homoparentales, tout dérangeante qu’elle soit, n’est pas de nature à faire vaciller notre société sur ses bases !

L’évolution est inéluctable, je le maintiens. D’ailleurs, en France nous avons, sur le plan de la loi, un décalage avec nombre de pays. Les familles homoparentales, en dépit des avancées, sont en partie en marge de la loi alors que sept pays d’Europe leur ont donné un statut et autorisent, d’une façon ou une autre, l’adoption pour les couples homosexuels-les. Bien que de plus en plus de Français ne soient plus choqués par la perspective du mariage et de l’homoparentalité, nous subissons encore le poids de nos préjugés, de notre culture. Il y a encore trop de parents d’homos désorientés, des hétéros troublés dans leurs repères les plus solides. Je les comprends. Ils ont besoin d’information. Il y a un énorme travail de pédagogie à effectuer.

Mais enfin, ce phénomène est ultra minoritaire. La place qu’on veut bien lui donner est disproportionnée…
Il faut savoir que les homosexuels représentent entre 4 et 10 % de la population. Pour un homosexuel, au moins dix personnes sont directement concernées, au sein du noyau familial et dans la famille élargie. Je constate d’ailleurs que vous ne m’interrogez pas sur la famille. Dans un premier temps, à l’annonce de l’homosexualité de leur enfant, les parents s’effondrent et se culpabilisent. Mais, quand ils ont l’audace de franchir la porte de l’association Contact, par exemple, ils ont la possibilité d’évoluer et de se diriger dans la voie de l’acceptation. Et surtout un élément nouveau se développe. L’homoparentalité ouvre pour les parents d’homosexuels des perspectives inespérées. Avoir un ou plusieurs enfants homos signifiait récemment encore le renoncement aux petits-enfants. Ce n’est plus le cas. Un nombre croissant de parents se renseignent à ce propos, lisent les études sur le devenir des enfants de familles homoparentales.

Je note dans mon livre la réflexion d’une maman d’homosexuel, croyante, très attachée à la tradition familiale : J’écoute avec intérêt le débat sur le mariage homosexuel et l’homoparentalité, a-t-elle dit. Compte tenu de mon attachement à la tradition, je ne peux affirmer que j’y suis favorable. Seulement, il m’est impossible d’aborder cette question de façon théorique : en fonction de mon vécu, je ne dirai pas que je suis contre. Si mon fils homosexuel m’annonçait qu’il se marie et qu’il envisage d’avoir des enfants, j’en serais ravie. Cela signifierait qu’il est heureux, stabilisé, qu’il n’est plus seul.

D’autres parents tiennent le même langage. Et il n’est pas question simple opinion, mais de l’avenir affectif de leurs enfants.
Je ne nie pas que « l’Amour au pied du mur » aborde ces questions sous tous les angles possibles. Les témoignages sont authentiques et souvent émouvants. Mais quid du devenir des enfants d’homosexuels ? Les parents s’en préoccupent ils vraiment ?
L’enfant, son avenir, est la préoccupation récurrente, voire obsessionnelle de chaque famille homoparentale que j’ai rencontrée. Les homosexuels-les ont le sentiment de devoir davantage prouver dans ce domaine que les couples hétéros. Chez les gays et lesbiennes qui ont un désir d’enfant, on découvre toujours une longue réflexion avant de se risquer à passer le pas. Il y a un réel souci de mettre en place un environnement susceptible de donner à l’enfant le plus de chances possible de s’épanouir dans une atmosphère favorable. D’ailleurs, plus de 200 travaux sur ce sujet aux États-Unis et en Europe, effectués avec un certain recul, révèlent chez ces enfants, une grande ouverture d’esprit, une tolérance, une acceptation de la différence. Et rassurez-vous : il n’y a pas davantage d’homosexuels chez ces enfants que dans les familles « classiques  ! » La sociologue Martine Gross ajoute que : ces études concluent également qu’il n’y a pas de différences notables au niveau du développement psychologique ou de l’épanouissement personnel de ces enfants lorsqu’on les compare à ceux, élevés dans les familles hétéroparentales.

Il est légitime de s’interroger sur l’avenir des enfants de familles homoparentales. À mon sens, il est tout autant pertinent de se poser des questions sur le devenir de tous les enfants des familles actuelles, en pleine mutation. Aujourd’hui chaque parent, quel qu’il soit, fait de son mieux, avec de multiples incertitudes…
Propos recueillis par André Chastaing

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