Rapports entre le Droit et la musique, Août 2016








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Conference 5, Ville de Joao Pessoa, Université fédérale de Paraiba.

Les rapports entre le Droit et la musique, Août 2016

Résumé :

Les rapports entre le droit et la musique peuvent être envisagés de bien des manières. Cette conférence les situera dans deux échelles de temps. La première, relativement longue, est celle qui au cours de plusieurs siècles conduit l’humanité occidentale à à la conquête du monde réel en mettant l’homme au centre de ses préoccupations. La seconde se situe dans le temps court et étudie comment la musique fut réglementée et utilisée par les deux dictatures du XXe siècle, le stalinisme et le nazisme.

Introduction : Les au-delàs de la musique

Partie I : Du Ciel à la Terre

  1. La naissance de l’individu



  1. Les Ars Antiqua et Nova et la quête du réel

  1. La montée de la Raison

  2. La possession du monde

  1. L’humanisme et la monodie



  1. La Querelle des Bouffons et la montée du plaisir dans les arts

  1. Rousseau versus Rameau

  2. La montée du plaisir

Partie II : Les Cité terrestres des dictateurs et la Musique

A ) Le réalisme socialiste

  1. Faut il brûler Jdanov?

  2. Le cas Chostakovitch

B) Les nazis et la musique

1) Race et musique

2) La musique dégénérée

3) Musiques de mort :Theresienstadt et les camps

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C’est la plus radicale manière d’anéantir toute argumentation que de séparer chaque chose de toutes les autres, car la raison nous vient de la liaison mutuelle entre les choses

Platon, Le Sophiste, 259 e

Introduction : Les au-delàs de la musique

La musique sert souvent au meilleur, parfois au pire.

Elle a par exemple elle a par exemple accompagné la chute du mur de Berlin, quand Mstilav Rostropovitch (1927-2007) au pied de ce mur, le 11 novembre 1989, a joué une partie des suites pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach.

En 1941, Dimitri Chostakovitch avait composé pour Léningrad assiégée par l’armée allemande la symphonie numéro sept, qui devint un symbole de la résistance du peuple russe. Passée à l’Ouest sur des microfilms, la partition fut jouée à Londres et à New York avant d’être interprétée et diffusée à Léningrad par des haut-parleurs en août 1942.

Dans les années soixante, pendant la guerre froide, le département d’État américain organise des tournées internationales de jazz.Malgré les interdictions, le rock pénètre en URSS.

En Asie, la Chine promeut des opéras dans les pays de la région pour y diffuser une image tranquillisante d’harmonie.

De son côté, le Brésil a beaucoup misé sur l’arme culturelle pour affirmer son leadership en Amérique latine par une collaboration étroite entre le ministère des affaires étrangères et celui de la culture. Il faut citer en particulier le musicien Gilberto Gil, ministre de la culture du président Lola entre 2003 et 2008. En septembre 2003, celui-ci chante à l’ONU pour les victimes de l’attaque du siège des Nations Unies à Bagdad, le 19 août. Cette prestation soutenait un message sur la paix qui critiquait le déclenchement de la guerre d’Irak par les États-Unis. À la fin du concert, Gilberto Gil invita Kofi Annan, Secrétaire général des Nations unies à l’accompagner sur scène à la percussion. En 2005, Gilberto Gil organisa un grand concert place de la Bastille le 13 juillet pour célébrer l’année du Brésil en France.

En 1988 l’organisation humanitaire Amnesty international organise une série de concerts dans 14 pays, retransmis par les télévisions devant un milliard d’individus. Il faut aussi citer le chef d’orchestre israëlo -argentin, Daniel Barenboïm qui a créé le West Eastern Divan Orchestra, composé de jeunes musiciens d’Israël et des pays arabes limitrophes ; en 2005, cet orchestre se produira en territoire palestinien1.

La musique peut donc avoir partie liée avec la politique. Il est a priori plus étonnant de chercher ses relations avec le droit. La démarche n’est pourtant pas aussi novatrice qu’il n’y paraît.

Un colloque s’est tenu en 1998 à la Cardozo Shool of Law, consacré aux rapports entre la musique et la théorie du droit2. Deux ans plus tard, Desmond Manderson, un auteur australien établissait de très convaincants parallèles entre l'évolution du droit anglais et celle de la musique3 L'idée de relations entre la musique et le droit remonte même au Moyen -Age : à la fin du XIVe siècle, un auteur anonyme écrit un traité sur la question4,et d'autres auteurs médiévaux s'engageront dans la même voie5. À la croisée des deux derniers siècles, H.Schenker (1868 –1935) est un auteur particulièrement intéressant pour notre propos6, même si nous ne pouvons plus souscrire à la plupart de ses conclusions. Il décrit la musique comme un corpus juridique, procède à des parallèles rien moins qu’étonnants : chaque ton est par rapport au système général de la tonalité dans une relation équivalente à celles qui associent l’individu à l’Etat ; la musique “ chaotique ” des sociétés primitives est l’expression du désordre antérieur à la découverte du système tonal, seul capable d’aménager des rapports harmonieux, civilisés-consonants- entre les tons, expression des lois éternelles de la nature. Schenker n’étant pas un démocrate, il tient que l’ordre naturel est et doit rester hiérarchique : de même qu’un individu n’en vaut pas un autre, il n’y a pas de démocratie tonale. Il n’y a qu’une minorité de tons qui jouent un rôle réellement structurel . Il est donc totalement opposé à la musique atonale d’Arnold Schoenberg et de son école.W.Alpern souligne par ailleurs les similitudes entre les visions hiérarchiques de la musique propres à Schenker et les représentations du système juridique formulées par Kelsen à la même époque7.

Au XXe siècle, le courant des auteurs partisans d’une parenté entre le droit et la musique n'est pas tari8 . Ils cherchent dans la musique des métaphores et des exemples propres à appuyer leurs théories juridiques sur l’interprétation. Certains, comme J. Frank, mettent en parallèle les facultés créatives de la jurisprudence et de l’interprète en musique9. Mais la plupart partagent une vision commune du droit et de la musique :celui-ci consiste essentiellement en un commandement impératif, de même que le texte musical écrit-la partition-s’impose à l’interprète10. Plus récemment,Timothy S.Hall plaide au contraire en faveur de leurs commune autonomie par rapport au texte écrit11. Il insiste sur les possibilités données à l’interprète par des techniques telles que la basse continue, l’ornementation, les cadences, l’improvisation, et sur le relativisme de toute notion d’authenticité en musique. Il établit une analogie entre ces formes d’autonomie de l’interprète et le type de relations juridique unissant des co-contractants. Ces derniers s’exécutent beaucoup moins par crainte d’une éventuelle sanction qu’en raison d’un intérêt commun. En cas de difficultés, on se référera moins à la lettre du contrat qu’à l’intention des parties. De même, en musique, l’interprétation résulte d’une rencontre entre la volonté du compositeur et l’interprétation de l’exécutant, non d’une copie conforme de la partition. On pourrait poursuivre ce parallèle en soulignant les possibilités créatrices de l’interprétation dans divers domaines. Certainement en droit, dont l’histoire montre abondamment que la règle de droit évolue au moins autant par réinterprétation d’un texte originel que par son remplacement par un autre. De même, les trois cinquièmes des sculptures de Michel-Ange sont inachevées, non par négligence, mais parce que l’artiste avait compris intuitivement ce qu’a découvert la neurologie moderne : le cerveau supplée de lui-même à certains “ manques ”de la réalité12. En musique, les Suites pour violoncelle de Bach participent au même phénomène : bien que l’instrument soit moins polyphonique qu’un orgue ou qu’un clavecin, le caractère contrapunctique de la musique n’en est pas affecté à l’audition.

On notera enfin qu’aux Etats-Unis, les recherches sur les rapports entre droit et musique possèdent des liens certains avec le courant très développé outre-Atlantique (mais fort peu en France) portant sur la littérature et le droit13.

Dans cette conférence, je voudrais simplement présenter quelques moments pour moi privilégiés des rapports entre le droit et la musique.

Dans une première partie, je me situerai dans le temps long. Celui qui voit en plusieurs siècles l’homme partir à la conquête du monde réel et à la découverte de lui-même, oscillant entre la Raison et le Sentiment.

Une seconde partie se situera dans le temps plus court de la première moitié du XXe siècle et sera consacrée aux pires aspects des relations entre les idéologies, le droit et la musique : j’étudierai les utilisations qu’en firent l’Union soviétique stalinienne, et le nazisme avec ses musiques de mort.



Partie I : Du Ciel à la Terre14

Dans un processus relativement long, l’homme détourne les yeux du ciel pour regarder le monde qui l’entoure. Et aussi pour se placer en son centre.

C’est la naissance de l’individu et de l’humanisme.

Plus tard, en France, le sentiment va va s’affirmer par rapport à la raison dans la connaissance de ce monde. Les arts et le droit portent trace de ces processus.

  1. Les Ars Antiqua et Nova et la quête du Réel

a)La montée de la Raison

Dans les monastères on continue à méditer en utilisant le raisonnement par analogie. Mais le progrès intellectuel est maintenant ailleurs, dans les villes et les églises épiscopales . Art de la raison, la dialectique, fondée sur la controverse, s'affirme comme méthode pédagogique : sur les images représentant les premières universités, on voit les étudiants groupés sur deux rangs se faisant face, posture facilitant le débat. La logique l'emporte sur l'analogie, non contre la foi- l'homme reste un reflet du divin -mais pour se conjuguer avec elle. Abélard témoigne :

Les étudiants réclamaient des raisons humaines et philosophiques ; il leur fallait des explications intelligibles plus que des affirmations. Ils disaient qu'il est inutile de parler si l'on ne donne pas l'intelligence de ses propos, et que nul ne peut croire ce qu'il n'a pas d'abord compris (...) Nous venons à la recherche en doutant, et par la recherche nous percevons la vérité ”15.

Quelques années plus tard, Pierre de Poitiers lui fait audacieusement écho : “ Bien qu'il y ait certitude, il nous appartient pourtant de douter des articles de la foi, et de chercher, et de discuter ”16.

Comme l'écrit G.Duby : “ Tous les professeurs et tous leurs disciples tiennent l’intelligence pour l'arme la plus efficace, celle qui peut conduire aux vraies victoires, et permettre de percer peu à peu les mystères de Dieu17. Même si elle suscite de vives réactions (Saint Bernard condamne la méthode dialectique et assimile au péché la discussion des textes sacrés), cette attitude conduit à un tournant radical : l'univers n'est plus un ensemble de signes annonciateurs d'une autre réalité, mais s’éclaire d'une logique discernable par la raison. D'autant plus que les mathématiques connaissent un nouvel essor, au contact avec les oeuvres arabes lues en Espagne et en Italie du Sud.

Ajoutons que la figure divine s'inscrit davantage dans l'humain . Grâce aux croisades qui se répètent de 1095 à la fin du XIIIe siècle, les Européens ont pu connaître de visu les lieux où a vécu le Christ, les endroits où il a parlé . Par amour, Dieu a accepté de prendre forme dans la matière et de s'inscrire dans le monde qui est le nôtre, et non plus seulement celui du surnaturel, dont nous ne percevons que d’imparfaits reflets.

Le mouvement de réhabilitation du monde sensible et de la raison se poursuit au siècle suivant.

La répression du catharisme, persuadé de la corruption de la matière, y aide de façon décisive. La théologie catholique réhabilite le concret, qui participe maintenant à la gloire de Dieu et à sa connaissance, comme le dit si bien le Cantique des Créatures de Saint-François d'Assise (1182 -1226). Mais surtout le XIIIe siècle voit la naissance de la philosophie de saint Thomas d'Aquin (1226-1274), pour qui “ La doctrine sacrée se sert aussi de la raison humaine, non pour prouver la foi, mais pour rendre clair ( manifestare) tout ce qui est avancé dans cette doctrine18 (...) L'âme doit tirer du sensible toute sa connaissance (...) Ce qu'on retranche à la perfection des créatures, c'est à la perfection même de Dieu qu'on le retranche19”. Bien entendu, le Docteur angélique n'est pas pour autant matérialiste : si le monde est digne d'amour c'est parce qu'il vient de Dieu

(“ Dieu aime toute chose, puisque chacune d'elles est semblable à Lui dans son essence ”20).

Mais Saint Thomas n'est pas seulement important pour la théologie. Les juristes, et surtout les jusnaturalistes, lui doivent beaucoup. Jusqu'ici en effet le droit ne connaît pas de grandes constructions théoriques. Le thomisme va lui apporter une doctrine décisive du droit naturel. La raison divine, ou loi éternelle, régit l'univers tout entier. Dieu a mis en l'homme la raison, par laquelle il participe donc à la loi éternelle, et qui lui permet de discerner le bien du mal21. Cette raison humaine s'identifie à la loi naturelle, en entendant par nature humaine la conformité à ce principe de distinction du bien et du mal. Elle s’exprime concrètement par des lois positives, qui peuvent varier en fonction des circonstances. Il y a donc concordance entre Dieu, le monde et l'homme par un mouvement où foi et raison se rejoignent. Le désir de connaissance, l'intérêt pour le monde s'en trouvent légitimés.

L'évolution de l'art en témoigne : s’y affirme une poussée en faveur du réalisme. À la fin du XIIe, les sculpteurs gothiques entreprennent la reproduction exacte des visages humains, des animaux et des plantes. Les transformations sont également manifestes en musique. Ce siècle apparaît comme un tournant avec l'élaboration de l’Ars antiqua, qui désigne plus spécifiquement la période de la musique française allant de 1230 à 1320. Le XIIIe voit en effet se développer un prodigieux effort de rationalisation de la musique22 : le problème de la description des durées musicales trouve maintenant des solutions, car les nouvelles formes de pensée imposent une division du temps systématique. La conquête du réel passe aussi par celle du temps, ou plus exactement de l'exactitude de sa mesure . Les horloges mécaniques, qui mesurent des heures d'égale durée (contrairement aux anciennes mesures du temps ecclésiastiques) se multiplient à partir du XIIIe siècle. Vers 1260 s’opère le passage à la notation mesurée (notation dite “ franconienne ”, du nom de Franco de Cologne, qui en traite dans son Ars cantus mensurabilis), avec l'adjonction de nouvelles valeurs comme la demi-brève. Le rythme parfait est ternaire, car il reflète la perfection de la Sainte Trinité. Au début du siècle suivant, le système de notation des durées apparaît comme unifié dans toute l'Europe. Sans succès, l'Eglise va protester contre ce mouvement de rationalisation du temps, ce don gratuit de Dieu. Les cisterciens et les dominicains interdisent qu'on chante dans les offices les polyphonies
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