Les coulisses, latérales, du Teatro San Carlo, à Naples. C'est l'entracte. La scène du San Carlo, vue de profil, est dans la pénombre








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Le livret
Prologue
Les coulisses, latérales, du Teatro San Carlo, à Naples. C'est l'entracte. La scène du San Carlo, vue de profil, est dans la pénombre.
Stilla faisant sa voix

Ah, ben per me più non s'aggira il ciel... Ah, le ciel pour moi s'est arrêté...
Franz très agité

Cet opéra n'en finira jamais...

Qu'attendent-ils pour lever le rideau ?
Stilla

E per me sempre sia coperto il sol Que le soleil se recouvre, pour toujours,

Di tenebroso velo... d'un voile de ténèbres...
Bruits de foule. L'orchestre du San Carlo finit de s'accorder. Le rideau de scène se lève.

La Stilla entre en scène. On aperçoit, au fond, le Baron de Gorz, assis dans la loge d'avant-scène.
Stilla

Misera me ! O caso acerbo ! O infortunée !

O misera mia sorte ! Que mon sort est amer !

L'ancore hai sciolte, o dispiegati lini ! Tu as levé l'ancre !

Ove t'en fuggi ? Où t'enfuis-tu ?

Ohimè, ove t'en vai ? Hélas ! Où vas-tu ?

Amore, amore, torna ! O, mon amour,

Amore, torna ! Reviens !
Lamento d'Angelica

Stilla

Van è il conforto, van ogni aita. Tout réconfort est vain; toute aide est vaine...

Il martir con la vita, vedrò così finir. En perdant la vie, je verrai mon martyre prendre fin.

Cinta dall'acque e dal mio pianto amaro, Entourée par les eaux et mes pleurs amers,

Non avrò nave che mi porti a riva. aucun navire ne me ramènera au rivage.

O Dio, come parlo, ohimè, come son viva ! O Dieu, comment puis-je parler et vivre encore !

Voglio, voglio morir ! Voglio morir ! Je veux mourir !

O foss'io stata, quando pria ti vidi Pourquoi n'étais-je pas aveugle ou endormie

O cieca fatta, o sonnacchiosa almeno ! avant que de te connaître,

Come in questa notte sì rea comme je l'ai été ensuite,

In cui teco perdei l'anima mia... en cette nuit cruelle où, avec toi, j'ai perdu mon âme...

L'abbandonata Angelica, o se vedessi, O si tu voyais ton Angelica,

Quanto mesta e dogliosa, pallida e lagrimosa, Abandonnée, si triste, endolorie, pâle et en larmes,

Amore s'udissi i miei lamenti, o mon amour, si tu entendais mes plaintes,

Qui torneresti, torneresti cred'io. tu reviendrais, je crois,

E a l'aura dei sospir, tu solcheresti et sous le vent de mes soupirs,

Il mar del pianto mio ! tu sillonnerais la mer de mes larmes !

Voglio, voglio morir ! Voglio morir ! Je veux mourir, je veux mourir !

Anzichè non amarmi, anzichè mai lasciarmi Plutôt que de te voir ne plus m'aimer

Che si sarìa veduto, ohimè ! giurassi et m'abandonner, j'aurais juré

Far s'immobil il ciel e il sol oscuro ! que le ciel se serait immobilisé et que le soleil se serait obscurci !

E pur si move il cielo e splende il sole, Et pourtant le ciel se meut et le soleil resplendit !

E non m'ami e mi fuggi, e mi lasci e mi struggi ! Et tu ne m'aimes plus, tu me fuis !

Ah ben per me più non s'aggira il cielo Ah, pour moi le ciel s'est arrêté,

E per me sempre sia coperto il sole Et le soleil s'est pour toujours couvert

Di tenebroso velo... d'un voile de ténèbres...
Ohimè ! Che sento !

O qual orror gelato, per le vene del cor Quelle est cette horreur glacée qui s'insinue

Serpe e s'avanza ! dans mes veines ?

Ah ch'in mortal pallor mi discoloro ! Quelle est cette pâleur mortelle ?

S'agghiaccia il sangue, io tremo, io manco ! Mon sang se glace ! Je tremble ! Je défaille !

Voglio, voglio morir, vogli mor... Je veux mourir !
Elle a jeté un regard effrayé au Baron de Gorz, toujours immobile dans sa loge. Elle porte une main à sa gorge, elle chancelle, elle tombe. L'orchestre s'arrête. Cris de stupeur de la foule. Franz et les machinistes se précipitent sur la scène.
Franz

Stilla ! Elle est morte...
Un interlude orchestral relie, sans interruption, le Prologue à la scène 1.

Durant l'interlude se déroule une scène muette : Cimetière de Naples.

La tombe de la Stilla. Une grande statue la représente, debout, en costume d'Angelica.

Franz est agenouillé. Une ombre se projette brusquement sur la tombe. Franz se retourne. Le Baron de Gorz est là, immobile. Franz essaie de se lever, mais il chancelle et tombe évanoui. Le Baron disparaît.
Scène 1
Une chambre d'auberge, dans les Carpathes, cinq ans plus tard. Par la fenêtre, on aperçoit, au sommet d'un rocher escarpé, un grand Château de style gothique. La nuit tombe.

Franz, sur un lit, dort d'un sommeil agité.
Aubergiste fredonnant une chanson

Der Türmer, der Schaut zu mitten der Nacht Le guetteur au milieu de la nuit,

Hinab auf die Gräben in Lage regarde en bas les rangées de tombeaux

Der Mond, der hat alles ins Helle gebracht La lune a répandu partout sa clarté.

Der Kirchhof, er liegt wie am Tage Le cimetière s'étale comme en plein jour

Da regt sich ein Grab Et voilà qu'un ttombeau s'anime,

und ein anderes dann puis là, un autre...
Partout on croise des esprits, des chimères, des momies et des spectres. Mais il est rare de rencontrer un être humain !

Regardant Franz endormi.

Et celui-là, d'où sort-il ? Depuis que des villageois l'ont porté dans mon auberge, à demi-mort, il n'a cessé de s'agiter et de parler dans son sommeil. Le pauvre garçon !

Je sens tout autour de sa tête tous les diables de la migraine, à l'ouvrage sur son crâne pour le fendre !

Comme il est pâle ! Là, dans l'angle du sourcil, sont blottis trois diablotins, entassés l'un sur l'autre comme de petites sangsues!
Franz criant dans son sommeil

Stilla...
Aubergiste

Il a la fièvre, il divague ! Un farfadet, tout frêle et tout noir, tient une scie d'une longueur démesurée. Il l'a enfoncée plus qu'à moitié dans sa tête. Deux autres sont chargés de verser dans l'entaille une huile bouillante, qui flambe comme du punch !
Franz se réveillant en sursaut

Qui a crié ?
Aubergiste

Mais non, personne n'a crié...
Franz

Cette voix, quelle était cette voix ?
Aubergiste

Vous avez rêvé.
Franz

Qui êtes-vous ?
Aubergiste

Une femme. Créée pour vivre d'ennui et pour mourir d'ennui un beau jour.
Franz

Mais vivante ?
Aubergiste

Aussi vivante qu'on peut l'être... Depuis bientôt deux jours vous dormez sous mon toit. Mais ce que vous cherchez par ici, ça, je ne le sais pas. Vous êtes le seul voyageur qui soit passé chez nous depuis bien des années.
Franz

Je ne sais plus, je ne sais plus...

Je montais, épuisé de fatigue, la pente escarpée d'une montagne désolée. Je ne résistais au sommeil qu'en suivant avec peine le bruit des sabots de mon cheval. Mais voici qu'affolé par un obstacle inconnu, il se cabre, il me jette à terre, il disparaît, comme si soudain il avait eu des ailes !

Apercevant le Château par la fenêtre.

Je sais ce qui l'a effrayé ! Le Château ! L'ombre du Château !
Aubergiste aparté

Le Château ! Même les chevaux le fuient... à Franz Mais qu'alliez-vous faire là-haut ?
Franz

Je sais que là demeure le Baron de Gorz. Je suis venu le voir.
Aubergiste

Dieu du ciel...
Franz

Depuis cinq ans, je suis à sa recherche...
Aubergiste

Depuis cinq ans, personne ne l'a revu...
Franz

... et me voici enfin près du but.
Aubergiste

Oubliez-le ! De toute façon, il est impossible de pénétrer dans le Château. Le lieu est maudit. Tout le village a peur. Les portes de toutes les maisons sont closes. D'ailleurs, vous voyez bien : il n'y a personne dans cette auberge, à l'heure où, autrefois, les villageois se rassemblaient pour boire de la bière ou fumer la pipe. Personne. Le monde est vide...
Franz

Je dois l'affronter !
Aubergiste

Il est mort ! Le Château est habité par des esprits !
Franz

Le diable en personne ne pourrait m'empêcher d'entrer !
Aubergiste

Mais vous tenez à peine debout !
Franz

Eh bien, donnez-moi à manger ! Vite ! D'ici deux heures, il faut que je sois au Château !
Aubergiste aparté

D'ici deux heures, il faut qu'il dorme...
Franz seul

Quel secret caches-tu, Baron de Gorz, pour hanter ainsi mes jours et mes nuits ?
Aubergiste fredonnant, en coulisses

Nun hebt sich der Schenkel, Et maintenant se lève la cuisse,

nun wackelt das Bein... maintenant s'agite la jambe...
Franz

Tant de fois, il m'a semblé le voir.
Aubergiste

Dann klippert's und klappert's mitunter hinein... Et parfois cela claque et cliquette...
Franz

A Damas, au détour d'une ruelle; sur les lointains rivages de la mer Rouge; dans cette fumerie d'opium où j'attendais, j'attendais l'oubli. Son ombre me poursuit et je poursuis son ombre.

Et cette question qui me ronge sans cesse : pourquoi, pourquoi est-elle morte, ma bien-aimée ? C'est toi, Baron de Gorz, c'est toi qui l'a tuée ! Ta présence maléfique l'a tuée, quand tu l'as regardée ce soir-là, au San Carlo ! Et je crois lire sur tes lèvres closes cette réponse : "Toi, Franz de Télek, tu l'as arrachée à la vie, en l'arrachant à son art." Alors, mon coeur se brise, et une douleur me prend, si vive, si vive...

Le monde est loin, sombré dans l'abîme. A sa place, tout n'est que solitude et désert. Lointains souvenirs, rêves de l'enfance, espoirs fugitifs, tous viennent à moi, vêtus de gris, comme les brouillards au soleil couchant... Quand les ombres des montagnes descendent en grandissant, quand les images fantastiques des nuages se confondent sous le voile protecteur de la nuit...
Aubergiste faisant irruption

... A l'heure où les spectres se rassemblent, pour former de noires conjurations contre le repos des humains ! Jeune homme, jeune homme ! Vous n'êtes qu'un rêveur ! Calmez-vous ! Vous n'avez déjà que trop risqué votre vie. Hier, lorsque votre cheval vous a abandonné, vous étiez arrivé près du Château. Je vous ai bien vu de ma fenêtre. J'en tremblais de frayeur. Votre cheval, lui, a compris. En vous faisant tomber, il vous a empêché de toucher le pont-levis, d'éprouver l'effroyable secousse qu'ont éprouvée tous ceux que l'ivresse ou les paris déments ont mis sur la route du Château. Et depuis cinq ans, il y en a eu plus d'un ! Et ils étaient jeunes, forts, bien plus vaillants que vous ! Oubliez le Château et le spectre qui l'habite ! La nuit est son séjour! L'horreur est son domaine !
Franz

Vous êtes trop crédules, vous autres gens d'ici ! Le Baron le sait : il vous fait croire tout ce qu'il veut !
Aubergiste

Je crois ce que je vois ! Le Baron est mort ! Il n'appartient plus au monde des humains !
Franz

Son âme est rongée par la mélancolie. En semant la terreur alentour, il ne cherche qu'à écarter les importuns !
Aubergiste

Taisez-vous ! Ecoutez-moi !

Un être vivant peut-il traverser les portes et les murs ? N'être qu'une voix sans corps?

Souvent, par les nuits sans lune, il pénètre chez moi; il me tourmente, il me harcèle. Je l'entends rire tout doucement. Et il chuchote, et il siffle ! C'est une chose affreuse ! Répugnante ! Et de sa voix d'outre-tombe, il me chante cette chanson :

"Ist's dein Wille, süsse Maid, Si c'est ta volonté, jolie jeune fille,

Meinem heissen Liebesstreben de ne répondre à mon désir que dans la mort,

Erst im Tode Raum zu geben, Oh, j'attendrai, alors,

O da wart'ich lange Zeit ! j'attendrai longtemps !

Soll ich deine Gunst geniessen Si je ne dois goûter tes faveurs

Erst nach meinem Erdengange, qu'après avoir quitté la terre,

Währt mein Leben all zu lange ! ma vie durera trop de temps !

Mag es gleich im Nu zerfliessen !" Qu'elle s'écoule donc en un clin d'oeil !
Franz hors de lui

Arrêtez ces sottises ! Qui peut vous croire ?
Aubergiste

Mais vous, pourquoi tremblez-vous ? Et ces gouttes de sueur, glacées, sur votre front ? Pourquoi donc, puisque vous vous moquez de ce que je raconte ? Partez, jeune homme, dès demain au premier rayon du soleil ! Laissez-nous ! Rentrez chez vous !
Elle laisse Franz seul devant la fenêtre. La nuit est tombée. L'Aubergiste s'assoit à une table et tire les cartes d'un jeu de tarots.
Franz

O Stilla ! Mille fois, parmi les fantômes du sommeil, je t'ai vue franchir les portes de l'aube dorée. Mille fois, je t'ai vue défaillir; mille fois, te relever.
Aubergiste tirant une première carte

L'Etoile ! La jeune fiancée : morte, la veille de ses noces !
Franz

Dans les mondes du sommeil, j'ai vu l'ange de Dieu te suivre à travers les tempêtes. Je t'ai vue courir, le long de la grève, les cheveux en désordre, fuyant je ne sais quel ennemi ! J'avais beau te crier qu'il y avait devant toi des sables mouvants, tu n'en courais que plus vite ! Tu ne m'écoutais pas, tu t'éloignais...
Aubergiste tirant une deuxième carte

Le Diable ! Le voici, l'Ennemi, dressé sur son trône ! Contre lui, tu ne peux rien !
Franz

Tu te détournais de moi comme d'un nouveau danger ! Hélas ! Déjà se referment les sables perfides. Ton beau visage s'abîme dans les ténèbres...
Aubergiste tirant une troisième carte

Le Fou ! Pauvre garçon ! Te voici sur les routes, marchant sans trêve, comme un somnambule...
Franz

Seul un bras se dresse; je le vois se débattre, défaillir, s'élancer encore, comme pour agripper quelque main trompeuse, jaillie des nuages...

Hélas, ! Le bras s'enlise. Tout a sombré.
Aubergiste tirant une quatrième carte

Pourtant, je vois un éclair déchirer la nuit ! Je vois la foudre s'abattre sur la plus haute tour, et l'antre du démon s'évanouir en fumée !
Franz

C'est alors qu'une voix transperce le silence ! La voix d'une femme, distincte, vibrante, empreinte d'une douleur déchirante ! Quelle était cette voix ? Si proche ! Si présente !
Stilla apparaissant au loin, sur le donjon du Château

Misera me !

O caso acerbo !

O misera mia sorte !

L'ancore hai sciolte,

O dispiegati lini !

Ove t'en fuggi ?

Ohimé, ove t'en vai ?

Amore, amore, torna,

Amore, torna !
Franz

Stilla ! Je ne rêve plus. Tu es vivante ! Vivante, et prisonnière ! Mais comment est-ce possible ? Ne t'ai-je pas vue mourir sous mes yeux ? N'es-tu pas ensevelie à l'ombre du Vésuve ?
Stilla

Amore, amore, torna !

Amore, torna !
Aubergiste tirant une cinquième carte

O Mort ! Tu es là, tout près, tapie dans l'ombre. Blanche comme la neige. Froide comme la glace.
Franz

O mon âme, ô ma vie ! Vers toi, j'accours !

Scène 2
Une grande salle dans le Château des Carpathes. Style gothique. Bric-à-brac d'objets scientifiques : électrophones à grand pavillon, microphones, lunettes astronomiques, projecteurs, etc...

Au fond, un petit téâtre : C'est une reproduction miniature du Teatro San Carlo.
Le Baron de Gorz seul

Je traîne à jamais l'insomnie, dans une immensité sinistre d'agonie. Ne pas mourir, ne pas dormir : voilà mon sort. Et partout, surgissant derrière moi, l'hydre immense de l'ombre ouvre ses ailes noires. Voir toujours fuir le sommeil et le rêve, obscurs paradis bleus...

O vous tous, fils de l'ombre ou du soleil, esprits de l'air, esprits du jour, larves de rêve, anges ou spectres, venez, venez ! Vous me trouverez les yeux ouverts. Laissez passer les pas du temps, tardifs ou courts; après des millions de jours, de mois et d'années, venez, venez ! Vous me trouverez les yeux ouverts.

Ma peine, c'est d'être là, guettant dans l'ombre et c'est de regarder sans cesse fixement les escarpements noirs du mystère insondable.
Orfanik

Monsieur le Baron, le jeune homme s'approche du Château. Il a déjà dépassé le Nid des Aigles.
Baron

Très bien, Orfanik. Parfait ! Le piège se referme. Ici, tout est prêt. Allume la fenêtre du donjon qui le guidera à la poterne. Abaisse le pont-levis, pour lui donner passage.
Orfanik

Mais êtes-vous bien sûr qu'il s'agit du jeune Comte ?
Baron

J'en ai la preuve. Il y a deux heures, le fil m'a rapporté les propos que l'on tenait dans l'auberge. Prodigieuse invention, Orfanik, inestimable invention !
Le Baron met en marche un magnétophone. On entend un extrait de la scène de l'auberge :

Franz : Depuis cinq ans, je suis à sa recherche...

Aubergiste : Depuis cinq ans, personne ne l'a revu...

Franz : ... et me voici enfin près du but.

Aubergiste : Oubliez-le ! De toute façon, il est impossible de pénétrer dans le Château.
Baron

Orfanik ! As-tu débranché les batteries du laboratoire ? Evitons-lui les décharges électriques !
Orfanik

C'est fait, Monsieur le Baron.
Aubergiste : Le lieu est maudit. Tout le village a peur. Les portes de toutes les maisons sont closes.
Baron

Mais le fil, Orfanik, transperce portes et murailles ! Et je peux entendre, et peux me faire entendre !
Aubergiste : D'ailleurs, vous voyez bien, il n'y a personne dans cette auberge, à l'heure où, autrefois, les villageois se rassemblaient pour boire de la bière ou fumer la pipe. Personne. Le monde est vide...
Baron

Tout n'est que solitude et désert !
Orfanik

Le voici !
Baron il éteint le magnétophone

Cinq ans !
Orfanik

Il fait le tour du Château !
Baron

Il t'a fallu cinq ans pour me lancer ce défi !
Orfanik

Il voit la lumière à la fenêtre du donjon.
Baron

Comme un insecte affolé !...
Orfanik

Il lève les yeux !
Baron il rit

E leva gli occhi Orlando,

E quel parlar divino gli par udire,

E par che miri il viso...
Orfanik

Il croit voir son ombre !
Baron il prend l'Orlando Furioso, l'ouvre à la bonne page et lit.

... Che l'ha da quel che fù, tanto diviso.
Orfanik

Il la cherche !
Baron

Non dico ch'ella fosse, ma parea,

Angelica gentil...
Orfanik

Il croit l'entendre !
Baron

... Ch'egli tant'ama.

Pargli Angelica udir, che supplicando

E piangendo gli dica

contrefaisant la Stilla :

"Aita, aita ! La mia virginità ti raccomando,

Più che l'anima mia, più che la vita !
Orfanik

Il semble égaré !
Baron

"Dunque ! In presenza del mio caro Orlando,

Da questo ladro mi sarà rapita ?

Piùtosto da tua man, dammi la morte

Che venir lasciata a s'infelice sorte !"
Orfanik

Il entre dans le Château !
Baron

O voyageur fatal ! Tu veux donc forcer l'ombre !
Orfanik

Il court dans l'obscurité !
Baron

Questa parola ed un' altra volta

Fan Orlando tornar per ogni stanza,

Con passione e con fatica molta,

Ma temperata pur d'alta speranza.
Orfanik

La porte de la chapelle cède sous sa poussée !
Baron

Corre di quà, corre di là, non lassa

Che non vegga ogni camera, ogni loggia !
Orfanik

Il s'agite, il court en tous sens !
Baron

Poi che i segreti d'ogni stanza bassa ha cerco in van,

Su per le scale poggia.
Orfanik

Il monte l'escalier !
Baron

E non men perde anco a cercar di sopra

Che perdessi di sotto il tempo e l'opra.

Talor si ferma...
Orfanik

Il s'arrête !
Baron

... Ed una voce ascolta

Che quella d'Angelica ha sembianza.
Orfanik

Il s'appuie contre la muraille ! Va-t-il s'évanouir ?

Non ! Il reprend sa course !
Baron

D'oro e di seta i letti ornati vede,

Nulla de muri appar, nè de pareti,

Che quelle e il suol ove si mette il piede,

Son da cortine ascose e da tapeti.

E di sù e di giù, va il Conte Orlando, e riede.
Orfanik

Il approche !
Baron

Ne per questo può far gli occhi mai lieti

Che riveggiano Angelica o questo ladro
Orfanik

Il découvre la porte !
Baron

Che n'ha portato il bel viso leggiadro.
Orfanik

Il saisit la poignée !
Baron se cachant dans l'ombre.

La Stilla t'échappe encore, Franz de Télek !
Orfanik

Il ouvre la porte !
La porte s'ouvre. Entre Franz, dans un état d'agitation extrême.
Franz

Je perds en demeurant ici mes fatigues et ma peine ! Ce ne sont que couloirs, escaliers sans fin, pièces inhabitées. Le Château tout entier est l'oeuvre d'un dément ! Et cette apparition qui toujours s'efface à mon approche... Est-ce un mirage que je perçois sans cesse dans ce dédale de couloirs obscurs ?

Il aperçoit le petit théâtre.

Le San Carlo ! Je me sens de feu et de glace tout ensemble... O cruel amour, dis-moi par quel miracle tu entretiens un feu qui jamais ne se consume !

La Stilla apparaît sur la scène du petit théâtre. Elle commence à chanter le Lamento d'Angelica.
Stilla

Van è il conforto, van ogni aita.

Il martir con la vita vedrò così finir.
Franz

Stilla, ô Stilla ! Tu me regardes, et tu ne me reconnais pas !
Baron sortant de l'ombre

Elle ne voit pas. Elle n'entend pas. Elle n'est pas vivante.
Stilla

Cinta dall'acque...

Le Baron éteint un projecteur. La voix de la Stilla s'interrompt brusquement. Son image disparaît. Silence. Stupeur de Franz.

Le Baron remet l'appareil en marche.
Stilla

... E dal mio pianto amaro,

Non avrò nave che mi porti a riva

O Dio, come parlo, ohimè come son viva !

Voglio, voglio morir !

Voglio morir, voglio morir.
Franz aparté

O Dieu, quel espoir insensé m'a saisi ! Elle ne vit plus... Et pourtant, la voici devant moi...
Baron aparté

Sa voix me reste. Sa voix est à moi, à moi seul !
Franz

Une illusion ! Une illusion électrique !
Baron à Franz

Sans illusion tout périt ! Regarde les amants : ils nourrissent en eux le fantôme qu'ils ont conçu; mais ils ne tiennent plus l'un à l'autre, ces étrangers éternels... Entre deux êtres qui s'aiment, toute nouveauté d'aspect fait s'envoler le rêve... La réalité s'enlise dans la monotonie...
Franz au Baron

L'illusion est monotone ! Elle tape toujours, obstinément sur le même clou !
Baron aparté

Je l'ai pour toujours cette joie unique : La longue heure monotone de sa voix parfaite.
Franz aparté

La douleur et l'angoisse sont dans l'ombre, aux aguets... Les ténèbres écrasent mon âme oppressée...
Baron

Son timbre si pur, je l'ai délivré de la loi du temps !
Franz

Ma raison chancelle, mon sang se fige... Mon coeur s'arrête...
Baron à Franz

Elle reste pour toujours la Stilla, telle qu'elle chanta, ce soir-là

au San Carlo, quand tu voulus l'arracher à sa seule destinée !
Franz au Baron puis en aparté

Mais où est la vie, où est le mouvement ? Ses yeux sont vides... Sa voix : stérile, désormais... Ce n'est qu'une ombre sans âme...
Baron aparté

Et la voici éternisée, l'heure parfaite de sa voix... Je l'ai arrêtée au passage je l'ai fixée.
Franz au Baron

J'aimais une femme ! Comment pourrais-je aimer la compagnie lugubre

d'un simulacre ? Arrête, arrête là ce rituel funèbre, je t'en conjure !

Va-t-elle mourir encore une fois, sous nos yeux ?
Baron à Franz

Elle ne meurt plus. Elle chante. Elle n'était que sa voix.
Stilla

Voglio,

Voglio mor...

Elle tombe.
Franz

Comment as-tu pris place dans un coeur humain, cruelle, abominable machine !

Il saisit vers l'appareil de projection, le jette à terre et le détruit. Le Baron a tenté en vain de le retenir.
Baron

Orfanik ! Destruction ! Destruction immédiate !
Orfanik

A vos ordres, Monsieur le Baron !
Franz

Ah ben per me, più non s'aggira il cielo... Ah ! Le ciel, pour moi s'est arrêté...
Baron

Ist's dein Wille, süsse Maid, Si ton intention, douce jeune fille,

Meinem heissen Liebesstreben est de ne répondre à mon pressant

Erst im Tode Raum zu geben, désir que dans le Royaume de la Mort.

O da wart'ich lange Zeit... J'attendrai alors...
Les murs s'écroulent.
Franz

E per me sempre sia coperto il sole... le soleil s'est pour toujours

Di tenebroso velo... di tenebroso... velo... couvert d'un voile de ténèbres...
Fin

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