A essor du libéralisme au sein de la représentation politique








télécharger 375.34 Kb.
titreA essor du libéralisme au sein de la représentation politique
page10/13
date de publication10.07.2017
taille375.34 Kb.
typeDocumentos
l.21-bal.com > loi > Documentos
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   13

La lecture sociologique


Comment renverser la tendance ? Une tentation pourrait être de partir de la sociologie des nouveaux adhérents. C’est ce que suggère l’interprétation sociologique de l’affaiblissement du syndicalisme. Ces nouveaux adhérents sont souvent décrits comme plus individualistes et plus utilitaristes que par le passé : ils attendraient des syndicats un service plus personnalisé et plus pragmatique, et ils fuiraient tout ce qui ressemble de près ou de loin à une forme d’engagement général ou idéologique [15]. Certaines organisations ont tenté d’aller dans cette direction. Le « syndicalisme d’adhérents » qu’elles défendent aujourd’hui et qui passe nécessairement par la démonstration d’une totale indépendance politique, leur a d’abord souri : la CFDT s’est ainsi imposée comme la première organisation syndicale française par son nombre d’adhérents. Mais cette stratégie ne semble plus produire d’effets décisifs aujourd’hui. Elle peine même à attirer vers le syndicalisme les populations salariées les moins syndiquées (notamment les jeunes) et à conquérir le monde des petites entreprises. Cette difficulté, du reste, n’est pas propre à la CFDT, laquelle réussit ici plutôt mieux que les autres.

Il faut dire que la relation de service entre syndicat et individu salarié est plus difficile à inscrire dans la durée que la relation d’affiliation classique. Elle se fixe plus souvent sur des moments problématiques de la vie du travail et ne justifie pas nécessairement une cotisation régulière ni un engagement de plus long terme. Quand l’appui syndical a permis de sortir de l’impasse ou de l’isolement dans lequel on se trouvait, les relations s’étiolent et son utilité individuelle décroît. De ce point de vue, le syndicalisme de services pourrait être perçu comme un syndicalisme de passage peu capable de fidéliser ses adhérents.

Il faut souligner également que cette lecture sociologique masque une part non négligeable de la réalité… sociologique ! En imputant la cause de la faiblesse syndicale à un profil individualiste aussi flou que général, elle semble ignorer les caractéristiques socioprofessionnelles des nouveaux adhérents, en particulier chez les affiliés du privé. Ces nouveaux adhérents sont peut-être plus individualistes que par le passé, mais ce sont surtout plus souvent des cadres et des salariés qualifiés que des ouvriers et des employés du bas de l’échelle sociale. Ceux-ci échappent toujours davantage, semble-t-il, aux mailles de la représentation sociale et associative [16]. Selon l’INSEE, le taux d’adhésion à une association pour les ouvriers et employés est respectivement de 30% et 34,9%, alors qu’il est de 58% pour les cadres et professions intellectuelles supérieures, et de 51% pour les professions intermédiaires. Des écarts qui recouvrent d’importantes disparités de formation et d’âge (Cf. Observatoire des inégalités). Finalement, les caractéristiques de la « démocratie associative » ont quelques points communs – notamment socioprofessionnels et générationnels – avec celles de la démocratie sociale…

L’individualisme supposé de ces nouveaux adhérents n’est donc peut-être pas étranger à leur situation spécifique. Leur relation d’emploi n’est pas forcément la plus précaire ni la plus exposée au risque de chômage. Dès lors, il n’est pas très surprenant de les voir poursuivre des objectifs réputés plus « utilitaristes », comme les questions relatives à leur salaire ou à la reconnaissance de leurs qualifications. Interrogations qui ne sont d’ailleurs nullement leur monopole, mais qu’ils font plus facilement entendre dans les enceintes syndicales, que ceux qui ne s’y trouvent pas ou en nombre beaucoup plus limité.

Au fond, cette lecture sociologique semble confondre deux phénomènes : l’individualisme des valeurs et l’individualisation des situations. Ces phénomènes ne sont certes pas sans lien, mais ils ne peuvent être strictement superposés. Si se développent simultanément un individualisme utilitariste chez les plus qualifiés et une forme d’« individualisme par défaut » du côté des moins qualifiés [17], le phénomène le plus général et le plus objectif est plutôt celui de l’individualisation croissante des relations d’emploi. Avant d’être plus « égoïstes » ou plus « frustrés », les salariés d’aujourd’hui sont d’abord plus isolés, moins liés par une commune et durable affiliation à une quelconque collectivité. De cette déliaison progressive procède d’ailleurs une bonne part du sentiment de singularité éprouvé par beaucoup.
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   13

similaire:

A essor du libéralisme au sein de la représentation politique iconOrganisation politique de la Suisse
...

A essor du libéralisme au sein de la représentation politique iconMise en contexte
«le devoir de juste représentation» (ci-après djr). 10 Autrement dit, le djr est le corollaire du monopole de représentation

A essor du libéralisme au sein de la représentation politique iconAccord relatif au recrutement et au maintien dans l’emploi des seniors au sein de Pôle emploi
«seniors» assortie d’objectifs identifiés tout en veillant à assurer son articulation avec la politique globale de l’emploi au sein...

A essor du libéralisme au sein de la représentation politique iconBiographies de Victor Hugo
«l’intention littéraire et l’intention politique». Mais IL lui faudra encore cinq ans pour se défaire vraiment des «préjugés sucés...

A essor du libéralisme au sein de la représentation politique iconFiches droit institutionnel 1A
«l’ensemble des règles juridiques régissant l’exercice du pouvoir politique au sein de l’état»

A essor du libéralisme au sein de la représentation politique iconDroit institutionnel comparé & droit matériel de l’UE
«l’ensemble des règles juridiques régissant l’exercice du pouvoir politique au sein de l’état». Constitution = pour les états

A essor du libéralisme au sein de la représentation politique iconRapports internationaux Robert
«une branche de la politique qui concerne les relations entre Etats, un art de la représentation des intérêts d’un gouvernement à...

A essor du libéralisme au sein de la représentation politique iconChapitre histoire de l’ emergence des systemes de droit1
«droit naturel procédural7». On aurait tort cependant de limiter la rule of law à des critères formels et procéduraux, car elle porte...

A essor du libéralisme au sein de la représentation politique iconEssor et polarisation des échanges internationaux depuis le XIX

A essor du libéralisme au sein de la représentation politique iconLes interrogations philosophiques, morales et politiques face à l’essor...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.21-bal.com