A essor du libéralisme au sein de la représentation politique








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Document n°109

-« Viser un haut niveau de retraite, en définissant et en garantissant un taux élevé de remplacement par rapport à l’ensemble de la rémunération ; améliorer les minima des pensions ; garantir le pouvoir d’achat des retraites et leur niveau relatif par rapport aux rémunérations des actifs, ce qui est la clef de voûte du système par répartition.

  • Garantir pour les salariés le droit à la retraite à taux plein à 60 ans. La retraite à 60 ans doit demeurer le repère collectif, autour duquel doivent s’articuler les éléments de choix individuels, à introduire ou à améliorer.

  • Donner la priorité aux politiques de l’emploi, permettant aux jeunes d’accéder à un emploi stable, et aux salariés âgés, qui le désirent, de continuer à exercer une activité professionnelle, pour en finir avec l’exclusion par l’âge des jeunes et des plus de 50 ans.

  • Définir des mesures spécifiques en faveur de plusieurs catégories, afin de : prendre en compte les travaux pénibles, insalubres, dangereux ou astreignants, afin de permettre un départ anticipé des salariés concernés ; valider certaines périodes d’inactivité forcée, prendre en compte des années d’études, d’apprentissage, des périodes de travail sous contrat (quelque soit la nature de celui-ci) ou de recherche d’un premier emploi ; harmoniser les avantages familiaux et les pensions de reversions ; supprimer les inégalités pesant sur les pluri-pensionnés (salariés relevant de plusieurs régimes).

  • Obtenir un droit de départ à taux plein, avant 60 ans, dès 40 ans de cotisations, pour les salariés ayant, aujourd’hui, commencé à travailler très tôt.

  • Réformer le système de compensation entre régimes, afin de le rendre plus transparent et plus solidaire, entraînant la suppression de la surcompensation.

  • Garantir des ressources financières suffisantes, assurer des recettes régulières et identifiées au « fonds de réserve des retraites », permettant à celui-ci de remplir son rôle de lissage à partir de 2020 ».

Suite à cet « accord miraculeux », du 7 janvier au 13 mai, la mobilisation contre le « plan Fillon » ne cesse de grandir, mais comme vous le savez, le 14 mai est marqué par un accord entre la CFDT et le gouvernement sur un dispositif remanié, prenant en compte les départs anticipés après 40 années de cotisation et la prise en compte des travaux pénibles.

A cette date, le gouvernement fait front, s’appuyant sur l’accord avec la CFDT, si les manifestations restent impressionnantes, les mouvements de grève ne suivent pas.

Document n°110

Les grèves en mai et juin 2003 (en %)




13 mai

3 juin

10 juin

19 juin

Services publics













EDF-GDF

46

30

-

-

La Poste

46.5

17.6

13.9

5.9

France Télécom

59.6

23.5

17.4

8

Air France

4-5

4-5

4

-

Ratp

56

17

17

8

SNCF

6

41

28.2

15.4

Hôpitaux

50

-

15

-

Administrations













Education nationale

67

38.3

26.3

10.3

Intérieur

34

3.3

4

1

Finances

66

34.2

26

9.5

Défense (per.civils)

18

8

5.5

2.4

Equipement-Logement …

50

26.4

19.2

6.3

Affaires sociales

46

22.3

16

7

Justice

43

16

9

3

Environnement

20.3

5.2

7.9

5.6

Serv. Premier Ministre

8

3

1

-

Jeunesse et sports

23

7

4

-

Agriculture-Pêche

39

16.4

10.5

-

DG Aviation civile

38.4

14

10.8

7.5

Total FP

57.5

30.7

22

8.6

Source :J.M. Pernot, « Syndicats : lendemains de crise », éd Gallimard, 2005, p.45.

    • Un mouvement pluriel

Le mouvement qui s’est dessiné en 2003, ne peut être simplement saisi autour d’une simple contestation du plan de réforme de la gestion des retraites. Dans ce mouvement, il y avait des mouvements, le cas de la mobilisation des enseignants est ici significatif.

Dans le secondaire et dans le primaire, l’annonce de la suppression de postes et la traduction réelle de cette annonce (aides-éducateurs, surveillants, emplois jeunes) a généré un profond sentiment de colère, dans un contexte éducatif, qui déjà, ne se satisfaisait guère des conditions réservés aux nouveaux venus dans le système éducatif.

Lors du mouvement 2003, cela a donné lieu à l’émergence de « mouvements radicaux », ainsi, une minorité d’enseignants, se sont retrouvés en désaccord avec les discours des grandes centrales syndicales tels que la CGT ou la CGT-FO, sans compter leur totale réprobation à l’égard du discours de la CFDT ou du SGEN CFDT, se sont retrouvés en revanche sur l’idée d’un nécessaire déclenchement d’un appel à la grève générale, retrouvant ainsi les vieux accents guesdistes.

    • Un mouvement de manifestations plus que de grèves

La marque du mouvement de 2003, est qu’à partir du 14 mai, les grèves s’estompent tandis que les manifestations restent à des niveaux élevés, correspondant sensiblement à l’analyse que font les politologues des mouvements sociaux contemporains, au regard du basculement de notre démocratie vers une démocratie d’opinion. La manifestation est privilégiée, au détriment de la grève, cette dernière étant perçue comme étant par trop porteuse de risques au regard de la nécessaire sauvegarde de son emploi.

De la même façon, on enregistre, le fait que dès lors que la situation sur le marché du travail s’améliore, les revendications deviennent tout à la fois quantitatives et qualitatives, alors qu’en situation de renforcement de « l’armée de réserve industrielle », les revendications qualitatives tendent à s’estomper.

Document n°111

« L’embellie (relative) de la croissance entre 1998 et 2000 avait vu conflits et négociations se reporter en partie sur la question des salaires et, à la faveur des deux lois sur les 35 heures, sur les problèmes de temps et d’organisation du temps de travail. Dès le printemps 2001, un tournant massif des plans sociaux et le cortège des grèves qui accompagnaient les fermetures de sites. Il est difficile, dans ces conditions, d’imaginer une sortie massive, dans la rue et par la grève, d’ouvriers et d’employés tétanisés par le risque de perte d’emploi ».

J.M. Pernot, « Syndicats : lendemains de crise », éd Gallimard, 2005, p.52.

* Un mouvement social en situation d’échec ( !?)

Ce qui est marquant en 2003, c’est que la division syndicale a finalement abouti, non seulement à un échec sur la plan de la contestation de la réforme Fillon, mais globalement et également, à un renforcement ou au maintien de la faiblesse du syndicalisme.

Ce qui est toujours à noter, c’est que les départs d’adhérents pour cause de désaccords sur l’orientation de leur centrale syndicale (en l’occurrence la CFDT), ne donne guère lieu à un renforcement d’autres centrales et à l’affaiblissement de la centrale que l’on quitte, mais globalement donne lieu à un maintien du statu-quo. Les démissions génèrent plus de départs vers le « no man’s land » militant que vers l’activisme.

Il reste que si échec, il y a eu, en 2003, force est de constater, que les choses bougent - imperceptiblement certes, du moins pour l’univers politico-médiatique -, mais pratiquement, de nombreux observateurs de la société française ne peuvent que constater le développement de certaines formes de radicalisation et la multiplication des mouvements de protestation.

Parmi les plus forts mouvements et en premier lieu, il convient semble-t-il de relever, que le référendum du 29 mai 2005 a donné lieu quasiment à un mouvement social. Ainsi autour du vote sur le TCE, s’est constitué des réseaux, des espaces publics de débat, suscitant une intense participation politique le 29 mai, et une victoire du « non » relativement écrasante, au regard de l’attitude « oui-ouiste » de l’univers politico-médiatique.

Au fond, il est tentant de considérer que les forces politiques n’ont pas saisi la force des traditions historiques françaises : dès lors que l’on évoque l’adoption d’un texte constitutionnel, on renvoie à cette histoire particulière de la France qui fait que la question sociale et sa résolution ont toujours donnée lieu à des bouleversements du régime. Plus exactement l’adoption d’une nouvelle République a toujours donné lieu à des bouleversements dans la façon d’appréhender la question sociale. Cela peut expliquer cette « survalorisation » ( !?) ou du moins cet engouement autour d’un texte de 448 articles, à la compréhension si difficile.

En second lieu, à la quasi veille de l’élection présidentielle d’avril mai 2007, et après des émeutes en Banlieues en novembre décembre 2005, un puissant mouvement de contestation du Contrats Nouvelle Embauche et du Contrat Premier Emploi a eu lieu de février à mars 2006.

Ce second mouvement marque de nouveau l’entrée en scène des étudiants et lycéens contre la précarité, à l’image du mouvement de mai juin 1994 contre le CIP qui instaurait un « SMIC jeune ».

On le voit donc ici, depuis 2002, et une élection présidentielle, qui au second tour à donné lieu à de puissantes manifestations de soutien à la démocratie et à la République donnant ainsi le ton, les conflits se multiplient.

La question sera dès lors de savoir, quels effets ces différents mouvements de mobilisation auront sur le taux de syndicalisation, en attendant, il convient de faire un dernier point sur les actuelles stratégies syndicales de la CFDT, de FO et de la CGT.

- Les stratégies syndicales des grandes centrales ouvrières aujourd’hui

Selon J.M. Pernot, l’analyse des stratégies syndicales peut être saisie notamment à travers leur démarche de production de la fonction représentative, pouvant être décomposée en quatre étapes :

  • Revendications ;

  • Production des soutiens ;

  • Négociations ;

  • Résultats.

La représentativité des syndicats se jouent donc en premier lieu dans leur capacité à formuler des revendications qui correspondent « peu ou prou » aux besoins « réels » des salariés.

L’un des dangers pour toute centrale syndicale est de formuler des revendications qui seraient perçues comme venant d’un « en –haut » , ce fût le cas pendant longtemps de la CGT, qui en tant que « courroie de transmission du PCF », avait tendance à fixer des mots d’ordre, de mobilisation et de grèves, sans qu’il y ait réelle appropriation locale, mais ce fût le cas également de la CFDT, lorsqu’à la fin des années 70 et peut-être jusqu’à aujourd’hui, elle eût tendance à se comporter en une centrale transformée en laboratoire d’idées et d’expertise du social et de ses mouvements.

Il reste, qu’en tant qu’ « entrepreneurs des mouvements sociaux », force est de constater que les revendications ont besoin d’un en-haut, attendre la libre expression de revendications de la part des salariés, se confond avec le « laissez-faire » ; la croyance dans le spontanéisme des masses relève de la croyance.

Il en résulte, que la formulation des revendications, passe nécessairement par un processus d’aller-retour entre « propositions syndicales » et groupes concernés. Dans cette perspective, la question du nombre d’adhérents est centrale, plus le taux de syndicalisation est élevé, plus la chance de formuler des revendications pertinentes - au bout de ce processus - est grande.

La deuxième étape - celle de la mobilisation/production des soutiens - est toute aussi décisive, elle renvoie au répertoire de l’action collective à la disposition des syndicats (débrayage, grève, etc.). Tout syndicat est confrontée à cette question, dès lors que les revendications ont été admises comme légitimes par le groupe concerné.

La troisième étape (négociation) renvoie aux questions de savoirs, dans quelles conditions peut s’ouvrir la négociation et sur quelle base et la quatrième étape (résultats) renvoie à la question de savoir si l’on arrive à un « sentiment partagé d’avoir fait le mieux possible dans un contexte d’opportunité donné »11.

Ce qui est intéressant à noter, c’est qu’au cours des « trente glorieuses » et jusqu’aux début des années 80, ce processus de production de la fonction représentative fonctionnait. Mais à partir de la fin des années 70 - début des années 80, il y eût un décalage entre revendications du départ et résultats obtenus, selon G. Groux et R. Mouriaux.

Document n°112

Analysant ce rapport dans un certain nombre de lieux de présence de la CGT au cours des années quatre-vingt, G. Groux et R. Mouriaux ont montré que la continuité du processus s’était déréglée au cours de cette période. Jusque là, il s’achevait dans une négociation et un résultat correspondant aux revendications initiales (processus d’accumulation des acquis). Le résultat nourrissait le cycle qui ainsi, s’auto-alimentait. Puis les revendications ont de plus en plus glissé de la préoccupation salariale vers l’emploi. Les résultats, eux, ont continué de porter majoritairement sur les salaires et peu sur l’emploi. Le décalage progressivement creusé entre les objectifs de l’action collective et les résultats qu’elle permettait d’atteindre a sapé la légitimité du processus et concouru au désengagement des groupes les plus concernés ».

J.M. Pernot, « Syndicats : lendemains de crise », éd Gallimard, 2005, p.274.

* Le cas de la CGT

Si l’on analyse le cas de la CGT, dans la période contemporaine, et du point de vue de la production de cette fonction représentative, force est de constater que pendant longtemps, son axe prioritaire a été de construire une parfaite liaison revendications/mobilisation des soutiens, plus exactement sa stratégie était focalisée sur ces deux points. La question des négociations et des résultats obtenus - sauf lors des grands mouvements sociaux de 1936 et 1968 – était secondaire. L’enjeu était d’apparaître comme la centrale syndicale la plus proche des aspirations des travailleurs et pour tout dire de la classe ouvrière. Et cette stratégie ne pouvait être considérée que comme pertinente, comte tenu du poids conséquent du PCF « ouvriériste », le « parti des travailleurs ».

Il reste que depuis 1992 (L. Viannet), cette stratégie semble remise en cause. Son attachement au PCF est aujourd’hui largement distendue. Plus fondamentalement, le souci de la négociation et des résultats à obtenir, sont devenues loin d’être secondaires.

* Le cas de la CFDT

La CFDT est une des centrales qui a réalisé le plus grand des « aggiornamento » dans le cadre de la production de la fonction représentative.

Dans sa phase radicale, elle fût, comme la CGT, soucieuse de coller au plus près des mouvements de la société française, la liaison expression/formulation des revendications / production des soutiens était l’objet de toutes les attentions, mais avec des analyses bien évidemment différentes de celle de la CGT.

Pendant que la CFDT souscrivait globalement aux théories de la deuxième gauche et à sa « critique artiste », la CGT restait attachée à la défense et l’expression de la « critique égalitaire ».

Mais à partir de la fin des années 70, la CFDT opère, comme nous l’avons vu, un recentrage, la « critique artiste et égalitaire » est globalement abandonnée, au profit d’une hyper-valorisation des deux dernières étapes de la production de la fonction représentative : la liaison négociation/résultats.

Document n°113

L’abandon du mythe autogestionnaire des années post-68 l’a conduit sur les rives d’un réformisme revendiqué et salué comme un signe indiscutable de modernité. Ce réformisme toutefois semble avoir fondu au fil du temps dans une sorte d’acquiescement général à tout changement pourvu que son avis soit sollicité et sa voix entendue, ne serait-ce que sur le détail ».

J.M. Pernot, « Syndicats : lendemains de crise », éd Gallimard, 2005, p.200.

Document n°114

« Après un congrès difficile en 1985, la direction de la CFDT aborda plus franchement un nouveau cours que plusieurs auteurs ont qualifié de « second recentrage ». Un débat interne sur l’ « adaptation du syndicalisme » permit de reformuler l’ensemble des « piliers » qui identifiaient la CFDT depuis 1964. Les références social-démocrates à la planification, à la socialisation des grands moyens de production et d’échanges furent abandonnées ; l’autogestion disparut peu après du vocabulaire. Tout ce qu’avait maintenu le premier recentrage fut alors abandonné : ne resta que la valorisation du contractuel qui a progressivement absorbé les autres dimensions de son syndicalisme. Le contractuel est devenu un absolu, le prisme unique de lecture du mouvement de la société. La légitimité à agir n’a plus été appréciée qu(‘à l’aune du négociable ici et maintenant ». Cette pensée nouvelle a conduit à une valorisation du contrat contre la loi, voire même à une certaine négation du rôle du politique ».

J.M. Pernot, « Syndicats : lendemains de crise », éd Gallimard, 2005, p.203-204.

Cette réorientation lui a finalement coûté cher, quoique ses dirigeants en disent aujourd’hui, en termes de départs de militants vers les syndicats SUD ou autres. Si elle s’affiche, en termes d’adhérent, comme première centrale syndicale, ses résultats aux élections la placent en seconde position derrière la CGT, et surtout, sa composition change (essor des classes moyennes et supérieures au détriment des employés et des ouvriers).

Ce qui peut expliquer – peut-être – son actuelle intransigeance dans le conflit autour du CPE, cherchant peut-être à redorer son blason aux yeux de ceux qui sont en bas de la pyramide sociale.

* Le cas de la CGT-FO

Pendant longtemps, la CGT-FO fût sur une position qui privilégiaient les deux dernières étapes de la production de la fonction de représentation, ce qui lui apportait des positions institutionnelles fortes dans les institutions paritaires.

Mais, dès lors que cette centrale, fût largement concurrencée par la nouvelle stratégie de la CFDT, et qu’elle finit par perdre ses positions au sein de la sécurité sociale ou de l’UNEDIC. On a assisté à une radicalisation de ses positionnements, après le départ d’A. Bergeron et l’arrivée de M. Blondel à la tête de cette centrale

Document n°115

« Jusqu’aux années 90, FO adossait son influence à une présence institutionnelle forte dans les organismes sociaux et à des pratiques contractuelles qu’elle incarnait plus que tout autre organisation. S’appuyant sur cette double légitimité, elle se posait en interlocuteur privilégié des gouvernements de la Vème République qui voyaient en elle un partenaire raisonnable qu’il était utile de favoriser lorsqu’une nonne nouvelle pouvait être annoncé ».

J.M. Pernot, « Syndicats : lendemains de crise », éd Gallimard, 2005, p.219.

Aujourd’hui, c’est certainement la centrale qui a le plus de difficulté à trouver une stratégie légitime, au sens où, elle justifierait son existence par une stratégie réellement alternative à la CFDT et à la CGT.

Actuellement axée, sur les deuxième et les troisième étape de la production de la fonction de représentation (production des soutiens – négociations), elle ne se trouve guère en capacité de participer à un vaste mouvement de construction/représentation des revendications et ne semble jamais véritablement se satisfaire des résultats obtenus, si l’on en veut pour preuve, les appels à la grève générale de M. Blondel en 2003.

La seule légitimité qu’elle finit par avoir c’est celle de regrouper, les non socialistes, les non communistes, des trotskistes et des conservateurs rassemblés sur l’idée d’une augmentation généralisée des revenus, dans le cadre d’une politique de relance de type keynésienne.

* Au delà de l’analyse des stratégies syndicales

De la présentation précédente, on pourrait en retirer l’idée qu’au fond l’actuelle crise du syndicalisme est profondément liée :

  • à un manque de liaison entre les quatre étapes de production de la fonction représentative, comme s’il pouvait exister une recette « miracle » pour l’une quelconque des centrales étudiées, sorte de « pierre philosophale » jusqu’alors ignorée ; de ce point de vue ce serait ignorer que les chercheurs en sciences sociales ne font que formaliser ce qui est perçu et le plus souvent en réalité, déjà pensé par les militants syndicaux ;

  • à une division excessive du monde syndical et ouvrier.

La situation, est nous semble-t-il plus complexe, et bien évidemment saisie et comprise par la grande majorité des syndiqués. L’actuelle désaffection vis-à-vis des syndicats est directement à mettre en rapport avec le rejet de toute forme de construction cohérente de la réalité des rapports sociaux, elle est directement à mettre en rapport avec le rejet de l’idéologie au nom d’un « pragmatisme » qui est pourtant un « isme » et qui se présente sous la figure de la connaissance immédiate de la réalité sociale.

Document n°116

« Cette approche s’inscrit dans une conception globale du syndicalisme ou qui refuse, en tout cas, de rabattre sur le seul étage de la défense des intérêts économiques. Elle signifie que l’action syndicale n’agit pas seulement sur la situation des travailleurs mais aussi sur l’idée qu’ils s’en font et sur la représentation qu’ils ont de leur place sur leur lieu de travail et dans la société. C’est pourquoi nous avons qualifié le syndicalisme de fait social « total » en justifiant ainsi cet emprunt à Marcel Mauss : l’activité syndicale ne fait pas que relier le social et l’individuel, elle fait aussi le pont entre la vie psychique et la vie concrète en contribuant à la production de représentations favorisant l’affiliation sociale de ceux que le syndicat représente. Le syndicalisme est une représentation des salariés et, en même temps, il produit des représentations qui créent des repères, stimulent des valeurs qui influencent, voire orientent, la conduite des individus. Il permet à ceux-ci de participer sur un mode actif à la vie politique, c’est-à-dire à la vie de la cité, la cité-entreprise, la cité-nation, la cité-monde. L’idéologie, dans ce sens, n’est pas un écran de fumée fantasmatique qui obscurcit la perception du réel ; elle est ce qui permet l’intégration, le changement d’espace de reconnaissance des individus et des « unités élémentaires » de la représentation. C’est pourquoi, loin de nous réjouir de la disparition (d’ailleurs toute relative) des idéologies, nous y voyons au contraire une des raisons de l’affaiblissement des capacités agrégatives du syndicalisme ».

J.M. Pernot, « Syndicats : lendemains de crise », éd Gallimard, 2005, p.289.

- Le mouvement de 2010 contre la réforme des retraites
La réforme de 2010 voulue par les pouvoirs publics s’inscrit dans les perspectives tracées par Denis Kessler lorsqu’il était vice-président du Medef de 1998 à 2002 qui dans un discours sur « La réforme de la sécurité sociale » du 18 septembre 2001 relevait que « La nouveauté par rapport à la situation de 1945 réside dans la nécessité de nous livrer à un benchmarking : nous devons comparer notre système aux systèmes en vigueur dans d’autres pays ». Il engageait les pouvoirs publics à suivre au bout du compte ce qui se faisait par ailleurs dans la plupart des PDEM, il fût à l’origine avec François Ewald de la promotion par le Medef de l’idée de nécessaire « refondation sociale ».

En 2007, il devient plus clair, il détermine un objectif celui de détruire tout ce qui a été fondé par le CNR, orientation que l’on retrouve dans un article intitulé « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! » dans la revue Challenges le 4 octobre 2007.
Document n°117

« Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme... A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !

A l’époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes. Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées - toujours qualifiées d’« historiques » - et de cristalliser dans des codes ou des statuts des positions politiques acquises.

Ce compromis, forgé aune période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc.

Cette « architecture » singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun. Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires.

Le problème de notre pays est qu’il sanctifie ses institutions, qu’il leur donne une vocation éternelle, qu’il les « tabouise » en quelque sorte. Si bien que lorsqu’elles existent, quiconque essaie de les réformer apparaît comme animé d’une intention diabolique.

Et nombreux sont ceux qui s’érigent en gardien des temples sacrés, qui en tirent leur légitimité et leur position économique, sociale et politique. Et ceux qui s’attaquent à ces institutions d’après guerre apparaissent sacrilèges. Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi-disparition du parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l’essoufflement asthmatique du Parti socialiste comme conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux. Désavouer les pères fondateurs n’est pas un problème qu’en psychanalyse ».

Denis Kessler, « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! » Par Denis Kessler, Challenges, 4 octobre 2007.


Document n°118

« Vaille que vaille, la CGT et la CFDT tentent de maintenir, face à un gouvernement qui aimerait boucler la réforme des retraites avant la fin juin, un front syndical uni. Mais les deux principales confédérations se heurtent à des vents contraires. En dépit d'un rejet commun de la méthode "à marche forcée" de Nicolas Sarkosy et de quelques convergences, les syndicats affichent des désaccords de fond. Et dans les entreprises, les nouvelles règles de représentativité syndicale, validées par la Cour de cassation le 14 avril, qui affaiblissent les faibles et renforcent les forts, aiguisent les guerres de tranchées entre organisations. Difficile d'être unitaire en haut, au sommet, quand on lutte parfois pour sa survie en bas.

A l'automne 2008, au moment où déferlait la crise économique mondiale, huit syndicats - CGT, CFDT, FO, UNSA, CFTC, CFE-CGC, FSU et Solidaires - avaient réitéré l'exploit de 2006 quand ils avaient obtenu, grâce à leur action commune, le retrait du contrat première embauche (CPE). Ils avaient réussi à constituer une intersyndicale - le "G8" - qui a mené, jusqu'à l'été 2009, plusieurs manifestations d'ampleur, obligeant le gouvernement, non pas à changer de politique économique, mais à lâcher un peu de lest. Depuis l'automne 2009, le "G8" se délite lentement. "Le G8, confie un haut responsable de la CFDT, je ne sais plus ce que c'est. On est plutôt dans un G5 virgule quelque chose..."

L'intersyndicale fonctionne à géométrie variable. Hostile aux "manifestations à répétition" et à "l'unité de façade", Force ouvrière l'a désertée. La CFTC et la CFE-CGC, qui hésite entre son syndicalisme catégoriel et un syndicalisme généraliste, y vont au coup par coup. Le "G5" - CGT, CFDT, UNSA, FSU et Solidaires - s'est mis d'accord pour organiser un 1er-Mai unitaire, en espérant que l'ouverture de la concertation sur les retraites et la perspective d'un nouveau sommet social avec M. Sarkozy - à la mi-mai ? - lui donneront de l'ampleur. Le 20 avril, le "G5" va diffuser, à l'occasion d'une journée d'actions décentralisées, une "interpellation" à l'intention du gouvernement, sans revendications communes, qui portera tant sur l'emploi et le pouvoir d'achat que sur les retraites. La veille, le 19 avril, les responsables du dossier retraites de l'intersyndicale tenteront de dégager des propositions communes autour de nouveaux prélèvements pour financer les retraites.

C'est dans ce contexte intersyndical chahuté que FO, qui a boudé la journée d'actions du 23 mars, a tenté de porter l'estocade à ce qu'il reste du "G8". Dans une lettre à ses homologues syndicaux, en date du 7 avril, Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de FO, a proposé, conformément à une résolution votée à l'unanimité par son "parlement", "un appel commun à 24 heures de grève interprofessionnelle, aumoment opportun". Cette initiative, a-t-il plaidé, "placerait le gouvernement dans une situation délicate : ne pas répondre aux attentes alors que le pays aurait été "bloqué" pendant 24 heures serait, pour lui, prendre un risque important".

La CFDT et l'UNSA ont choisi de ne pas répondre à M. Mailly. Annick Coupé, au nom de Solidaires, a rappelé qu'elle voulait "construire un mouvement de grève interprofessionnellereconductible" - ce qui serait une grande première dans l'histoire syndicale... - tout en notant que "boycotter les intersyndicales permet difficilement d'aboutir à des décisions unitaires partagées". Bernard Thibault a manié l'ironie, en égrenant les absences de FO. Le secrétaire général de la CGT a suggéré à M. Mailly de se faire mandater pour "assurer la participation de FO à la prochaine intersyndicale (le 26 avril), au cours de laquelle toutes les suggestions susceptibles d'améliorer le rapport de forces dont nous avons besoin seront examinées". Une fin de non-recevoir mordante.

Le "G8" se délite mais la grande nouveauté par rapport à la précédente réforme des retraites en 2003 - où, à la CFDT, François Chérèque avait payé chèrement la caution qu'il avait apportée -, c'est que l'axe CGT-CFDT tient bon. Sans l'alliance Thibault-Chérèque, consolidée par une réforme de la représentativité syndicale qu'ils ont initiée ensemble, il n'y aurait même plus de "G5 virgule quelque chose". Les deux dirigeants ont le même souci d'agir avec responsabilité pour reconquérir les déserts salariaux où le syndicalisme est absent. L'un et l'autre sont conscients que, malgré le mécontentement qui affleure, le climat social est loin d'être propice à de fortes mobilisations.

"On est assis sur une pétaudière sociale, note un syndicaliste. La mèche peut prendre plus facilement dans les fonctions publiques où le ras-le-bol est plus grand que dans le privé, mais on n'aaucune visibilité." Après le 1er-Mai, la CFDT sera centrée sur son congrès, du 7 au 11 juin à Tours. Même s'il y a des journées d'actions, la proximité de l'été, et de la Coupe du monde de football, ne favorisera pas la mobilisation. La CGT n'exclut pas un match retour en septembre, quand la réforme des retraites viendra au Parlement, en espérant rejouer le scénario de 2006 sur le CPE. Tout dépendra de l'ampleur de la réforme, de la méthode de M. Sarkozy, de l'humeur plus ou moins combative des salariés. D'ici là, le "G8" se sera peut-être complètement délité. Mais il y a fort à parier que la CGT et la CFDT feront le maximum pour agir de concert ».

Claire Guélaud, in Le Monde 17 avril 2010, art : « L’intersyndicale refuse « un passage en force » sur la réforme des retraites ».

Document n°119
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