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Nicolas STROZ

Licence III Philosophie

Année 2014-2015

Sous la direction d’Émilie TARDIVEL-SCHICK

Le Projet de paix perpétuelle, nexus téléologico-politique de la pensée kantienne

L’auteur remercie pour leurs conseils et leurs enseignements M. Ronan SHARKEY, M. Emmanuel FALQUE, M. Camille RIQUIER et Mme Émilie TARDIVEL-SCHICK

INTRODUCTION


Le Projet de paix perpétuelle d’Emmanuel Kant, publié en 1795, est un petit ouvrage court, lumineux, et qui peut passer inaperçu entre les ouvrages imposants que sont la Critique de la raison pure, la Critique de la raison pratique, ou la Métaphysique des mœurs. Néanmoins il serait prématuré de l’ignorer en raison de son apparente faible densité. Le Projet constitue en effet une entrée dans la pensée kantienne hors des cadres des « grandes questions » (à savoir l’esthétique transcendantale, le jugement de goût et la loi morale –bien que ce dernier point sous-tende le propos du Projet). Cet opuscule en effet ouvre une porte qui débouche sur deux autres grands aspects de la pensée kantienne : la question du jugement téléologique (relatif aux fins de la nature), et la question du droit (en l’occurrence traitée dans la deuxième partie de la Métaphysique des Mœurs, Doctrine du droit, qui est directement postérieure au Projet, publiée en 1797). S’il est court et synthétique, il constitue néanmoins une articulation profonde et subtile entre ces deux grands axes de l’anthropologie politique kantienne.

Le Projet de paix perpétuelle en effet conclut une série de réflexions sur l’histoire et les races humaines, à travers lesquelles Kant affirme ses convictions anthropologiques :

  • l’homme est libre car lui seul peut s’opposer aux nécessités naturelles1 ;

  • les hommes ont tous la même densité ontologique car les races ne sont que des différences de caractères physiques2 ;

  • l’homme a, mises en lui par la nature, des dispositions qui favoriseront l’avènement d’une constitution civile qui assurera la paix et protègera la liberté de l’homme en lui épargnant l’anarchie de l’état de nature3.

Ainsi, le projet pose les conditions apodictiques (c’est-à-dire nécessaires et nécessairement vraies) de l’établissement de la paix authentique, perpétuelle, qui pour Kant ne peut être que cosmopolite (universelle et valable pour tous les hommes, inscrite dans la paix entre les États) :

Le problème d’une constitution civile parfaite est lié au problème de l’établissement de relations régulières entre les États, et ne peut pas être résolu indépendamment de ce dernier.4

Et inscrite dans un une constitution civile républicaine :

La constitution civile de chaque État doit être républicaine.5

C’est un traité fondamentalement téléologique qui expose les conditions auxquelles les dispositions naturelles de l’homme pourront s’actualiser.

Dans le même temps, il ouvre, aussi bien par sa forme (il est divisé en articles, appendices et annexes) que son contenu (il traite des formes et pratiques géopolitiques à adopter en vue de la paix), le champ de la philosophie du droit. Kant présente ici les premières bribes de ce qu’il développera dans la Métaphysique des mœurs, à savoir la problématisation des principes du droit, de son objet et de ses catégories. C’est ici que l’importance de la loi morale entre en ligne de compte. En effet sans le principe de devoir et d’obligation il n’est pas d’accord de paix qui puisse valoir :

Aucun traité de paix ne doit valoir comme tel si une restriction mentale donne lieu à une guerre future6.

Toutefois, des questions et résistances subsistent dans le projet, et semblent marquer des hiatus dans la pensée kantienne. Il propose en effet dans l’annexe I du Projet que la réforme morale de l’humanité n’est que secondaire :

Si bien que pour la raison le résultat est le même que si ces forces n’existaient pas, et que l’homme, même s’il ne devient pas moralement bon, est néanmoins contraint de devenir un bon citoyen.7

En outre, Kant semble peu espérer de l’éducation et d’une réforme interne de l’humanité dans le Conflit des facultés :

S’attendre à ce que, par le moyen de la formation de la jeunesse […], par une culture intellectuelle et morale, renforcée de l’enseignement religieux, on arrive enfin non seulement à élever de bons citoyens, mais encore à former en vue du Bien tout ce qui peut toujours davantage progresser et se conserver, c’est là un plan dont on peut difficilement espérer la réussite désirée.8

Alors qu’il semble défendre l’importance de l’éducation morale dans Théorie et pratique :

Si on accoutumait [l’homme] à dépouiller entièrement la vertu […] de son butin d’avantages […] et à se la représenter dans toute sa pureté ; si en user constamment ainsi devenait un principe dans l’enseignement public et privé (méthode pour inculquer les devoirs qui a presque toujours été négligée), nécessairement la moralité des hommes ne tarderait pas à s’améliorer.9

Et celle de la volonté législatrice du sujet dans la Fondation de la Métaphysique des mœurs :

Le troisième principe pratique de la volonté, en tant que condition suprême de son accord avec la raison pratique universelle, savoir l’Idée de la volonté de tout être raisonnable comme volonté légiférant de manière universelle.10

Ainsi la formation de l’État se ferait d’abord extérieurement, formellement, par l’établissement de lois de contraintes, et l’autonomie de la morale privée émergerait du cadre, sans que l’éducation ou la volonté du sujet n’aient un rôle constructif à jouer ? Ceci semble en complète contradiction avec les principes de la raison pratique (la loi morale étant la loi que la raison se donne à elle-même), et semble défendre une chose à laquelle Kant s’oppose : l’hétéronomie de la volonté (obéir en raison d’un objet extérieur, et non en raison du principe de devoir même) « comme source de tous les faux principes de la moralité11 ».

Comment réconcilier alors la raison pratique avec une constitution pragmatique ? En outre, Kant présente la loi morale et la liberté, en tant que « postulats de la raison pure pratique », dans la préface de la Critique de la raison pratique, comme des « hypothèses nécessaires » :

[Le postulat de la raison pratique] postule la possibilité d’un objet (…) d’après des lois pratiques apodictiques (…) uniquement au profit d’une raison pratique ; car cette certitude (…) n’est pas du tout théorique, (…) par conséquent pas non plus apodictique, c’est-à-dire qu’elle n’est pas une nécessité reconnue par rapport à l’objet, mais une supposition nécessaire par rapport au sujet (…) ; par conséquent elle n’est qu’une hypothèse nécessaire. Je n’ai pas su trouver de meilleure expression pour cette nécessité subjective, mais vraie et inconditionnée de la raison.12

Il ferait ici le même choix que Rousseau au sujet de l’état de nature et du « mythe » (exagéré) du « bon sauvage ». La téléologie elle-même relève de la faculté de juger (comme expliqué dans l’introduction de la Critique de la faculté de juger) –donc de l’imagination de Kant, la faculté réfléchissante parlant non de l’objet mais du sujet qui émet un jugement :

Le concept de causes finales dans la nature, qui distingue le jugement téléologique (…), (…) n’appartient qu’à la faculté de juger, et non à l’entendement ou à la raison ; en d’autres termes (…) n’est aucunement fondé dans l’expérience (…). Par conséquent (…) la téléologie contient (…) le rapport de ses objets (…) à un principe [de la faculté de juger], grâce auquel elle est pour elle-même législatrice (non pas pour la nature), c’est-à-dire en tant que […] réfléchissante.13

Comment alors tout faire reposer sur des hypothèses et convictions purement personnelles, a fortiori chez un auteur comme Kant, qui n’a cessé de combattre l’invocation du nouménal en métaphysique (la première tâche de la philosophie critique et transcendantale) ?

Des réponses émergeront d’une part dans le fait même qu’il s’agit d’hypothèses nécessaires - ce qui fait alors du travail de Kant non pas une prescription absolue, mais l’aboutissement d’une réflexion en accord avec ses convictions personnelles, par conséquent une proposition de construire aussi précisément que possible la problématique de la liberté de l’homme et de ses rapports avec ses semblables – et d’autre part par l’éducation. Si le Projet de paix perpétuelle est la réponse de Kant à la problématique téléologique, il est aussi l’ouverture de la problématique sociojuridique et un établissement des conditions de possibilité de la réforme morale a posteriori de l’humanité, quand les cadres de la problématique, une fois correctement posés et fondés en réalité, permettront l’accord entre théorie et pratique.

De façon assez surprenante, l’ouverture juridique est elle-même téléologique, les conditions juridiques exprimant à l’échelle cosmopolite les rapports de liberté et d’auto-détermination des individus, d’où la notion de « fédéralisme d’États libres14 », et les principes de non-cession15 et non-ingérence16. La raison en est que la destination juridique de l’homme est comprise dans le dessein historique de la nature.

Ainsi dans un premier temps nous établirons sur quelles fondations téléologiques le Projet de paix perpétuelle s’appuie. Nous examinerons ensuite la téléologie du point de vue de la réflexion juridico-politique de Kant. Nous verrons enfin comment résoudre les hiatus dans la pensée de Kant, notamment comment il semble disqualifier l’éducation et la morale au profit de la seule réforme politique de l’humanité, la réforme morale semblant reléguée à un rang purement hypothétique. Nous discuterons, en conclusion, si notre temps a retenu quoi que ce soit des propos de Kant au sujet de la paix.
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