Rapport Brundtland de 1987, venant lui-même dans le prolongement du rapport du Club de Rome «Halte à la croissance»








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date de publication08.06.2017
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Du développement durable à la paix durable

André Maïsseu

a.maisseu@bluewin.ch



L’économie se définit, selon la conception canonique de Lionel Robbins, comme « la science qui étudie l'allocation de biens rares à des fins alternatives ». La définition qu’en donne Raymond Barre est similaire : « la science économique est la science de l'administration des ressources rares. Elle étudie les formes que prend le comportement humain dans l'aménagement de ces ressources ; elle analyse et explique les modalités selon lesquelles un individu ou une société affecte des moyens limités à la satisfaction de besoins nombreux et illimités » (Économie politique, Paris : PUF, 1959).
Quelles que soient leurs dissemblances, les théories économiques « académiquement correctes » prennent implicitement pour postulat, la Terre étant isolée au milieu de l’Univers, l’existence d’un système fermé, aux ressources limitées, qu’il s’agisse des ressources minières, des ressources énergétiques, de l’eau potable, des surfaces agricoles, etc..
Dans ce contexte d’un système fermé aux ressources limitées, l’eau, l'air, la matière, l'énergie, comme toutes les autres ressources entrant dans les processus de production et de consommation, sont modifiées par ces derniers. "Le rendu n'est pas le prélevé" (E. Morin). L’humanité ne peut fonctionner que par échange avec son environnement, qu'elle altère et dont elle va subir les effets en retour. Il y a feed back. Il y a rétroaction. "L'organisation transforme, pollue et enrichit" (E. Morin).
L'application du second principe de la thermodynamique, applicable aux processus économiques comme à toutes les activités humaines, se traduit par une évolution régressive allant jusqu’à l’effondrement final. Malthus l’avait déjà énoncé, en indiquant que l’exploitation des richesses de la nature ne pourrait pas supporter une expansion démographique infinie.


C’est dans ce cadre de pensée que se situe le concept de développement durable, celui d’un système fermé dont les ressources sont limitées. Forte du constat, d’une Terre aux ressources limitées inscrit dans le marbre du rapport Brundtland de 1987, venant lui-même dans le prolongement du rapport du Club de Rome « Halte à la croissance » de 1972, une plénitude d’experts a proposé le concept du « développement durable » comme remède miracle aux maux dont souffre la planète. Mais compte tenu du caractère limité des ressources planétaires, vouloir assurer à tous les habitants de la planète un niveau de vie qui comparable au niveau de vie actuel des citoyens moyens des pays dits développés aurait pour effet d’accélérer la venue de la catastrophe finale. Le développement durable « écologiquement correct » se définit alorss comme la mise en oeuvre d’une gestion optimale de la pénurie. Il n’a pas pour objectif d’éviter à l’humanité son anéantissement final, ce dernier étant inévitable, mais d’en retarder l’issue fatale.



Le concept du développement durable est ainsi consubstantiel de celui de pénurie. Ce n’est, de fait, que le dernier avatar de la pensée malthusienne qui verrait une élite éclairée contraindre l’immense majorité de la planète à une paupérisation généralisée, rebaptisée cyniquement de « rusticité confortable1 », afin de ralentir la course de l’humanité vers la catastrophe finale.



Ce développement durable « écologiquement correct »est devenu la référence obligée des décideurs politiques et des institutions internationales. Il est censé concilier trois impératifs : la croissance économique, la réduction de la pauvreté et la préservation des écosystèmes. Il s’est ainsi invité au centre des préoccupations internationales par exemple en 1992, lors du Premier « Sommet de la Terre » à Rio de Janeiro. Depuis, il fait l’objet d’une grand messe solennelle annuelle, les COP, qui se tiennent à grand renfort de tambours et de trompettes dans l’enceinte des Nations Unies.
Mais qui dit pénurie, dit lutte pour la vie, une bataille perpétuelle, des affrontements sans fin, entre individus où seuls les plus forts survivent aux dépends des plus faibles.
Force est de constater que les résultats obtenus par l’application du concept de développement durable « écologiquement correct » sont totalement en phase avec l’existence du paradigme fermé qu’il est supposé gérer, un paradigme déchiré par des conflits perpétuels entre des humains cherchant à s’approprier les maigres ressources qu’il contient : Une part croissante de la planète ne cesse pas de se paupériser. Les inégalités ne cessent pas d’augmenter : 0.07% de la population mondiale, soit 35 millions de personnes, possèdent 44.0 % des richesses mondiales, ces « riches » étant responsables de 49% de la pollution planétaire. Les émissions de gaz à effets de serre augmentent régulièrement. Jour après jour, les océans sont transformés un peu plus en égouts. Les pénuries alimentaires augmentent quotidiennement. De plus en plus de personnes à travers le monde n’ont accès ni à l’eau potable, ni à l’électricité. Des conflits militaires naissent partout. Les flots de déshérités fuyant leur pays d’origine deviennent ingérables.
Les pénuries naturelles contraignent l’activité humaine. Elles sont causes des disfonctionnements des paradigmes sociétaux qui ont construit l'histoire de l’humanité depuis ses origines. Ces disfonctionnements affectent simultanément notre environnement physique, nos écosystèmes, le fonctionnement et la structure de nos sociétés, les modalités de création de richesses et de répartition entre classes sociales et selon les zones géographiques. Prétendant corriger ces désordres, les règles de fonctionnement fondées sur l’écologiquement correct ambiant, qu’elles soient issues des mouvances libérale, socialiste, théocratique, écologiste ou « sustainabiliste », ne font qu’aggraver ces disfonctionnement. L’humanité ayant depuis des siècles, recourt à la force pour réduire ces disfonctionnements, l’avènement d’une paix durable est « durablement » repoussé infiniment. L’état de guerre perpétuelle semblerait inscrit dans ses gènes « War is the foundation of all high virtues and faculties of men2 ». L’humanité serait condamnée si chaque citoyen du monde voulait avoir le même niveau de vie que celui d’un norvégien, d’un luxembourgeois, d’un suisse ou d’un américain, l’exploitation forcenée des ressources naturelles étant frappée par la malédiction de la loi de Ricardo des rendements décroissants satisfaisant à la loi d’airain de l’entropie.
Le développement durable « écologiquement correct » est incompatible avec une paix durable.
Est-il possible d’accepter une vision aussi noire de l’avenir ? Doit-on s’interroger avec Bergson et Brillouin et retrouver Prigogine ? : « Cette image de la mort inexorable de l’univers que suggère le deuxième principe de la thermodynamique ... cette idée qu’en raison de la nature même des choses, le seul futur possible et ultime pour l’homme soit l’annihilation des choses s’est infiltrée comme une paralysie à travers toute notre culture » (L. Brillouin3) et Brillouin de poursuivre «  Comment est-il possible de comprendre la vie quand le monde entier est dirigé par une loi qui, tel le second principe de la thermodynamique, pointe vers la mort et l’annihilation ? » faisant écho à Prigogine « Do two irreductible types of physical law exist, one concerning inaminate matter and the second living matter »
En appliquant à l’information l’expression de Shannon donnant la valeur de l’entropie, Léon Brillouin résout le paradoxe du diablotin de Maxwell4. L’entropie thermodynamique de Gibbs apparait alors comme un cas particulier de l’entropie de Shannon appliquée à l’information sur un système thermodynamique. Appliquée aux êtres vivants, la néguentropie de Schrödinger représente l’information transmise par les gènes. L’entropie de Shannon devient un cas particulier d’entropie thermodynamique. Entropie thermodynamique et entropie de Shannon sont chacune un cas particulier de l’autre, impliquant qu’il s’agit d’un seul et même concept. La question posée par Prigogine sur l’existence de deux formes distinctes d’entropie est alors résolue, avec pour conséquence directe la dénégation de l’existence d’un système fermé comme cadre de l’activité humaine
L’humanité vit et se développe dans un système ouvert, pris au sens de Prigogine, animé et parcouru par des processus, localement possiblement réversibles, mais en grande majorité irréversibles. Le signe de l’entropie du système est inversé ; il y a néguentropie.
L’humanité vit et prospère dans un système ouvert dont l’une des ressources, le savoir, est illimitée. Les processus économiques, dans la plupart des cas, ne sont pas réversibles ; ils sont irréversibles.
Le savoir provient d’un univers non clos, d’un univers sans frontière, celui de la créativité humaine. L’exploitation d’un corpus de savoirs par nature illimités, aux côtés des ressources naturelles, par nature illimitées, permet de transcender une Economie entropique en une Economie néguentropique. Le savoir, compris sous sa forme la plus large, c'est à dire savoir, savoir-faire et savoir être, est ainsi la clef de voûte du fonctionnement et de l'évolution d'un système socio-technico-économique soucieux d'une croissance économique créatrice de richesses, et respectueuse de la qualité de l'environnement, éloignant définitivement le spectre des pénuries, pour établir durablement les tonalités d’une abondance possiblement partagée, et d’une paix durable, les prétextes aux conflits, les multiples pénuries, ayant disparues.
L’exploitation du savoir permet d’inverser la fatalité de la dégénérescence finale de l’humanité. En s’inscrivant dans la logique énoncée par Lavoisier, « Rien ne se perd rien ne se crée, tout se transforme », le rendu sera identique au prélevé, au prix d’un usage toujours plus intensif d’énergie, de savoir, et de capital. En incorporant l’intelligence créatrice de l’homme, en ajoutant les ressources immatérielles générées par l’inventivité humaine aux ressources matérielles, et conséquemment en créant toujours plus d’emplois, nos sociétés sont capables de s’affranchir de « la fatalité du second principe de la thermodynamique » (L. Brillouin).
Une interprétation imbécile de la nature des sous-produits des cycles de production et de consommation – les « déchets » -, a fait assimiler la production des « déchets » à du gaspillage. Les atomes de fer, de cuivre, de phosphore, de souffre, etc., … ne s’enfuient pas jusqu’aux confins de l’univers par leur consommation. Lavoisier l’avait énoncé il y a deux siècles : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » Les déchets sont des ressources naturelles de second ordre, tout comme les ressources minières ou agricoles. Tout comme on sait traiter les ressources naturelles du premier ordre pour fabriquer des biens de consommation, il est possible de retraiter les ressources naturelles du second ordre, les « recycler »5.
Les ressources de la planète sont recyclables à l’infini. Le spectre de la pénurie doit disparaître.
Pour ce faire, les technologies nécessaires existant déjà, les capitaux nécessaires pouvant être aisément mobilisables, il faut de l’énergie en abondance, beaucoup d’énergie, une énergie qui n’émette pas de gaz à effet de serre, une énergie qui ne confisque pas de terres agricoles, une énergie qui ne perturbe pas la vie dans les airs, sur terre et dans les mers. Cette énergie existe, c’est l’énergie nucléaire
Malheureusement pour l’Union Européenne, les trente dernières années qui virent la dictature de la bien pensance écologique imposer sa loi dans les couloirs de la Commission Européenne et du Parlement européen, ont fait disparaitre quasiment tout le savoir faire en matière de technologies nucléaires. Presque tous les programmes de Recherche et Développement ont été sabrés, hormis ceux consacrés au démantèlement et à la gestion des « déchets ». Les compétences en matière d’ingénierie nucléaire se sont envolées presque partout. Les mouvements écologistes ont ainsi sabordé la science et la technique nucléaires européennes. La France était relativement épargnée de ce désastre, mais la gouvernance catastrophique d’Areva pendant ces dix dernières années a conduit l’industrie nucléaire française au bord du gouffre.
Lorsque le jour, très proche, sera venu de la relance massive en Europe de l’industrie nucléaire, pour répondre par exemple aux gigantesques besoins en énergie de la voiture électrique, du dessalement de l’eau des océans, du chauffage urbain orphelin des hydrocarbures liquides et gazeux, seule l’industrie nucléaire française pourra répondre présent … à la condition qu’elle puisse s’appuyer sur un partenaire solide dans le cadre d’une coopération internationale. Rares sont les pays qui pourront venir au secours de la France et de l’Europe. Il restera à la France à espérer que la Russie ait oublié le mauvais tour que le gouvernement français lui joua dans la triste affaire des Mistrals.


1 Cavana (1997) « Chéri, tu descends vider les neutrons ? » in Charlie Hebdo, Paris 1 octobre 1997, p12

2 John Ruskin (1819-1820).

3Brillouin L (1959) « La science et la théorie de l’information » Masson, Paris

4 Voir également : Andre Maisseu (2004) “Gestalteconomy, paradigm of knowledge management” Int. J. of Nuclear Knowledge Management 2004 - Vol. 1, No.1/2  pp. 1 - 32

Andre Maisseu –(2006) “Gestalteconomy: the economic bases of knowledge management” Int. J. of Nuclear Knowledge Management 2006 - Vol. 2, No.2  pp. 174 - 198

5 Dès lors que l’on sait recycler les combustibles nucléaires usés, comme à La Hague, on sait tout recycler !






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