Les lavoirs, les laveuses & les lavandières








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Les lavoirs, les laveuses & les lavandières
Le problème de l'eau
Il faut de l’eau pour laver, et le problème de l’eau s’est toujours posé à la campagne comme à la ville. En effet pour faire la lessive, l’accessibilité à un point d’eau était indispensable: un gué, un ruisseau, une fontaine, une rivière, une mare, un étang, un fleuve.

La pratique de la lessive sur ces différents points d’eau posait de graves problèmes de salubrité publique tant à la campagne qu’en ville.

Au milieu du XIXème siècle, les autorités prirent conscience que l’eau pouvait être un vecteur de contagion et que le linge était également porteur de germes malsains. C’est à la suite de cette prise de conscience que des lavoirs seront érigés dans toutes les communes de France.

Plus tard, la citerne permettra d’avoir à disposition du foyer une réserve d’eau douce pour la lessive, et au début du siècle chaque maison dispose d’un puits et d’une pompe à eau.

Yvonne Verdier et Guy Thuillier ont gardé la mémoire des économies d’eau imposées par sa rareté :

« En été, on faisait l’économie de l’eau (…) Il fallait d’abord faire boire les bêtes… L’eau de la salade servait pour le linge, puis on lavait la vaisselle puis on jetait l’eau sur les plantes. On ne faisait pas de grandes lessives.»[1]

« Là où il y avait peu d’eau, les lessives étaient souvent faites de façon sommaire, les femmes se contentant, dans les familles pauvres, de tremper leur linge dans l’eau de la fontaine ou du ruisseau.»[2]

[1] Yvonne Verdier, Façons de dire, façons de faire : la laveuse, la couturière, la cuisinière, Paris, Gallimard, 1979.

[2] Guy Thuillier, Pour une histoire du quotidien au XIXème siècle en Nivernais, Paris, Mouton 1977.

Pour information :

En 1950, 72% des communes rurales n’ont pas l’eau courante et la ferme est en moyenne à 30 m du point d’eau.

En 1960-1961 plus de 40% des logements français sont encore dépourvus d’eau courante à domicile.

En 1970, 76% de la population est desservie

En 1982, 0,8% des foyers n’ont pas l’eau.
Les lavoirs
La ville, l’abbaye, le château ont vu naître les lavoirs. A la différence du moulin, du four et du pressoir, tous attachés à l’ancienne banalité et aux redevances dues aux puissants, le lavoir s’établit sur l’usage parcimonieux mais gratuit de l’eau pour tous les habitants de la commune.

Après la Révolution, le pouvoir encourage l’aménagement de lavoirs ; les travaux vont de pair avec ceux des Ponts et Chaussées et précèdent souvent ceux des écoles et des mairies. Ainsi le lavoir devient-il un monument qui célèbre l’accès égalitaire à l’un des plus précieux biens naturels, l’eau. Il faut de l’eau pour laver, et le problème de l’eau s’est toujours posé à la campagne comme à la ville. En effet, pour faire la lessive, l’accessibilité à un point d’eau est indispensable: un gué, un ruisseau, une fontaine, une rivière, une mare, un étang, un fleuve.

Toute fontaine n’a pas son lavoir, mais tout lavoir est lié à une source, à un cours d’eau.

Mais, pour protéger la santé publique, des ordonnances limitent les lieux de lavage.

L’assemblée législative vote, le 3 décembre 1851, un crédit de 600000 francs pour subventionner, à hauteur de 30 %, la construction d’établissement modèles de bains et lavoirs publics, gratuits ou à prix réduits « au profit des classes laborieuses ». Chaque projet est subventionné à hauteur de 20 000 francs. Malgré les sommes à trouver pour compléter la subvention, de nombreuses communes, même modestes, engagent les travaux. La construction est commandée par les municipalités sous le contrôle de l'administration départementale. Les travaux sont mis alors en adjudication sur rabais à la chandelle, d'où une certaine similitude de conception et de matériaux. Il y a au moins un lavoir par village ou hameau et l'on peut estimer l'importance du village au nombre de ses lavoirs. Certains possèdent même un dispositif pour chauffer des lessiveuses et produire la cendre qui blanchit le linge.

Le lavoir es peut être créé par les municipalités, mais aussi par des propriétaires avisés ou des industriels paternalistes ; espace public, il devient alors le nouveau temple de la propreté, à la gloire de chaque commune, au même titre que la nouvelle école et la mairie.
A la campagne

Un lavoir est un bassin public alimenté en eau détournée d'une source ou d'un cours d'eau, en général couvert et fermé pour protéger les lavandières des intempéries. Il peut être composé de plusieurs bassins : la fontaine, puis le rinçoir (où on dégage le linge des restes de saleté et de savon). L’aire de travail est souvent faite en pierres de taille ou en briques et l’accès est pavé ou dallé. Certains étaient équipés de cheminées pour produire la cendre nécessaire au blanchiment. Dans certaines communes, les femmes utilisaient les lavoirs gratuitement, dans d'autres communes, elles devaient payer un droit.

Après l’avoir lavé, en général chez elles, les laveuses y rinçaient le linge : comme le lavage ne consommait que quelques seaux d'eau, il pouvait avoir lieu à la maison, mais le rinçage nécessitait de grandes quantités d'eau claire, uniquement disponible dans les cours d'eau ou dans une source captée.

Dernière étape avant le séchage du linge, le passage au lavoir rythmait la vie des femmes.

En règle générale, elles apportaient elles-mêmes, avec le linge, tout ce qui leur était nécessaire. Baquets et paniers, lourdement chargés, sont parfois portés par des ânes ou, plus généralement, transportés sur une brouette. Mais il est fréquent aussi que les lavandières se rendent au lavoir avec leur panier de linge sur la tête.

Le bord du lavoir comporte une pierre (ou une planche en bois) inclinée. La lavandière, à genoux, jette le linge dans l'eau, le tord en le pliant plusieurs fois, et le bat avec un battoir en bois afin de l'essorer le plus possible. En général, une solide barre de bois horizontale permet de stocker le linge essoré avant le retour en brouette vers le lieu de séchage.


Le lavoir n’est pas seulement un bâtiment où la femme lave son linge ; c’est aussi un espace public, rempli de vie, de bruit et de cancans, un lieu de vie réservé aux femmes, une sorte de double du café de village pour les hommes. "Au lavoir, on lave le linge, mais on salit les gens" dit-on ! Réputé pour être un lieu de médisance il n’exclut pas la solidarité, ne serait-ce que pour tordre le linge à deux en sens inverse. En outre, si la quantité de linge apportée au lavoir témoigne de la prospérité de sa maison, le fait d’exposer son linge est aussi, d’une certaine façon, une manière de révéler une intimité.


En ville

A partir du XVIIe siècle, bien que jamais érigées en corporation régulière, les blanchisseuses ou lavandières "professionnelles" doivent se plier aux exigences d'une administration parisienne veillant à la bonne hygiène ! Dans Paris très tôt, les lois et les décrets visant l’existence et l’implantation d’établissements insalubres poussent les industries du blanchissage à quitter la capitale pour s’installer dans les communes voisines.

Au milieu du XIXème siècle, les autorités, conscientes que l’eau pouvait être un vecteur de contagion et que le linge était également porteur de germes malsains et qu’en lavant le linge, les lavandières contaminaient l’eau, prirent des mesures de salubrité publique et d’hygiène élémentaire, caractérisées dans les villes, par l’éloignement des cimetières, l’élargissement des rues et la construction de lavoirs, publics ou privés.

En 1852, il existe dans Paris 93 lavoirs et buanderies, principalement répartis dans les divers quartiers pauvres, comme le Lavoir Moderne Parisien dans le quartier de la Goutte d'Or.

Le lavoir n’est pas seulement un bâtiment où la femme lave son linge, c’est également un endroit rempli de vie, de bruit et de cancans…

« Le lavoir était situé vers le milieu de la rue, à l’endroit où le pavé commençait à monter. Au-dessus d’un bâtiment plat, trois énormes réservoirs d’eau, des cylindres de zinc fortement boulonnés, montraient leurs rondeurs grises : tandis que derrière, s’élevait le séchoir, un deuxième étage très haut, clos de tous les côtés par des persiennes à lames minces, au travers desquelles passait le grand air, et qui laissaient voir des pièces de linge séchant sur des fils de laiton. A droite des réservoirs, le tuyau étroit de la machine à vapeur soufflait d’une haleine rude et régulière, des jets de fumée blanche…

… C’était un immense hangar, à plafond plat, à poutres apparentes monté sur des piliers de fonte, fermé par de larges fenêtres claires. Un plein jour blafard passait librement dans la buée chaude suspendue comme un brouillard laiteux. Il pleuvait une humidité lourde chargée d’une odeur savonneuse, une odeur fade, moite, continue ; et par moment, des souffles plus forts d’eau de javel dominaient. Le long des batteries, aux deux côtés de l’allée centrale, il y avait des files de femmes, les bras nus jusqu’aux épaules, le cou nu, les jupes raccourcies… Elles tapaient furieusement, riaient, se renversaient, pour crier un mot dans le vacarme… Et au milieu des cris, des coups cadencés, du bruit murmurant de pluie, de cette clameur d’orage s’étouffant sous le plafond mouillé, la machine à vapeur, à droite, toute blanche d’une rosée fine, haletait et ronflait sans relâche, avec la trépidation dansante de son volant qui semblait régler l’énormité du tapage. »

Les laveuses disposent de plates-formes où elles mettent le linge propre à sécher. Ces installations leur sont louées par les propriétaires des lieux, qu'on appelle « platiers ». Ils fournissent aux laveuses l'eau chaude dont elles ont besoin, le savon, l'eau de Javel, les cristaux.

Le long du Rhône, à Lyon, on pouvait une suite de lavoirs pourvus de hauts tuyaux d'évacuation par lesquels s'échappent les fumées des chaudières dans lesquelles le linge avait bouilli. Mais de telles commodités étaient rares.
Les bateaux-lavoirs
L'origine des bateaux à lessive remonterait au XVIIe siècle. Le 16 septembre 1623, un traité assure à un entrepreneur, Jean de la Grange, secrétaire du roi Louis XIII, divers droits à conditions qu'il poursuive l'aménagement de l'Ile Notre-Dame et de l'Ile aux vaches, dont celui de mette à perpétuité sur la Seine "des bateaux à laver les lessives, en telle quantité qu'il feroit avisé & en tel endroit qu'il jugerroit à propos; pourvu que ce fût sans empêchement de la navigation, ni que le bruit pût incommoder les maisons du Cloître Notre-Dame". (source : "traité de la police" de M.De la mare, volume 1 - page 100 de l'édition de 1722).

Mais c'est surtout au XIXème siècle que les bateaux-lavoirs se développent partout en France, un mouvement qu’accélère la loi du 3 février 1851. Un lavoir flottant établi à Paris même, la Sirène, propose déjà les appareils les plus perfectionnés de l’époque. Il a été détruit par les glaces durant les grands froids de 1830. Les lavoirs flottants sont pourvus de buanderies à partir de 1844 afin de lutter contre la forte concurrence des lavoirs publics et des grandes buanderies de banlieue qui ne cessent de se créer, véritables usines à laver qui mettent à disposition des laveuses eau chaude, essoreuses, séchoirs à air chaud et à air libre, réfectoire et même parfois salle de garde pour les enfants en bas âge. 25 à 30 mètres de long; au premier niveau se trouvent les postes des blanchisseuses et, au milieu, deux rangées de chaudières posées sur des briques. L’étage se partage entre l’habitation du patron et le séchoir.

En 1852, les bateaux-lavoirs stationnant sur le canal Saint-Martin sont au nombre de 17, ceux sur la Seine s'élèvent à 64 ( source : Dictionnaire historique des rues et monuments de Paris en 1855 de Félix et Louis Lazare, page 111 et suivantes) Mais pour beaucoup de familles pauvres, l’usage des bateaux-lavoirs est trop onéreux et, depuis les quartiers éloignés, il est bien pénible de porter son linge aux bateaux-lavoirs sur une brouette … et bientôt le nombre des bateaux-lavoirs parisiens est en constante perte de vitesse. En 1880, il n'y a plus en Ile-de-France que 64 bateaux-lavoirs offrant 3800 places de laveuses. Vingt-trois de ces lavoirs flottants sont à Paris même, dont six sur le canal Saint-Martin et trente-cinq se répartissent en banlieue sur la Seine, la Marne et l’Oise. À la fin du XIXe siècle, la plupart de ces bateaux-lavoirs sont la propriété d’une seule famille en vertu d’un bail qui lui a été consenti, en 1892, par la Société du Canal Saint-Martin. Mais, les bateaux-lavoirs disparaissent inéluctablement dans la première moitié du XXe siècle.

Les 4 derniers bateaux-lavoirs sur la Seine disparaissent pendant la dernière guerre mondiale, sur ordre des allemands, pour faciliter la navigation : [une vidéo de l'INA annonce cette décision ...]



. Des blanchisseuses.

[La Grande ville. Nouveau tableau de Paris

comique, critique et philosophique.] T. I. Fig. p.304

Paul de Kock, texte - H. Emy, Honoré Daumier, Gavarni [et al.], dess. et grav.

Éd Maresq (Paris) 1844 Source : Bibliothèque nationale de France- Gallica

De la lessiveuse au lave-linge. La fin des lavoirs.

Après la seconde guerre mondiale, les machines à laver qui se sont répandues simultanément avec les textiles synthétiques et l’usage des poudres détergentes, ont dispensé du passage au lavoir, puisque la poudre remplaçait le frottage mécanique et que la machine rinçait le linge.
Ainsi, à travers l’évolution d’un fait technique discret, peut-on entrevoir le devenir d’une société : au lavoir où la lessive était exposée au regard de tous, s’exerçait manifestement une forme de contrôle de la communauté des femmes du quartier ou du village ; aujourd’hui, le domaine de l’intime n’admet plus le regard extérieur.

Les laveuses & les lavandières
Ce sont les femmes dont le métier était de laver le linge à la main dans un cours d'eau ou un lavoir ; les conditions de travail y étaient très pénibles : les mains, plongées dans l’eau froide et parfois glacée l’hiver, en ressortaient meurtries, gercées et crevassées

Au Moyen âge, au sein de la bourgeoisie parisienne et dans toutes les communautés, notamment religieuses, le linge est lavé à domicile, avec moult soins. Des marchands ambulants vendent des cendres pour la lessive. Chargées de l'entretien du linge des familles aisées, les lavandières font partie du personnel habituel des "hôtels", tout comme les panetiers, les clercs de la paneterie les sommeliers, les gardes-chambre (ou chambellans), les portiers, les portefaix et les valets de la porte, les sommiers ou voituriers ... qui touchent des gages, reçoivent de l'avoine, des chandelles, du bois.

D'autres encore travaillent à la journée au service de particuliers, de maîtres de grandes maisons, de fermiers, de métayers, de notables, pour un maigre salaire en toutes saisons, sauf lorsque le fleuve était pris par les glaces. Une ordonnance du 30 janvier 1350 fixe à "un tournoi en toute saison le prix que pourront demander toutes manières de lavandières de chacune pièce de linge lavé."

(source : "La vie privée d'autrefois: arts et métiers, modes, mœurs, usages des parisiens du XIIe au XVIIIe siècle d'après des documents originaux ou inédits).

Elles côtoient les ménagères de condition modeste qui viennent battre elles-mêmes leur linge à la rivière.

« Il n’y a pas de ville où l’on use plus de linge qu’à Paris », écrit Sébastien Mercier vers 1780 dans son Tableau de Paris. Et d’affirmer que « telle chemise d’un pauvre ouvrier, d’un précepteur et d’un commis passe tous les quinze jours sous la brosse et le battoir. »






Lavandières au lavoir Lavandières au bord de la rivière

Chaque lavandière « apportait son lot de linge sur sa brouette. Le volume variait selon les familles, le nombre d'enfants, la profession ; il doublait chez les commerçants de bouche pendant la période des fêtes. Les clients fournissaient le bois de chauffage nécessaire à leur lessive. En plus des deux chaudières, le lavoir était équipé de plusieurs selles et de tréteaux servant à l'égouttage.
Au printemps durant la tondaison des moutons, on y dessuintait également les toisons. Les lavandières étaient payées à l'heure; seules quelques-unes, habitant au loin, restaient à déjeuner sur place. Les soirs d'hiver, elles ne rentraient qu'aux lampes allumées. Les gens qui soupaient derrière leurs volets clos, bien au chaud, entendaient piauler les brouettes dans la nuit. Les lavages ne s'interrompaient qu'à la saison des grands gels, quand les glaces frangeaient les berges [de la rivière] et que l'onglée des doigts violacés s'aggravait en engelures crevassées. [...] »

Les femmes s'affairaient debout, la brosse à la main, piétinant des journées entières à côté de leur selle. Ailleurs, elles s'agenouillaient coude à coude derrière les larges planches du rebord qui s'enfonçaient dans la rivière, à l'oblique pour frotter le linge dessus et le taper au battoir; autre part enfin, elles se prosternaient dans un "cabasson" garni de paille, sorte de caisse pourvue, sur le devant d'une tablette rainurée.
Parfois, plouf !' L'une d'elles déséquilibrait son agenouilloir en tentant de rattraper un drap entraîné au fil de la rivière, et, la tête soudain plus lourde que le popotin, chavirait dans le courant. Vite on repêchait le cabasson, le linge et la pauvrette qui n'avait plus qu'à courir chez elle, les nippes dégoulinantes, pour s'y revêtir de sec. Gérard Boutet Mémoires de femmes - La laveuse - Editions de Borée, 2003



On pouvait, à la fin du XXème siècle, penser en avoir fini avec les lavandières quand le fabricant de lave-linge Vedette choisit, de s’incarner en la Mère Denis pour raviver un mythe forgé au cours des siècles autour de ce métier.

Un petit chemin qui descend au lavoir, une brouette de linge, un battoir, une brosse et l'amour du travail bien fait deux bonnes grandes mains de lavandière et l'amour du travail bien fait ...

Et un slogan : « Vedette mérite votre confiance, "C'est ben vrai, ça ! " »




Les ustensiles des laveuses & des lavandières
La brouette (beurouette , bourrouette ou berrouette) : on pouvait faire trois voyages ou plus dans la journée (parfois plusieurs kilomètres pour aller au lavoir du pays) pour emporter les corbeilles de linge sale, le coffre, le battoir, parfois la planche à laver, le savon et la brosse.

Le coffre : appelé aussi cabasson, ou boîte ou caisse à laver, souvent aussi carrosse, (ou caboulot, casseau, auget, agenouilloir, garde-genou). Renforcé avec des chiffons ou de la paille, et calé au bord de la pierre à laver, il permettait à la lavandière de se mettre à genoux.

Le battoir à linge : on l’appelle plus communément le tapoir ((tapette, en Mâconnais). La lavandière mettait le linge en boule et « tapait » dessus avec une grande énergie : elle tapoueillait !

La selle  à laver : en bois, composée d’une planche de plusieurs crans et, parfois, d’un repose-genou dont le bout inférieur était taillé en forme de “queue de pie “

La planche à laver : comme la selle mais lisse, on l’utilisait lorsqu’on lavait à la rivière ou à la fontaine en lieu et place de la pierre à laver du lavoir.

Le pain de savon : sert naturellement à décoller la crasse et à détacher le linge sale ; c’est: le gros savon de Marseille, conditionné en forme de gros cube. Jadis, on pouvait également utiliser la saponaire*, utilisée en décoction froide.

*La saponaire est une plante à fleurs violacées qui pousse au printemps au bord de l’eau, dont les racines ont la particularité de faire de la mousse.

La brosse : la brosse à chiendent, conçue pour qu’aucune tache ne lui résiste.

Le chevalet : fabriqué en bois, il permettait de suspendre provisoirement le linge pour l’égoutter.
.

le battoir et l’extrémité de la brosse à chiendent dans le cabasson sur la brouette


La planche & le battoir dans le cabasson la selle [Musée de la chemiserie ...Argenton sur Creuse]
 Exposition virtuelle :
"Eaux" dans les collections des musées de la région Centre



Choses écrites à Créteil
Sachez qu' hier, de ma lucarne,

J' ai vu, j' ai couvert de clins d' yeux

Une fille qui dans la Marne

Lavait des torchons radieux.
Près d'un vieux pont, dans les saulées,

Elle lavait, allait, venait;

L'aube et la brise étaient mêlées

À la grâce de son bonnet.
Je la voyais de loin. Sa mante

L'entourait de plis palpitants.

Aux folles broussailles qu'augmente

L'intempérance du printemps,
Aux buissons que le vent soulève,

Que juin et mai, frais barbouilleurs,

Foulant la cuve de la sève,

Couvrent d'une écume de fleurs,
Aux sureaux pleins de mouches sombres,

Aux genêts du bord, tous divers,

Aux joncs échevelant leurs ombres

Dans la lumière des flots verts,
Elle accrochait des loques blanches,

Je ne sais quels haillons charmants

Qui me jetaient, parmi les branches,

De profonds éblouissements.
Ces nippes, dans l'aube dorée,

Semblaient, sous l'aulne et le bouleau,

Les blancs cygnes de Cythérée

Battant de l'aile au bord de l'eau.
Des cupidons, fraîche couvée,

Me montraient son pied fait au tour;

Sa jupe semblait relevée

Par le petit doigt de l'amour.
On voyait, je vous le déclare,

Un peu plus haut que le genou.

Sous un pampre un vieux faune hilare

Murmurait tout bas: casse-cou !
Je quittai ma chambre d'auberge,

En souriant comme un bandit;

Et je descendis sur la berge

Qu'une herbe, glissante, verdit



Je pris un air incendiaire,

Je m'adossai contre un pilier,

Et je lui dis : - ô lavandière !

(Blanchisseuse étant familier)
«L’oiseau gazouille, l'agneau bêle,

Gloire à ce rivage écarté !

Lavandière, vous êtes belle.

Votre rire est de la clarté.
«Je suis capable de faiblesses.

Ô lavandière, quel beau jour !

Les fauvettes sont des drôlesses

Qui chantent des chansons d'amour.
«Voilà six mille ans que les roses

Conseillent, en se prodiguant,

L'amour aux cœurs les plus moroses.

Avril est un vieil intrigant.
«Les rois sont ceux qu'adorent celles

Qui sont charmantes comme vous;

La Marne est pleine d'étincelles;

Femme, le ciel immense est doux.
«Ô laveuse à la taille mince,

Qui vous aime est dans un palais.

Si vous vouliez, je serais prince;

Je serais dieu, si tu voulais.» -
La blanchisseuse, gaie et tendre,

Sourit, et, dans le hameau noir,

Sa mère au loin cessa d'entendre

Le bruit vertueux du battoir.
Les vieillards grondent et reprochent,

Mais, ô jeunesse ! Il faut oser.

Deux sourires qui se rapprochent

Finissent par faire un baiser.
Je m'arrête. L'idylle est douce,

Mais ne veut pas, je vous le dis,

Qu'au delà du baiser on pousse

La peinture du paradis.
V HUGO

'’Chansons des rues et des bois'’ (27 septembre 1859).


Sources documentaires : site & thème

L’histoire-en-questions Lavandières, vivandières ou buandières

L’histoire-en-questions Superstitions et traditions chez les lavandières

Le Canton de Mouy(60) Retrouvons nos lavoirs et nos lavandières

Blog « mots locaux » - Le 3 février 1851: loi pour subventionner les lavoirs

Les Lavandières

Lavandière, un métier [nombreuses illustrations

Nos lavoirs et nos lavandières

Traditions, rites et superstitions chez les lavandières








En Bretagne, un nouveau-né ne se ferait pas vivre si sa première chemise, quand on la lavait, coulait au fond du lavoir; au contraire, le bambin promettait d'être un solide gaillard si elle flottait. En maintes régions, on faisait une lessive exceptionnelle après un décès, mais on se gardait de mêler la literie et les effets du défunt à tout autre linge. C'était à cette condition que les héritiers se lavaient du mal qui avait emporté le disparu.
En Angoumois, une femme ne devait pas entreprendre de buer pendant ses périodes menstruelles, ni lorsqu'elle était en attente d'enfant, sous peine de gâter la lessive. L'impie qui osait faire la "bugade" le jour de la Toussaint, ou pendant la Semaine Sainte, se condamnait à préparer son linceul; à tout le moins, celui de son maître. Une sorcière, à l'instar des gourgandines qui n'ont point les fesses propres, ne parvenait jamais à obtenir des draps d'une blancheur irréprochable.
Dans les Vosges, une jeune fille était condamnée à épouser un ivrogne si, au lavoir, elle mouillait le devant de son tablier. En Lorraine, par crainte de rétrécir le linge, on ne lavait jamais pendant les trois jours de jeûne que les catholiques observaient au début de chaque saison.
Toute ménagère était maudite si elle lavait ses frusques le Vendredi saint; car selon une légende, Jésus aurait glissé dans une flaque d'eau savonneuse, répandue par une lavandière sur le chemin de la Croix.

En Beauce, c'était pire: il suffisait de nettoyer son linge un vendredi pour en mourir. En général, il y avait danger de mort à décrasser ses frusques pendant les Rogations. En Lorraine, quiconque coulait sa lessive pendant l'octave de la Toussaint ou entre Noël et le Premier de l'an, attirait le malheur sur lui et sur les siens; de même, il n'était pas recommandé de laver ses habits pendant la nuit. Les Bretonnes ne trempaient jamais leur linge le premier jour de nouvelle lune, par peur de le retirer rétréci ou déchiré.
En Provence, certaines sorcières avaient le pouvoir d'empêcher le linge d'être lavé de ses souillures : ce méfait consistait à "masquer la lessive".
En Berry, les "laveuses de nuit" désignaient les défuntes qui, pour racheter leur vie dissolue, passaient leur éternité à nettoyer les suaires des damnés. Ces linges d'outre-tombe prenaient l'aspect des brumes qui rampent sur les étangs; on pouvait les confondre avec l'âme des enfants trépassés avant baptême. Les fées de la Basse-Normandie blanchissaient leurs effets, au clair de la lune, dans le ruisseau du Hubilan ; ce faisant, elles s'entre-appelaient à voix forte, afin d'épouvanter les attardés qui passaient dans la vallée.
En Limousin, les lavandières nocturnes, toutes chargées de péchés, gagnaient le paradis lorsque leur linge était propre ; mais en vérité, elles ne parvenaient jamais à ce résultat, car ce diable de Satan remuait constamment l'eau vaseuse autour du lavoir !


Les croyances populaires et les interdits entourant la lessive appartiennent au folklore, chaque région a développé ses propres légendes comme un moyen de se prévenir des femmes qui lavent. Les interdits varient d’une région à l’autre, mais le risque de bafouer l’interdit reste le même : il en va de la vie de la laveuse ou de celui dont elle lave le linge.

Le calendrier des lessives était entouré d’interdits tant liés à la religion qu’au cycle biologique de la femme. La présence d’une femme qui vient d’accoucher empêche le linge de blanchir ; dans les Vosges, il faut éloigner le cuvier le plus possible d’une femme enceinte pour éviter qu’elle perde son enfant.

On ne lessivait pas le « jour du Seigneur » ; ni le vendredi en Bretagne. En Touraine, on ne lessivait pas le dimanche, pas le vendredi (malheur). « Qui coule la lessive le vendredi, veut la mort de son mari ! » disait-on à Egriselles-le-Bocage et dans de nombreuses communes.

On ne lavait pas une semaine de communion solennelle, aux Quatre temps, et encore n’importe quel samedi de l’année, de crainte de provoquer le décès de l’un des chefs de famille ou au moins une maladie grave pour l’un d’eux. Ainsi disait-on en patois dans la région de Montbéliard : « Laver la lessive le samedi – C’est raccourcir la vie du mari – laver la semaine de l’Ascension – tire la bière du maître d’la maison ».

L’interdiction de faire la lessive en mai était moins répandue que l’interdiction des mariages, elle n’était valable le plus souvent que pendant les trois jours des Rogations (présage de mort dans le Limousin et dans l’Yonne) et, parfois, à l’Ascension (Franche-Comté).

Elle entraînait la mort pendant les deux semaines précédant Pâques en Sologne, dans la semaine qui précède Noël, ou dans l’intervalle qui sépare Noël du jour de l’an. Presque partout, il ne fallait pas faire la lessive pendant la Semaine Sainte, ce serait, disait-on par endroits, lessiver le linceul d’un membre de la famille ou du maître de maison. On ne devait pas faire la lessive au Carnaval ou pendant le Carême ; pourtant c’est le jour de Mardi-gras qu’il fallait faire de grosse lessives et, pendant que les femmes bouillaient, les hommes devaient réparer les chemins et faire d’autres corvées.

Pour la Toussaint et le jour des morts, parfois même pendant tous le mois de novembre, on ne devait pas faire la lessive parce qu’anciennement les morts étaient enveloppés d’un linceul.

Beaucoup de légendes concernaient l’acte de lavage. Une mort prochaine ou celle d’un proche était annoncée à la lavandière dont le drap refusait de s’enfoncer dans le lavoir (Languedoc). Même présage dans le pays de Montbéliard, lorsqu’un drap n’était pas imbibé, lorsqu’un drap plongé dans la lessive s’entêtait à ne pas disparaître complètement ou qu’une lessive coulée était trouvée dans le cuvier.

De nombreuses légendes visaient directement les laveuses. Ces lavandières, fées, dames blanches étaient parfois maléfiques parfois bénéfiques, elles hantaient les lavoirs et les fontaines. L’une des superstitions les plus fortes était celle des dames blanches ou lavandières de la nuit, dont G. Sand narre la légende lugubre dans Légende Rustique : « on entend pendant la nuit, le battoir précipité et le clapotement furieux des lavandières fantastiques (…) les véritables lavandières sont les âmes des mères infanticides, elles battent et tordent incessamment quelques objets qui ressemblent à du linge mouillé, mais qui vu de près, n’est qu’un cadavre d’enfant. »

En Alsace, le Carême était personnifié par une petite bonne femme appelée Fronfaster-Weibehen. Elle empêchait de faire la lessive pendant Carême (Bischoffsheim). Si on enfreignait cet interdit, elle rendait malheureuse toute l’année. Pour empêcher cette bonne femme d’entrer, on attachait une fourchette à un bâton qu’on mettait dans le coin de la porte. Elle se piquait et s’en allait.

On disait aussi qu’il ne fallait pas faire la lessive sous le signe de la Vierge parce que le linge se couvrirait de poux. Quant aux lavandières, éclabousser son tablier plus que de raison était signe qu’elles épouseraient un ivrogne ; chanter au lavoir, qu’elles auraient un mari fou !
Sources documentation

Arnold Van Gennep Manuel de folklore français contemporain (titré Le Folklore français dans la réédition chez Robert Laffont, collection « Bouquins »


Fontaines et lavoirs Côtes d'Armor

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