Conférence débat au Centre Jean XXIII, Bangui








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LA PAIX EN REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE :

Réalité ou Fiction ?

Conférence débat au Centre Jean XXIII, Bangui,

9 mai 2013

QUELLES CONDITIONS POUR UNE PAIX VERITABLE EN REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE ?

INTRODUCTION

L’initiative entreprise par monsieur l’abbé Freddy Stéphane MBOULA WAMOK en faveur de la paix dans le contexte tumultueux que traverse en ce moment la République centrafricaine est à encourager et à promouvoir. C’est en ce sens que j’inscris ma modeste contribution qui se veut une proposition de sortie de crises, de restauration de la paix et de cohésion sociale. « Admettons que la restauration d’une paix véritable soit possible en RCA. Quelles en sont les conditions fondamentales de possibilité ? », tel est le sujet qui m’a été proposé. Je me permets de reprendre ainsi la formulation de l’intitulé : « Pour une paix véritable en République centrafricaine. Quelles en sont les conditions ? » Il convient de partir de l’a priori de la paix pour envisager les conditions porteuses de son plein déploiement.

  1. LA PAIX : DON DE DIEU AUX HOMMES

Les observateurs de la vie politique centrafricaine sont quelque peu désenchantés et ne cachent pas leur pessimisme quant à la restauration d’une paix véritable dans ce pays fantôme où sévit la loi de la jungle. Le caractère cyclique des crises, à intervalle régulière de dix ans (10 ans), n’inspire point confiance aux partenaires et aux opérateurs économiques. Il déstabilise le tissu socio-économique et fait fuir non seulement les capitaux, mais aussi les matières grises. Il suffit seulement de considérer la décision prise par les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Afrique centrale de délocaliser, même de manière temporaire, les sièges des institutions sous régionales établies à Bangui. Citons en exemple la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale), l’Ecole Inter-Etats des Douanes… Certaines entreprises vont leur emboîter le pas. Le manque à gagner est énorme pour le pays et sa population. Il va sans dire que la paupérisation va s’aggraver dans un pays dont toutes les structures ont été pillées, saccagées, vandalisées et mises à sac. Rien n’a été épargné. Objectivement le tableau est plus que sombre. Nous frisons la catastrophe. Le tsunami SELEKA laissera un goût amer dans la bouche de tout Centrafricain. Par ailleurs la gestion de cette rébellion a créé des frustrations et un antagonisme entre la communauté chrétienne et la communauté musulmane. Il est à craindre la rupture de la cohésion sociale entre ces deux communautés qui vivaient en parfaite harmonie, si des dispositions et des garanties ne sont pas prises par les nouvelles autorités politiques.

Nonobstant cette lugubre description, toute rébellion et toute guerre trouvent leur justification dans la recherche du bien commun. Le cœur humain aspire fondamentalement à la paix comme le rappelait Saint Augustin dans La Cité de Dieu : « La paix est un si grand bien que, même dans les choses de la terre et du temps, il n’est rien de plus doux à apprendre, rien de plus désirable à convoiter, rien de meilleur à trouver1. » L’insistance de ce maître en psychologie se fit par ailleurs persistante :

« En effet, que l’on considère avec moi, sous quelque point de vue que ce soit, les choses humaines et la nature de l’homme, l’on reconnaît que, s’il n’est personne qui ne veuille ressentir de la joie, il n’est aussi personne qui ne veuille avoir la paix. Et ceux-là mêmes qui veulent avoir la guerre ne veulent rien autre chose que vaincre ; ils n’ont donc que le désir d’arriver par la guerre à une glorieuse paix. Qu’est-ce, en effet, que la victoire, sinon la soumission de toute résistance ? soumission qui amène la paix. C’est donc en vue de la paix que se fait la guerre, la paix est le but de ceux mêmes qui cherchent dans le commandement et les combats l’exercice de leur vertu guerrière. La paix est donc la fin désirable de la guerre. Car tout homme, en faisant la guerre, cherche la paix ; nul, en faisant la paix, ne cherche la guerre. Et ceux qui désirent que la paix dont ils jouissent soit troublée, ce n’est point qu’ils haïssent la paix, mais c’est qu’ils veulent la changer à leur gré. Leur volonté n’est point que la paix ne soit pas, mais qu’elle soit à leur volonté2

Les ténors de la coalition SELEKA ont certes inscrit leur combat dans cette logique. Vu sous cet angle, la guerre serait une nécessité à la restauration de la paix, de la justice et de l’ordre. Les viols, les meurtres, les assassinats, les kidnappings, les pillages, les extorsions, les destructions, les vandalismes et autres méfaits perpétrés contre les personnes et les biens ne seraient que des dégâts collatéraux. Comme le dirait un cuisinier, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. L’image a été d’ailleurs utilisée par certains pour justifier les exactions commises par les éléments de SELEKA. La réalité culinaire s’applique-t-elle nécessairement aux conditions humaines ?

Toutefois dans la perspective théologico-biblique, la paix ne relève pas uniquement du rêve, ni de l’aspiration humaine. Elle est avant tout le don que Dieu fait à ses enfants. En effet, le Messie, l’Envoyé de Dieu auprès des hommes, est « Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-éternel, Prince-de-paix » (Is 9, 5). Il vient réconcilier les cœurs et rétablir le Règne de Justice et de Paix dans un monde rompu de violences, de guerres et de coups-bas :

Le loup habitera avec l’agneau, la panthère se couchera avec le chevreau. Le veau, le lionceau et la bête grasse iront ensemble, conduits par un petit garçon. La vache et l’ourse paîtront, ensemble se coucheront leurs petits. Le lion comme le bœuf mangera de la paille. Le nourrisson jouera sur le repaire de l’aspic, sur le trou de la vipère le jeune enfant mettra la main. On ne fera plus de mal ni de violence sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance du Yahvé. (Is 11, 6-9)

La paix que promet le Seigneur est une paix cosmique. Elle concerne aussi bien les humains, les bêtes que la nature. C’est l’écologie avant la lettre.

Rappelons par ailleurs que le premier don que le Ressuscité a fait à ses disciples c’est celui de la paix :

Le soir, ce même jour, le premier de la semaine, et les portes étant closes, là où se trouvaient les disciples, par peur des Juifs, Jésus vint et se tint au milieu et il leur dit : ‘Paix à vous !’ Ayant dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur. Il leur dit alors, de nouveau : ‘Paix à vous !’ (Jn 20, 19-21a)

Huit jours après, ses disciples étaient de nouveau à l’intérieur et Thomas avec eux, Jésus vient, les portes étant closes, et il se tint au milieu et dit : ‘Paix à vous !’ (Jn 20, 26)

Cette paix que le Ressuscité propose aux siens se distingue de la conception terrestre que nous pouvons en avoir : « Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne ; je ne vous la donne pas comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble ni ne s’effraie » (Jn 14, 27). Cette paix est plus que l’absence de guerres. Le message de Jésus, dans la tradition de salutation juive, s’entend comme un vœu et signifie l’intégrité du corps, puis le bonheur parfait et la délivrance apportés par le Messie.

La paix donnée par le Christ à ses disciples se perçoit aussi comme un commandement reçu du Maître : « Il leur dit alors, de nouveau : ‘Paix à vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie’. » (Jn 20, 21) En ce sens, la paix n’est pas un produit fini, établi une fois pour toute et dont il faut uniquement jouir. Elle nécessite plutôt l’engagement de toute personne. Et pour son effectivité, chacun devrait se constituer en artisan de paix. Tel est le grand défi qui incombe désormais aux Centrafricaines, Centrafricains et à toute personne de bonne volonté qui aime ce pays en proie à des souffrances indicibles.

  1. LES INGREDIENTS NECESSAIRES A LA RESTAURATION D’UNE PAIX VERITABLE

« L’humanité sombre dans l’égoïsme, le matérialisme et la violence. Dieu est toujours là pour reconstruire, pour rendre possible un nouveau départ, pour nous appeler de nouveau à l’Harmonie, à la Paix, à un comportement fraternel3 ». L’homme doit s’inscrire dans cette logique pour que le désir de bonheur formulé par Dieu à son endroit soit vraiment effectif. Aussi doit-il se constituer en artisan de paix conformément à l’exhortation que Jésus a faite à ses disciples dans les Béatitudes : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9). Cette exhortation reste plus que jamais d’actualité dans le contexte des crises militaro-politiques à répétition en Centrafrique et des exacerbations qui s’en sont suivi. Personne ne peut rester indifférent à cette problématique. Comment nous engageons-nous en faveur de la paix dans notre pays ? Quels sont les mécanismes que nous échafaudons pour la restauration d’une paix véritable et la cohésion sociale ? Au-delà des déclarations d’intention, c’est par nos œuvres que nous témoignons concrètement de la paix.

C’est en ce sens que René COSTE établit une corrélation entre la paix, la justice et la création :

Promotion de la paix, promotion de la justice, promotion de la gestion responsable de la création : trois axes corrélatifs ; trois visées, trois préoccupations qui doivent être désormais indissociables. Au stade présent de l’histoire de l’humanité, on ne peut plus rechercher une véritable promotion de la paix, sans rechercher en même temps celle de la justice et de la gérance de la création. Il en est de même, si on pense à l’un ou l’autre des deux axes corrélatifs. Que l’on soit homme d’Etat, militant de la paix ou des droits de l’homme, ou encore écologiste ou simple citoyen, il est capital de comprendre l’indissociabilité des trois visées. Peu importe celle à laquelle on donne sa préférence, l’essentiel est qu’on voie bien la corrélation4

Le théologien rejoint en ce sens le polyptique de valeurs établi dans l’Encyclique Pacem in terris par le Pape Jean XXIII dont le témoignage en révèle toute la portée :

Eh bien, la paix est une maison, la maison de tous. Elle est l’arc qui unit la terre au ciel. Mais pour s’élever si haut, elle a besoin de reposer sur quatre solides pilastres : ceux que Nous avons indiqués dans Notre encyclique Pacem in terris :

‘La paix, disions-Nous, n’est qu’un mot vide de sens si elle n’est pas basée sur l’ordre que Nous avons, avec une fervente espérance, tracé dans cette encyclique : ordre fondé sur la vérité, construit selon la justice, vivifié et complété par la charité et réalisé dans la liberté’. (Encyclique Pacem in terris, 5e paragraphe.) Ces quatre principes qui soutiennent tout l’édifice appartiennent au droit naturel, inscrit au cœur de tous.5

Le Pape se réfère à des valeurs essentielles dont la promotion et surtout le respect créent la concorde, l’harmonie et les conditions du vivre-ensemble. Ces valeurs ont un fondement biblique tel qu’il est décliné dans le Ps 85, 11-14 :

Amour et Vérité se rencontrent,

Justice et Paix s’embrassent ;

Vérité germera de la terre,

Et des cieux se penchera la Justice.

Yahvé lui-même donnera le bonheur

Et notre terre donnera son fruit ;

Justice marchera devant lui

Et de ses pas tracera un chemin. 

Il est évident, qu’au-delà de l’absence de guerres et de crépitements d’armes, la paix a besoin d’un terreau fertile pour se déployer. Dans la perspective de ces valeurs et dans le contexte de la crise centrafricaine, comment pouvons-nous restaurer la paix dans le pays ? Décortiquons alors l’une après l’autre ces valeurs de vérité, justice, charité et liberté et faisons-en l’application à notre situation.

  1. Vérité

« La vérité, en matière de morale, se définit comme l’attitude de l’esprit humain qui accepte de reconnaître dans leur authenticité, leur exactitude, leur dimension, leur valeur, les faits, qu’il s’agisse des faits bruts, des personnes ou des situations, sans projeter sur eux ou leur substituer l’interprétation qu’on serait tenté de leur donner6 ».

Qu’en est-il des Centrafricaines et des Centrafricains ? La gestion de la crise militaro-politique que traverse le pays depuis ces derniers mois a mis à nu un comportement fondé sur le mensonge, la fuite en avant et la trahison. Nous avons la fâcheuse tendance à masquer les réalités et à les présenter sous des jours meilleurs. Nous n’osons pas assumer la responsabilité des actes que nous avons posés ou commandités. Nous prétendons que tout est bien pour le meilleur des mondes alors que des exactions continuent à être commises en toute impunité : viols, meurtres, assassinats, enlèvements ciblés, pillages, braquages, extorsions. C’est comme si tout est mis en œuvre pour niveler la société centrafricaine et la tirer vers le bas. Ceux-là même qui brillaient dans les régimes renversés, tournent aussitôt leur veste et se positionnent autour de la mangeoire. La seule valeur pour laquelle les gens se battent n’est rien d’autre que leur ventre. Pouvons-nous être fiers de nous-mêmes avec ce principe de caméléon qui fait que des hommes et des femmes politiques manquent de substance et se présentent plutôt comme des transfuges prêts à sauter par-dessus bord lorsque le bateau est en train de sombrer ? La culture du déni ne peut favoriser une paix véritable. Pourquoi créer des frustrations alors que par le dialogue toute tension peut-être désamorcée ? En effet au-delà du sentiment de l’amour blessé, le pardon peut restaurer la relation dans la vérité. Cette dernière est fondée sur la confiance dont la rupture provoque nécessairement « le déchirement, la division, et donc à terme la violence ». Nous aurons beaucoup à gagner en promouvant la culture de la paix par « l’éducation, familiale comme scolaire, par la connaissance des problèmes internationaux et la diffusion de cette connaissance, par toute participation à la rencontre entre les peuples, entre ceux-là surtout d’ailleurs qui se trouvent entre eux en tension7. »

  1. Justice

Les peuples du monde ont besoin de paix et de justice. La paix n’est pas seulement l’absence de guerre. La paix ne peut s’édifier sur l’injustice. Elle implique un nouvel ordre international basé sur la justice pour toutes les nations et en leur sein, dans le respect de l’humanité, don de Dieu, et dans celui de la dignité de chaque individu. La paix, comme nous l’a enseigné le prophète Isaïe, est l’effet de la justice de Dieu… La vision œcuménique de la paix et de la justice se fonde sur la certitude que, tant que la justice ne régnera pas pour tous et partout, aucune paix ne sera possible8.

C’est justement la frustration qui nous a menés à ce chaos. Des régimes politiques de tout bord ont érigé en principe de gouvernement le clanisme, le régionalisme, l’affairisme, le népotisme, la chasse aux sorcières, la médiocrité au point que les compétences sont mises sur le carreau. L’écart entre les intentions et la réalité est abyssale. Est-il légitime de rétablir cette injustice par la force des armes ? Il est donc impérieux de :

  1. Promouvoir le respect de la dignité humaine ;

  2. Promouvoir la justice dans tous ses aspects :

  • Justice sociale, notamment « la juste répartition des ressources, produites par l’économie, entre les individus et les diverses classes de la société9 » ;

  • Justice distributive, qui consiste en une juste rémunération des prestations et services.

  • Justice cumulative, « qui règle justement les rapports du donner et du recevoir entre sujets égaux10. ».

  1. Assurer à tout citoyen le respect de ses droits ;

  2. Assurer le bon fonctionnement des organes administratifs de l’Etat ;

  3. Asseoir l’autorité de l’Etat et faire prévaloir le respect des institutions étatiques sur toute l’étendue du territoire ;

  4. Garantir la justice à toutes les victimes ;

  5. Assurer le paiement de salaires aux fonctionnaires et agents de l’Etat ;

  6. Lancer les bases du développement en termes de changements effectifs des structures économico-sociales et politico-culturelles comme le préconisait déjà en 1970 Mgr Don Helder Camara, archevêque de Recife au Brésil ;

  7. S’attaquer aux structures de l’injustice.

Dans le contexte de la crise militaro-politique que traverse la République centrafricaine depuis le 10 décembre 2012, il convient de :

  1. Garantir la sécurité et la protection de tout citoyen centrafricain et de ses biens ;

  2. Inspirer confiance à la population par le déploiement des forces onusiennes ;

  3. Apaiser la situation dans le pays en favorisant une cohabitation pacifique et fraternelle entre tous les Centrafricains, quelles que soient leurs convictions politiques et religieuses ;

  4. Créer une Commission Justice, Vérité et Réconciliation ;

  5. Rétablir l’état de droit ;

  6. Rapatrier sans délai les mercenaires tchadiens et soudanais ;

  7. Procéder à la Démobilisation, au Désarmement et à la Réinsertion (DDR) des combattants centrafricains ;

  8. Rapatrier sans délai les biens volés et convoyés au Tchad et au Soudan ;

  9. Dédommager toutes les victimes de cette crise dans laquelle le pays a été plongé ;

  10. Lutter contre l’impunité ;

  11. Traduire en justice tous les coupables des viols, meurtres, assassinats, meurtres, bref toutes les exactions imposées au pays et à ses habitants ;

  12. Etablir un ordre nouveau fondé essentiellement sur la méritocratie.



  1. Charité

C’est (le Verbe de Dieu) qui nous révèle que ‘Dieu est charité’ (1 Jn 4, 8) et qui nous enseigne en même temps que la loi fondamentale de la perfection humaine, et donc de la transformation du monde, est le commandement nouveau de l’amour. A ceux qui croient à la divine charité, Il apporte ainsi la certitude que la voie de l’amour est ouverte à tous les hommes et que l’effort qui tend à instaurer une fraternité universelle n’est pas vain. Il nous avertit aussi que cette charité ne doit pas seulement s’exercer dans des actions d’éclat, mais, et avant tout, dans le quotidien de la vie11.

C’est à ce niveau que nous pouvons nous interroger et faire chacun notre examen de conscience. Au-delà des déclarations d’intention, sommes-nous vraiment animés par l’amour de notre prochain ? Quelques doutes planent sur l’amour que nous aurions pour notre patrie quand on voit certains actes ignobles qui ont été commis dans le cadre de cette grave crise qui vient d’éprouver notre pays :

  1. Menaces, terreur et tortures psychologiques ;

  2. Viols de jeunes filles et femmes, dont certaines se sont suicidées ;

  3. Enrôlement d’enfants soldats ;

  4. Humiliation publique de quelques militaires, gendarmes et policiers ;

  5. Rupture d’approvisionnement de certaines villes en médicaments et produits de première nécessité ;

  6. Pillage et saccage des édifices publics, hôpitaux, écoles et des propriétés appartenant à des particuliers ;

  7. Vols et confiscations de véhicules et de biens d’autrui.

  8. Expropriation des familles de leurs propres maisons.

En dépit des intentions cachées de ceux qui nous gouvernent aujourd’hui et qui continuent à étendre leurs tentacules comme des sangsues pour vider le peuple centrafricain de sa substance vitale, comment ne pas se poser des questions quant à ceux et celles qui sont désormais connus comme des ‘indicateurs’ et des ‘indexeurs’ ? Par notre méchanceté et dans le souci des règlements de compte, nous avons commis le parjure en faisant tomber le malheur sur notre sœur et notre frère. Toutefois la jalousie, l’envie et la rancœur ne font pas bon ménage avec le développement. Saurons-nous contenir nos égoïsmes personnels en vue de promouvoir la solidarité dans nos relations mutuelles ? « La solidarité participe donc à la vision du monde et à l’organisation même de la société. C’est l’esprit qui stimule la concorde communautaire et le sentiment d’appartenance spécifique régie par des lois et des principes qui remontent jusqu’aux ancêtres. Il va sans dire que la solidarité renforce la cohésion et l’unité non seulement entre les membres du clan, mais aussi entre tous les hommes12. »

  1. Liberté

Le combat pour la justice et la participation à la transformation du monde nous apparaissent pleinement comme une dimension constitutive de la prédication de l’Evangile qui est la mission de l’Eglise pour la rédemption de l’humanité et sa libération de toute situation oppressante13.

La rébellion de la coalition SELEKA s’est inscrite dans cette logique de libération. Elle voulait libérer le peuple centrafricain du joug de l’oppression que le président déchu et son régime lui avaient imposé. Ces intentions ne pouvaient que susciter l’admiration des Centrafricains. Toutefois le constat est sans équivoque. Les dégâts et les atrocités commis par ces éléments qui continuent de perpétrer leurs forfaits dans une totale impunité attestent de la détermination de leurs auteurs de détruire le pays et de réduire à rien ses habitants. En effet partout où les éléments de SELEKA sont passés, la population est en pleurs et en deuil. La libération a vite pris l’allure d’un cauchemar et s’est transformée en un esclavage qui ne dit pas son nom. Elle laisse plutôt un goût amer que même les tout-petits rejettent. Non seulement la coalition s’est imposée par la force des armes, mais elle a pris tout le peuple en otage. Elle a réussi à fédérer tout le monde contre ses desseins macabres, sauf les autistes qui prétendent qu’il ne se passe rien. En effet, on ne peut pas gouverner un peuple contre sa volonté.

CONCLUSION

La paix n’est pas une vue de l’esprit. Elle est de l’ordre du réel. Elle concourt à la cohésion sociale et à la constitution d’une communauté pleinement fraternelle. Elle est à la portée de l’homme ou de la femme qui s’inscrit à son école. En ce sens, j’affirme haut et fort que la paix est possible en République centrafricaine. Néanmoins pour son déploiement, tout centrafricain doit se sentir concerné et s’engager en sa faveur en posant des actes citoyens :

  1. Respect de l’autre dans son altérité et ses convictions ;

  2. Respect et protection du bien commun ;

  3. Dialogue comme moyen privilégié de résolution de conflits ;

  4. Sens de responsabilité dans l’assomption des conséquences de ses actes ;

  5. Humilité à reconnaître ses erreurs et à en demander pardon.

Cette paix à laquelle nous aspirons est un bien essentiel sans lequel la plupart des autres biens (santé, prospérité, développement, famille unie…) sont inaccessibles. La paix se déploie dans un climat de sérénité, de certitude et de confiance. Or nous constatons malheureusement que tout a été mis en œuvre pour bâillonner et intimider le peuple. Soyons donc les acteurs de la paix qui est principe de vie. Disons non à la dictature des armes. Et brisons les liens de la peur dans lesquels on veut nous enchaîner. Permettez que je termine mon propos par la prière de saint François d’Assise qui nous exhorte à la paix :

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix!

Là où il y a de la haine, que je mette l'amour.

Là où il y a l'offense, que je mette le pardon.

Là où il y a la discorde, que je mette l'union.

Là ou il y a l'erreur, que je mette la vérité.

Là où il y a le doute, que je mette la foi.

Là où il y a le désespoir, que je mette l'espérance.

Là où il y a les ténèbres, que je mette ta lumière.

Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.

 

O Seigneur, que je ne cherche pas tant

à être consolé...qu'à consoler

à être compris...qu'à comprendre

à être aimé...qu'à aimer

 

Car

c'est en donnant...qu'on reçoit

c'est en s'oubliant ...qu'on trouve

c'est en pardonnant...qu'on est pardonné

c'est en mourant...qu'on ressuscite à la vie.

S. E. Mgr Nestor Désiré NONGO AZIAGBIA SMA

Evêque de Bossangoa

1 Saint Augustin, La Cité de Dieu, Livre XIX, 11, (Traduction nouvelle par L. Moreau), tome troisième, Paris, Garnier Frères, Libraires-Editeurs, 1919, p. 220.

2 Saint Augustin, La Cité de Dieu, Livre XIX, 12, (Traduction nouvelle par L. Moreau), tome troisième, Paris, Garnier Frères, Libraires-Editeurs, 1919, p. 220-221.

3 René COSTE, Paix, Justice, Gérance de la Création, Nouvelle Cité, Paris, 1989, p. 33.

4 René COSTE, Paix, Justice, Gérance de la Création, Nouvelle Cité, Paris, 1989, p. 27.

5 Documentation Catholique, n° 1401, 2 juin 1963, col. 718.

6 Collectif, Paix sur la terre : Actualité d’une encyclique, Centurion, Paris, 1992, p. 60.

7 Jean-Yves CALVEZ, Développement EMPLOI PAIX : L’enseignement social de l’Eglise, Paris, Desclée de Brouwer, 1989, p. 80.

8 Renouvelés pour la vie (Rapport officiel, Sixième Assemblée, Conseil Œcuménique des Eglises, publié sous la direction de J.-M. Chappuis et R. Beaupère), Genève, Conseil œcuménique des Eglises – Paris, Centurion, 1984, p. 186.

9 Commission française Justice et Paix, Solidarité et développement : l’engagement de l’Eglise catholique, (Introduction par le Père Antoine Sondag), Paris, Editions du Cerf, 1992, p. 124.

10 Pape Benoit XVI, L’amour dans la Vérité, Paris, Bayard/Cerf/Fleurus-Mame, 2009, p. 56.

11 G. S., n° 38, 1 dans Vatican II : Les seize documents conciliaires, (préface d’André Naud), Quebec, Fides, 1967, p. 225.

12 Nestor Désiré NONGO AZIAGBIA, La Fraternité en Christ : Fondement de l’être ecclésial et son incidence africaine, (Thèse soutenue en vue de l’obtention du Doctorat en Théologie Catholique), Strasbourg 2011, p. 431.

13 ‘La justice dans le monde’ (Synode épiscopal de 1971), D. C., n° 1600, du 2 janvier 1972, n° 7.







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