B. Harmonies et dissonances mises en dialectiques 11








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Le mythe de la Caverne I

Une façon de résumer Platon est de prétendre qu'il existe des catégories de l'esprit qui existent, et que ces catégories ont une définition tout aussi réelle. Platon a plus de mal à avouer que même s'il a raison, il n'est pas capable de montrer ce que cette existence implique, et ce qu'elle est. Pour moi une catégorie est un outil mental et social, pas quelque chose qui existe. Par contre il est vrai que j'ai à la fois l'impression de m'entendre avec autrui sur ce qu'un mot ou une notion veut dire, tout en sachant qu'il est impossible de définir de façon explicite le sens que j'attribue à ce mot, ou comment d'autres le comprennent. Il y aurait donc trois niveaux dans le discours idéaliste, pour le psychologue :

a) Des catégories et des sens que le nonconscient crée dans la conscience.

b) Une liaison entre ces catégories et leurs fonctions qui ne peut qu'être partiellement explicitée par la conscience.

c) Des histoires que la conscience se raconte (invente) pour s'expliquer ce qui se passe et qu'elle ne peut pas gérer. Sans ces histoires qui la désangoissent, la conscience ne pourrait pas remplir son rôle. Nous aurions là un mécanisme de base de la conscience qui génère aussi les mécanismes de refoulement observés par Breuer et Freud (1895) à propos de leurs patientes hystériques.57

Les points « a » et « b » sont bien décrits dans l’œuvre de Platon, mais ce n'est qu'en passant qu'il fait allusion aux questions « c ». Cependant il les pose. Dans le Timée, par exemple, il propose une cosmologie inutilement compliquée :

a) Un vrai dieu dans un vrai univers.

b) Ce vrai dieu crée une copie de ce vrai univers, dans lequel il crée des dieux qui sont des copies du dieu créateur. Ce sont ces ersatz de dieux qui créent des copies (plantes, animaux, hommes) des créatures qui peuplent le vrai univers.

c) Comme nous, les humains ont été créés par des copies de dieux. Nous sommes manifestement moins bien construits que ce qui existe dans le vrai univers.

Le problème de Platon est le même que celui des religions qui postulent un Dieu omnipotent et bon. Sa théorie ne permet pas d'expliquer l'imperfection de la nature. Cette cosmologie du Timée suggère qu'entre l'Idéal et le réel, il existe un nombre important de couches. Ces étapes franchies par une influence céleste se dénaturent de couche en couche. C'est ainsi que Platon explique dans ce mythe-parabole l'existence de la bêtise humaine, et des citoyens athéniens qui ont condamné Socrate. Il y aurait comme un essoufflement des Idées pendant le long trajet en ricochets qui les mènent au niveau où se situe l'action humaine. Mais le dispositif ne convainc guère le lecteur que la théorie de Platon permet de rendre compte des horreurs qu’il entend expliquer.

Comme nous ne sommes que des copies, notre accès à la vérité est complexe. Dans la République, probablement écrit juste avant le Timée, Socrate prétend savoir ce qu'est le bien, mais que ses lecteurs ne peuvent assimiler que des exemples de ce qui est bien58. Autrement dit, il ne peut pas définir ce qu'est le bien, mais il peut nous montrer des événements qui sont des manifestations du bien. Il en va de même pour la vérité, et la capacité de savoir. Ce qui nous mène tout droit au mythe de la Caverne59. Socrate décrit des personnes qui sont faces au fond de la caverne, comme des spectateurs face à un écran de cinéma. Sur ce fond de caverne, ils voient bouger des ombres. Comme au cinéma, les spectateurs que sont les humains ne parlent pas de ce que leurs sens projettent dans leur conscience. Comme le cinéma n'existait pas alors, Platon décrit un dispositif dans lequel le projecteur est en fait le soleil qui envoie en ombre ce qui se passe derrière le dos des spectateurs. Si un spectateur se retourne brusquement pour voir ce qui se passe à l'entrée de la grotte, il est rapidement aveuglé par le soleil, ce qui explique pourquoi les spectateurs se contentent de ce qu'ils perçoivent sur l'écran, et ne finissent pas croire que ce qu'ils perçoivent est la réalité.

Socrate évoque la possibilité que parfois des passants entrent dans la grotte et expliquent aux spectateurs prisonniers de leurs peurs, qu'une fois sorti, le soleil devienne moins aveuglant, et la réalité directement perceptible. Un spectateur ne peut pas directement passer de l'obscurité à la lumière du jour sans s'aveugler définitivement, mais en procédant avec méthode, il peut graduellement s'accoutumer à des intensités de lumière croissantes. Il percevra d'abord la nuit étoilée réelle, puis l'aube et le crépuscule, et finalement tout ce qui existe.

Dans la première partie du Mythe de la Caverne, Platon explique pourquoi il ne peut pas être plus explicite quand il communique avec des personnes qui n'ont pas appris à sortir de la caverne, et prétend être un de ceux qui ont su en sortir. Cela dit, il admet que l'on peut percevoir une partie de ce qui est et vivre normalement.

      1. Les Idées sont des cailloux polis par une rivière

Platon situe les Idées loin de l'homme, dans une autre dimension. L'âme libérée de son enveloppe charnelle ne reçoit pas ces Idées comme une pluie de pétales qui lui tombe miraculeusement dessus. Non, l'âme doit s'activer et voyager jusqu'au monde des Idées. Elle doit lever la tête pour contempler le vrai sens des choses.60

Le mythe de Platon réveille en moi l'impression que les Idées sont forcément des productions transpersonnelles, qu'elles ne peuvent pas être produites par un individu. Une Idée platonicienne est exactement la même en chacun de nous, et elle est produite en dehors de chacun. Aucune particularité génétique ne peut rendre compte de ces deux propriétés simultanément. Selon moi, s'il existe quelque chose comme une Idée, ce quelque chose est par définition un produit social et biologique plutôt qu'une production psychologique. Une Idée saute comme une puce d'un organisme à l'autre, se polit comme les cailloux d'une rivière. Cette métaphore implique qu'une idée peut être modifiée lorsqu'elle passe par un organisme, mais que les modifications subites ne peuvent jamais être fondamentales. Nous sommes là dans le domaine de ce que Philippe Rochat appelle la co-conscience. Platon se réfère au contenu que les humains ont l'impression d'avoir en commun dans leur conscience.

Si le propre du génie se résume à la capacité de reformuler des questions fondamentales, de cadrer un ensemble de propriétés problématiques ; sa vie est trop courte pour qu'il ait le temps de proposer une réponse adéquate à ses questions. La réponse proposée est déjà une première réponse géniale, puisqu'elle manie une plus grande complexité que ce qui était proposé jusque-là par ses contemporains. Il faut souvent un siècle au moins, mille ans parfois, pour que la pertinence des questions soit assimilée par d'autres humains qui peuvent proposer à leur temps des réponses plus pertinentes, mais elles restent souvent elles-mêmes des réponses encore inadéquates à de nouvelles questions.

Il arrive qu’un autre esprit génial réponde partiellement à certaines questions déjà posées, en les triant et en regroupant une partie des propriétés discutées par le génie précédent avec d'autres propriétés qui n'avaient pas été isolées auparavant ; mais ce nouvel ensemble de propriétés est encore plus problématique. C'est la loi de Wermus : compréhension accrue approfondit le mystère, en le rendant plus passionnant que jamais. Bref les génies qui s'intéresseront à la théorie de la connaissance après Platon, (Descartes, Spinoza, Locke, Leibniz, Hume, Kant, Piaget, etc.) trouveront d'autres façons d'aborder ce domaine, imagineront des mécanismes plus complexes que ceux qui sont décrits par Platon, mais leurs théories continueront à se baser sur une sensation de vérités incontournables, et sous-estimeront les exigences de leur conscience. Tout se passe comme si les vraies découvertes théoriques mènent à des découvertes technologiques qui répondent aux besoins des gens, mais ne répondent pas vraiment aux questions théoriques qu’elles soulèvent. Les mythes idéalistes platoniciens montrent qu'une Idée ne peut s'expliquer par une dynamique psychologique. En inventant une dimension qui n'existe pas pour expliquer la dynamique des idées, Platon sentait peut-être que cette dynamique ne pourrait jamais être expliquée par des humains. D'où la pertinence d'utiliser la forme de la parabole pour parler de l'inexplicable.

La nécessité d'inclure des mécanismes sociaux dans les dynamiques de la connaissance peut être illustrée par l'exemple suivant. Vous avez une idée61 merveilleuse, que personne ne connaît. Elle n'est jamais publiée, et vous n'en discutez qu'avec les membres de votre famille qui la trouvent trop compliquée. Cette idée brillante ne vous survivra pas, elle ne rentrera pas dans la rivière de l'histoire, elle ne sera pas polie, et malgré toute sa beauté, elle ne deviendra jamais une Idée qui se retrouve dans d'autres têtes humaines. L'optimiste se dira que si vous avez pu y penser, d'autres le peuvent ; et si cette idée est vraiment utile elle sera inévitablement jetée par quelqu'un dans le fleuve des discussions qui animent les philosophes. Le pessimiste sait que les idées salvatrices sont rares, et pleure toutes les vraiment bonnes idées qui se sont noyées dans le flux de l'histoire.

    1. Le dilemme idéaliste

Voici une brève liste de certains dilemmes platoniciens :

— Platon croit que l'univers est une entité logique, cohérente et harmonieuse, dont les lois sont celles de la logique, de la géométrie, des mathématiques et de la musique. Il croit que cet univers requiert que nous, les humains, prenions conscience de quelques Idées clairement définissables pour guider notre conduite, et que nous pouvons expliciter les règles qui gèrent le monde dans lequel nous vivons.

— En même temps Platon n'arrive pas à expliquer que la réalité semble souvent irrationnelle, qu'elle engendre des phénomènes apparemment contradictoires, et que les humains ne savent pas encore ce que sont les Idées, et n'ont pas encore construit une connaissance adéquate. De plus, il sait que lui-même n'est pas capable de décrire explicitement le contenu apparemment accessible des Idées, ou de démontrer pourquoi certaines notions sont des Idées plus que d'autres.

— En même temps il sait qu'il est impossible de penser constructivement si l'on ne réfléchit pas de façon logique et cohérente, dans un esprit de respect pour des Idées comme l'amour, la beauté, la vérité, la vertu, etc.

— Il lutte contre tous les savoirs charlatans et invente des légendes pour défendre ses vérités.

La pensée de Platon est manifestement à la fois cohérente et incohérente, ce qui est à peu près ce qu'Héraclite pense de toute démarche humaine. Je vais maintenant montrer que ce n'est pas seulement le problème de Platon, mais aussi celui de l'humanité. Le génie de Platon est d'être allé si loin dans ce que la pensée peut produire, que ses écrits synthétisent mieux que la plupart des autres grands écrits, les qualités et les défauts de la pensée humaine.

Un des problèmes de base de la théorie des Idées est de croire que la pensée consciente peut créer des représentations de concepts qui règlent le fonctionnement de l’univers. C'est ce que j'appelle penser du point de vue du conscient. La difficulté de penser ainsi est qu’un individu risque de réduire tout ce qu’il sait aux capacités de sa conscience. Ce sont les ressources de notre écologie aussi bien que de notre espèce et de chacun de nous qui tissent les réseaux nonconscients de la connaissance. Et c'est bizarrement, dans les légendes métaphoriques de Platon que je trouve le plus d'inspiration quand je cherche à développer ce thème. La connaissance est, comme les instincts d'ailleurs, un phénomène produit par la coordination de plusieurs niveaux de la matière allant de l’échelle cellulaire à l’échelle planétaire.

    1. Une idée inadéquate coûte cher

J'ai pour l'instant surtout montré certains points forts de l'Idéalisme. Sur le plan théorique, l'Idéalisme a tenté une multitude de penseurs, bien que l'utilisation de cette façon de penser pour gérer les affaires humaines, s'est souvent révélée délicate, voire dangereuse. C'est cette problématique que je vais maintenant tenter de rendre tangible.

Certains supposent que Platon pense comme Éryximaque, que l'Idéalisme mène à l'harmonie, que l'idéaliste recherche des relations harmonieuses avec son entourage. Mais la logique idéaliste est tellement éloignée des dynamiques du monde, qu'elle oblige l'idéaliste à œuvrer pour que le monde soit profondément transformé, jusqu’à rendre possible une relation harmonieuse entre les choses. Un cas récent et typique est la tentative de maîtriser la prodigalité de la nature par des produits « idéaux » d'après certains critères économiques. Le cas de la gestion des pommes par la Communauté européenne est exemplaire. Une des stratégies de base de la nature est de produire une grande variété de chaque produit. L'idéalisme industriel et politique veut éliminer par la force de la loi cette variété, pour imposer quelques variétés génétiquement modifiées, qualifiées d'idéales, qui correspondent aux critères des grands distributeurs et de certaines théories biologiques actuelles, idéalistes par définition. Cet exemple montre bien la violence nécessaire (la destruction de la plupart des espèces de pommes existantes) pour produire un monde qui devrait pouvoir devenir théoriquement harmonieux. Cette façon de penser est aussi souvent appliquée à l’organisation des sociétés humaines. Périodiquement, des élites ont essayé de convaincre les citoyens qu’il vaut mieux, pour leur salut, éliminer tous les humains d'humains « défectueux » pour imposer un type « idéal ». Il y eut Platon et Aristote, puis le darwinisme des eugénistes. Je tremble déjà à l'idée que, bientôt, de nouveaux arguments pseudo-scientifiques62 seront utilisés avec le support de médias financés par les mêmes bourses que celles qui investissent sur la recherche et l’industrialisation de plantes génétiquement modifiées. J’approfondirai ce thème dans les prochains volumes.

La vie de Platon et l'histoire de l'idéalisme montrent que, paradoxalement, la position idéaliste mène à des positions tranchées, et à des conflits qui ne peuvent être gérés que par la victoire des idéalistes. La dialectique d'Héraclite permet d'insérer la violence dans une conception globale qui fait de la violence une réalité et un outil parmi tant d'autres. Il devient alors possible de négocier. Pour l'idéaliste, le désaccord est un désagrégement ingérable qu'il faut accorder, un maléfice qui tente de détruire la vérité qui pourrait s'instaurer dans ce monde, un ennemi. La seule négociation possible est la victoire totale et éternelle, la mise en accord de ce qui est pensé avec la vérité. Ces considérations montrent l’Idéalisme sous un autre jour que le discours médical d’Éryximaque.

La difficulté que la plupart des penseurs ont eue avec l'Idéalisme est qu'il semble impossible de l'attaquer au niveau théorique, mais seulement par le truchement d'argumentations idéologiques. Autrement dit, il est facile de disqualifier les idéalistes, mais pour l'instant impossible de déconstruire leur théorie, et presque impossible d'en proposer une autre qui soit aussi robuste. J'avoue avoir hérité de Socrate cette politesse du philosophe, qui pose comme règle de base qu'un argument est vrai tant qu'il n'est pas démontré qu'il est faux, et tant qu'on n’en a pas proposé un autre aussi robuste. Cette situation est profondément insatisfaisante, mais c'est malheureusement où nous en sommes 2'500 ans plus tard.

Mon hypothèse est que la conscience est une machine dont les algorithmes fonctionnent à peu près comme une théorie idéaliste, alors que la réalité suit un ensemble plus vaste de règles. Il est difficile de lutter contre la structure de sa propre conscience, contre les inférences produites par elle, même lorsque celles-ci mènent de manière répétitive à un certain nombre de conséquences destructives pour soi et son entourage. Cela aussi est un dilemme que Platon m'a encouragé à formuler. C'est la seule hypothèse que j'arrive à imaginer, qui m'offre une explication plausible des dérapages induits par l'Idéalisme, et du fait que presque chaque penseur qui a cru trouver une façon de ne plus être idéaliste s'y retrouve néanmoins. Le piège est si diabolique que je suis persuadé qu’à l’avenir, d'autres intellectuels démontreront que j'y suis tombé, moi aussi. Je suis suffisamment peu idéaliste pour ne pas me croire omnipotent, et suffisamment optimiste pour espérer que cet ouvrage n'est qu'une brique pour un mur en construction. Commençons cette discussion avec Platon, dont la vie s’explique plus facilement en adoptant le point de vue d’Héraclite que celui d’Éryximaque.

Je commencerai cette discussion en résumant la vie de Platon, ce qui me permettra en même de temps de situer chronologiquement certains éléments dont j'ai déjà discuté.

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