L’hypothèse de la normalisation de l’urbanisation chinoise








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Les 10 figures de la ville générique


Première figure

La trame urbaine en damier

Les villes chinoises sont mises au carré. Le modèle orthogonal d’un réseau routier en damier se substitue peu à peu à des plans de ville plus libres et à des formes organiques. Transformation de masse qui touche jusqu’à la plus modeste et reculée ville chinoise (ex : Kashgar)

Facteurs :

-adaptation des centres urbains à l’automobile

- découpage de l’espace en lots géométriques par les promoteurs pour accroître la rentabilité

- volonté du gouvernement de mieux contrôler la ville

Deuxième figure

La rue piétonnière

Concept totalement étranger à la culture chinoise avant les années 2000. Apparaît dans les villes occidentales à la fin des années 1980. Ces rues dédiés à la consommation concentrent les grandes enseignes internationales, cafés, restaurants comme dans toutes les villes occidentalisées

Ex. : Rue de Nankin (Shanghai), Rue Wangfuling (Pékin), Rue Jan Danjié (Pékin)

Troisième figure

La grande place centrale

Développement de grandes places sur le modèle de Tian An Men dans toutes les villes chinoises. Ces places sont pavées, abritent des monuments symbolisant l’unité du peuple chinois, des écrans numériques géants, des enceintes diffusant de la musique « pop »

Ex. : Lhassa

Quatrième figure

Le quartier d’affaire et ses tours

Désigne une zone où les équipements (immeubles, bureaux, hôtels) sont conçus pour répondre à de grands besoins en services financiers, commerciaux, d’information, avec un réseau de transport et de communication très performant. Ils sont les symboles de la « ville globale »et leurs tours sont devenus des outils de marketing urbain, vecteur de signes de puissance et de réussite.

Ex. : Shanghaï (tours totems comme la Perle d’Orient, la tour Jin Mao, le Shanghai World Financial Center) ; Pékin ; Wuhan ; Hong-Kong ; Canton ; Urumqi ; Chongqing ; etc.

Cinquième figure

L’invitation de « stars architectes »

Les villes, en compétition entre elles, attirent des stars architectes pour ériger des tours originales, de nouveaux quartiers, des monuments modernes et remarquables qui doivent avoir un impact visuel très fort. Les stars architectes viennent souvent de bureaux d’étude mondialement connus.

Ex. : Rem Koolhass (CCTV Tower, Pékin), Pei (Oriental Fianncial Center de Shanghai), Paul Andreu (Nouvel Opéra de Pékin, Bibliothèque de Canton, Centre administratif de Chengdu, CBD de Pékin) ; Norma Foster (HSBC Tower à Hong-Kong, Aéroport de Hong-Kong) ; Herzog et De Meuron (Stade olympique de Pékin), etc.

Sixième figure

La gare et l’aéroport de verre et d’acier

Gares et aéroports sont en plein essor à cause de l’explosion des mobilités en Chine. Ils sont vendus clef en main par cde grands groupes occidentaux et porteurs d’une image moderne.

Ex. : Quartier de la gare de Xizhimen à Pékin, Gare Est de Chengdu, gare de Qingdao, immense gare de Wuhan, gares des villes moyennes souvent situées en dehors de la ville autour d’un nouveau quartier d’affaire, etc.

Septième figure

Le centre ancien « touristifié »

La reconversion des centres anciens en zone touristique tend à devenir une pratique courante. Avec l’explosion du tourisme chinois et international, le patrimoine est devenu une ressource commerciale. Les anciens quartiers qui ne sont pas détruits sont vidés de leurs habitants et reconstruit dans un style « chinois » et le plus souvent accessibles avec un ticket d’entrée. Les enseignes commerciales (Mac Donald’s, Starbucks, etc.) renforçant l’idée d’une « disneylandisation » des centres anciens.

Ex. : Suzhou, Pingyao, Lhassa, Vieille ville chinoise de Shanghai, Hutongs de Pékin, etc.

Huitième figure

Le quartier « branché »

Le quartier à la mode et branché est devenu une figure emblématique de la « ville générique ». Le quartier s’organise autour d’une artère piétonne qui irrigue l’ensemble des boutiques, cafés, restaurants, bars à la mode. Il allie réinvention du patrimoine et rentabilité commerciale.

Ex. : Xintiandi (Shanghai), Shichihuai (Pékin), Xihu Tiandi (Chongqing), Wuhan Tiandi (Wuhan), Foshan Tiandi (Fishan), etc.

Neuvième figure

Le Fast-food

Illustre avec force l’ouverture de la Chine à la société de consommation. Diffusion très rapide de ce modèle en Chine depuis les années 1990. La croissance rapide de ce marché tend à homogénéiser les villes sur l’ensemble des espaces urbains chinois.

Ex. : KFC en Chine depuis 1987, Mac Donald’s depuis 1990, Pizza Hut depuis 1990, Burger King depuis 2005, Starbucks depuis 2000, etc.)

Dixième figure

Le « grand évènement mondiale »

Les plus grandes métropoles cherchent à attirer des évènements mondiaux. C’est l’occasion d’aménager de nouveaux quartiers qui entrent dans une stratégie de marketing urbain.

Ex. : Jeux Olympique de Pékin (2008, puis 2022), Exposition universelle de Shanghai (2010), Jeux asiatiques de Canton (2010), etc.


La ville chinoise au carrefour de quatre modèles urbains
L’urbanisme chinois contemporain est influencé par des références que l’on peut aisément ranger dans la catégorie des modèles « fonctionnalistes », ancrés dans un rapport positiviste à la modernité et appuyés par une quête du progrès. Les travaux historiques montrent que ces modèles sont essentiellement venus de l’étranger, sous l’influence des puissances européennes au XIXe siècle, puis sous celle de la Russie soviétique au milieu du XXe siècle. Depuis l’ouverture économique de la Chine à la fin des années 1970, ces modèles ont continué à s’imposer, d’une certaine façon dans la continuité doctrinale du maoïsme qui a créé un lien direct entre urbanisme et projet de développement. Derrière cette continuité apparente, il existe des tensions qui ont opposé le modèle fonctionnaliste à son alternative identifiée dans l’histoire de l’urbanisme, le modèle culturaliste; ce dernier a cherché une place en Chine au milieu du XXe siècle, mais sans succès. Par exemple, les débats tendus entre experts sur la transformation de Pékin dans les années 1950, aujourd’hui bien documentés, ont mis face à face les partisans d’une transformation radicale de la ville au profit d’un projet nouveau de société à ceux proposant, comme le célèbre architecte Liang Sicheng, une prise en compte du patrimoine et des espaces verts, éléments de l’identité de la ville.

Le succès du modèle fonctionnaliste s’explique par le caractère fortement politique de sa doctrine : le régime chinois a rapidement entrevu, dès la période maoïste, l’intérêt de soutenir un tel projet idéologique de transformation de la société. À l’instar de nombreux pays émergents, la Chine assure un lien étroit entre un modèle urbanistique et la visée modernisatrice d’un régime autoritaire. D’ailleurs, la continuité du régime, au-delà de la Révolution culturelle et du procès fait au maoïsme radical, explique que le modèle fonctionnaliste ait perduré jusqu’à aujourd’hui ; l’urbanisme qui renaît à la fin du maoïsme se positionne, en effet, plus en continuité qu’en rupture. Les plans de masse des nouveaux quartiers d’habitation (xiaoqu en chinois) compartimentent l’espace en immenses blocs de façon systématique et monotone; des réseaux routiers gigantesques fractionnent les espaces urbains. L’empreinte de ces formes est généralisée à toutes les villes chinoises jusque dans les provinces les plus éloignées, à tel point que l’on pourrait y voir une « architecture de la photocopieuse ».

La première période des réformes denguistes, dans les années 1980, a utilisé le modèle fonctionnaliste pour adapter la ville chinoise à l’économie industrielle mondialisée. Shenzhen, l’une des premières zones économiques spéciales, a servi de territoire d’expérimentation ; elle a depuis conservé un statut un peu particulier. D’emblée, l’objectif assigné à l’urbanisme est de mettre en place les conditions pour un développement économique rapide.

Un quartier d’habitation à Pudong, Shanghai

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Dans les années 1990, avec la libéralisation de l’économie, et en particulier la libéralisation du marché foncier, un modèle de type « entrepreneurial » s’est imposé ; dans un contexte de plus grande décentralisation, les acteurs publics locaux ont été enjoints à développer des stratégies de valorisation des formes locales de capital, à la fois foncier et industriel, pour dégager des revenus.. D’un point de vue théorique, il relève en partie du modèle néolibéral. En effet, ce modèle « entrepreneurial » renvoie à un contexte de production de la ville opportuniste, dans un contexte de gouvernance liant acteurs publics et acteurs privés, avec des déclinaisons locales variées et hétéroclites, mu par la marchandisation de l’espace urbain et surtout du logement. Ce modèle, malgré les apparences, ne traduit pas le passage à une posture post-moderne qui aurait dépassé la posture moderne du fonctionnalisme. D’une part, il reste associé au grand récit d’une société en train de se moderniser ; les slogans sur la « ville civilisée » ou la « civilisation urbaine » (chengshi wenming en chinois) placardés dans les espaces publics en sont l’expression la plus visible. D’autre part, l’urbanisme reste inféodé à une politique d’urbanisation dirigée ; de nombreux auteurs, évoquant pour certains d’entre eux la notion d’« urbanisation administrative » (administrative urbanization) ont bien souligné combien les modalités de production de la ville se conforment aux stratégies locales de maximisation des ressources, en particulier foncières, soumises au pouvoir discrétionnaire des hommes politiques locaux. Au final, ce modèle urbanistique de la deuxième phase des réformes peut en effet être qualifié de « développementaliste » tant il est obsédé par la recherche du développement à tout prix.

Depuis le début des années 2000, ce modèle est largement remis en cause ; les attaques grandissantes contre les conséquences négatives d’une stratégie de développement essentiellement tournée vers la croissance économique l’ont particulièrement touché. Les principales critiques portent sur les écarts entre les villes et les campagnes, l’exclusion sociale, les problèmes environnementaux, etc. On dénonce la monotonie urbaine et architecturale, la mégalomanie de certains projets portés par des pouvoirs locaux trop zélés, le découpage en méga-blocs difficiles à traite, par exemple.

Ces critiques s’inscrivent dans un contexte de réflexions nationales sur la place de l’urbanisme dans la « nouvelle stratégie d’urbanisation », qui entend reconnaître les erreurs du passé, identifier les enjeux à venir et attribuer de nouvelles missions à l’urbanisme. La loi sur le développement urbain et rural, promulguée en 2008, marque un tournant institutionnel important. Dans les principes, il s’agit d’affirmer l’importance des questions sociales et environnementales face aux questions économiques. L’action sur la ville est envisagée non plus dans une dynamique quantitative d’extension mais dans une logique plus qualitative de renouvellement. Par ailleurs, l’urbanisme est repensé dans une position qui se veut humaniste, plaçant l’individu au centre de ses préoccupations : on parle à cet effet d’ « urbanisme humaniste » (renben chengshi guihua en chinois). Il s’agit également de soutenir un urbanisme dit scientifique, c’est-à-dire qui repose sur un cadre d’analyse élaboré et une plus grande autonomie dans les recommandations : une façon de se défaire du désir du « prince » et de l’entrée technicienne réductrice par les codes et règlements.

Au cœur du nouveau dispositif, il est possible d’identifier une notion clé : l’intégration. D’ailleurs, certains auteurs ont déjà qualifié la phase actuelle de l’urbanisme chinois comme celle de « l’urbanisme intégré » (comprehensive urban planning).Cette dimension est transversale : il s’agit d’intégrer les villes et les campagnes, les thématiques sectorielles, les différentes réalités urbaines dans le projet, etc. Des changements dans les pratiques de l’urbanisme en sont imprégnés, essentiellement dans les villes les plus développées de la façade orientale (Pékin, Shanghai ou Shenzhen, par exemple) : notamment, les instituts d’urbanisme sont devenus les instituts du développement urbain et rural, les commissions de transport sont dites intégrées, la participation du grand public est devenue une norme pour la révision des schémas directeurs, les grands projets laissent la place à des opérations de renouvellement urbain qui s’attachent à faire la ville sur la ville.

À maints égards, ce modèle « intégrationniste » émergent se rapproche d’un modèle de la « ville durable » en voie d’internationalisation. La doctrine chinoise de la « nouvelle stratégie d’urbanisation » reprend, en effet, les grands fondamentaux normatifs de la « ville durable ».Par ailleurs, la circulation des bonnes pratiques et de certains modèles conforte le mouvement de convergence entre la Chine et le reste du monde ; il en va, par exemple, du succès du modèle TOD (transit-oriented development) qui, en provenance des États-Unis, préconise une meilleure articulation entre urbanisme et transport. Plus généralement, le modèle urbanistique chinois émergent est particulièrement réceptif à une approche gestionnaire de la ville qui reposerait sur l’apport de nouvelles technologies. La nature technophile du modèle chinois trouve assez facilement un écho dans la réduction souvent abusive du modèle de la ville durable à sa seule dimension environnementale ou à l’un de ses corollaires, la ville intelligente (smart city).

Jean-François DOULET, Métropolitiques, avril 2015


Pauvreté et inégalités dans la Chine urbaine
Durant la période maoïste, la société chinoise urbaine était essentiellement égalitaire, et les différentiels entre groupes et secteurs sociaux étaient non significatifs. Pour la majorité des résidents urbains titulaires d’un hukou urbain, la mobilité professionnelle était limitée et les emplois toujours fournis par les autorités administratives dans le cadre du danwei. Les salaires étaient bas, mais différentes formes d’aides existaient, assurés gratuitement. La division la plus importante de la société à l’ère maoïste était la division entre zones rurales et zones urbaines, décrite par certains comme la Grande Muraille de la société chinoise. La grande majorité des résidents ruraux n’avaient pas le droit d’habiter la ville et était enchaînée à sa terre. Si la pauvreté absolue régnait dans les zones rurales, elle ne touchait en revanche qu’une petite partie des résidents urbains (…).

Dans les décennies qui ont suivi la réforme denguiste, avec un assouplissement progressif de la politique du hukou et le développement rapide d’une économie de marché, le pays a vu un nombre croissant de migrants se déplacer à partir des zones rurales et des zones urbaines vers d’autres zones urbaines (grandes villes, villes côtières) à la recherche d’opportunités d’emplois meilleurs et de revenus plus élevés. Ce flot massif de migrants ruraux a satisfait la demande de main d’œuvre bon marché dans les villes et a alimenté trois décennies de croissance économique rapide dans une économie de bas salaires. Outre les migrants ruraux, les grands centres urbains situés dans le delta de la rivière des Perles et du Yangzi, et dans l’axe économique Pékin-Tianjin, ont également attiré des millions de migrants urbains quittant leurs petites villes d’origine.

L’étude menée indique que les inégalités ont explosé dans les grandes villes. Les résidents urbains locaux, les migrants urbains venus d’autres villes et les migrants des campagnes ont tendance à bénéficier de niveaux clairement différents d’aides publiques et les disparités entre ces trois groupes se sont accentuées. Entre 6% et 17% de la population totale vivrait dans la pauvreté, mais les migrants ruraux et les migrants urbains sont les plus touchés. On peut affirmer sans risque que les migrants ruraux sont particulièrement touchés. Cependant, les programmes officiels de lutte contre la pauvreté dans de nombreuses villes ne touchent que 0.5% à 2.8% des pauvres et excluent les migrants qui ne sont pas répertoriés par le système local du hukou urbain.

D’après Fei GUO et Zhiming CHENG, Disparités du marché du travail, pauvreté et inégalité en Chine urbaine, Perspectives chinoises n°2010/4


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