A essor du libéralisme au sein de la représentation politique








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L’explication par la culture et les institutions


Une idée assez répandue veut que la faiblesse du syndicalisme français résulte pour l’essentiel de la mauvaise qualité des relations sociales dans notre pays. Cette situation serait elle-même, lit-on régulièrement, l’expression d’une culture politique et sociale caractérisée par l’emprise du jacobinisme dans la sphère étatique, par le goût des hiérarchies bureaucratiques ou paternalistes dans la sphère de l’entreprise, et par la domination d’un radicalisme conflictuel et contestataire dans la sphère syndicale. Autrement dit, le problème des relations sociales françaises consisterait dans un triple handicap : un Etat qui laisse peu de place aux acteurs de la société civile, un patronat peu enclin à la négociation, et un syndicalisme peu disposé au compromis. De là, la forme de guérilla récurrente qui tient souvent lieu de dialogue social en France. De là aussi, un régime de négociation peu productif au niveau national.

Ce type de raisonnement rencontre aujourd’hui un certain succès dans le monde syndical (et au-delà) et constituera certainement la toile de fond du prochain débat sur la représentativité des organisations de salariés, promis par F. Fillon et N. Sarkozy en septembre 2007. Beaucoup de responsables syndicaux prétendent en effet que le manque d’influence des organisations de salariés tient au fait que les institutions et le patronat ne leur reconnaissent pas un rôle suffisant, voire conteste en pratique leur légitimité. Pour sortir de cette impasse, ils réclament une modernisation des relations sociales et de leurs procédures : obligation de consulter les partenaires sociaux avant de légiférer en matière sociale, système de validation des accords majoritaires, élections de représentativité, etc. [1] De cette modernisation découlerait ensuite, selon eux, toute une série de bienfaits : reconnaissance publique des organisations de la société civile, fin de la suprématie de la loi au profit du contrat, effacement de la « culture du conflit » au profit d’une « culture du compromis », concentration d’une offre syndicale aujourd’hui trop dispersée, responsabilisation des acteurs, participation accrue des salariés, augmentation du volume de la négociation…

Cette analyse demeure pourtant très insuffisante. La France n’a certes jamais été un pays de forte syndicalisation : avant 1914, alors même que l’emploi industriel y était relativement développé (30% de l’emploi total), elle présentait déjà le taux de syndicalisation le plus faible d’Europe (1,9%), assez loin derrière l’Allemagne (11,4% avec 39% d’emploi industriel), la Grande-Bretagne (22,6% avec, il est vrai, 45% d’emploi industriel), les Pays-Bas (12,2% avec 33% d’emploi industriel) ou les pays scandinaves (entre 7% en Suède et 13% au Danemark, avec moins de 25% d’emploi industriel dans les deux cas) [2]. La faiblesse du syndicalisme français semble donc assez congénitale et dès lors il ne paraît pas outrancier de lui chercher des causes de longue durée et de nature culturelle. Mais, à trop se concentrer sur les spécificités françaises, on en oublie que le recul du syndicalisme n’est plus aujourd’hui une particularité hexagonale : il concerne désormais l’ensemble des pays développés. Or, à cette échelle, les facteurs « culturels » perdent une grande partie de leur puissance explicative : ils risquent même de masquer les principales difficultés actuelles du mouvement syndical. Paradoxalement, au moment où la culture politique et sociale française cherche à se regarder en face, il se pourrait bien que le principal problème se soit déplacé et que l’on se trompe à la fois de cible et d’échelle.

Mieux : en prêtant trop à ces procédures et à leurs circuits institutionnels, on risque d’oublier que les syndicats français font d’abord face à une crise d’implantation dans le monde du travail, et de cautionner le double mouvement de « fonctionnarisation » et de « procéduralisation » qui caractérise leur histoire ces trente dernières années. Pour n’en citer qu’un symptôme, rappelons que, selon le rapport Hadas-Lebel remis au Premier ministre en mai 2006, le produit des cotisations d’adhérents assure aujourd’hui moins de 50% en moyenne des ressources financières des organisations syndicales, le reste provenant notamment de leur rôle d’agence sociale ou para-publique [3] (comme, par exemple, la rétribution sur fonds publics de leur participation à la gestion des organismes sociaux) [4]. En somme, non seulement il paraît peu pertinent de rechercher dans les institutions et les procédures de la négociation sociale les causes principales du mal, mais on pourrait se demander si les institutions et procédures existantes ne tendent pas, au contraire, à en dissimuler l’étendue ou à en atténuer la réalité.

C’est bel et bien du côté des transformations du système productif qu’il faut se tourner pour y voir plus clair, avant même d’envisager les explications de nature plus sociologique, qui mettent en général l’accent sur l’individualisme croissant des salariés. Ces transformations du tissu productif qui éloignent toujours davantage de salariés des syndicats et qui sont d’envergure beaucoup plus transnationale, jouent sur un triple principe de dispersion, d’individualisation et de séparation : dispersion du salariat, individualisation du rapport au travail et de la relation d’emploi, séparation des intérêts respectifs des acteurs du compromis sur lequel on construisait l’espoir d’une régulation interne du capitalisme. Bref, elles sapent les fondements d’un mouvement soucieux d’unifier le salariat autour de conditions communes et de perspectives de négociation.

Compris sous cet angle, le déclin du syndicalisme ne devrait d’ailleurs pas inquiéter uniquement les syndicalistes. Car ce qu’il donne à voir, c’est précisément l’avènement d’un capitalisme séparateur et la difficulté de mettre en place des régulations efficaces au cœur du nouveau système productif et non seulement à sa marge. Un monde sans syndicats pourrait aussi signifier une conflictualité plus incontrôlable, plus imprévisible. Autrement dit, la faiblesse syndicale n’est pas seulement une faiblesse des syndicats : c’est aussi et d’abord une faiblesse des sociétés occidentales.
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