A essor du libéralisme au sein de la représentation politique








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" Aujourd'hui, les manifestations sont un substitut à la grève "


Le chercheur Jean-Marie Pernot analyse la portée du mouvement social du 7 septembre et les stratégies du gouvernement et des syndicats 

ENTRETIEN

Jean-Marie Pernot, 60 ans, est chercheur à l'Institut de recherches économiques et sociales (IRES). Formé à l'Insee, passé par le mouvement syndical puis par le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), il est l'un des spécialistes français des mouvements sociaux. Il a écrit, avec Guy Groux, en 2008, La Grève (presses de Sciences Po).

Une nouvelle édition mise à jour de son premier livre, paru en 2005 et intituléSyndicats, lendemains de crise ?, sort au mois d'octobre chez Gallimard (collection Folio-Essais-Le Monde). Il analyse le succès de la mobilisation du 7 septembre (2,7 millions de manifestants selon la CGT ; 1,1 selon la police), décrypte les stratégies syndicales et souligne les effets politiques du mouvement social.

Que retenez-vous du mouvement du 7 septembre ? 

La mobilisation a été importante à divers titres. Par son caractère précoce dans la saison d'abord. Mobiliser à cette date, c'est du jamais vu dans l'histoire sociale. La pause estivale n'a pas dégonflé le mécontentement. Sur l'échelle de Richter des mouvements sociaux, le nombre total de manifestants donne, bien sûr, l'idée de la puissance d'une journée d'action. Mais le nombre de manifestations en est un autre indicateur, ainsi que la participation dans les villes moyennes ou petites : 10 000 manifestants à Pamiers, 6 000 à Auch, 5 000 à Figeac, etc. C'est le signe d'une irrigation du territoire.

Quand plus de 6 000 personnes défilent à Mont-de-Marsan ou 8 000 à Carcassonne, cela veut dire que tout le monde parle des retraites et de la réforme. Le 7 septembre a donc été un moment d'intense politisation de la société, un de ces moments où existe une interaction très forte entre ceux qui manifestent et les autres, où s'institue dans l'espace public une question il est vrai essentielle pour les salariés.

Qu'en est-il de la présence du secteur privé ? 

Elle reste difficile à évaluer. Elle est plus notable en province qu'en Ile-de-France. On la perçoit mieux dans les villes petites ou moyennes, où la présence de salariés y compris de PME a pu être relevée.

Sur quoi cette mobilisation peut-elle déboucher ? 

Le mouvement social entre dans une phase délicate. Jeudi soir sur France 2, à la fin de son intervention dans " A vous de juger ", François Fillon a tenté de ritualiser la protestation. " A chaque réforme précédente il y a eu des contestations, il y a eu des manifestations (...) Et finalement chaque réforme précédente est intégrée dans l'héritage social de notre pays (...) ", a déclaré le premier ministre. Ce faisant, il intègre la protestation comme un moment du processus de production de la réforme. Ce diagnostic n'est pas dénué de justesse, mais il est très dangereux pour les syndicats car il banalise le mouvement actuel en le renvoyant à un rituel connu dont l'issue est écrite. Pour amplifier la protestation, ils devront convaincre les salariés qu'on ne rejoue pas 2 003 ou 2 009.

Dans quel état se trouvent les syndicats ?

L'organisation la plus à l'aise est la CFDT, car elle joue déjà le coup d'après avec un scénario d'alternance devenu " travaillable ". Ayant intégré le fait qu'une réforme Sarkozy négociée, cela n'existe pas, elle mise sur la réforme de la réforme et sur 2012. L'appel à un projet différent sur les retraites qu'elle a signé avec des intellectuels assez représentatifs de ce qu'était la deuxième gauche le montre. Pour elle, le mouvement actuel est idéal. Suspectée entre 1995 et 2003 d'une sorte de proximité avec la droite, elle marque son autonomie et se donne les moyens de faire progresser ses idées. Elle se refait une virginité.

Et la CGT ?

Elle est dans une situation bien plus délicate. Elle accuse un retard considérable. Elle est quasiment muette sur ses objectifs. Son congrès a réaffirmé une position ambitieuse sur la retraite à 60 ans qu'elle présente comme un droit effectif pour tous, une sorte de droit politique à rétablir. Mais on ne l'entend pas, elle a un seul discours : faire plier le gouvernement en élargissant la mobilisation. En même temps, elle ne s'en donne pas vraiment les moyens. Elle ne joue pas jusqu'au bout le rapport de force.

Comment s'explique sa stratégie ? 

Il est possible que la CGT ait intégré, jusqu'à l'obsession, ses propres faiblesses, et que cela bride sa capacité d'action. Elle estime probablement qu'une grève de masse a peu de chances de se déployer dans un désert syndical. Mais si elle persiste dans ce scénario, elle va le payer très cher, car le doute qui s'insinue sur l'efficacité de sa stratégie joue en faveur des organisations radicales. La critique de la CGT par Solidaires peut trouver un espace, y compris à l'intérieur du camp cégétiste.

Par ailleurs, pour Bernard Thibault, le syndicalisme rassemblé, c'est la CFDT. Il vit avec la hantise qu'à tout moment celle-ci peut lâcher le mouvement et qu'il faut faire des concessions pour l'éviter. Or c'est une erreur. La CFDT a saisi au mieux les opportunités du moment, elle peut même s'appuyer sur l'unité d'action tout en faisant pression sur l'élaboration du programme du Parti socialiste. A mon avis, il ne s'agit pas là d'une inflexion stratégique, mais de la prise en compte raisonnée du fait que l'actuel pouvoir politique ne valide pas la stratégie réformiste. Avec un autre pouvoir, il pourrait en aller autrement, et, ce jour-là, la CGT se retrouvera toute nue et, probablement, toute seule.

L'exécutif ne donne pas le moindre signe de vouloir évoluer. Est-ce une erreur ? 

L'Elysée fait le pari à court terme d'une certaine faiblesse du mouvement syndical. Jusqu'en 1995, la participation aux manifestations allait de pair avec la capacité à faire la grève. Aujourd'hui, les manifestations sont en grande partie un substitut à la grève, ce qui explique que le patronat n'en ait cure. Les choses se compliquent quand l'action syndicale gêne le fonctionnement des entreprises. C'est la raison pour laquelle Raymond Soubie est plus attentif aux grèves qu'aux manifestations.

Pourtant, 1995 a coûté 1997 et carbonisé Juppé. 2003 a entraîné la veste de la droite aux régionales de 2004. La crise du CPE a grillé Villepin. A l'époque, je me souviens de Sarkozy disant : quand il y a un million de personnes dans la rue, les syndicats ont un problème, quand il y en a trois, c'est le gouvernement qui a un problème. La coupure avec la population est réelle. Les élus de droite le savent, et la majorité présidentielle se lézarde. Elle peut perdre 2012 sur la pénibilité du travail et sur le bouclier fiscal.

Les mouvements sociaux posent par ailleurs question sur la puissance du syndicalisme. La capacité à imposer dans l'espace public des sujets de fond qui se trouvent au coeur du statut salarial en constitue un élément. Mais il en est un autre, dont disposent mieux les organisations réformistes d'Allemagne ou d'Europe du Nord, c'est la capacité à faire grève et à imposer des rapports de force. De ce levier, les syndicats français semblent ne pas ou ne plus disposer.

Propos recueillis par Claire Guélaud

Le Monde daté du 12 septembre 2010


1Saurugger S., art : « Penser la participation des intérêts sociaux à la régulation politique. Apports et limites de la démocratie associative», in Duclos L. Groux G., Mériaux O. (ss la dir) (2009), Les nouvelles dimensions du politique. Relations professionnelles et régulations sociales, LGDJ, Montchrestien, p.116.


2 Cf. « Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui. Les jours heureux. Le programme du Conseil National de la Résistance. De mars 1944 : Comment il il a été écrit et mis en œuvre, et comment Sarkosy accélère sa démolition », éd La Découverte, 2010.

3 Référence à la première Déclaration internationale des droits à vocation universelle, 10 mai 1944. Cf A. Supiot, « L’esprit de Philadelphie. La justice sociale face au marché total », éd Seuil, 2010.

4 Il reste qu’en matière de décentralisation, des aspects de ce processus ne sont pas sans poser des problèmes au regard de la démocratie, pour exemple :

  • une difficulté pour les citoyens compte tenu de la complexité des structures (Municipalité, structure inter-communale, département, région) de déterminer l’ « out-put » d’une politique publique locale ;

  • une managérialisation -professionnalisation des élus liés à la nécessité de faire face à la complexité grandissante de la mise en œuvre de politiques locales (partenariat, croisement de compétences, ….), marginalisant la potentialité de candidatures issues des classes populaires, sur-représentant les séniors ;

  • constitution de baronneries locales ;

  • non responsabilité politique des exécutifs locaux devant leur assemblée,

  • etc …..

5 Nous pourrions dire que sur le terrain des libertés - versus lutte contre l’insécurité - les restrictions aux libertés individuelles se font de plus en plus grande depuis que M. Nicolas Sarkozy a eu en charge le ministère de l’intérieur, le seul acte de clémence dont il a fait preuve est en matière de suppression de la double peine (emprisonnement suivi d’une extradition pour les délinquants étrangers).

6 Il faut attendre la convention du 31 décembre 1958 pour qu’un régime d’assurance chômage voit le jour, pour que créent les ASSEDIC et l’UNEDIC, rompant avec le système d’indemnisations précédent qui relevait d’une logique d’assistance (indemnisations relativement faibles et versées jusqu’alors par l’Etat). Il convient de relever également que ce régime d’assurance chômage se situe hors du domaine de la sécurité sociale à proprement parler .

7 Cf. J.M. Pernot, « Syndicats : lendemains de crise », éd Gallimard, 2005

8 J.M. Pernot, « Syndicats : lendemains de crise », éd Gallimard, 2005, p .32.

9 J.M. Pernot, « Syndicats : lendemains de crise », éd Gallimard, 2005, p.32-33.

10 J.M. Pernot, « Syndicats : lendemains de crise », éd Gallimard, 2005, p.33.

11 J.M. Pernot, « Syndicats : lendemains de crise », éd Gallimard, 2005, p.272.




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