Document n°206








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Document n°273


"Historiquement, le mouvement de mai et la période qui l'a suivi, se placent à la charnière de deux types de sociétés comme la Commune de Paris se plaçait à la charnière du capitalisme marchand et du capitalisme industriel. (…) Aujourd'hui : la société française est dominée par l'économie industrielle mais devient déjà une société postindustrielle. le mouvement ouvrier est encore la force de protestation la plus importante, mais le mouvement de mai a déjà fait apparaître des thèmes et des acteurs nouveaux. Qu'on observe les mouvements régionaux, les grèves d'immigrés, le mouvement écologiste ou la lutte des femmes, chaque fois on est ramené à mai 68 comme au point d'origine ou à une inflexion fondamentale. C'est depuis mai que les mouvements sociaux ne se subordonnent plus à l'action des partis, que le champ de contestation s'est étendu à presque tout les secteurs de la vie culturelle et de l'organisation sociale".

A. Touraine, Le communisme utopique. Le mouvement de mai 68. Coll Postface, Ed Seuil, avril 1972-mars 1980.
Mais mélangeant le registre descriptif et prescriptif, il finit par associer démocratie et mouvement social, pour rejeter toute perspective révolutionnaire, ses réflexions sur la démocratie, finissent par n’avoir qu’un enjeu : la défense d’un certain type de démocratie, une démocratie pluraliste, pacifiée associée à l’acceptation du principe d’une économie de marché.

Document n°274


« L’essentiel aujourd’hui à mes yeux est de (…) détruire activement les restes de toutes les visions unificatrices de l’histoire qui sont les pires ennemies de la pensée comme de la liberté. C’est pourquoi on ne peut parvenir à l’idée de mouvement social comme conflit central qu’après s’être débarrassé complètement de toute philosophie de l’histoire et plus concrètement de l’illusion révolutionnaire.
Que le phénomène révolutionnaire existe, nul ne peut en douter, mais l’idée du mouvement social et sa réalité supposent la destruction du globalisme révolutionnaire, la libération de la société civile et la reconnaissance du marché, c’est-à-dire des changements non contrôlables de l’environnement. Je n’exprime pas ici une préférence idéologique ; j’affirme que l’idée de mouvement social ne peut pas vivre hors de son association avec celle de démocratie et de marché.

Me permettra-t-on de dire plus brutalement que l’idée de mouvement social est inséparable d’une pensée libérale-démocratique et incompatible avec les régimes et les doctrines révolutionnaires ? Formule qui a le mérite au moins de s’opposer brutalement à l’identification si courante dans la tradition européenne entre mouvement social et révolution. C’est parce que l’idée de mouvement social n’a rien à voir avec celle de mutation historique ou celle d progrès qu’elle peut et qu’elle doit avoir la prétention de désigner un élément central de fonctionnement des sociétés (…), le principe d’une dynamique central de la société civile et donc de la naissance sous nos yeux d’un nouveau type de sociétal, société post-industrielle, société programmée ou de quelque autre nom qu’on la nomme ».

  1. Touraine, « Découvrir les nouveaux mouvements sociaux, in F. Chazel (ss la dir), « Action collective et mouvements sociaux », Ed Puf, 1993.

Philosophie de l’histoire tourainienne qui finit par le disqualifier pour saisir les nouveaux mouvements sociaux en cette période contemporaine.

b) Le renouveau des luttes anticapitalistes entre fragmentation et convergences
Le mouvement social de l’automne 1995, suivi du mouvement des chômeurs ouvre un nouveau cycle de contestation en France (prémisses avec la mobilisation étudiante de l’hiver 1986-1987).

Document n°275


"Face à l'offensive déclenchée par le gouvernement, nous estimons qu'il est de notre responsabilité d'affirmer publiquement notre pleine solidarité avec celles et ceux qui, depuis plusieurs semaines, sont entrés en lutte ou s'apprêtent à le faire. Nous nous reconnaissons pleinement dans ce mouvement qui n' a rien d'une défense des intérêts particuliers et moins encore des privilèges mais qui, est en fait, une défense des acquis les plus universels de la République. En se battant pour leurs droits sociaux, les grévistes se battent pour l'égalité des droits de toutes et de tous : femmes et hommes, jeunes et vieux, chômeurs et salariés, travailleurs à statut, salariés du public et salariés du privé, immigrés et français. C'est le service public, garant d'une égalité et d'une solidarité aujourd'hui malmenées par la quête de la rentabilité à court terme que les salariés défendent en posant le problème de la Sécurité sociale et des retraites. C'est l'école public ouverte à tous, à tous les niveaux et garante de solidarité et d'une réelle égalité des droits au savoir et à l'emploi que défendent les étudiants en réclamant des postes et des crédits. C'est l'égalité politique et sociale des femmes que défendent celles et ceux qui descendent dans la rue contre les atteintes aux droits des femmes. Tous posent également la question de l'Europe : doit-elle être l'Europe libérale que l'on nous impose ou l'Europe citoyenne, sociale et économique que nous voulons ? Le mouvement actuel n'est une crise que pour la politique gouvernementale. Pour la masse des citoyens, il ouvre la possibilité d'un départ vers plus de démocratie, plus d'égalité, plus de solidarité et vers une application effective du Préambule de la Constitution de 1946 repris par celle de 1958.

Nous appelons tous nos concitoyens à s'associer à ce mouvement et à la réflexion radicale sur l'avenir de notre société qu'il engage ; nous les appelons à soutenir les grévistes matériellement et financièrement.

"Le mouvement de décembre 1995, appel de soutien aux grévistes, le 4 décembre 1995", in Le Monde, 5 décembre 1995.
Document n°276

En décembre 1996, « le mouvement des chômeurs est un événement unique extraordinaire (…). Tous les travaux scientifiques ont (…) montré que le chômage détruit ceux qu’il frappe, qu’il anéantit leurs défenses et leurs dispositions subversives. Si cette sorte de fatalité a pu être déjouée, c’est grâce au travail inlassable d’individus et d’associations qui ont encouragé, soutenu et organisé le mouvement. (…) La première conquête de ce mouvement est le mouvement lui même, son existence même : il arrache les chômeurs et, avec eux, tous les travailleurs précaires, dont le nombre s’accroît chaque jour, à l’invisibilité, à l’isolement, au silence, bref à l’inexistence. En réapparaissant au grand jour, les chômeurs ramènent à l’existence et à une certaine fierté tous les hommes et les femmes que, comme eux, le non emploi renvoie d’ordinaire à l’oubli et à la honte.

P. Bourdieu, « Le mouvement des chômeurs, un miracle social », Contre-feux, Ed Liber-Raisons d’agir, 1998.
Pour P. Bouffartigues, une première hypothèse est formulée par un certain nombre de chercheurs celle d’un déplacement de la conflictualité hors de la sphère du travail avec les mouvements des « sans » :

  1. Occupation de la rue du Dragon (décembre 1994) ;

  2. Occupation de l’église St Bernard en juillet-août 1996 ;

  3. Implication des professions artistiques dans la mobilisation contre les lois Pasqua Debré en février 1997 ;

  4. Montée en puissance d’Attac à partir de juin 1998 (l’association naît suite à un éditorial de I. Ramonet dans le Monde diplomatique en décembre 1997) ;

  5. Manifestation de Seattle en novembre 1999.

Malgré des précédents dans l’histoire (marche des chômeurs dans les années 1930, MLF dans les années 1960, etc.) de nombreux auteurs insistent sur la radicale nouveauté de ces mouvements contestataires : on peut les opposer au monde du travail perçu comme figé sur des positions défensives à partir d’institutions traditionnelles (syndicats et partis politiques). Opposition simpliste (reprise par les médias) : 1) d’un coté les manifestations des sociétés « modernes » (les « prides », les forums altermondialistes, etc.) ; 2) de l’autre le monde du travail désespéré qui cherche à sauver ses emplois.

Cette thèse s’appuie sur une série d’arguments solides :

  1. on assiste effectivement à une « cohabitation difficile » lors des contre-sommets européens entre les organisations syndicales et la mouvance altermondialiste ;

  2. les manifestations et les grèves du printemps 2003 n’ont pas permis au « sans » – ni d’ailleurs aux chômeurs et aux précaires qui ont animé des luttes dans le commerce et la restauration rapide entre 2000 et 2003 – de se faire une place légitime dans le conflit ð le contre-sommet d’Evian (28 mai ð 3 juin 2003) s’est déroulé en pleine phase ascendante de la mobilisation anti-Fillon sans permettre une synthèse des deux mouvements.


Mais par ailleurs, à cette thèse de la « segmentation » des conflits sociaux et de la montée en puissance des conflits « post-modernes », on peut opposer les remarques suivantes :

  1. les conflits « traditionnels » du travail ont connu une forte remontée en 2000-2001 (explosion des grèves localisées au moment des négociations des 35 heures) ;

  2. le conflit des intermittents pendant l’été 2003 emprunte des modalités d’action lancées en France par Act-up (die-in quotidiens dans les rue d’Avignon).

  3. On a assisté à un soutien des enseignants vers les intermittents ce qui alimente l’idée d’une dimension interprofessionnelle du mouvement ;

  4. En août 2003, le rassemblement contre l’OMC organisé par la Confédération paysanne mobilise sur le plateau du Larzac plus de 200 000 personnes d’horizons divers : Attac, syndicalistes, militants inorganisées, etc. ð il existe une jonction entre les différents champs de la conflictualité.


Il en résulte, selon P. Bouffartigues, l’apparition d’un nouveau débat dans le champ scientifique :

  1. pour certains (de plus en plus nombreux), un changement historique s’est produit qui interdit désormais d’accorder une place structurante à un antagonisme social central (multiplication des champs de la conflictualité). Cette approche se fonde sur trois hypothèses : 1) une substitution de nouveaux acteurs aux dépens du mouvement social ouvrier ; 2) un processus de parcellisation de la contestation (disparition du conflit social central) ; 3) la limitation des objectifs revendicatifs à l’obtention ou à la consolidation des droits, vecteurs d’un meilleur fonctionnement démocratique.

  2. Pour d’autres, cet antagonisme central n’a pas disparu mais il est soumis à un lent travail de reconquête de la parole collective sur des bases transversales.


- Un champ contestataire structuré par un multiplicité d’antagonismes et d’oppressions ?
P. Bouffartigues, souligne que pour Tim Jordan, (S’engager ! Les nouveaux militants, activistes, agitateurs, Autrement, 2003), les nouveaux mouvements contestataires se développent en parallèle d’une transformation des structures de la société. Evolution en 4 séquences :

    1. société industrielle : syndicalisme ouvrier + mobilisations pour l’extension des droits démocratiques (femmes, noirs) ;

    2. à partir des années 60, le conflit de classe perd sa centralité, apparition des NMS, mais jusqu’en 1989, même si chaque mouvement privilégie un combat spécifique, tous s’efforcent de « travailler sur la place de l’oppression de classe par rapport aux autres formes d’oppressions » ;

    3. à partir de 1989 (fin du bloc de l’est) cette hiérarchisation saute : aucune lutte militante ne peut désormais se prétendre plus importante qu’une autre ð constitution du « militantisme politique populaire » qui a trois caractéristiques : transgression de la normalité, respect des différences, recherche en actes de pratiques démocratiques plus abouties. En s’appuyant sur M. Castells, Jordan pose l’hypothèse d’une rupture historique liée à la crise d’un certains nombre d’institutions sociales ; le militantisme populaire est le lieu de la constitution de nouvelles normes sociales : chaque lutte identifie un problème dans une institution et exige, via le rapport de force (actions de lobbying et/ou recours à une action directe non violente), sa résolution ; deux cas de figure se présentent : a) on aboutit à une réforme du dispositif existant (un renforcement du contrôle de la détention d’armes par exemple) ; b) on aboutit à un changement social radical (attribution de terres aux populations indigènes engagées dans le zapatisme par exemple).


Cette thèse conduit à l’idée d’un découpage de l’espace social en différents champs d’action : chaque mouvement collectif interpelle le pouvoir politique en fonction de son « répertoire d’action » spécifique. Le risque est alors l’absence d’articulation entre ces domaines bornés : la lutte des classes a cédé la place à un « radicalisme auto-limité » (Andrew Arato, Jean Cohen, Civil society and political theory, MIT, 1992 ð auteurs qui ont proposé la notion de self-limiting radicalism).
Cette approche est reprise en France par Daniel Mouchard, (« les mobilisations des “sans” dans la France contemporaine : l’émergence d’un radicalisme auto-limité », RFSP, vol. 52, n°4, août 2002.) Pour lui, l’originalité du mouvement tient à la relation ambivalente que le mouvement entretient avec l’Etat : adversaire et interlocuteur. La source de légitimation du mouvement se trouve dans le droit normatif entendu comme supérieur à la légalité en vigueur (droit d’avoir des papiers pour accéder à la citoyenneté, droit d’avoir un toit, un emploi, etc.). Cette action se traduit par un « illégalisme sectoriel » qui se combine avec une référence constante aux droits fondamentaux. Selon Mouchard, ce type de mouvement social est toutefois limité à une demande d’intégration dans le système et s’interdit toute contestation du système.

Il n’empêche, ce radicalisme auto-limité qui s’appuie sur des pratiques de désobéissances civiques fait du droit son arme symbolique et vise à conquérir de nouveaux espaces de citoyenneté.
Cette approche permet également d’expliquer la relative institutionnalisation de ce que l’on a appelé les nouveaux mouvements sociaux, institutionnalisation que reconnaît même A. Touraine et qui finit même par penser que les mouvements féministes, anti-racistes, étudiants ne constituent plus à proprement parler des mouvements sociaux.

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