La leçon de bonheur d’Alain Badiou








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Statistiques et myopie

Non sans ironie, les réactions un peu rapides des uns et des autres (dans une période qui y est favorable), illustrent bien le papier d’hier sur cette société myope, qui ne semble même pas capable de regarder les chiffres communiqués par l’INSEE, qui relativisent grandement le 0% de croissance du second trimestre, pour qui passe ne serait-ce qu’une minute à les étudier. Bien sûr, cette croissance est tout aussi insuffisante qu’illusoire, qu’inégale ou temporaire, mais la conclusion à tirer de ces résultats du second trimestre est que la trajectoire de croissance pour 2015 et 2016 semble bel et bien se confirmer, malgré toutes les limites que l’on peut toujours y voir, notamment sur les investissements.

La reprise illusoire que j’annonce depuis quelques temps se réalise. Et ceux qui voient dans la dévaluation du yuan un signe de faiblesse (bien qu’elle soit trois fois moins importante que celle de l’euro), devraient méditer le fait que la baisse de l’euro a permis à nos exportations de progresser légèrement plus rapidement que les importations, cassant (momentanément) la dégradation de notre solde commercial, et améliorant ainsi notre croissance. Ce faisant, même si on peut le regretter, il faut bien comprendre que ce vent plus porteur sera sans doute un atout non négligeable pour Hollande en 2017, qui pourra s’appuyer sur un léger regain de croissance en fin de mandat pour en solliciter un autre.

Contrairement à ce que des analyses trop rapides indiquent, ces résultats ne sont pas mauvais. Ils confirment la légère reprise de l’activité, tendant sur une croissance de 1,5% en rythme annuel, hors phénomène de stocks. Et il est probable que les chiffres du 3ème trimestre seront bons.
LE 3ème PLAN DE ROULEMENT DE LA DETTE GRECQUE, par François Leclerc

Un simple Eurogroupe a suffi pour avaliser dans l’urgence un 3ème plan dont Wolfgang Schäuble a estimé qu’il serait « totalement irresponsable de ne pas utiliser cette chance » ! Exit la « sortie provisoire » de l’euro, la Grèce en restant membre « de manière irréversible » selon Jean-Claude Juncker. De quoi peut se prévaloir ce plan ? Du transfert de la dette du FMI et de la BCE au MES, c’est-à-dire aux États européens qui en garantissent les emprunts sur le marché. Pour le reste, tout est en suspens.

L’accent est mis sur les objectifs de privatisation – 6 milliards d’euros dans le cadre du plan sur un total hypothétique de 50 milliards à terme qui laisserait l’État démuni- ainsi que sur les tranches et sous-tranches de versements successifs d’un plan plafonné à 86 milliards d’euros, dont le montant final n’est pas donné car son financement n’est pas bouclé. La mise sous tutelle de la Grèce sort renforcée et emprunte la forme d’un examen continu.

Soumises à très rude épreuve par la BCE, qui les a maintenues juste à flot dans le cadre du dernier bras de fer intervenu entre le gouvernement grec et ses créanciers, les banques grecques sont l’objet d’attentions particulières, recapitalisées dans l’urgence grâce à 10 milliards d’euros en attendant que la BCE y voie plus clair, avant de remettre probablement au pot 15 milliards d’ici novembre. L’objectif de ce calendrier est de ne pas avoir à appliquer les nouvelles règles européennes du bail-in, qui n’entreront en vigueur qu’en 2016, afin de ne pas mobiliser les fonds de roulement des PME grecques, ce qui parachèverait la destruction du tissu économique du pays déjà très mal en point.

Comment redresser cette économie dévastée ? Seuls 3 milliards d’euros du programme pourront être utilisé à cette fin, s’ils sont disponibles. À propos de la dette, le FMI va faire antichambre, tout effacement nominal de celle-ci ayant été écarté dans le communiqué final de l’Eurogroupe. Seul un « rallongement des périodes de grâce et de remboursement » pourra être envisagé en octobre prochain, quand la question reviendra sur le tapis d’après Jeroen Dijsselbloem. Un arrangement qui ne satisfait pas le FMI, Christine Lagarde continuant d’insister sur le fait que la dette est trop lourde.

Le quotidien allemand Die Welt a dévoilé une analyse de l’évolution de la dette grecque par la Commission. Actuellement de 320 milliards d’euros (170 % du PIB), elle va continuer à grimper pour dépasser les 200 % de celui-ci l’an prochain. Selon le scénario intermédiaire, elle ne devrait être redescendue qu’à 122 % à échéance de 2030, soit au-dessus de la limite théorique de sa soutenabilité par le FMI (120 %). Mais ces données en pourcentage du PIB s’appuient sur des prévisions de croissance qui n’ont pas été données. Or la Grèce, à peine sortie de six ans de récession, va y replonger dès cette année, et les prévisions de retour à la croissance, à partir de 2017, n’engagent que la responsabilité de leurs auteurs (elles atteignent 3,1 % en 2018)…

Si une partie des six heures de discussion de l’Eurogroupe a été consacrée aux objectifs d’excédent budgétaire primaire (avant remboursement de la dette), rien n’en a finalement transpiré. Ceux-ci ne semblant pas avoir été augmentés, ils n’en restent pas moins établis à des niveaux très élevés dès la troisième année du plan, pour les besoins de la cause.

Le mot de la fin revient à Benoit Coeuré, membre du directoire de la BCE : « Peut-être que si nous avions porté auparavant une plus grande attention à ces mesures structurelles comme l’ouverture des marchés, l’amélioration de la collecte des impôts, la lutte contre les groupes d’intérêts, le poids de l’ajustement porté sur les plus vulnérables aurait été réduit et le redressement de la Grèce accéléré ». Il est un peu trop tard pour s’en rendre compte mais il serait encore temps d’y remédier et de recalibrer la politique d’ajustement budgétaire poursuivie dans toute l’Europe.
La leçon de bonheur d’Alain Badiou

LE MONDE | 14.08.2015 à 06h38 • Mis à jour le 16.08.2015 à 15h06

Alain Badiou est philosophe et professeur à l’Ecole normale supérieure. Son dernier ouvrage en date est « Le Second Procès de Socrate » (Actes Sud, 2015).

Quelles ont été les rencontres déterminantes pour l’orientation de votre vie ?

Alain Badiou : Avant le théâtre et la philosophie, il y a eu une phrase de mon père. Pendant la seconde guerre mondiale, en effet, s’est constitué un souvenir écran, déterminant pour la suite de mon existence. A l’époque, j’avais 6 ans. Mon père, qui était dans la Résistance – il a été nommé à ce titre maire de Toulouse à la Libération –, affichait sur le mur une grande carte des opérations militaires et notamment de l’évolution du front russe. La ligne de ce front était marquée sur la carte par une fine ficelle tenue par des punaises. J’avais plusieurs fois observé le déplacement des punaises et de la ficelle, sans trop poser de questions : homme de la clandestinité, mon père restait évasif, devant les enfants, quant à tout ce qui concernait la situation politique et la guerre.

Nous étions au printemps 1944. Un jour, c’était au moment de l’offensive soviétique en Crimée, je vois mon père déplacer la ficelle vers la gauche, dans un sens qui indiquait nettement que les Allemands refluaient vers l’Ouest. Non seulement leur avance conquérante était stoppée, mais c’est eux qui désormais perdaient de larges portions de territoire. Dans un éclair de compréhension, je lui dis : « Mais alors, nous allons peut-être gagner la guerre ? », et, pour une fois, sa réponse est d’une grande netteté : « Mais bien sûr, Alain ! Il suffit de le vouloir. »

Cette phrase est-elle devenue votre maxime ?

Cette réponse est une véritable inscription paternelle. J’en ai hérité la conviction que quelles que soient les circonstances, ce que l’on a voulu et décidé a une importance capitale. Depuis, j’ai presque toujours été rebelle aux opinions dominantes, parce qu’elles sont presque toujours conservatrices, et je n’ai jamais renoncé à une conviction uniquement parce qu’elle n’était plus à la mode.

Vous faites grand cas de la volonté. Or une grande tradition philosophique, le stoïcisme, conseille aux hommes de vouloir ce qui arrive pour être heureux. N’y a-t-il pas plus de sagesse à accepter le monde tel qu’il est plutôt que vouloir le changer ?

Notre destin, dans les années 1940, était d’avoir perdu la guerre. Un stoïcien allait-il alors dire qu’il était raisonnable d’être tous pétainistes ? Pétain faisait un triomphe lors de ses visites en province, on pouvait penser qu’il avait épargné au pays le plus dur de la guerre. Fallait-il accepter ? Je me méfie du stoïcisme, de Sénèque qui, richissime et du fond de sa baignoire en or, prônait l’acceptation du destin.

Il y a aussi des matérialistes rigoureux, les épicuriens, qui considéraient comme absurde de se lever contre les lois du monde et de risquer ainsi inutilement sa vie. Mais à quoi aboutit cette doctrine ? A jouir du jour qui passe, au fameux Carpe diem d’Horace ? Ce n’est pas sensationnel. Il y a dans ces sagesses antiques un élément d’égoïsme foncier : le sujet doit trouver une place tranquille dans le monde tel qu’il est, sans se soucier que ce monde puisse ravager la vie des autres.

Quelle est l’origine de ces éthiques égoïstes ?

Ces sagesses ont prospéré dans l’Empire romain, dont la situation historique ressemble beaucoup à la nôtre : une hégémonie mondiale offrant peu de chance de définir et de pratiquer une orientation absolument contraire à celle qu’exige le système économique et politique. Ce genre de situation favorise partout l’idée que ce qu’il faut, c’est s’adapter à ce système pour y trouver la meilleure place possible.

Alors, le philosophe « réaliste » devrait dire : « Renonçons à toute perspective de changement du monde. Installons-nous » ? Ou, dans la version que donne Pascal Bruckner de ce conservatisme buté : « Le mode de vie occidental est non négociable » ? Je ne m’y résous pas. Je veux autre chose. C’est ma fidélité à la maxime paternelle.

Après la guerre, il y a eu un professeur qui vous a fait rencontrer le théâtre. Pourquoi cette rencontre a-t-elle été déterminante ? Comment le théâtre est-il devenu un guide de vie ?

Lorsque j’ai fait mes études, quiconque arrivait au collège commençait immédiatement par Racine, Corneille et Molière. Que ça nous plaise ou non, nous devions les étudier minutieusement, jusqu’en première, à raison d’une pièce de chacun d’eux par an : c’était le programme. Mais on rencontre plus facilement une personne qu’un programme. Et c’est ce qui m’est arrivé : en 4e, j’ai rencontré un professeur de français qui a traité le théâtre comme une merveille à laquelle nous pouvions prendre part, parce que l’essentiel n’était pas de l’étudier, mais de le jouer.

Il a créé une troupe dans laquelle chaque volontaire pouvait trouver sa place. Et c’est ainsi que, progressivement, moi et d’autres sommes devenus acteurs. Quelle rencontre ! C’était une sorte d’interruption dans nos vies ordinaires de potaches. Nous montions sur scène, face à un public, seuls responsables de ce qui alors arrivait. Cela aussi, comme le disait mon père, il fallait le vouloir ! J’ai joué le rôle-titre des Fourberies de Scapin, ce qui m’a dressé à la ruse et à la répartie. Je me souviens de l’émotion tremblante au moment où je me jetais dans la lumière de la scène, de ma première réplique, « Qu’est-ce, Seigneur Octave, qu’avez-vous, qu’y a-t-il, quel désordre est-ce là ? » que, bondissant sur scène, je devais projeter vers un parterre d’inconnus. Oui, pour faire du théâtre, il faut le vouloir et passer outre l’extrême difficulté d’être là, seul en pleine lumière devant tous, avec le trac, qui est en vous ce quelque chose qui se révolte contre le risque.

Y a-t-il un conservatisme subjectif, une disposition humaine à la conservation de soi et du monde tel qu’il va ?

Oui, il y a quelque chose dans l’esprit humain de profondément conservateur et qui vient de la vie elle-même. Avant toute chose, il faut continuer à vivre. Il faut se protéger, afin, comme l’écrit Spinoza, de « persévérer dans son être ». Lorsque mon père m’expliquait que la volonté peut suffire, il sous-entendait qu’il faut parfois mater en soi cette disposition conservatrice.

Le théâtre, c’est aussi ce moment où le corps vivant sert une fiction. Quelque chose entre alors en contradiction avec le pur et simple instinct de survie. Dans l’acte du comédien, il y a la décision miraculeuse d’assumer le risque d’une exposition intégrale de soi. Grâce à mon professeur de 4e, j’ai rencontré tout cela. Le théâtre a été ma vocation première. Et j’y reviens toujours.

Au théâtre, vous avez donc rencontré la rencontre tout comme la décision…

J’ai en effet, avant tout, rencontré quelqu’un : mon professeur de français. Il a été la médiation vivante de la rencontre du théâtre. C’est exactement ce qu’explique Platon dans Le Banquet, où il expose que la philosophie elle-même dépend toujours de la rencontre de quelqu’un. Tel est le sens du merveilleux récit que fait Alcibiade de sa rencontre avec Socrate. A travers cette rencontre de quelqu’un sont posées les questions du vouloir, de la décision, de l’exposition et du rapport à l’autre. Tout cela vous met dans une situation vitale magnifique et périlleuse.

Votre autre rencontre a été la philosophie et la lecture de Jean-Paul Sartre. Pourquoi avoir choisi la philosophie comme orientation de la vie ?

La philosophie, telle que je l’ai rencontrée dans la médiation de Sartre, prolonge elle aussi la maxime paternelle. Je reste fidèle à Sartre sur un point essentiel : on ne peut pas arguer de la situation pour ne rien faire. C’est un point central de sa philosophie. La situation n’est jamais telle qu’il soit juste de cesser de vouloir, de décider, d’agir. Pour Sartre, c’est la conscience libre et elle seule qui donne sens à une situation, et dès lors on ne peut pas se débarrasser de sa responsabilité propre, quelles que soient les circonstances. Si même la situation semble rendre impossible ce que notre volonté veut, eh bien il faudra vouloir le changement radical de cette situation. Voilà la leçon sartrienne.

En quoi la philosophie pourrait-elle nous aider à être heureux ?

Le bonheur, c’est lorsque l’on découvre que l’on est capable de quelque chose dont on ne se savait pas capable. Par exemple, dans la rencontre amoureuse, vous découvrez quelque chose qui va mettre à mal votre égoïsme conservateur fondamental : vous allez accepter que votre existence dépende intégralement d’une autre personne. Avant de l’expérimenter, vous n’en avez pas la moindre idée.

Vous acceptez soudainement que votre propre existence soit dans la dépendance de l’autre. Et les précautions que vous prenez habituellement pour vous protéger sont mises à mal par cet autre qui s’est installé dans votre existence. Ensuite, il faudra chercher à tirer les conséquences de ce bonheur, essayer de le maintenir à son apogée, ou tenter de le retrouver, de le reconstituer, pour vivre sous le signe de cette nouveauté primordiale. Il faut alors accepter que ce bonheur travaille parfois contre la satisfaction.
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