Allusions à Tamié entre 1132 et 1847








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Allusions à Tamié entre 1132 et 1847
Visite de l’abbé de Clairvaux en 1516

Passage de dom Martène, 1710

État des bâtiments 1659, 1701, 1707

Coup de foudre de 1756

Relations de voyage par Tamié 1788, 1806, 1832, 1844, 1847
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Tamié dans les Annales de Cisteaux

par Nicolas Cotheret

Moine de Cîteaux, bibliothécaire et archiviste de cette abbaye

1728

Manuscrit des Archives de l’Abbaye de Tamié

[Folio 16] (En 1177), Godefroi, abbé de Clairvaux qui avait quitté son abbaye de la manière qu'on a vu, succéda à Henry, abbé d'Hautecombe, en Savoie, diocèse de Genève, qui venait d'être élu abbé de Clairvaux, auquel Godefroi, étant déjà à Hautecombe, dédia le IVe livre de son commentaire sur les Cantiques qui est parmi les manuscrits de la bibliothèque de Cîteaux. Quelle apparence que les religieux d'Hautecombe l'eussent choisi pour leur abbé si l'Ordre eut reconnu sa destitution fondée sur des motifs bien légitimes.

La canonisation de saint Pierre de Tarentaise

Cinq ans après, c'est-à-dire en 1182, le Chapitre général ayant jugé à propos de demander la canonisation de saint Pierre, archevêque de Tarentaise, auparavant religieux de l'abbaye de Bonnevaux, au diocèse de Vienne en Dauphiné, et ensuite premier abbé de Tamié, en Savoie, au diocèse de Tarentaise même, fondé en 1133, députa l'abbé de Bellevaux, du diocèse de Besançon, et notre Godefroi d'Hautecombe pour aller à Rome solliciter de la part de l'Ordre de Cîteaux cette canonisation auprès du pape.

Lucius III qui tenait alors le siège de Saint-Pierre (f. 16v°) n'accorda pas d'abord ce que ces députés lui demandèrent. Il estima nécessaire, avant de passer outre à cette canonisation, d'écrire à Pierre, abbé de Cîteaux, et à Pierre, abbé de Clairvaux, de faire rédiger par écrit ce que ce grand archevêque avait fait de plus mémorable pendant le cours de sa vie, afin que sur les mémoires qu'ils enverraient à Rome on put s'assurer de la sainteté de ce digne prélat, de laquelle cependant la renomée avait déjà informé l'Église.

En exécution de ce bref, l'abbé de Cîteaux, qui venait d'être élu évêque d'Arras, écrivit de concert avec l'abbé de Clairvaux, à son vénérable ami Godefroi, abbé d'Hautecombe, de ramasser tous les actes qui pourraient faire un corps d'histoire et servir au dessein du pape.

Telle était l'estime que ces deux abbés faisaient du mérite de cette malheureuse victime de la politique et du respect humain, et laquelle le Chapitre général lui-même honora de la députation de l'Ordre prêt Lucius III, quoi quelle eut été disgraciée par les puissances de la terre. Voilà la vénération que l'Ordre de Cîteaux lui-même conserva pour Godefroi après qu'il eut été forcé d'abdiquer l'abbaye de Clairvaux, ou qu'il en fut destitué, car on ne trouve rien de bien clair sur lequel de l'un ou de l'autre de ces deux événements on doive se fixer (f. 17).

Godefroi, ayant accepté la commission qui lui était envoyée de la part de ses supérieurs, leur écrivit une lettre qui porte pour suscription: “ Aux révérends pères en J. C. monsieur Pierre élu évêque d'Arras, et à Dom Pierre, abbé de notre Sainte mère de Clairvaux, frère Godefroi de Haute Combe, qui est tout ce qu'il y a de plus petit ”.

Ces trois lettres sont transcrites à la tête de la vie de saint Pierre de Tarentaise qui se trouve entre celle de saint Bernard et de sait Malachie, dans un même volume in folio de la bibliothèque de Cîteaux.

[Une grande partie du texte a été publié par Louis J. Lekai, OS, dans Analecta Cisterciensia, 1984, p. 150-303 ; 1985, p. 42-315 ; 1986, p. 265-330.]

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Visite 1516

Histoire de l’abbaye de Tamié

Joseph Garin, p. 112-113

Dom Edme, 41e abbé de Clairveaux visita les abbayes de Savoie en se rendant à Rome. La relation fut écrite par Jean Gallot, son valet de chambre.

Le 10 septembre « il vint à paser le Rhône et coucha à Bonlieu, monastère de moniales, près Sallenôves, fondé en 1160 par Amé, comte de Genevois.

Le lieu est pauvre, situé entre grosses montagnes. Mgr visita et nous fîmes bonne chère. Il y avait une jeune abbesse [probablement Gabrielle de Chaffardon] et douze religieuses toutes bien accoutrées mais peu savant de religion. Et elles furent assez humbles et promirent de bien vivre selon qu’elles devaient.

Le 12, partîmes fort matin et vînmes passer parmi la ville de Necy [Annecy] et de là monter au monastère de religieuses de Ste-Catherine. Ce monatère est situé in medio ascensus montis [mi-chemin de la montagne]. Mgr visita tout ce dit jour et y avait une bonne abbesse [Bernardine de Menthon] et douze religieuses assez de bonne sorte. [Mugnier, Hist. Doc. De Ste-Catherine, p. 64.]

Le 13, après dîner, sommes descendus à pied sans lance (car descendre à cheval n’y a fait pas bon) et venus repasser par Annecy et de là, toujours le long du lac, passer par un château nommé Douyn qui est au bout du-dit lac. Puis toujours entre terribles montagnes, jusqu’en un bourg dit Faulverges, auquel nous trouvâmes le procureur d’Estamy. Nous bûmes, puis partîmes à cheval et bûmes toujours montant intermontes asperrimos au gîte au-dit Tamié, bon monastère où l’on nous fit bonne chère. Mgr visita là et y avait pour lors deux abbés et douze religieux assez bien faisant l’office, mais ors malpropres et sales en leurs habits, ignorant l’ordre et les cérémonies pour les commendes précédants. Nous vîmes au-dit monastdère de l’éponge de Notre Seigneur.

Le 15, sommes partis et venus passer la rivière appelée Ysca (Isère) et une autre nommée Morienne (Arc) fort dangereuse en temps d’hiver et aussi passer devant un château nommé La Chambre, puis coucher à Beton auquel lieu il y avait une bonne et maîtresse abbesse [Adélaïde de Verdun] avec vingt ou vingt-deux religieuses assez bien chantant, mais mal accordant, témoins les répons des matines. L’abbesse reçut Mgr et traita bénignement et doucement durant la visitation et il trouva les religieuses aucunement disposées à bien. Le 17 nous sortîmes et vînmes dîner à Montmélian, bonne et grosse ville et clef de Savoie.
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État des bâtiments en 1659 et 1701

Extrait d’une lettre du Président Delasaunière d’Yenne, au marquis de Saint-George
J’ai trouvé cette abbaye dans tout le bon état qu’on pourrait souhaiter par les soins du dernier abbé qui y a mis la réforme et qui vivait comme tous les autres religieux sans avoir jamais rien eu en propre, de sorte que l’on peut dire qu’on y mène une vie très réglée et très exemplaire. On a bâti toute cette abbaye à neuf d’une manière belle, solide et dispendieuse, au lieu qu’auparavant le bâtiment de cette abbaye ressemblait qu’à un méchant village, toutes les maisons étant séparées et couvertes de chaume. Nous avons trouvé aussi tous les terriers de cette abbaye en fort bon état, de même que les titres, dont le dernier abbé avait faire faire un inventaire.


Ancienne abbaye de Tamié

Nouvelle abbaye, construite à partir de 1678
D’après un dessin de 1706
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Relation du passage à Tamié de dom Martène et dom Durant

Du dimanche 20 au vendredi 23 juillet 1710

Dom Martène ; Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, Paris, Delaulne, 1717 (2), t. 1, p. 144-146

[P. 244] A trois ou quatre lieues de Taloire est l’abbaye de Tamied, qui dans la Savoye a la même réputation que la Trape en France. Dom Arsène Jougla qui en est abbé est François, né à Toulouse d’une maison illustre ; il quitta les biens et les [p. 245] honneurs qu’une grande famille lui offroit, & de riches benefices qu’il possedoit, pour embrasser la vie pauvre & pénitente des religieux de la Trape. Après y avoir fait profession, il y exerça la fonction de Pere maître ; de là il fut envoyé en Toscane au monastere de Bonsolazo, dont il fut fait prieur. L’abbé de Tamied étant mort, les religieux qui étoient déjà réformés, l’élurent pour leur abbé. Comme il trouva en eux de bonnes dispositions, il n’eut pas de peine à leur persuader de se réformer davantage. Ils embrasserent sans difficulté le silence perpetuel de la Trape, le travail des mains durant deux heures, une entiere separation du monde. Ils boivent du vin, mangent des oeufs, & accomodent leurs legumes avec du beurre, & ne s’accordent l’usage du poisson que trois ou quatre fois l’année. Ils répandent l’odeur de leurs vertus dans tout le pays, & certainement il est impossible de les voir, sans être touché de leur modestie, & de leur recueillement. Cette modestie passe des religieux aux domestiques, qui gardent également le silence, se voyent & font leurs ouvrages ensemble sans se parler. Les hostes y sont reçûs avec toute la charité & la propreté possible, mais leur appartement est tellement separé de celui des religieux, qu’ils ne peuvent avoir de communication avec eux.

Nous y trouvâmes monsieur le baron de la Villette de Chevron, dont on regarde les ancêtres comme fondateurs de l’abbaye. Nous avions eû l’honneur de le voir à Taloire, & il vint expés à Tamied à cause de nous. Comme nous étions là, monsieur l’abbé de Sissery [Chezery], frere naturel du duc de Savoye, y arriva ; nous eûmes l’honneur de souper avec lui, car il est fort familier. Il nous témoigna l’estime qu’il faisoit du pere dom François de Lami, dont il a toujours les ouvrages entre les mains, les portant même en campagne avec lui ; il but à sa santé. Il nous entretînt aussi de son Altesse Royale, & nous en parla comme d’un prince tres-pieux qui faisoit tous les jours trois heures d’oraison, & qui avoit fait une ordonnance, par laquelle il defendoit à tous ses sujets de causer à l’église, sous peine aux personnes de la premiere qualité, d’être enfermez trois mois dans une citadelle ; aux personnes de moindre qualité, de garder trois mois la prison ; et au menu peuple, de subir une punition exemplaire.

La grande retraite des religieux de Tamied n’empêche pas qu’ils n’ayent une bibliotheque. Nous y trouvâmes même des manuscrits, parmi lesquels il y a un ouvrage de Pierre [p. 246] Abailard, qui a pour titre Petri Abaëlardi de universalibus & singularibus ad Olivarium filium suum Tractatus. Leur chartrier est le plus propre & le mieux arrangé que j’aye vû. Nous vîmes dans la sacristie une main de saint Pierre de Tarentaise, ses habits pontificaux, & un morceau du bois de la vraye croix. L’abbaye de Tamied est l’unique du diocèse de Tarentaise qui est tres petit.

(1) - Martène Edmond, Durand Ursin : Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la concrégation de Saint Maur, où l'on trouvera quantité de pièces, d'inscriptions et d'épitaphes, servantes à éclaicir l'histoire, et les généalogies des anciennes familles; plusieurs usages des églises cathèdrales et des monastères touchant la discipline et l'histoire des églises des Gaules; les fondations des monastères et une infinité de recherches curieuses et intéressantes qu'ils ont faites dans près de cent évéchéz et huit cent abbayes qu'ils ont parcouru. Ouvrage enrichi de figures. Paris, Delaulne, 1717.
(2) Edmond Martène (1654-1739) et Ursin Durand (1682-1771) étaient deux Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur : Martène moine à Saint-Rémy de Reims et Durand à Marmoutier. Martène fut envoyé à Saint-Germain-des-Prés, à Paris, pour travailler aux éditions des Pères de l’Église, puis à Rouen où il publia de nombreux ouvrages. Il fut alors chargé de recueillir des documents pour la Gallia christiana. En 1709, on lui adjoignit Durand comme collaborateur. Ensemble, ils publièrent plusieurs ouvrages, dont le Voyage littéraire de deux religieux bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur. Martène mourut à Saint-Germain-des-Prés à 85 ans, Durand au monastère des Blancs-Manteaux à 89 ans. Ils sont les exemples les plus achevés du ‘savant bénédictin’.
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Le coup de foudre du 3 août 1756

Le troisième d’août 1756, à 2 heures moins un quart après minuit, la foudre est tombée sur la maison de Tamié et a pénétré à l’intérieur de la maison.

1°- Au-dessus de l’œil de bœuf de la grande fenêtre du milieu du chœur à environ un pied au-dessous du toit, elle a fait tomber et casser deux timbres du chœur. Elle a calciné la muraille et est sortie au-dessus de la pierre de taille de la porte du chœur. Elle a rompu la pierre à l’endroit où entre le verrou de la serrure, après avoir consumé et réduit à rien les fils de fer de la sonnerie et plusieurs anneaux qui y étaient attachés.

2°- Elle a pénétré dans la chambre la plus proche de l’église, et de là, dans la sacristie par une ouverture qu’elle a fait sous le toit, à environ un demi pied du sommet du mur.

3°- Elle a encore pénétré à environ un pied au-dessous du toit, vis-à-vis des escaliers du galeta et est descendue jusqu’aux fondations de la maison par le milieu du mur, étant entré à la première fenêtre de la montée du dortoir et dans la boutique qui est dessous.

4°- Elle a pénétré à un demi-pied du toit au-dessus de la fenêtre à côté des privés [toilettes] où elle a fracassé deux fenêtres et fondu le plomb des vitres, tant du noviciat que celle qui est au-dessus.

5°- Elle a pénétré encore dans les privés au-dessus du four.

6°- Elle a pénétré et cassé le toit vers la première fenêtre qui est en face de la sacristie et a parcouru tous les galetas et a consumé tous les fils de fer jusqu’au grand horloge.

7°- Elle a pénétré vers la première fenêtre à côté de la lampe, en descendant contre l’infirmerie, d’où elle est descendue par la muraille, dans les cloîtres.

8°- Elle a encore pénétré et abîmé la fenêtre qui éclaire le couloir de l’abbé, d’où elle est montée par le trou du fil de fer qu’elle a encore consumé, vers le couloir de l’infirmerie.

9°- Elle est tombée à côté de la grande porte de l’église où elle a fendu la muraille en deux endroits.

10°- Elle a encore cassé le toit à côté de la chambre du procureur, sans parler des autres endroits où elle est passée.

Il résulte un double miracle - elle a pour ainsi dire passé dans toutes les cellules habitées par les religieux où elle n’a blessé personne - elle n’a pas mis le feu à la maison.

On prie tous ceux qui verront ce mémoire de craindre et servir Dieu de tout leur coeur et de le remercier du bienfait dont il nous a comblé.

Jean-François Rivolet, natif de Thônes, religieux de Tamié.
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Excursion à Tamié le 22 août 1788, par Pison de la Gravière
En partant de Sainte-Hélène, à cheval, et en se dirigeant vers le nord, un peu ouest, on commence par passer l’Isère, sur le port nommé aussi de Sainte-Hélène, de là, en continuant de traverser la Combe de Savoie, on arrive au pied de la montagne opposée, on la monte ensuite par le village paroisse de Tournon et en deux heures et demi on est rendu au monastère de Tamié.

Les religieux, gouvernés par un abbé et au nombre de 15 à 18, suivent la règle de la Trappe qu’ils n’ont embrassée que vers le milieu du dernier siècle. C’était auparavant une maison ordinaire de l’Ordre de Cîteaux.

Tamié se trouve situé vers le milieu d’un charmant vallon, médiocrement élevé au-dessus de la plaine, d’un aspect cependant très retiré, ayant son entrée par une large ouverture de montagne du côté de la Combe de Savoie, et son issue dans la même forme du côté opposé de la plaine d’Annecy, vers l’orient du lac.

Le vallon entier de Tamié offre l’aspect le plus vert, avec des mélanges de bois bien conservés, et des arbres fruitiers de tout rapport. Un ruisseau de belle eau où se rendent encore diverses fontaines, arrose le bas de ce vallon et va du côté de Faverges, sur la route d’Annecy, mouvoir aux fabriques de fer appartenant au monastère.

La maison n’est que d’une médiocre grandeur, mais solide et bien entretenue. L’église, sans décoration, assez grande et sous une voûte en plein cintre aussi assez élevée. Le clocher dédommage par son élégance. Réparé depuis peu, il semble sortir des mains des ouvriers. C’est un octogone parfaitement reluisant du fer blanc qui le couvre, avec de grands panneaux en jalousie, dont la peinture verte récrée les yeux.

Nous dînâmes avec les religieux dans leur réfectoire. Tous les détails sont tristes et édifiants. On ajouta à notre portion, composée comme celle des religieux, d’un petit potage blanchi avec du lait, d’une assiette d’oeufs brouillé et d’une autre de haricots verts, on ajouta, dis-je, une moitié de truite médiocre, cuite au bleu et accompagnée d’une burette d’huile et de vinaigre. Vinrent ensuite un morceau de fromage et quelques poires et pêches peu engageantes. La lecture d’une portion de la vie de saint Bernard dura pendant tout le repas, après lequel on se rendit à l’église, par les cloîtres, en procession et en chantant, sur une modulation très creuse et très lente, le psaume Miserere. La communauté des religieux se munit incessamment de fourches et de râteaux, et partit en silence pour aller s’occuper de la récolte des foins dans les environs.

Je n’ai pas pu, pendant tout le repas et ses accessoires surprendre un seul religieux qui ait levé les yeux ou interrompu autrement son air de profond recueillement. Ce sont deux d’entre eux qui font le service des tables, et qui, chaque fois qu’ils s’en approchent saluent par une très profonde inclination. L’abbé placé derrière la table qui occupe le fond du réfectoire vis-à-vis la porte d’entrée, exerce la police la plus attentive et la plus silencieuse. Tous les religieux pour la moindre coulpe, vient se coucher tout de son long devant sa table pour demander miséricorde et l’abbé n’en manifeste sa volonté que par un léger coup du manche de son couteau, seul bruit qui, avec la lecture, se fasse entendre dans cette salle.

Au reste, l’abbé, nommé dom Desmaisons, originaire de Chambéry, est un grand et gros homme, de fort bonne mine et du teint le plus vermeil, paraissant âgé d’environ 50 ans. On dirait qu’il ait vécu longtemps dans un monde bien élevé. Sa conversation est animée, quoique modeste, instructive et intéressante. Il ne me surprit pas peu, lorsque sur la demande en termes discrets que je lui en fis, il me répondit qu’il était entré dans la maison à 19 ans et qu’il avait trouvé que c’était tard. Le respectable abbé jouit d’une réputation de grand mérite et est traité comme tel par le prince et la princesse de Piémont, lorsqu’ils viennent pendant leurs voyages en Savoye, faire leurs dévotions et passer quelquefois deux jours à Tamié.

Après la procession du Miserere, que nous suivîmes convenablement, l’abbé ayant alors avec lui le religieux procureur de la maison, nous conduisit dans un petit appartement particulier, communément et proprement meublé. La conversation devint familière et libre, quoique toujours bien réglée, et l’on nous servit de fort bon café, dont Mr l’abbé et le procureur prirent comme nous leur tasse.

Nous prîmes congé vers trois heures, étant arrivé entre neuf et dix. L’abbé et le procureur vinrent poliment nous voir monter à cheval et nous nous séparâmes avec ces francs et honnêtes témoignages qui ne se trouvent que dans les lieux où règnent les moeurs et la parfaite probité religieuse.

En quittant Tamié, nous quittâmes aussi la direction du vallon vert où il est situé et prenant notre chemin au nord, un peu ouest, autant que j’ai pu en juger, nous commençâmes à gravir une rude montagne entremêlée de bois et de pâturages. Arrivé au sommet par des zigzags plus ou moins prolongés, nous nous trouvâmes engagés dans d’autres montagnes à pâturages, qu’il fallut parcourir successivement, en montant et descendant à l’alternative, souvent très rapidement et en traversant aussi quelquefois des défilés profonds et étroits. Rien cependant de plus attachant que tous ces sites et tous ces aspects singulièrement variés. L’intérêt augmente beaucoup par la vue des hautes roches qui sous toutes les formes entourent et couronnent ces montagnes vertes. On est reposé d’ailleurs par la rencontre des troupeaux de vaches et de chèvres qui les habitent pendant l’été, et au besoin on trouve d’excellent lait et du fromage qui l’on dit fort bon dans les grands chalets appartenant à chaque montagne. Les pâtres et les fromagers parmi lesquels on voit quelques femmes et quelques filles et des jeunes gens, paraissent de l’humeur la plus accueillante. C’est une espèce d’humains bien peu ressemblant à ceux de nos plaines. Leur rencontre dans ces vastes et tortueux déserts est souvent utile, même nécessaire pour vous rectifier dans le choix des chemins, suivant les points auxquels vous voulez aboutir. Ces chemins ne sont que des sentiers souvent très âpres et très raboteux, et fort entrecoupés qui vous jettent dans la perplexité et qui peuvent vous égarer diamétralement d’un point à l’autre. Les pâtres qui vous suivent des yeux par leurs sommités, vous ramènent par leurs cris et leurs signes, dans ceux que vous avez à tenir, et nous en fîmes la rassurante épreuve plus d’une fois.
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