Vichy sous les Tropiques; La révolution nationale à Madagascar, en Guadeloupe, en Indochine, 1940-1944, Grasset, 2004








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La propagande impériale de Vichy par Ruth GINIO

La place de l’Empire dans la propagande de Vichy


Réactualisation du projet du Transsaharien : affiche montrant en arrière-plan mosquée soudanaise, et en légende, sous le train, « Transsaharien », avec pour slogan : « La France continue ». Devait être occasion unique de prouver que ce que la IIIè n’avait pas réussi, pour des questions budgétaires notamment, Vichy allait le réaliser : exécution commence en mars 41. France offrirait une nouvelle voie de communication aux autres puissances coloniales. Favoriserait exploitation ressources africaines, et permettrait d’éviter blocus anglais.

La propagande de Vichy dans les colonies : l’exemple de l’AOF

Deux messages : grâce à Pétain, la France était plus forte que sous la République, et les nouvelles valeurs de la France étaient plus conformes aux réalités culturelles et sociales des colonies. Utilise média pour toucher les urbains et les élites, et espère beaucoup du rôle des soldats démobilisés une fois revenus dans leurs villages. Surveillance particulière à l’égard des élites. Distinction dorénavant raciale et non plus juridique en ce qui concerne l’accès à certains lieux de distraction, les files d’attente devant les magasins et la répartition des tickets de rationnement.

Troupes africaines ayant assisté à défaite étaient autre groupe à surveiller : jusqu’en juin 40, près de 100 000 Africains avaient été incorporés, dont 17 000 tués, et 16 000 prisonniers. Cheikh Seydou Nourou TALL, notable sénégalais musulman était l’intermédiaire entre l’administration et les soldats, tentant de les convaincre de la proximité entre valeurs islamiques et vichystes. 
La répression de l’anti-France
La politique antisémite du régime de Vichy dans les colonies par Colette ZYTNICKI

Lois d’octobre 1940 (« statut des Juifs » basé sur l’appartenance raciale) et de juin (critère religieux ajouté, exclusion vie économique, numerus clausus) et juillet 41 (confiscation légale des biens juifs) doivent s’appliquer à l’ensemble des colonies : article spécifique précise cette application, ainsi que décrets et lois ultérieurs. Cependant, variabilité extrême des situations.

L’Afrique du Nord


Maroc : 162 000 Juifs en 36 et 200 000 en 46 ; Tunisie : 70 971 en 46, ainsi que 20 000 Juifs italiens et français ; 111 021 israélites français en Algérie en 41, et 6 625 d’une autre nationalité. De plus en plus assimilés, et fort courant antisémite : DRUMONT élu député d’Alger en 1898. Juifs redeviennent sujets tout en restant soumis au code civil français. S’applique aussi aux israélites algériens résidant en métropole et dans protectorats. Au Maroc et en Tunisie, statuts adoptés et exclusions de fonction publique, avec accommodements : purent demeurer fonctionnaires dans institutions israélites en Tunisie, et dérogation pour faits de guerre au Maroc. Maroc : 450 fonctionnaires radiés ; Algérie : près de 3 000.

En Algérie, exclusion poussée au maximum : quota de Juifs avocats et médecins de 2% (3/4 avocats juifs radiés, et 2/3 médecins algérois). Création d’un service d’aryanisation économique : loi plus sévère qu’en France : il leur est interdit d’exploiter débit de boisson ou de céder leur licence à un tiers. Puis numerus clausus à l’université : 3% des étudiants non juifs inscrits (appliquée en Algérie en août 41). Sur proposition de HARDY, extension au primaire et secondaire : 14% puis 7% en 42, et ne pouvaient présenter examens du second degré. D’autant plus important qu’à la différence du Maroc, pas de structure éducative israélite en Algérie.

Politique plus nuancée dans protectorats : exclus de toute assemblée représentative ou professionnelle au Maroc, mais représentants leur communauté en Tunisie ; conservent activités artisanales ou de vente au détail au Maroc ; numerus clausus fixé à 5% en Tunisie pour les médecins et avocats. Mais aussi rigueur : sous pression colons, interdiction de s’installer dans quartiers européens, alors que depuis arrivée Français, juifs aisés avaient quitté le mellah (quartier réservé).

Pourquoi de telles différences ? Peut-être attitude personnelle d’un résident de Tunisie comme l’amiral ESTEVA. De même, aller trop loin dans l’antisémitisme pourrait créer des tensions entre communautés dominées. ESTÉVA et NOGUÈS refusèrent installation Commissariat aux Questions Juives, se méfiant de propagande métropolitaine. Souverains marocain et tunisien firent preuve de solidarité envers leurs sujets juifs : s’agissait aussi de réaffirmer leur indépendance face aux colonisateurs, et de répondre à questions de politique intérieure. De plus, Vichy doit faire avec l’Espagne, qui se veut protecteur des Juifs Séfarades, tandis que l’Italie refuse aryanisation des biens de Juifs d’ascendance livournaise en Tunisie.

C’est plutôt l’antisémitisme qui domine chez les Européens, et qui demeure après la Libération. Entre juifs et musulmans, rapports complexes : frictions dans les protectorats accentuée par propagande allemande en Tunisie surtout, allant jusqu’à assassinats et pillages en août 40 au Kef, à Elba Ksour et Siliana. À Séfrou au Maroc, relations très bonnes, alors que pachas de Marrakech et de Salé demandent retour au costume juif spécifique, rétablissement du mellah et interdiction d’apprendre l’arabe. En Algérie, aucun véritable écho de l’antisémitisme chez les musulmans : à propos de l’abolition du décret Crémieux, Messali HADJ parle d’« égalité par le bas ».

Pas d’extermination. Mais situation difficile en Tunisie pendant l’occupation allemande, de mi-novembre 42 au 7 mai 1943 : propagande intense des Allemands ; arrestations de notables de la communauté dès le 23 novembre malgré protestations d’ESTÉVA lui-même ; institution du travail obligatoire pour les Juifs le 6 décembre ; amendes collectives.

GIRAUD maintient la suppression du décret Crémieux dans l’ordonnance du 14 mars 43 rétablissant la légalité républicaine en Algérie. Juifs citoyens le 20 octobre seulement, par simple communiqué, alors même qu’entre-temps, beaucoup d’hommes juifs s’étaient engagés. Juifs du Maroc et de Tunisie, surtout les plus pauvres, commencèrent à émigrer vers la Palestine.

Dans le reste de l’Empire

Après instauration du Statut des Juifs, recensement : machine énorme pour peu de résultats. Cependant, comme le montre l’attitude des administrateurs quant au licenciement de soldats juifs, la faiblesse numérique de la population européenne incite à la prudence. En AOF, le gouverneur BOISSON se mobilise pour Léon GEISMAR, gouverneur du Togo démis de ses fonctions, à qui il attribue un poste de trésorier-payeur-général. Accommodements répondent à des questions de politique intérieure : ainsi, le gouverneur BOISSON interdit la projection du Juif Süss, film de propagande nazie, non pas tant par opposition au film que par crainte de tensions contre les Blancs.
Les camps d’internement d’Afrique du Nord : politiques répressives et populations par Christine LÉVISSE-TOUZÉ

Sous la IIIè République

Dès le XIXè siècle, construction du bagne de Lambèse pour les révolutionnaires de 48, puis les Communards. En 1939, internement administratif de tout individu « dangereux pour la défense nationale », déchéance de « tout membre d’une assemblée élective qui faisait partie de la IIIè Internationale ». Communistes algériens divisés : militants adoptent une posture de retrait, avant même l’interdiction du PCA le 26 septembre. Au Maroc, militants européens de base sont arrêtés, puisque les chefs, notamment musulmans, sont emprisonnés depuis émeutes de 1937.

Réfugiés espagnols, 12 000 en Algérie, suspects pour la communauté espagnole d’Oran qui compte de nombreux Franquistes, et finalement, après le décret-loi du 12 novembre 38 relatif à l’internement des « étrangers indésirables », tous les hommes de 17 à 70 ans sont emmenés.

Le temps de l’exclusion : fin juin 40-novembre 42

Système placé sous tutelle du Ministère de l’Intérieur, et objectif est de tirer parti de force de travail. Les conditions de vie se durcissent pour les GTE (Groupements de Travailleurs Etrangers), envoyés aux confins du Sahara construire la ligne de chemin de fer Kenadsa-Bou-Arfa au Maroc pour acheminer le charbon. Achevée fin 1941. Puis affectés au Transsaharien, payés 50 cts par jour. Certains sont envoyés au camp disciplinaire de Hadjerat M’Guil. Les marins de la flotte républicaine espagnole se rebellent dans le Sud tunisien. Des filières d’évasion s’organisent.

Le 3 septembre 39 commence l’internement des Allemands et Autrichiens, puis en mai 40 de leurs femmes. L’Algérie devient terre de déportation pour les « indésirables » de toutes nationalités. Des convois arrivent d’Argelès, au sud de la France, en mars 41, et les brigadistes républicains sont internés à Djelfa. Commission KUNDT chargée de la recherche des antifascistes allemands fait rapatrier en août 41 600 Allemands d’Algérie, mais au Maroc, NOGUÈS parvient à en faire muter certains en Mauritanie, et soustrait 60 alsaciens-lorrains du camp de Médiouna.

27 députés communistes transférés en mars 41 à la centrale de la Maison-Carrée près d’Alger dans un quartier réservé aux « politiques ».

Le vichysme sous protectorat américain (novembre 1942-juin 1943)

6 janvier 43 : création de la Joint Commission, regroupant représentants armée anglaise et américaine, quakers, et membres Croix Rouge. Il y aurait à cette date 15 000 prisonniers politiques en Algérie, dont une moitié d’étrangers. 27 députés communistes libérés le 5 février 43 : vont eux-mêmes effectuer une tournée des camps algériens. Vague de libération grâce aux travaux de la Commission et à l’écho du rapport, notamment au Maroc.

GIRAUD exige demandes de libérations individuelles, ce que les brigadistes refusent : partent ensemble du port d’Alger vers l’URSS le 14 juin 43, après intervention soviétique et anglaise. Au 1er juin 43 est applicable ordonnance sur la dissolution des groupements de travailleurs étrangers : question des Juifs et des camps d’internement a décrédibilisé GIRAUD.
La répression anti-maçonnique dans les colonies par Julien FOUQUET

La franc-maçonnerie coloniale : de la IIIè République à Vichy

FM a aussi été un des piliers du lobby colonial, promouvant l’intérêt économique mais surtout politique et social des colonies : Blaise DIAGNE, Jules FERRY. A participé a création d’une colonisation « à la française », laïque. Jamais de remise en cause, seulement réflexion intense sur la pratique citoyenne des autochtones et rôle de l’enseignement.

La mise en place de la répression antimaçonnique dans les colonies

Loi du 13 août 1940 : dissolution des obédiences maçonniques, séquestre des biens immobiliers et mobiliers des loges, obligation pour les fonctionnaires de déclarer sur l’honneur leur appartenance ou non à la maçonnerie. Rancunes tenaces dans colonies en particulier : accusés de favoriser les étrangers, d’empêcher l’œuvre civilisatrice chrétienne par leur anticléricalisme. En Algérie, complications en raison du nombre de francs-maçons présents dans l’administration : face à cette action limitée, le service des sociétés secrètes envoie un délégué en 41 pour contribuer à « l’intégration de la France d’outre-mer dans la France nouvelle ».

Loi du 11 août 1941 ordonne publication dans le Journal Officiel des noms des francs-maçons, avec leur adresse, leur fonction dans la loge etc. Les démissions d’office commencent en octobre 1941, en particulier pour les dignitaires des loges : on interdit l’accès des postes de commandement coloniaux. Le Service des Sociétés Secrètes a répertorié 114 loges en outre-mer, majoritairement affiliées au Grand-Orient, et jusqu’à 1200 francs-maçons auraient été révoqués.

Le retour à la légalité

Face au manque de réaction des nouvelles autorités, un comité d’action maçonnique est fondé à Alger par DALLONI et CAZEMAJOU : ayant eu rôle central dans le rétablissement des institutions républicaines. L’Assemblée consultative provisoire, de novembre 1943, compte un quart de maçons. 5 novembre 1943 : restitution des biens aux loges ; 15 décembre : abolition des mesures antimaçonniques. Dès avril 44, loge « Résistante et République » allume ses feux à Casablanca.
Vichy fut-il aussi antinoir ? par Éric JENNINGS

Pour PAXTON : « Vichy ne s’est pas montré plus intolérant que la 3e Rp envers les Noirs. Les unités sénégalaises ne furent exclues de l’armée d’armistice que sur l’ordre des Allemands, qui n’avaient pas oublié leur présence en Rhénanie en 1920. La droite traditionnelle xénophobe demandait beaucoup plus une conformité culturelle qu’une ressemblance physique. ». Charles-Robert AGERON résume ceci en disant que « l’idéologie vichyste vint officialiser des tendances parfois contenues et inavouées ». BLANCHARD et BOËTSCH rappellent que le racisme ne put être inscrit dans la loi tant Vichy souhaitait s’allier les indigènes dans sa lutte contre les gaullistes.

Villes coloniales étaient depuis longtemps coupées en deux, entre quartiers européens et indigènes. Pourtant, les mémoires de Lamine GUÈYE, homme politique sénégalais, accentuent le choc des wagons différenciés pendant la période vichyste. On peut penser qu’il s’agissait, en utilisant la période vichyste après-guerre, de formuler sous un jour favorable leurs revendications.

Toutefois, la loi du 27 août 1940 abroge celle qui punissait le délit de diffamation dans la presse à l’égard d’un groupe religieux ou racial. Loi du 17 avril 1942 retire la nationalité française aux « anciens indigènes sujets, protégés ou administrés sous mandat français qui ont été l’objet d’un internement administratif, d’une condamnation etc. pour menées antifrançaises ou crimes ou délit de droit commun ». Si l’on tient compte de l’arbitraire de l’indigénat, cela revenait à pouvoir priver quiconque de sa nationalité acquise ultérieurement : les colonisés sont donc malgré tout renvoyés à leur statut d’indigène. C’est le cas de J. Ranaivo, un des pères du nationalisme malgache, déchu de sa citoyenneté en 1942 à cause de son origine indigène, avoir l’avoir obtenu en prouvant en 1922 son assimilation culturelle.

On peut remarquer que le choc de l’arrivée de Vichy fut plus important dans les anciennes colonies qu’ailleurs : ainsi, Vichy nomma en très grande majorité des Blancs comme maires.

Il convient donc finalement de distinguer « racisme planifié par Vichy et exacerbation sur place de pratiques racistes existant depuis le tout début de la colonisation ». « Le paternalisme ambiant, la nécessité de maintenir l’empire furent sans doute des facteurs atténuants d’un racisme antinoir qui ne rivalisait en aucun cas avec la haine de Vichy pour les Juifs ou les francs maçons. »

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