Theme 2 : sociologie integration, conflit, changement social








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THEME 2 : SOCIOLOGIE - INTEGRATION, CONFLIT, CHANGEMENT SOCIAL

2.2 La conflictualité sociale : pathologie, facteur de cohésion ou moteur du changement social ?


Notions

Indications complémentaires

Conflit social, mouvement social,

régulation des conflits, syndicat.

On montrera que les conflits peuvent être appréhendés à partir de grilles de lecture contrastées : comme pathologie de l'intégration ou comme facteur de cohésion ; comme moteur du changement social ou comme résistance au changement. On s'intéressera plus particulièrement aux mutations des conflits du travail et des conflits sociétaux en mettant en évidence la diversité des acteurs, des enjeux, des formes et des finalités de l'action collective. Acquis de première : conflit.




  • Définition des termes importants :


Conflit social : antagonisme entre groupes sociaux aux intérêts matériaux ou symboliques divergents.

Mouvement social : action collective de masse destinée à réclamer ou à s’opposer à deux changements sociaux.

Régulation des conflits : ensemble de règles et normes qui encadrent l’expression des conflits et les manières de les résoudre.

Syndicat : association dont le rôle est la défense des intérêts professionnels, individuels ou collectifs, d’individus ou d’un groupe.


  • Introduction :


Le conflit social est inséparable de la société démocratique. Est-il le signe d’un dysfonctionnement social ou une procédure normale d’ajustement des intérêts opposés des groupes sociaux ? L’histoire des démocraties a été rythmée par le face-à-face entre travailleurs et patrons, sur les revendications de salaires ou les conditions de travail. D’autres formes de conflits, plus sociétaux, occupent cependant aujourd’hui l’espace public.
A) Qu'est-ce qu'un conflit social ? (documents 1 à 3)

Le conflit social peut être défini comme un antagonisme entre les groupes sociaux aux intérêts matériaux ou symboliques divergents. Un conflit est dit latent lorsque les acteurs n'en ont pas forcément conscience : il n'est ni explicite, ni organisé.

On parle alors d'un conflit manifeste ou ouvert quand il est explicite et qu'il y a une forte conscience collective. Il peut donc y avoir conflit sans mobilisation et sans que les acteurs en aient conscience.

Le conflit devient un mouvement social quand l'ampleur de la mobilisation est beaucoup plus importante, capable de remettre en cause l'ordre social de façon durable.

Dans Exit, Voice and Loyalty (1970), Albert Hirschman évoque les trois réactions qui s'offrent à l'individu face au conflit latent :

  • La réaction silencieuse ou la défection (exit) : l'individu refuse de participer à la révolte, évite les relations conflictuelles et préfère se cacher.

  • La loyauté, le renoncement à l'action (loyalty) : celui-ci accepte l'ordre social comme légitime par fidélité à la société.

  • La prise de parole, la protestation (voice) : il participe à l'action collective pour changer les normes et valeurs en créant un conflit.



Si les individus ont tout intérêt à participer à l'action collective, Mancur Olson met en évidence le paradoxe de l'action collective dans Logique de l'action collective en 1966. En effet, les individus qui adoptent un comportement rationnel, se comportent en "free rider" (passager clandestin) et ne s'engagent pas dans l'action collective (calcul coût-avantage) mais comptent profiter des retombées de l'action collective.

Mancur Olson préconise des incitations sélectives et/ou la contrainte (piquet de grève) auquel cas il n'y aurait pas d'action collective. Cependant cette typologie a des limites car certains individus ne se mobilisent pas toujours que par les comportements rationnels (altruisme).


  • SYNTHESE :


Le conflit désigne généralement des situations d'affrontements ouverts et explicites. Un conflit social correspond à la manifestation d’un antagonisme entre des groupes sociaux aux intérêts matériels ou symboliques divergents qui veulent modifier le rapport de force en leur faveur. Il y a donc une dimension collective dans le conflit social.
Le conflit peut-être latent ou ouvert. Un conflit latent est un conflit caché, qui ne s’exprime pas. En effet, dans une situation de conflit, Albert O.Hirschman, dans « Exit, Voice and Loyalty » (1970), a montré que les individus avait le choix entre : le refus de participer qu’il appelle la défection (exit) ; l’acceptation de la norme (loyauté) ; enfin une participation protestataire pour changer le système (voice), débouchant sur l’action collective.
Cependant, Mancur Olson, dans « La logique de l’action collective » (1966), va faire apparaître le paradoxe de l’action collective : elle peut ne pas avoir lieu même si les individus ont clairement conscience de leurs intérêts et sont mécontents de leur situation. En effet, dans une perspective individualiste, les individus se livrent à un calcul rationnel coût/avantage de l’action collective. Or, les acquis sociaux de l’action collective bénéfice à tous sans que l’on ait à en payer le prix. Les individus vont donc adopter le comportement du « passager clandestin » en attendant que les autres agissent à leur place. Cependant, Olson considère que des moyens peuvent être utilisés pour déclencher l’action collective : la contrainte, ou l’incitation, en réservant les bénéfices de l’action collective à ceux qui font l’action.
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B) Le conflit est-il une pathologie sociale ? (documents 4 à 9)



  1. Le conflit, forme pathologique de l’intégration sociale (Durkheim)


Dans La division du travail social (1991), Émile Durkheim, sociologue fonctionnaliste, explique le conflit comme une forme pathologique de l'intégration sociale. En effet avec la division du travail, la société est devenue plus complexe. Les individus ne se côtoient plus dans une entreprise et n'ont plus le sentiment de participer à une œuvre commune. Il y a également une séparation entre ouvriers et patrons aux intérêts divergents.

Pour remédier à cette pathologie qu'est le conflit, conséquence de l'affaiblissement du consensus, l'Etat doit instaurer des normes et valeurs communes pour réunir les individus. Pour Durkheim, la société est un système intégré avec les individus aux fonctions complémentaires, le tout étant soudés par des normes et valeurs communes. Le conflit est alors considéré comme un dysfonctionnement social et accentuerait les séparations entre les groupes sociaux. Quelques exemples de conflits signes d’un manque de régulation et d’intégration peuvent être cités : montée des emplois atypiques, insuffisante inégalité des chances, répartition injuste de la VA.
Cependant, les conflits prennent des formes diverses et ne menacent pas forcément l’ordre social : en effet certains conflits se soldent au contraire par davantage de règles, de consensus, d’intégration (mai 1968, manifestation de la CGT).


  1. Au contraire, le conflit social remplit une fonction d’intégration (Simmel, Dahrendorf)


Le conflit est à l’origine de l’identité collective qui “se pose en s’opposant” (Bourdieu, Melucci) avec l’exemple de la classe ouvrière. En effet, dans Le Conflit (1908), Georg Simmel soutient que celui-ci renforce les liens au sein du groupe avec une sociabilité militante. Il créé davantage d’interactions entre les groupes en conflit avec une reconnaissance mutuelle. Les acteurs deviennent des “partenaires sociaux” : des négociations régulières sont mises en place entre les syndicats et patronats. Ainsi les conventions collectives aboutissent à des compromis.
Ralf Dahrendorf parle d’une triple institutionnalisation du conflit dans Classes et conflits de classe dans la société industrielle (1973) :

  • institutionnalisation des acteurs qu’on reconnaît formellement (syndicats dont la présence est désormais obligatoire dans les entreprises de plus de 50 salariés, cogestion de la Sécurité Sociale et l’assurance maladie).

  • institutionnalisation des formes que prend le conflit : ce sont l’ensemble des procédures qui rendent l’action collective légale et qui encadrent le déroulement de la négociation, le conflit devient un moyen d’expression.

  • institutionnalisation des objets (ce sur quoi porte le conflit) : on peut citer le mécanisme d’indexation autour du SMIC, les congés payés, la protection sociale. Le règlement des conflits individuels se fait au tribunal des Prud’Hommes.


Quelques dates démontrant l’institutionnalisation du conflit : 1791 loi supprimant les corporations ainsi que l’interdiction de se regrouper, 1864 délit de coalition supprimé, 1884 loi Waldeck-Rousseau avec la reconnaissance formelle des syndicats, 1936 création des délégués du personnel et conventions collectives. Les règles acceptées par les acteurs du conflit ont pour but de l’encadrer et le réguler (pacification du conflit qui résulte de négociations régulières).
Pour Henri Mendras, “l’ordre social est fondé sur des conflits résolus”. Ces conflits peuvent renforcer l’ordre social avec des nouvelles règles collectives qui vont figurer dans le droit du travail. Il peut y avoir des conflits dans les règles, d’autres qui s’en affranchissent (utilisation de la violence). Certains portent aussi sur la modification des règles.
(+) Henri Mendras constate que le développement d’une large classe moyenne rend caduque la bipolarisation marxiste des classes. Cette moyennisation de la société apporte un champ beaucoup plus vaste à des revendications qui vont porter sur de nouvelles valeurs et non plus seulement sur des revendications d’ordre économique.

  • SYNTHESE :


Pour Emile Durkheim, le conflit social est une menace pour la cohésion sociale. Normalement, la division du travail social devrait produire de la solidarité. Mais, un excès de division du travail peut conduire, au contraire, à un défaut d’intégration et de régulation. Cette analyse a été prolongée par les fonctionnalistes américains comme Talcott Parsons. Ils ont une vision organique de la société constituée d’organes qui ont chacun une fonction. Le conflit est perçu comme le dysfonctionnement d’un organe. En reprenant la distinction de Durkheim entre le « normal » et le « pathologique », ils vont considérer que le conflit est une pathologie, c’est-à-dire une maladie qui peut remettre en cause le bon fonctionnement du corps social. Le conflit social a donc pour origine un défaut d’intégration et de régulation, qui peut être interprété comme une situation d’anomie.
Cette analyse peut être critiquée sur plusieurs points. Si le conflit social intervient de façon régulière, il devrait être classé comme un fait social « normal » et non comme une pathologie. Si le conflit est normal, il peut en revanche prendre des formes plus ou moins régulées. D’autre part, les conflits qui remettent en cause la société dans son fondement sont peu nombreux. Enfin, le conflit social peut être intégrateur.
Cette approche du conflit est celle de Georg Simmel, et a été prolongé par des auteurs comme Lewis Coser : le conflit renforce l’identité du groupe. En effet, l’opposition avec un autre groupe social permet de mieux définir les traits caractéristiques du groupe et de mieux en délimiter les frontières. Le conflit renforce la cohésion et les liens sociaux au sein du groupe comme le montre la forte syndicalisation pendant le mouvement de 1936. Le sentiment d’appartenance des membres du groupe est renforcé.
Les conflits se sont institutionnalisés, en obéissant à des règles qui en organisent le fonctionnement. Les acteurs des conflits ont acquis une reconnaissance officielle, et sont associés à la gestion de la Sécurité Sociale. Un répertoire légitime d’actions collective s’est imposé. Enfin l’objet des conflits s’est également institutionnalisé (droit du travail). Le conflit produit donc des règles, et renforce donc l’ordre social.
connecteur droit 2

C- Quelle est la place du conflit dans le changement social ? (documents 10 à 17)
Le changement social se définit comme une transformation durable de l’organisation sociale de normes, valeurs ou de la culture d’une société (exemples : urbanisation, féminisation, libéralisation des moeurs). Alors on peut se demander si les conflits produisent ou freinent le changement.
Selon Karl Marx (Manifeste du Parti communiste, 1848), la lutte des classes est le moteur de l’histoire : les classes sociales se distinguent par la place qu’elles ont dans le rapport de production. Le conflit est la seule façon de faire évoluer la société pour la transformer. Ainsi il est inévitable et oppose la bourgeoisie (patrons), propriétaire des moyens de production, et le prolétariat (ouvriers). Cependant, il est moteur du changement social (1936) : il peut aboutir au renversement du pouvoir, à la révolution.
Les conflits de classe se sont institutionnalisés avec l’évolution majeure des syndicats révolutionnaires devenus réformistes : ils passent désormais par la négociation et sont encadrés par l’Etat. Il ne s’agit plus de renverser l’ordre social. Considérés comme un moyen de pression, ils permettent de créer un rapport de force favorable. On parle alors de banalisation des conflits sociaux qui a permis l’intégration de la classe ouvrière dans la société de consommation. Ce changement social est le résultat de compromis, consensus successifs obtenus par des rapports de force entre les groupes en conflit.
Pour Alain Touraine (La conscience ouvrière, 1966 et La société post-industrielle, 1969), le mouvement social est une action “pour le contrôle de l’historicité” (faire l’histoire, contrôler le sens de l’histoire). C’est un mouvement de grande ampleur qui se bat pour le changement des normes et valeurs de façon durable, caractéristique des sociétés post-industrielles où les conflits se porteraient moins sur des aspects matériels que sur des aspects culturels (post-matérialiste). Les mouvements reposent sur trois principes :

  • le principe d’identité : les acteurs se reconnaissent un certain nombre de normes et valeurs communes au nom desquelles ils se mobilisent.

  • le principe d’opposition : cette mobilisation prend la forme d’une lutte contre d’autres acteurs aux orientations contraires.

  • le principe de totalité : cette lutte vise des enjeux “sociétaux”, des changements ayant une certaine globalité.


Le mouvement féministe correspond à ces trois principes : en effet les femmes s’opposent à la domination masculine institutionnalisée et traditionnelle. Il fait évoluer les normes (égalité salariale qui progresse), mais aussi les valeurs de la société (parité, évolution de l’image de la femme).
L’analyse en terme d’entrepreneurs de morale nous provient d’Howard Becker dans Outsiders (1985). Les entrepreneurs de morale peuvent être par exemple des militantes féministes qui veulent abolir la prostitution ou les associations catholiques qui attaquent le site de rencontres Gleeden). Ces mouvements se sont institutionnalisés (se faire reconnaître d’utilité publique, ampleur médiatique, création de ministères). En maîtrisant les médias et les informations, un petit groupe peut facilement imposer ses normes et ses valeurs même si elles ne sont pas dominantes dans la société.
Les conflits deviennent davantage un travail d’imposition de normes et valeurs (Gramsci). Les nouveaux mouvements sociaux opèrent selon différentes stratégies pour conquérir une hégémonie culturelle (contrôle des médias). Leur résultat se mesure au changement des normes et valeurs et s’apprécie par le processus de domestication de ces NMS (récupération des acteurs comme Favela Amara, subventions...). Ces mouvements qui s’institutionnalisent deviennent aussi une “force de police”, ils jouent le rôle d’impulsion pour faire appliquer les normes. La recherche de notoriété des entrepreneurs de morale pour obtenir des financements est à l’origine de leurs nombreux combats en justice.
Historiquement, les conflits ont toujours été majoritairement offensifs : en effet ils ont pour but de conquérir de nouveaux droits sociaux. Comme exemple de conflit défensif : CANUTS, 1831, les ouvriers tisserands de Lyon se révoltent des nouveaux machines à tisser.
Les ouvriers militaient pour transformer la société. Aujourd’hui, ils sont plus conservateurs à la fois sur le plan du droit du travail et sur le plan des mœurs. Menacés par la mondialisation, ils sont plus défavorables à l’immigration, et résistent alors davantage au changement social. Ils ne sont plus progressistes mais conservatistes.

Cependant ils ne sont pas hostiles à tout changement (Notre Dame des Landes).
Aujourd’hui, les conflits sont davantage pour la préservation des acquis : résistance aux changements économiques (fermetures des usines) et sociétales. Ils sont consécutifs aux conséquences jugées négatives des politiques libérales à partir de 1980, de la fragilisation des statuts (emplois atypiques).

Exemples de conflit défensif :

  • Alain Juppé et la réforme des retraites : dû au problème démographique, trois solutions s’offraient au gouvernement (augmentation des cotisations sociales, baisse des prestations sociales ou allongement de la durée du travail) La politique d’Alain Juppé (1995) allongeant la durée de travail de 37 à 40 ans, est un échec et provoque des manifestations.

  • Le mouvement NIMBY (Not In My Backyard) face à la salle de shoot dans Gare du Nord.


Aujourd’hui, il y a beaucoup de mouvements défensifs soit pour des causes collectives, soit pour la défense d’intérêts individuels (NIMBY). Le changement social peut provoquer le conflit.
Définition des nouveaux mouvements sociaux : expression introduite par Alain Touraine dans les années 70 pour désigner les nouvelles formes d’action collective alors initiées par les mouvements féministes, écologistes, étudiants etc. et qui avaient pour finalité moins de défendre des intérêts matériels d’un groupe social que de contester les valeurs sur lesquelles se fondaient les sociétés industrielles.

  • SYNTHESE :


Le conflit est facteur de changement social c’est-à-dire d’une transformation durable de l’organisation et/ou de la culture d’une société. Selon la théorie du conflit élaborée par Marx, la lutte des classes est au cœur du changement social. Cependant, les conflit du travail se sont institutionnalisés, et permettent l’amélioration de la condition ouvrière sans passer nécessairement par la révolution.
Dans les années 1960, Alain Touraine montre que dans les sociétés «post-industrielles », les conflits sont plus de nature culturelle que de nature matérielle, et voient l’émergence de « nouveaux mouvements sociaux », qui cherchent à imposer leurs propres valeurs à toute la société. Des entrepreneurs de morale (Becker) peuvent se mobiliser pour transformer les normes sociales, puis vont s’institutionnaliser une fois le combat terminé.
Les évolutions récentes montrent que certains conflits visent plus particulièrement à s'opposer à des transformations sociales jugées défavorables ou peu souhaitables par certains acteurs. Un certain nombre de conflits prennent pour enjeux la résistance au changement, en particulier lorsque ceux-ci s'incarnent dans la « modernisation » des entreprises ou de l'État, présentée comme « nécessaire » mais qui viendrait menacer le statut et l’identité conférés aux personnes par la société au travers du travail. Ou encore en opposition avec des évolutions sociétales jugées dangereuses (Manif pour Tous). Enfin, certains mouvements se battent au nom de la défense d’intérêts individuels (NIMBY), pour préserver un cadre de vie par exemple.
connecteur droit 3

D) Les mutations des conflits sociaux (documents 18 à 23)

« Désormais quand il y a grève, personne ne s’en aperçoit » déclare Nicolas Sarkozy. Le mouvement syndical a eu depuis la fin du XIXe siècle un rôle considérable dans les luttes sociales : il a structuré la classe ouvrière, défendu les revendications populaires par le droit de grève, et peu à peu a évolué vers la régulation institutionnalisée des conflits du travail à travers les procédures de négociation et de conciliation sociale. Pourtant, en ce début de XXIe siècle, l’influence des syndicats semble avoir régressé. Peut-on parler d’un déclin des conflits du travail ? Pour de nombreuses raisons, apparemment oui :

  • Diminution très importante du nombre de journées de grève par individu (surtout secteur privé)

  • Baisse du taux de syndicalisation conséquente de 40% en 1950 à 8% aujourd’hui : crise de confiance vis-à-vis de l’action syndicale moins efficace, qui ne réussit pas à empêcher la montée du chômage.

  • Déclin du mouvement ouvrier

  • Montée de l’individualisme, tendance à se comporter comme un « passager clandestin »

  • Montée de la précarité, de l’emploi atypique dont les risques de licenciement sont beaucoup plus importants (création d’un collectif de travail beaucoup plus difficile)

  • Corrélation entre l’augmentation du chômage et la diminution du nombre de jours de grève (les salariés ne sont pas en position de force tandis que les chômeurs se mobilisent peu).


Cependant, les conflits du travail n’ont pas disparu, ils prennent une autre forme. En effet, en dehors de la grève longue, toutes les autres formes ont augmenté. Les conflits sans arrêt de travail augmentent avec des formes variées : débrayage, refus d’heures supplémentaires, pétition (à grande échelle), grève perlée (travail au ralenti pour diminuer la productivité), grève de zèle (vérifier constamment l’application de toutes les normes pour ralentir la production). Ces conflits sont moins visibles, moins médiatisés, plus localisés.
On ne parle pas de déclin, mais plutôt d’une mutation du conflit, également plus individualisé (recours au tribunal des Prud’hommes). Les salariés, dont les rapports dans l’entreprise sont plus individuels, sont en concurrence (pour obtenir des primes en fonction de leur productivité), ils sont dés-incités à s’unir en particulier dans les petites entreprises où il n’y a pas la présence de syndicats (absence de régulation).
Les motifs des conflits semblent moins portés sur les salaires, plus sur la défense de l’emploi, les conditions de travail. Dans The Silent Revolution (1977), Ronald Inglehart soutient que les individus se tourneraient vers la satisfaction de besoins supérieurs tel que l’intégration politique des minorités, la qualité de vie, l’épanouissement personnel, les libertés, depuis que les besoins primaires ont été satisfaits (Trente Glorieuses). Ce sont les « valeurs post-matérialistes ». Les NMS changent donc de revendications, ils sont aussi plus médiatiques, spectaculaires et individuels.
Cependant la conflictualité ne se fait pas uniquement sur des enjeux post-matérialistes, en effet depuis les années 1990, les conflits sur les salaires ont augmenté à nouveau. L’idée que les valeurs post-matérialistes se sont substituées aux autres est donc fausse : aujourd’hui, il y a une diversification des conflits, qui prennent des formes nouvelles.
Désormais les conflits engagent donc non seulement les armes traditionnelles de mobilisation (grèves, manifestations) mais aussi des armes juridiques, symboliques et médiatiques (conflits non conventionnels).
Certains groupes sociaux moins intégrés politiquement ne maîtrisent pas les modes d’expression traditionnels. L’émeute devient alors leur mode d’entrée en politique. Trois facteurs peuvent expliquer ce phénomène selon Hugues Lagrange :

  • Ségrégation urbaine (zones délaissées)

  • Populations très jeunes avec des fratries très importantes (familles polygames, beaucoup d’enfants)

  • Immigration récente

Une fois qu’ils sont insérés à la société, ils n’ont plus recours à l’émeute et reviennent à des modes d’expression plus traditionnels.
(+) Le philosophe Axel Honneth considère que les émeutes qu’ont connues les banlieues en 2005 « prennent appui sur de profondes déceptions concernant le type de reconnaissance sociale que la société donne à ces populations ». Ainsi même si formellement elles ont les mêmes droits que les autres membres de la société française, elles ne sont pas en condition d’en faire usage.


  • SYNTHESE :


Il existe une grande diversité de mouvements sociaux. Le XIXe et le XXe siècle sont surtout marqués dans les pays industrialisés par le mouvement ouvrier, et les conflits du travail, avec des revendications principalement matérialistes (revendication salariales, durée du travail…).
Mais, dès la fin du XIXe siècle, d’autres mouvements apparaissent qui sont moins « matérialistes » et n’ont pas pour seul objectif un meilleur partage de la richesse créée. Ronald Inglehart souligne que les nouveaux mouvements sociaux apparus dans les années 1960 s’appuient davantage sur des valeurs «post-matérialistes».
Les conflits concerneraient moins la répartition des ressources, les revenus, les salaires ou le pouvoir que des questions liées à l'identité, à la reconnaissance ou aux « droits culturels ». Ceci résulte du développement, de la hausse du niveau d’instruction qui génère altruisme et solidarité (intérêt porté aux générations futures, par exemple), l'égalité hommes-femmes, le respect de l’environnement,... Ils ne concernent pas seulement la classe ouvrière mais aussi les classes moyennes. La plupart ne reposent pas sur une identité de classe mais sur l’appartenance à d’autres groupes sociaux : les femmes, les minorités culturelles et ethniques, les exclus…
Cependant, les revendications matérialistes sont loin d’avoir disparu et l’émergence des NMS n’a pas fait disparaître les conflits du travail. Cependant ils prennent plus fréquemment une forme individuelle du fait de nouvelles méthodes de management (individualisation des rémunérations,…).
Les formes des conflits auraient ainsi changé. On observe une baisse régulière des taux de syndicalisation ainsi qu’une baisse apparente des grèves et du nombre de grévistes dans la plupart des pays développés. Une des principales explications se trouve dans la croissance du chômage et du travail précaire qui a empêché une partie des salariés de se stabiliser dans l’entreprise et d’adhérer à un syndicat. Cependant, de nouvelles formes d’actions apparaissent (débrayages, conflits sans arrêts de travail, pétitions…). Enfin, la baisse des conflits du travail ne signifie pas nécessairement une amélioration des rapports dans les entreprises ou des conditions de travail, dans la mesure où les conflits peuvent ne pas s'exprimer sous une forme collective.
Les mouvements sociaux, apparus dans les années 1960, utilisent davantage des formes d’actions non-conventionnelles : boycott, marches de protestation, grèves de la faim, sit-in, utilisation des réseaux sociaux et médiatiques,…Cependant certains groupes faiblement intégrés, ne disposant pas de relais politiques ou médiatiques pour faire valoir leur mécontentement peuvent s’exprimer de façon violente (émeutes).

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