Voyage de Tamatave à Tananarivo. Village de Mananboundre. Les eaux thermales de Ranoumafane. Bout-Zanaar, Mahéla, Ampassi-ombé. Montagnes de Béfourne








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B.-F. Leguével
de Lacombe

Voyage
à Madagascar
et aux îles Comores

Tome 2





CHAPITRE I.

Voyage de Tamatave à Tananarivo. – Village de Mananboundre. – Les eaux thermales de Ranoumafane. – Bout-Zanaar, Mahéla, Ampassi-ombé. – Montagnes de Béfourne. – Le bakoubak, animal fabuleux ; sa description traditionnelle. – Maramanga. – Vallée des Bezonzons. – Différence des Bezonzons et des Antancayes, habituellement confondus par les voyageurs. – Arrivée à Ma-inouf, leur principal village. – Forêt de Fanghourou. – Nossi-arivo, plaine d’Ancaye. – Arrivée devant Tananarivo.


J’étais depuis six semaines à Tamatave, où j’avais le projet de passer l’hivernage de 1824, lorsqu’un envoyé du prince Ratef me décida à entreprendre le voyage de Tananarivo.

Radama, toujours soupçonneux, et jaloux peut-être des succès que son beau-frère venait d’obtenir dans le sud, l’avait appelé à Tananarivo pour lui confier le commandement d’une armée destinée à soumettre les peuples du nord.

L’armée du prince Ratef était en grande partie composée de sirondas, sur la fidélité desquels le roi des Hovas pouvait compter, et qu’il avait choisis exprès. Leurs chefs étaient chargés de surveiller le prince général, que la moindre imprudence eût perdu.

Ratef, ne pouvant se fier à personne, comptait avec raison sur l’amitié que nous avions contractée pendant la guerre des Vourimes ; il pensait que dans la position difficile où il allait se trouver, entouré d’espions et peut-être d’assassins, les conseils d’un étranger, que le roi avait bien accueilli, ne manqueraient pas de lui être utiles.

Ces propositions m’étaient d’autant plus agréables qu’il m’eût été difficile de parcourir, sans son appui, une étendue de plus de cent cinquante lieues dans un pays composé d’une infinité de petits districts sauvages qui n’étaient pas encore soumis aux Hovas.

Connaissant déjà le pays des Bétanimènes, je me couchai dans un hamac couvert afin d’éviter la chaleur, et je me mis en route le 7 octobre 1823 porté par des maremites. Trois jours après notre départ de Tamatave, nous entrâmes dans le village de Vobouaze et nous y passâmes la nuit.

Le lendemain, dès que le jour parut, j’abandonnai mon hamac qui m’embarrassait et je me décidai à continuer mon voyage à pied. Ma première journée fut pénible ; nous suivions, à l’ouest, un sentier étroit, pratiqué dans des montagnes de terre rouge et argileuse ; partout le sol était glissant et entrecoupé de crevasses où nous nous enfoncions quelquefois jusqu’aux genoux. Après environ deux heures de marche, nous nous arrêtâmes dans un petit village où l’on faisait de la poterie. Les habitants nous présentèrent pour rafraîchissements des figues-bananes et du betsabetsa, boisson fermentée avec du miel, de l’eau et des cosses du simarouba, arbre très commun à Madagascar.

Après avoir marché pendant près de quatre heures par des chemins un peu moins mauvais que les premiers, nous arrivâmes au village de Mananboundre, bâti sur une montagne moins haute que celle de Vobouaze ; le chef nous offrit sa case et nous fit un présent de riz et de volaille. Ce village contient tout au plus trente cases ; il est entouré de vallées fertiles cultivées en rizières et animées par de nombreux troupeaux de bœufs.

Comme j’avais manifesté le désir de visiter, avant de quitter Mananboundre, des eaux thermales dont les Malgaches m’avaient parlé, le chef s’empressa de m’y conduire ; à un quart d’heure de marche dans le N. du village, nous entrâmes dans une belle vallée coupée par plusieurs ruisseaux qui sortaient du bassin d’eau chaude que les Malgaches nomment Ranou­mafane.

Lorsque nous fûmes à peu près au centre de la vallée, nous entrâmes dans une espèce de grotte formée par des rochers couverts d’une très belle mousse ; mon guide monta sur une grosse pierre, et, avec une calebasse, puisa dans le bassin, qui n’a pas plus de cinq pieds de diamètre, de l’eau presque bouillante. J’en bus un demi-verre que je trouvai détestable : les Malgaches ne voulurent pas y toucher et me dirent qu’ils avaient soin d’éloigner leurs troupeaux de cette vallée ; ils m’assurèrent que si un bœuf y entrait, il périssait immédiatement. La source coule sur du sable brun qui ressemble à de la limaille de fer couverte de rouille. Je ramassai en cet endroit plusieurs échantillons de sulfate de fer.

Après avoir pris congé de notre hôte, nous quittâmes Mananboundre et continuâmes à marcher à l’ouest jusqu’au village de Bout-Zanaar (produit du bon génie) où nous arrivâmes avant la nuit.

Ce village, situé sur le penchant d’une colline, est plus considérable que Mananboundre ; il est composé de cinquante cases environ. Nous y couchâmes.

Le 12 nous marchâmes toujours à l’ouest et nous ne nous arrêtâmes qu’au village de Mahéla, qui contient tout au plus vingt cabanes ; nous arrivâmes le soir au village d’Ampassi-ombé, qui n’a rien de remarquable : nous y passâmes la nuit.

Pressé d’arriver aux montagnes de Béfourne (beaucoup de joncs), je me levai avant le jour pour éveiller mes maremites et j’eus le plaisir de voir briller aux premiers rayons du soleil les belles masses de cristal qu’elles renferment. Plusieurs de ces blocs paraissent avoir quinze à vingt pieds de hauteur.

Les montagnes de Béfourne sont presque inhabitées ; on n’y rencontre que des ramiers verts, des oiseaux de proie, tels que le vouroun-mahère, des serpents, de gros lézards et des sangliers de la petite espèce qui vivent tranquilles dans d’épaisses broussailles dont les sommets de ces montagnes sont couverts. Une plante, dont la feuille est semblable à celle du tabac et dont la côte fragile est laiteuse, y croît aussi en innombrable quantité. Je remarquai que le petit sanglier aime à habiter seulement les endroits où cette plante existe. Des crevasses considérables et des pierres noires et torréfiées annoncent que des feux aujourd’hui éteints ont bouleversé cette contrée.

Les Malgaches assurent qu’un quadrupède qu’ils nomment bakoubak vit dans les cavernes profondes des montagnes de Béfourne, et qu’il n’en sort que pour annoncer aux hommes quelque grande calamité. Le bakoubak, suivant eux, est plus grand qu’un fort taureau ; sa peau est rayée, ses oreilles si longues et si larges qu’elles l’empêchent de voir lorsqu’il descend des montagnes. Son cri est si perçant et si horrible que l’on ne peut s’empêcher de frissonner quand on l’entend ; il dévore les hommes et les animaux toutes les fois qu’il sort de son repaire.

Non-seulement on doit révoquer en doute l’existence de ce monstre, puisque aucun Malgache n’oserait affirmer l’avoir vu, mais on pourrait assurer que cet être fabuleux, qui figure dans les contes des joueurs d’érahou1, avec les Kimosses et le géant Dérafif, n’est autre chose qu’un symbole du feu qui peut-être dévasta l’île dans les temps reculés et dont le souvenir aura été transmis de race en race avec l’effroi qu’il dut causer à ceux qui furent témoins de ses ravages.

Après six heures de marche dans les montagnes, nous nous arrêtâmes près d’une belle chute d’eau et je fis dresser ma tente : une heure ayant suffi pour nous reposer, nous continuâmes à marcher à l’ouest jusqu’au soir, et il était déjà tard quand nous arrivâmes au village de Maramanga, situé sur l’une des dernières montagnes de Béfourne, près de la vallée des Bezonzons.

Le village de Maramanga contient dix ou douze cabanes. Une famille du pays des Bétanimènes s’y était établie avec ses troupeaux pour se soustraire aux suites d’un procès qui sont souvent à Madagascar encore plus funestes qu’en Europe.

La vallée des Bezonzons dans laquelle nous entrâmes le lendemain est bornée à l’est par les montagnes de Béfourne et à l’ouest par la forêt d’Ancaye, que les Malgaches nomment Fanghourou.

Les Bezonzons, que tous les voyageurs, à l’exception de Fressange, ont confondus avec les Antancayes, leurs voisins, n’ont cependant avec eux aucun rapport. Séparés par une forêt, ils diffèrent autant par les traits que par les habitudes. Les Bezonzons sont grands et robustes, les Antancayes petits et délicats ; les premiers ont les cheveux crépus, la peau fortement cuivrée, le nez fort sans être aplati, les lèvres grosses comme celles des Africains ; leurs yeux ont une expression de douceur et de bonté qui plaît à tous les étrangers ; les autres au contraire ont les cheveux droits et longs comme ceux des Malais, la peau basanée, mais d’une couleur moins foncée que celle des Bezonzons, le nez aplati, la bouche très grande et la lèvre inférieure rentrée. Leurs yeux, petits et enfoncés, leur regard faux et leur sourire féroce, ne sont guère propres à inspirer de la confiance aux blancs.

Les habitants du pays disent que leurs ancêtres sont venus de l’ouest ; ils ressemblent en effet un peu aux Sakalaves, mais plus encore aux Ant-antscianacs dont il ne sont pas très éloignés ; il est même probable que la vallée des Bezonzons a été peuplée par une colonie venue de cette contrée. On doit convenir, cependant, que l’esprit belliqueux des Ant-antscianacs ne se trouve plus chez les Bezonzons de notre époque, quoique la tradition parle de guerres, que leurs ancêtres ont soutenues avec courage. Aujourd’hui ils vivent en paix et sans ambition dans un pays fertile, et ne s’occupent que de la culture de leurs terres. Ils sont exempts du service militaire, mais les Hovas les ont assujétis à des corvées qui sont au moins aussi pénibles : ils sont presque toujours en route à transporter de Tananarivo à la côte et de la côte à Tananarivo les bagages du souverain d’Émirne dont ils sont les porte-faix ou maremites ; ce métier paraît du reste leur convenir mieux que celui des armes.

Après avoir marché à l’ouest jusqu’au soir dans la même vallée, nous nous arrêtâmes pour coucher au village de Ma-inouf, qui est le plus considérable du pays. Ses habitants nous reçurent fort bien, et le chef lui-même nous fit présent de poules, de riz et de bananes. Les Bezonzons me parurent moins importuns que les autres Malgaches qui n’ont pas honte de demander aux blancs tous les objets qui leur plaisent. Ma-inouf contient tout au plus cent cases. Nous quittâmes ce village avant le jour et nous suivîmes la même direction que la veille. Il était environ huit heures du matin lorsque nous entrâmes dans la forêt de Fanghourou, qui se prolonge dans le Nord jusqu’aux montagnes de Foulpointe. Je tuai dans cette forêt plus de cinquante makes de diverses espèces et un grand nombre d’oiseaux curieux.

À la nuit tombante, nous atteignîmes les plaines d’Ancaye. Le premier village que l’on aperçoit en sortant de la forêt est Nossi-arivo qui contient environ cinquante cases ; comme tous ceux du pays d’Ancaye, il est bâti sur une colline et défendu par un fossé profond : il a des portes en bois, mais ses fortifications sont aussi imparfaites que toutes celles de Madagascar. Nous y passâmes la nuit.

Les plaines d’Ancaye sont couvertes d’excellents pâturages : les bœufs, les moutons et les cabris y sont abondants. Les Antancayes ont plus d’industrie que les Bezonzons ; ils fabriquent des lamba de soie et de coton. Cette peuplade, qui a résisté longtemps aux armées d’Émirne, n’était pas encore soumise à cet empire au commencement du règne de Dianampouine. La ressemblance des Antancayes avec les Hovas donne lieu de penser qu’ils ont une origine commune.

À une journée de marche de Nossi-arivo, nous aperçûmes sur une petite colline le village d’Ambatou-mangua ; il était environ deux heures quand nous y entrâmes ; ce pays est à l’entrée du royaume d’Ancove et à une demi-journée de marche de Tananarivo. C’est là que les étrangers s’arrêtent et attendent du gouvernement d’Émirne la permission d’entrer dans la capitale.

Deux officiers du palais vinrent dès le lendemain me complimenter de la part du roi ; des esclaves qui les suivaient m’amenèrent un de ses chevaux, dont je me servis pour me rendre à la ville.
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