Littérature polonaise








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LA BIBLIOTHÈQUE RUSSE ET SLAVE


— LITTÉRATURE POLONAISE —

Adam Mickiewicz

1798 – 1855
CONRAD WALLENROD

(Konrad Wallenrod)

1828

Traduction parue dans Chefs-d’œuvre poétiques d’Adam Mickiewicz traduits par lui-même et par ses fils, Paris, Charpentier, 1882.
TABLE

PRÉFACE. 5

PROLOGUE. 14

I — L’ÉLECTION. 16

II 21

III 27

IV — LE BANQUET. 38

V — LA GUERRE. 68

LES ADIEUX. 75


CONRAD

WALLENROD
LÉGENDE HISTORIQUE
(D’APRÈS LES CHRONIQUES DE LITHUANIE ET DE PRUSSE)1.

Dovete adunque sapere come sono due generazioni da combattere... bisogna essere volpe e leone.2

PRÉFACE.


Peu après l’apparition à St-Pétersbourg du poème de Conrad Wallenrod, une Revue russe, à Moscou, écrivait : « Quand Goethe se tait et que Byron n’est plus, Mickiewicz, soyons-en fiers, reste non seulement le premier poète de la Pologne, mais presque le premier poète de tous ceux qui existent aujourd’hui. Wallenrod, les Dziady, les Sonnets, le Faris, sont les productions d’une imagination créatrice auxquelles aucun des poètes actuels de l’Angleterre, de l’Allemagne, de la France et de l’Italie ne peuvent offrir rien d’équivalent. Que la Providence bénisse les élans de ce jeune aigle ! » (le Télégraphe, mars 1829, p. 193).

Depuis quelques années, la critique russe s’est attaquée à la portée morale du poème. Cette pruderie peut étonner de la part d’écrivains de qui, en général, la conscience n’est pas même effarouchée des procédés à l’aide desquels tout un peuple est exproprié de ses foyers, de son culte et de sa langue. Mais cette malveillance, se conçoit, quand on réfléchit qu’ils sont les serfs spirituels de l’Empire contre la domination duquel le poème est dirigé et que comme tels, ils sont plutôt disposés à mordre qu’à bénir la main secourable qui les délivrerait eux-mêmes.

Les Polonais furent d’abord extrêmement enthousiastes de Conrad Wallenrod, au point que, selon l’expression de l’historien Mochnacki, il devint le manuel de la conspiration. Sous l’impulsion des vers du poème, de jeunes Polonais enrégimentés dans l’armée que commandait à Varsovie le Grand-duc Constantin se sentirent moralement déliés de leurs serments : de sorte que le Grand-Duc se trouva avoir exercé dans d’interminables parades ses futurs vainqueurs du 29 novembre 1830.

Mais, depuis peu, la critique polonaise a commencé à incriminer l’idée dominante du poème. Or les puritains littéraires et politiques dont le mot d’ordre est : « Pas de Wallenrodisme ! » sont précisément les inventeurs de cet étrange loyalisme qui abrite leur égoïsme et qui condamnerait tout Polonais, enrégimenté au service de l’un des Empires copartageants, à agir contre sa patrie par fidélité à un serment extorqué, tandis que pourtant, comme l’a dit Bossuet, il n’y a pas de droit contre le droit.

En réalité, Conrad Wallenrod n’est pas plus immoral que Samson, dont, du reste, il invoque l’exemple. Si Wallenrod n’a pas eu les yeux crevés par les Teutons, comme Samson par les Philistins, il fut, lui aussi, fait prisonnier et de plus il vit sa mère et son père périr sous les décombres de leur maison en flammes. L’un et l’autre ont recours à la ruse pour se venger, eux et leur peuple.

L’ami français qui a mis une introduction à la traduction illustrée de Conrad Wallenrod disait : « Les Polonais, depuis la chute de leur nation, ont eu une littérature sibérienne et une littérature émigrée. Conrad Wallenrod est le livre unique de ce que l’on pourrait appeler une littérature d’internement. En effet, il est né de cette passion douloureuse du patriote interné dans le camp ennemi, contraint de faire travailler son esprit au service de tout ce que sa conscience lui a appris à détester... Il n’existe pas un Polonais dans les emplois russes de qui l’image de Wallenrod n’ait traversé l’esprit. Et pourtant jusqu’ici, il n’y en a pas un chez qui le vieil honneur chevaleresque n’ait réclamé... Mais l’avenir est le secret de Dieu, et les Russes sont condamnés à détruire les Polonais, ou, en les employant, à s’exposer à cette épée de Damoclès du Wallenrodisme. Conrad Wallenrod, c’est comme une prophétie de malheur tracée par le poète sur les murs du Kremlin. Mickiewicz quitta la Russie, en laissant cette malédiction sur l’oppresseur ; puis, de la terre de France, dans son Livre des Pèlerins, il bénit sa propre nation, en marquant à ses compatriotes la voie de sacrifice et de sainteté qu’ils devaient suivre pour préparer la résurrection de leur patrie ».

Chose bizarre ! Peut-être faut-il chercher la vraie moralité de Conrad Wallenrod, surtout dans le seul vers que la censure russe ait effacé : « Toi, tu es esclave, l’unique arme des esclaves est la trahison ». Ce qui, plus encore qu’une excitation à la vengeance des vaincus, était un avertissement prophétique à l’adresse des vainqueurs, toujours libres d’écarter le danger en en faisant disparaître la cause. Or les Russes avaient conscience que leur gouvernement voulait à toujours asservir la Pologne. Et c’est pourquoi ils ne laissèrent point passer le vers qui montrait la seule voie laissée à l’esclave, mais la Pologne ne se sentait pas esclave : Car, si comme disait l’antiquité, l’esclave perd la moitié de son âme, la Pologne a conservé l’intégrité de la sienne. Et c’est pourquoi elle, n’a point jusqu’ici produit de Wallenrod.

Il est bien remarquable que Wallenrod mourant foule aux pieds sa croix de Grand-maître, en s’écriant : « Voilà les péchés de ma vie ! » en même temps qu’il se réjouit d’avoir entraîné dans sa ruine les ennemis de sa patrie. Il semblerait ainsi que, du moins, il considère comme un péché les moyens dont il s’est servi.

Il est assurément plus beau de reconquérir sa liberté pour la partager avec ceux-là même qui vous l’ont enlevée que de s’ensevelir avec eux sous de mêmes ruines. Mais il y a des temps et des lieux où le mal est tel qu’il n’existe pas d’autre alternative que de détruire les instruments de ce mal ou d’être détruits par eux.

Si la fin ne saurait, en aucun cas, justifier les moyens, il est fort difficile de n’agir que d’une manière absolument pure à l’égard de ceux qui se sont complètement mis hors la loi morale. Aussi, sans accepter qu’une déviation de morale soit érigée en principe, la conscience publique accorde-t-elle les circonstances atténuantes à l’acte, même le plus violent, d’une passion dont le principe est généreux et le mobile désintéressé : témoins l’Allemand Carl Sand, le Français Louvel et l’Italien Orsini, meurtriers par excès de douleur patriotique, à l’exemple de Jaël qui tua Sizara et de Scévola qui voulait tuer Porsenna.

Et, tandis que les véritables traîtres sont ceux qui, par lâcheté de cœur et appétit de jouissances livrent la patrie à l’ennemi, comme Pichegru qui, général de la République, chargé de la défense de la frontière française, se fit battre par les Allemands selon un plan concerté d’avance avec eux ; l’histoire qui, pour ces êtres vils, ne peut et ne doit être que sans pitié, incline à l’indulgence pour ceux qui sacrifient tout à la patrie, même leur honneur ; comme cet Arminius qui emmené en otage à Rome, dissimula sa haine, devint chevalier romain, favori d’Auguste et commandant militaire, puis, par ruse, fit périr tes légions d’Auguste dont il avait capté l’amitié et la confiance. On lit dans Tacite : « Arminius fut incontestablement le libérateur de la Germanie. Aussi, après avoir été ; pendant douze ans, l’arbitre des affaires de son pays, avec l’assentiment de ses concitoyens, fut-il après sa mort l’objet de leur vénération. » Et le brave Ulrich de Hutten en célèbre la vertu, le disculpant du manque de foi : « Car tout engagement forcé est nul et d’ailleurs jamais il n’eut en vue que la liberté de la patrie ».

Les Allemands qui, après plus de dix-huit siècles, ont élevé un monument national à Arminius, ne sauraient s’étonner qu’un jour ou l’autre, dans l’un des pays qu’ils ont conquis, il surgisse un Wallenrod. Car, en définitive, Arminius est un ancêtre spirituel de Wallenrod.

Le poème de Wallenrod ne serait pas moins bien entendu des Alsaciens-Lorrains et des Danois que des Polonais. Il s’adresse à tous ceux qui, ne pouvant se résigner à l’abjection d’une domination étrangère, et se voyant abandonnés de tous, finissent par s’affoler d’une situation sans issue.
Adam Mickiewicz a expliqué, par les lignes suivantes de sa préface de Wallenrod, ce qu’étaient les peuples au milieu desquels il a placé les scènes de son poème :

« Le peuple lithuanien se composait des tribus lithuanienne, prussienne et lettone ; il était peu nombreux, occupait un pays de médiocre étendue et d’une fertilité insuffisante ; longtemps inconnu de l’Europe, il fut, vers le treizième siècle, appelé par les invasions de ses voisins à un rôle plus actif. Tandis que les Prussiens se soumettaient au glaive des Teutons, les Lithuaniens, sortant de leurs bois et de leurs marécages, portaient le fer et le feu dans les États voisins, et bientôt ils se rendirent redoutables dans le Nord. L’histoire, jusqu’ici, n’a qu’imparfaitement éclairci comment il se fit qu’un peuple si faible et si longtemps tributaire des étrangers put, tout d’un coup, arrêter et menacer tous ses ennemis, d’un côté, soutenant une guerre continuelle et meurtrière contre l’Ordre Teutonique, de l’autre, pillant la Pologne, prélevant des contributions sur Nowgorod la Grande, et s’aventurant jusque sur les bords du Wolga et la presqu’île de Crimée. La plus brillante époque de la Lithuanie est au temps d’Olgierd et de Witold, dont l’autorité s’étendait de la Baltique à la mer Noire. Mais, dans son trop soudain accroissement, cet immense État ne parvint pas à élaborer en lui-même une force intérieure qui fondît ensemble ses parties hétérogènes et les vivifiât. La nationalité lithuanienne répandue sur des terres trop vastes perdit sa couleur propre. Les Lithuaniens subjuguèrent beaucoup de tribus ruthéniennes, et entrèrent en rapports politiques avec la Pologne. Les Slaves, depuis longtemps déjà convertis au christianisme, étaient parvenus à un degré de civilisation plus élevé, et, quoique battus ou menacés par la Lithuanie, ils gagnèrent, par une lente influence, la prépondérance morale sur leur oppresseur fort, mais barbare, et ils l’absorbèrent comme les Chinois ont absorbé les envahisseurs Tartares. Les Jagellons et leurs plus puissants vassaux devinrent Polonais ; beaucoup de princes lithuaniens en Ruthénie acceptèrent la religion, la langue et la nationalité ruthénienne. De cette façon, le grand-duché de Lithuanie cessa d’être lithuanien, le peuple lithuanien proprement dit se retrouva dans ses anciennes frontières, sa langue ne fut plus parlée à la cour et parmi les grands, et ne se conserva que dans le peuple.

» La Lithuanie présente le curieux spectacle d’un peuple qui a disparu dans l’immensité de ses conquêtes, tel qu’un ruisseau qui, après une inondation extraordinaire, baisse de niveau et coule dans un lit plus étroit qu’auparavant. »

Pour égarer la censure, Mickiewicz ajoutait :

« Plusieurs siècles déjà recouvrent les événements que nous venons de mentionner. La Lithuanie, ainsi que son plus cruel ennemi, l’Ordre Teutonique, sont descendus de la scène de la vie politique ; les rapports des nations voisines ont entièrement changé ; les intérêts et les passions qui, en ce temps-là, ont allumé la guerre, sont désormais éteints ; les souvenirs mêmes n’en ont point été conservés par les Légendes populaires. La Lithuanie appartient déjà entièrement au passé ; son histoire fournit, à cet égard, une heureuse carrière à la poésie, car le poète qui chante les événements d’alors est obligé de s’occuper uniquement du sujet historique, de l’approfondir et de le présenter avec art, sans appeler à son aide les intérêts, les passions ou la mode des lecteurs. Ce sont précisément de tels sujets que Schiller recommande :
« Was unsterblich im Gesang soll leben,

Muss im Leben untergehn. »

« Ce qui doit revivre dans le chant doit périr dans la réalité. »
La pieuse ruse de l’auteur lui réussit complètement.
Le Conrad Wallenrod, d’Adam Mickiewicz, a évoqué Iridion du poète anonyme, c’est-à-dire de Sigismond Krasinski, dans lequel l’auteur s’est proposé de démontrer la stérilité de la haine, mais qui malheureusement décourage de l’action. Iridion, jeune grec, possédé d’un extrême désir de vengeance contre Rome, qui a détruit l’indépendance hellénique, n’obtient que la mort de l’Empereur, mais non la chute de l’Empire. Et ce n’est que mil huit cents ans plus tard qu’il lui est donné de voir surnaturellement la double ruine de Rome, tout à la fois la poussière des temples, des théâtres et des palais des empereurs et l’indigence spirituelle de ceux qui leur ont succédé.

Plus d’une fois, et spécialement dans les Psaumes de l’avenir, le poète anonyme est revenu sur cette pensée « qu’on n’édifie pas avec de la boue et que la plus haute sagesse est la vertu, qu’il ne faut pas être meurtrier avec les meurtriers, criminel avec les criminels, mais que le sacrifice seul est invincible ». Or sacrifice n’est point résignation.

Il est souvent arrivé que les personnes qui, tout en ayant des aspirations patriotiques, répugnent à tout changement violent, ont essayé d’opposer l’enseignement poétique de Krasinski à celui de Mickiewicz. Il est assurément plus commode de se borner à penser noblement et à laisser faire les siècles que de se jeter à corps perdu dans la mêlée et d’y combattre à outrance. Adam Mickiewicz était des premiers à admirer la beauté de forme des poèmes de son émule, le souffle qui y circule et la noblesse des sentiments qui y sont exprimés. Mais il croyait fortement que nous n’avons pas le droit de nous décharger sur les générations futures des efforts qui nous incombent et il estimait que pour sortir de prison la ruse est permise et que Dieu lui-même pardonne la violence que l’on aura mise à sauver de la mort son père, sa mère, sa patrie.

Aussi, en dépit de tous les sophismes, Conrad Wallenrod est-il resté populaire. On y sent à un haut degré, comme d’ailleurs en toutes les œuvres de Mickiewicz, un appel à l’énergie individuelle. Il y a des époques où la suprême ressource est dans l’initiative d’un seul. Et l’on doit se réjouir de toute étincelle, quelle qu’elle soit, qui rallume le feu sacré.
L. M.

12 mars 1881.

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