Histoire des moines de tamié








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Le domaine de Tamié.

Examinons maintenant le domaine de Tamié. On trouvait au pied de l’abbaye les fermes de La Cassine et du Pommarey (un ancien verger, comme l’indique son nom) ; en direction du col, les granges de Martignon et de Malapalud où étaient parqués les troupeaux qui, l’été, « profitaient », non sans rivalités, dans les montagnes de l’Est : l’Aulps du Four, le Drison, la Bouchasse, Orgeval, qui comprenait maison, bergerie, et pèlerinage... Au Nord, on rencontrait la « vallée industrielle » du Bard, aux nombreux artifices : moulins, « reisses » (scieries), battoirs, foulons. De l’autre côté du col, le voyageur tombait sur la maison forte de Plancherine, village dont l’abbé était seigneur temporel ; proche de Tournon, l’abbaye possédait les granges de Mercury, Gilly, l’Hôpital-sous-Conflans, les deux granges de Montailleur. En Haut-Grésivaudan l’Isère traversait un véritable « archipel monastique » : les granges de Montmeillerat à Sainte-Hélène, de Servette à Chapareillan, de Clarfay près d’Allevard.

Les cessions de ces domaines étaient faites en famille : en 1238 « Bonne fille de Cernon et Jean Rolland son mari cèdent à l’abbaye... » « André de Crolles et son fils Pierre donnent à F. Jacques, convers de Tamié et maître de la grange d’Avallon... ».

Plus à l’ouest, en Bugey Savoyard, entre le lac d’Aiguebellette, le Rhône et son affluent, le Guiers, Tamié eut très tôt des possessions. En 1145, treize ans seulement après la fondation, une bulle du Pape Eugène III (un cistercien) enjoignait aux évêques de Maurienne, Genève et Belley de faire rendre justice aux moines pour leurs terres situées à Pont-de-Beauvoisin. Plus tard, on compta les granges de Ste-Catherine-d’Evresol à La Bridoire, et, limitrophe, la maison forte de Lorden à Verel-de-Montbel. L’abbé y avait droit de justice, et y percevait la moitié des amendes ! Il est vrai qu’il devait, en contrepartie, pourvoir à l’entretien du curé. Les granges du duché de Genevois s’égrènent autour du lac d’Annecy : Loverchy, Seynod, La Césière près d’Argonney, Malaz-en-Saconges, Veyrier, les Chosaux, et, plus à l’Est, près de Thônes, la grange de Bellocey-d’Allex. Sur la route de Genève enfin on trouvait les granges de Longchamp à Groisy et celle de Champagnier à Menthonnay-en-Bornes, la plus septentrionale.

On comprend ce que l’administration d’un tel domaine pouvait comporter de difficultés et de litiges en puissance : nous les voyons grandir en même temps que les possessions, dès le XIIIème siècle. Les actes du chapitre général enregistrent les plaintes des moines de Tamié, contre les moines de Chézery, en 1200 ; contre ceux d’Aulps, en 1202 et 1203 ; des médiateurs sont désignés, «pour qu’à l’avenir on n’en entende plus la clameur »35. En 1210, c’est l’archevêque de Tarentaise Aymon et la comtesse Marguerite de Savoie qui s’entremettent pour régler un différend avec les prieurs de Cléry et de [25] Gilly36 ; en 1212, les cisterciens de Tamié s’allient à ceux de Bonnevaux et d’Hautecombe contre les chartreux, à propos de pâtures ; le pape Innocent III doit déléguer des arbitres pour terminer l’affaire37. Enfin en 1216 les moines de Chalais et de Tamié se contestent la possession de la grange de Belmont (vers Pont-de-Beauvoisin) ; l’affaire s’étouffe moyennant 14 livres (monnaie) que les moines de Chalais versent à ceux de Tamié, représentés par Pierre Dieu-lo-fit « maître de la grange d’Évresol et chapelain du Pont » et Didier, convers et bouvier (custos boum)38.

Des abbés et des moines...

Après les biens, parlons un peu des hommes... A Bernard, élu évêque de Maurienne en 1146, succéda un Robert39, puis, vers 1150, un Pierre40. En 1156 et 1163 nous trouvons un Guy de Beaufort41 ; le « Guillaume, abbé » qui reçut en 1162 le chevalier Viniter de Saint-Didier est peut-être le même42. Pierre d’Avallon, surnommé Aschérius (fabricant d’acier) lui succéda43. Bonnevaux, l’abbaye-mère, en conformité avec les principes de la « Charte de Charité », l’appela comme abbé en 116844. Guy de Cevins lui succéda à Tamié, jusqu’en 117245.

Le long exercice (1172-1207) de l’abbé Pierre de Saint-Genis contraste avec cette énumération « d’abbatiats de poche ». Pierre fit accorder à l’abbaye des privilèges de protection par les papes Alexandre III, Lucius III et Innocent III46. Les donations, pendant ce temps, continuaient d’affluer, comme, en 1176, celle de Pierre de Cevins, le frère de l’abbé précédent. En 1177, Guillaume de Chevron, le fils de l’un des fondateurs, se « donne » lui-même à l’abbaye où « ses pères, frères et mère reposent »47. Ces actes ont l’avantage de faire connaître le nom de quelques moines de ce temps-là : Witfred et Aymon de Seythenex, convers, Siboud, cellérier (économe) et un André « frère de Pierre, archevêque de Tarentaise, d’heureuse mémoire »48.

Le successeur de Pierre de Saint-Genis, Girold de la Tour, vint de Bonnevaux49 ; il exerça sa charge de 1207 à 1222. Nous avons vu plus haut les premiers procès arriver pendant ce temps ; Girold connut également des déboires dans l’administration des religieuses cisterciennes, dont certains monastères dépendaient de Tamié. Il se vit chargé, en 1213, de communiquer les décisions du Chapitre général à la prieure et aux moniales du Betton, en Maurienne. Pour ne l’avoir pas fait, le chapitre de 1214 le condamna à quatre jours de pénitence50. Tamié était aussi en relation avec le monastère de Ste-Catherine-du-Semnoz, aux portes d’Annecy ; un moine nommé Hugues de la Chambre construisit en 1220 un « lavoir » pour les moniales51.

[26] À Girold succédait un Humbert d’Avallon, surnommé « excellent médecin » ; c’est là tout ce que nous savons de lui52. En 1223 l’abbé était Berlion de Pont-de-Beauvoisin ; il arbitra en 1225 avec l’évêque de Maurienne un litige opposant l’archevêque de Tarentaise et le sire de Beaufort, Guillaume53. Des chartes datées de son abbatiat nous livrent quelques noms de moines : Pierre de Maurienne et Pierre de Plancherine, un autre Pierre, portier (claviger) du monastère54.

Un nommé Guillaume, « métral et syndic de Cruet », se donna, lui et ses biens, par testament fait dans l’infirmerie de Tamié en 123255.

A Berlion succéda une constellation d’abbés : Guillaume de Boges, cité en 1234 ; Pierre de Seythenay (1237-1242), Berlion de Bellecombe (1242-1245), Guy ou Guigues (1246-1250), appelé ensuite à Bonnevaux56. Guigues se vit chargé de missions, à deux reprises, par le pape Innocent IV, auprès de l’abbé de St-Michel-de-la-Cluse, puis auprès du prieur de Chamonix. Il obtint du même pape une bulle « contre certains perturbateurs qui prétendaient contraindre le monastère à payer les dettes de ceux qui s’y faisaient enterrer » !57. Le comte de Savoie Amédée IV s’intéressa lui aussi à Tamié : il assura le monastère de sa protection, par un diplôme de 1249; il s’attribuait, en même temps, un certain droit de patronat sur l’abbaye : naissance de prétentions qui auront, dans la suite, de graves inconvénients58.

Dom Jean, au court abbatiat, reçut du chapitre général de 1251 l’ordre de visiter le prieuré de Ronne fondé par les religieuses du Betton59. L’abbé Jacques d’Ameysin (1253-1262) termine notre série. Le chapitre général de 1257 l’autorisa à fêter liturgiquement saint Pierre de Tarentaise, canonisé en 1191. Les pères du Chapitre, attentifs à maintenir une parfaite uniformité, ne concédaient que parcimonieusement des fêtes particulières aux monastères60. Les soucis de l’Ordre, cependant, n’étaient pas seulement liturgiques : une querelle autour de l’élection de l’abbé de Cîteaux, ouverte en 1262, ne fut close qu’en 1265 par la promulgation, par le pape Clément IV, de la bulle « Parvus fons », qui réorganisait l’Ordre. Elle ne fit qu’assurer un peu de répit, à l’heure où approchait la « grande épreuve ».

3

LA DÉCADENCE

Les malheurs des temps.

« L’abbé de Bonnevaux, s’il le juge utile, est autorisé à disperser la communauté de Tamié ». Cette décision, inattendue, éclata comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu, au chapitre général de 126261. Que s’était-il passé ? Une autre décision de ce même chapitre général semble l’expliquer : la dispense, pour Hautecombe, de recevoir des hôtes pendant trois ans « parce qu’elle héberge les moines des deux abbayes-soeurs qui ont été détruites62 ». Un incendie avait-il ruiné Tamié ? Dix ans plus tard, en l’Épiphanie 1273, le comte Philippe de Savoie mandait à tous ses châtelains d’aider de tout leur pouvoir les moines de Tamié, « dont l’abbaye a été de nouveau détruite par un incendie »63. Jusqu’en 1678 la plupart des bâtiments du monastère étaient couverts de chaume ou « à tavaillons » - ces petites planchettes de bois remplaçant la tuile ou l’ardoise. Que ces mêmes bâtiments aient donc brûlé tant de fois est bien explicable. Un peu plus tard une lettre du comte de Genève invitait les habitants de l’environ à aider pour la reconstruction de la maison de Tamié... « à cause de l’incendie arrivé l’an 1314 »64. Dans ces conditions, il était difficile de recevoir des hôtes. Si grande cependant était l’importance de ce devoir d’hospitalité, que Tamié dut s’en faire dispenser officiellement, au chapitre général de 1267, dispenses renouvelées en 1269, 1275 et 129465.

Aux ravages de l’incendie s’ajoutaient des difficultés financières : en 1273, les meuniers d’Arbin, qui utilisaient l’eau jadis domestiquée [28] et canalisée par les moines, avaient refusé de payer les redevances dues à l’abbaye. Les besoins financiers étaient si pressants qu’il fallut prendre les grands moyens. Le pape Grégoire IX, en cette fin d’octobre 1273, se rendait au concile oecuménique de Lyon. Le prieur de Tamié, avec ceux d’Hautecombe et d’Aulps, partit à sa rencontre chez les cisterciens de Morimondo, vers Milan. Ils se joignirent au cortège, et sans doute traversèrent-ils avec lui toute la Maurienne, jusqu’à Montmélian, où l’on logea le « Seigneur Pape » dans la citadelle, tandis que sa suite devait se contenter de paille (fraîche) achetée pour la circonstance. Le prieur de Tamié dut parler des meuniers à Grégoire IX, car le 1er septembre 1274, le pape, encore à Lyon, enjoignait au prieur d’Arbin « de faire payer par censures ecclésiastiques ceux qui devaient à Tamié »66. Ce ne fut sans doute pas suffisant pour renflouer les caisses du monastère, pas plus que les rares aumônes, telle celle d’Henri de Chevron, qui, dans son testament de 1276, donne quelques terres et « toutes ses vaches et leurs veaux » à l’abbaye de Tamié67.

Après le feu, la guerre : Agnès de Faucigny, veuve de Pierre II de Savoie, légua le Faucigny à sa fille Béatrice, qui l’apporta en dot au Dauphin. Les Savoyards se virent pris en tenaille, au Nord et au Sud, d’où une guerre latente de 1285 à 1355. En 1305 Édouard de Savoie écrivait à son châtelain de Pont-de-Beauvoisin « qu’au cas où le Dauphin de Viennois et ses gens voulussent entrer dans le pays, il requière le gouverneur d’Évresol (sans doute le maître de cette grange) qu’il ait à faire venir ses gens pour la défense du pays »68. Par contre, vingt ans plus tard, le comte défendit à ses châtelains de Tournon, Ugine et Faverges de contraindre les hommes de Tamié c’est-à-dire ceux qui étaient employés sur les terres du monastère - d’aller en ses chevauchées. Mais que les hommes de Tamié fussent ou non de la bataille, ces luttes n’allaient pas sans leur cortège de ruines et de déprédations. Les possessions de l’abbaye étaient toujours prises entre deux feux : en 1313, le Dauphin Jean prenait sous sa sauvegarde l’abbaye de Tamié, ordonnant que soient restitués les biens du monastère situés à Avallon, la Bussière et Belle-Combe : ceux-ci avaient été confisqués à la suite d’une accusation de complicité dans la prise du château d’Avallon par les Savoyards69.

Quand les soldats n’étaient pas là pour fourrager, les chasseurs prenaient le relais de la malfaisance : le 20 mars 1324, le comte Édouard le libéral dispensait Tamié de nourrir piqueurs et meutes de chasse, rappelant que grâce analogue avait déjà été octroyée par Amédée IV son ancêtre70.

Une procuration de 1343 passée par toute la communauté nous donne une liste de 21 signatures71. Les frères convers et les novices n’y figurant pas, on peut estimer au moins à une trentaine le nombre des religieux à ce moment-là. Le temps des épreuves n’était cependant [29] pas terminé pour eux. Au feu et à la guerre s’ajouta bientôt la maladie. Connue sous le nom de « Peste Noire », la peste bubonique apparut en Europe en 1346, apportée d’Orient par des navigateurs ; elle poursuivit ses ravages jusqu’en 1352, emportant, en six années, un tiers de la population de l’Europe. Un distique bourguignon résumait la situation :

« En l’an trois cent quarante neuf,
De cent ne demeuraient que neuf ».

La perte de population entraînée par l’épidémie fut telle qu’il fallut plus d’un siècle pour s’en relever. Sur 226 feux (familles) dénombrés en 1334 à Pont-de-Beauvoisin, il n’en restait en 1420 que 77 ; sur 71 comptés à La Bridoire, 37. On ne sait pas avec précision si les ravages de la peste se firent sentir à Tamié ; de toute manière, l’épidémie avait tari le recrutement, et des moines et des convers72.

Faute de bras, les moines durent céder les domaines à qui pouvait encore cultiver ; les actes de la fin du XIVème siècle portent trace de quantité d’albergements73 consentis par l’abbaye. En 1352 le chapitre général autorisait l’albergement de « biens stériles » des granges de [30] Champagnier, à Menthonnay-en-Bornes, et de Ravoiry, à la Balme de Sillingy. En 1356 albergement à St-Franc ; en 1358 une demi-douzaine d’albergements étaient consentis aux alentours de la Bridoire. « Quand, vers 1360, la vaste grange d’Évresol ne trouve plus ni convers ni salariés disponibles par suite des mortalités qui ne cessent pas, l’abbé de Tamié alberge à presque chacune des familles subsistantes »74. En 1442 une bulle datée du concile de Bâle confirme un albergement à Bellocier «en raison du manque de main d’oeuvre depuis 90 ans »75.

La décadence était générale et ses causes multiples. La guerre de Cent Ans eut pour les monastères savoyards la conséquence fâcheuse de rendre difficiles les relations avec l’Ordre. Quant au grand Schisme d’Occident (1378-1417) il divisa la chrétienté en deux, puis trois obédiences ; on vit deux papes s’affronter, et le concile tenter vainement de refaire l’unité de l’Église. « Les abbés des monastères de notre Ordre disent que leurs maisons ont été accablées dans les temps passés, et plus encore maintenant ; en beaucoup d’endroits les destructions ont été totales, de par la malice des temps, les malheurs de la guerre, et le manque d’ouvriers... », gémit le Chapitre général de 1402 «... ne sommes-nous pas arrivés à la fin des temps ? L’iniquité abonde, la charité s’est refroidie ; ne pourrait-on pas croire à la venue prochaine de celui que famine et stérilité précèdent, l’Antéchrist ? »76.

Le grand relâchement...

L’Antéchrist n’était pas aux portes ; seulement le relâchement. Nous en étions resté à l’abbé Jacques d’Ameyssin, en 1262. Les abbés Anthelme de Faverges (1263-1276), Anselme d’Allevard (1277-1304) et Hugues de la Pallud (1305-1322)77 eurent le souci de la reconstruction du monastère après les incendies. En 1280, un Daniel, moine de Tamié, avait été élu évêque d’Oristano en Sardaigne ; il décéda avant d’avoir pris possession de son évêché78. Suivirent les abbatiats de Jacques Pascal d’Yenne (1322-1343) et de Jacques de Ribot ; prieur du monastère, il fut élu abbé en 1343. Il mourut en 134879 victime ou non de la peste, et Raoul de Sethenay lui succéda. Celui-ci fut élu deux fois « définiteur » (c’est-à-dire l’un des 25 abbés que le pape Benoît XII avait adjoints à l’abbé de Cîteaux, pour le bon fonctionnement de l’assemblée) aux chapitres généraux de 1356 et 135780.

Nous savons par la chronique de Morimondo qu’il envoya F. Maurice, de la Motte-en-Bauges, en compagnie de deux moines d’Hautecombe, au monastère de San-Stefano près de Terracine.

L’abbé Gérard de Beaufort fut élu le 12 avril 1358, trois jours seulement après le décès de Raoul. C’est Gérard de Beaufort qui [31] consentit à la plupart des albergements ; il mourut en 1380. Si son élection semble avoir été régulière, on ne peut pas en dire autant de celle de son successeur, Guillaume Guinand de Narbonne81. Moine et professeur de théologie au monastère de Fontfroide (diocèse de Narbonne), il fut ensuite abbé du Thoronet (au diocèse de Fréjus). C’est de là qu’il fut désigné pour l’abbatiat de Tamié, en 1381. Ces dates correspondent au début du « Grand Schisme » : en 1378, à la mort de Grégoire XI, dernier pape légitime d’Avignon, rentré à Rome en 1377, le collège des cardinaux se divisa et élut deux papes ; le pape de Rome, Urbain VI, et son compétiteur en Avignon, Clément VII. Celui-ci - Robert de Genève - était né à Annecy, et était de cette lignée des comtes de Genève qui firent des libéralités à l’abbaye de Tamié. Entre les deux papes, la chrétienté se partagea. Au diocèse de Narbonne, imitant en cela son archevêque - nommé par Clément-VII l’abbé de Fontfroide s’empressa de reconnaître comme légitime l’antipape Clément VII. Ne peut-on pas penser que Guillaume fut nommé abbé du Thoronet par Clément lui-même ? L’abbaye du Thoronet, à la suite d’une révolte des moines en 1328, était tombée en décadence totale, et donnée en « commende » par les papes d’Avignon82.

Le Savoyard Clément VII n’aurait-il pas ensuite disposé en faveur de Guillaume de l’abbaye de Tamié, que les moines le veuillent ou non ? La Gallia Christiana nous apprend justement que Guillaume fut en procès avec frère Nicod de Missy - qui était peut-être le candidat des moines -pour la possession de l’abbaye. La querelle fut arbitrée par les abbés de St-Sulpice et de Bonnevaux, et Guillaume resta maître du terrain.

Le même processus se retrouve lors de la désignation de son successeur, Pierre Castin. Celui-ci apparaît sur les registres de la Chambre Apostolique, comme abbé de Tamié, le 9 février 1391; il est alors qualifié «d’ancien abbé de Sénanque, transféré au monastère de Tamié »83. Ne peut-on pas voir là encore l’activité de Clément VII, toujours prompt à s’assurer des fidélités en distribuant des bénéfices ? L’antipape Clément VII avait bien pu tirer son compatriote Pierre Castin de l’abbaye d’Hautecombe, pour le placer à Sénanque.

Au demeurant le nouvel abbé préférait à son monastère le séjour de la cour du comte de Savoie où il était en faveur. Tout cela coûtait cher. L’abbé dissipa les revenus du monastère, et le chapitre général de 1397 demanda à l’abbé de Bonnevaux d’enquêter sur les agissements de Pierre Castin, moine d’Hautecombe, qui s’était rendu coupable d’excès, non précisés, dans une grange, et de lui faire réintégrer son monastère d’origine. la suite de cette enquête le chapitre de 139984 défendit à l’abbé de Tamié d’exercer tout pouvoir spirituel ou temporel, lui demandant de résider en l’abbaye, et non en la grange d’Évresol, et de se présenter, en personne, au prochain chapitre pour [32] répondre de sa conduite. Conduite qui nous est connue par un document non daté, antérieur de peu à 1400: une plainte des religieux de Tamié au comte Amédée VIII85. L’abbé, disaient-ils, avait accensé la grange d’Évresol à l’un des leurs, Rodolphe de Sethenay ; plus tard, l’abbé, toujours prompt à dilapider les biens du monastère86 avait fait chasser Rodolphe et occuper la grange ; or le monastère ne saurait vivre sans le revenu de cette grange.

On ne sait ce que fit le comte. Toujours est-il que cette plainte nous montre un abbé non résident, exploitant sans vergogne un monastère qu’il considère comme son bien propre, et ne laissant même pas de quoi vivre à ses religieux. Le chapitre général de 140087 dut déposer purement et simplement P. Castin, chargeant les abbés de Bonnevaux et de St-Sulpice d’installer un nouvel abbé, « qu’il soit élu ou désigné ». Le nouvel abbé fut Pierre de Barignie, jusqu’alors prieur du monastère de La Chassagne «désigné le 22 octobre 1400 par le pontife Romain » (Boniface IX)88. Pierre Castin ne se le tint pas pour dit. Son successeur avait été désigné par le pape de Rome ? il fit appel en Avignon le schisme continuait à l’antipape Benoît XIII. En témoignent des lettres décernées le 8 mai 1403 au prévôt de l’église d’Embrun par Benoît XIII, sur la supplique de Pierre Castin abbé de Tamié, pour citer en justice les abbés de Bonnevaux, de St-Sulpice, des moines de Tamié et « un religieux de la Chassagne »89. Force de loi resta à Rome : en 1417, le concile de Constance mit fin au schisme en élisant le pape Martin V. Le cardinal Jean de Brogny, chancelier de l’Église, originaire d’Annecy, et qui avait joué un rôle décisif au concile, couronna le nouveau pape. Jean de Brogny programma sans doute l’itinéraire de retour jusqu’à Rome de Martin V, par Annecy, Talloires, et Tamié, où il s’arrêta le temps de concéder à Pierre de Barignie, enfin confirmé dans ses droits, l’usage de la mitre aux messes solennelles. Pierre renonça à sa charge en 142090.

Claude Paret, qui lui succéda, fut élu cette fois régulièrement par les religieux, et une bulle de Martin V confirma son élection le 7 octobre 142091. Claude Paret fit partie de la délégation de 25 abbés cisterciens envoyés au concile de Bâle, qui s’ouvrit le 2 juillet 143192. Le pape Eugène IV désapprouvait la tenue de ce concile. Une lutte d’influence s’engagea entre concile et pape, lutte qui aboutit en 1439 à la désignation par le concile d’un antipape, le propre duc de Savoie Amédée VIII, qui prit le nom de Félix V. On ne sait si Claude Paret fut du nombre de ses électeurs. La légende voudrait que tant son hommage à Félix V, celui-ci lui aurait demandé quelle faveur il implorait. L’abbé supplia le pape de ne jamais permettre que son monastère tombât en commende. Ce que Félix aurait aussitôt promis. Promesse bien étonnante de la part de notre antipape, qui, dans son court pontificat (un an à peine) donna sept abbayes en commende [33] à ses fidèles, dont Hautecombe et Aulps. L’abbatiat de Claude Paret, au demeurant, fut sûrement assez recommandable pour qu’on lui confiât la responsabilité spirituelle de deux abbayes de religieuses : Bonlieu et Ste-Catherine qui dépendaient auparavant d’Hautecombe. Son successeur recevra en 1459 le monastère des Ayes, qui relevait d’Aulps93.

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