Témoignage d'une infirmière libérale : Elisabeth Durrieu








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date de publication22.12.2016
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Témoignage d'une infirmière libérale : Elisabeth Durrieu

Une infirmière révoltée
Lettre ouverte au Président de la république

Mr le Président
Venant de subir un préjudice moral, je tiens à vous adresser cette lettre afin que vous soyez au courant et, je l’espère, puissiez remédier à cette profonde injustice.

Je suis infirmière diplômée de l’état français depuis 1985. Après plusieurs années d’expérience en hôpitaux et cliniques, je me suis dirigée vers la profession libérale, j’ai donc dû accomplir toutes les formalités qui étaient nécessaire, sauf une, pour mon malheur, dont je n’ai jamais entendu parler ni par les caisses d’assurance maladie, ni par l’urssaf, ni par les caisses de retraite.

En effet donc, le 13/03/2015, j’ai été victime d’un accident du travail en soulevant une de mes patientes atteinte de la maladie d’Alzheimer. J’ai senti une grande douleur au niveau du rachis cervical et lombaire mais j’ai continué vaillamment ma tournée jusqu’au soir. Et j’ai continué tout le week end, ma collègue étant en repos.

N’y tenant plus, je finis par consulter mon médecin traitant qui m’a immédiatement mise en accident du travail, m’a donné une médication anti douleur, ordonné des séances de kinésithérapie ainsi que deux IRM pour diagnostiquer une éventuelle atteinte du rachis.

J’ai, pour la première fois de ma vie, dû accomplir toutes démarches administratives relatives à un accident du travail. Et, en premier lieu, un envoi sous pli recommandé à la cpam de mon département ainsi qu’aux assurances de prévoyance.

J’ai pu avoir la chance d’être remplacée pendant 15 jours par ma remplaçante qui s’est aussitôt rendue disponible. Puis j’ai repris le travail deux jours pendant lesquels j’ai continué à souffrir jour et nuit. A la suite de quoi, je suis retournée voir mon médecin qui m’a cette fois arrêtée un mois. J’arrive au terme de cette prolongation et je suis loin d’être rétablie.

Pendant tout ce temps, et après multiples coups de téléphone, j’ai pu enfin être contactée par une responsable du service concerné de la cpam qui m’apprend alors que je n’étais pas couverte ni pour les accidents du travail ni pour les maladies professionnelles. Quelle fut ma stupeur de l’apprendre !!! Cette gentille personne me dit alors que je devais avoir été informée à mon installation qu’il fallait faire une demande spéciale pour ces risques à des assurances privées. Je lui répondis donc que je n’avais jamais entendu parler de cette démarche en 18 ans de carrière libérale. Oui, me dit elle, il semble que l’information ne soit pas bien communiquée car vous êtes loin d’être la seule dans ce cas…

J’appelle donc mes collègues, en parle à tous les kinésithérapeutes que je connais ainsi qu’à mon médecin traitant, un jeune médecin qui vient tout juste de s’installer. Aucun d’eux n’a jamais été au courant de cette information. J’appelle mon frère, également médecin généraliste depuis plus de 20 ans qui s’est épuisé à son métier et était à l’époque malheureusement en épuisement professionnel
( connu sous le nom de Burn Out,, en avez-vous entendu parler ?), hospitalisé suite à s’être démené pendant cinq ans pour que les habitants de sa région puissent avoir accès au soin dans les meilleures conditions, et donc, porteur de projet d’une maison de santé. 12à 14 heures de travail par jour, avec des gardes et travail administratif le week end. Lui non plus ne savait pas cela. Heureusement pour lui, il n’avait pas que la casquette libérale puisqu’il était aussi salarié de l’hôpital local. Dans le cas contraire, n’ayant pas contracté d’assurance AT/Maladies professionnelles, il aurait été dans l’obligation de payer tous ses frais d’hospitalisation et de soins. Quelle injustice ! Quelle immoralité !

Ses multiples appels et demandes d’aide aux instances concernées n’ont jamais été entendus. Débrouillez-vous. Tuez-vous au boulot, « on » ne se sent pas concernés…

Je comprends donc après avoir appelé ma responsable régionale du syndicat (SNIIL) ainsi que l’avocate juridique du siège social à Paris, que je devrai payer tous mes soins d’IRM et de kinésithérapie ! Alors, non seulement, je ne peux pas gagner d’argent mais, malade, je dois payer alors que j’ai passé ma vie entière à soigner les autres ?

« Nul n’est censé ignorer la loi me direz-vous ». Mais quand je constate que la majorité des professions médicales et paramédicales ne sont pas au courant de cette information, j’en suis atterrée, vidée, anéantie, consternée avec un sentiment d’injustice immense, voire d’arnaque même.
J’ai découvert que les victimes de ce manque d’information étaient nombreuses. Je vais juste vous citer un cas qui m’a été rapporté. Une infirmière part à 6h du matin et a un très grave accident de la route. Les pompiers la transportent à l’hôpital où elle meurt après dix jours de coma en soins intensifs. Son mari se retrouve seul, avec la bonne nouvelle derrière de devoir vendre sa maison pour payer le déplacement des pompiers et tous les frais d’hospitalisation etc…

Pour moi, il est apparemment trop tard. Je me suis fait bien avoir. Et je n’ai aucun recours. Mais pour que cela cesse, pour que mes consoeurs et confrères ne subissent plus cela, je vous demande d’agir, d’informer, voire de rendre obligatoire à l’installation, au même titre que la maladie et la maternité, les risques d’accidents du travail et les maladies professionnelles pour les professions libérales

Il me parait honteux que nous soyons traités de la sorte alors que nous servons toute la population française !!! Et, en tant qu’infirmière, je sais quelles économies fait l’état en se servant de nous ! Nous qui sommes de plus en plus la plaque tournante du maintien à domicile de la personne âgée ou handicapée. Car c’est, pour la plupart du temps nous, qui faisons le lien entre l’hôpital, les médecins traitants ou spécialistes, les services sociaux, les familles et nos chers patients.

Pour ma part, je suis tellement écoeurée que je pense me reconvertir si j’arrive à trouver un emploi à mon âge !... (53 ans)
En espérant recevoir une réponse de votre part et en attendant, je me permets d’envoyer cette lettre au premier ministre, au ministre de la santé, à toutes mes consoeurs ou confères par la voie syndicaliste, les réseaux sociaux et les médias.

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