L’hypothèse de la normalisation de l’urbanisation chinoise








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Conclusion : à la recherche de la « nouvelle ville chinoise » ?
La rapidité des changements urbains en Chine rend difficile toute tentative d’interprétation et pose la question de l’identité de la métropole chinoise d’aujourd’hui. Cette métropole doit-elle se comprendre encore dans une référence aux années marquantes du maoïsme, la « ville post-maoïste », ou doit-elle s’apprécier à l’aune de caractéristiques nouvelles qu’elle possèderait en propre, en somme celle d’une « nouvelle ville chinoise »? Les villes chinoises ne seraient-elles encore que des « villes émergentes » ? Peut-on d’ores et déjà identifier un modèle urbain chinois ? Si tel est le cas, ce modèle urbain serait-il vertueux comme tend à l’affirmer la Banque mondiale ? S’il n’apparaît pas facile, ni utile, de se prononcer définitivement, il apparaît en revanche salutaire de croiser les approches possibles de la métropole chinoise et de creuser la complexité des phénomènes urbains.

De nombreux événements, comme la mise sous les projecteurs de Pékin à l’occasion des jeux Olympiques de 2008, montrent que la métropole chinoise est « entrée dans le monde » : elle en devient plus familière, plus proche et, d’une certaine façon, son devenir se construit sur des formes d’interdépendance nouvelles avec le reste du monde. Il est à parier que les enjeux du développement urbain chinois ne cesseront de s’appuyer sur des réflexions croisées et des interrogations stimulantes, comme celles auxquelles invite l’Exposition universelle de 2010 organisée à Shanghai autour de la thématique de la qualité de la vie en ville.•
Jean-François DOULET, Perspectives chinoises, 2008/4

Les héritages de la ville maoïste

Le Danwei

Chantiers, grues à perte de vue, immeubles qui poussent dans le gris de la pollution…, Pékin connaît actuel lement une urbanisation fulgurante. Les adaptations nécessaires en termes de gestion urbaine et les évolutions sociales dans les quartiers d’habitation sont immenses. « Bianhua henda », disent les Pékinois, « les changements sont grands » : économiques, urbanistiques, sociétaux. Avant l’instauration du communisme, en 1949, les siheyuan, maisons à cours carrées de briques grises à un étage, composaient la ville traditionnelle. Pendant la période communiste, jusqu’aux années 1990, les employés-habitants vivaient sur leur lieu de travail, hébergés par leur entreprise, l’unité de travail, ou danwei. Le système de la danwei prenait en charge la vie des Chinois « de la naissance à la mort » : scolarité, travail à vie, loisirs, santé, etc. La vie privée était inexistante mais fortes étaient les solidarités entre voisins.

Outil puissant de contrôle social, notamment pour le planning familial, la danwei a aujourd’hui quasiment disparu. Depuis les réformes entreprises par Deng Xiaoping, la construction d’immeubles de logement et la privatisation de l’habitat constituent une révolution dans la structure des villes. L’instauration progressive d’un marché immobilier dans les années 1980 va amorcer la déconnexion entre lieu de travail et habitation. Les citadins peuvent désormais choisir leur logement. Les réformes économiques ont un impact social et urbain. « Le cadre architectural de la vie de famille a changé : les vastes maisons à cours traditionnelles font de plus en plus souvent place à des résidences divisées en petits appartements. » En plein centre de Pékin, l’entrée de la résidence Dongfang est contrôlée par de jeunes gardes, comme dans toutes les résidences. L’individualisme y a désormais toute sa place. Un propriétaire raconte : « Ce genre d’endroit est très différent des anciennes ruelles. Les gens ont choisi de vivre ici, où les relations de voisinage sont moindres. Les gens ferment leur porte et fuient les espaces communs. »
Si les nouveaux blocs d’habitation ne correspondent plus aux anciennes unités de travail, le contrôle social dans le secteur résidentiel n’a pas pour autant disparu. Il a pris des formes nouvelles : protection des entrées, caméras de vidéosurveillance, activités pour la communauté de la résidence. Parallèlement, des comités de propriétaires pour la défense des intérêts communs aux résidences ont fait leur apparition. Comme disent les Pékinois, « Bienhua henda ! »

David Bénazéraf, Sciences Humaines n°193, Juin 2011

Le Hukou

Le « hukou » (de « hu » = foyer et « kou » = résident, qu’on pourrait traduire par les expressions « livret d’enregistrement de résidence » ou « système d’enregistrement des ménages ») est le principal document d’identité d’un Chinois. Il se situe dans la continuité d’une tradition ancienne de l’Empire chinois de volonté de contrôle des mouvements de population. Créé en 1951 pour les villes, en 1955 pour les campagnes, selon le modèle de la « propiska » (passeport intérieur soviétique), le hukou indique le lieu de résidence officiel d’une personne, classée rurale ou urbaine. Les agriculteurs en zone urbaine disposent d’un hukou rural. Les enfants héritent du hukou de leur mère. Familles rurales et urbaines sont différenciées pour divers domaines : la politique démographique qui leur est appliquée, l’accès au logement, aux soins médicaux, à l’école, les tickets de rationnement alimentaire, la priorité à l’emploi, voire le mariage. Le hukou urbain est très demandé par les ruraux, car il symbolise le statut : selon un proverbe chinois les gens « aiment mieux un lit dans une ville qu’une pièce à la campagne ».

Le contrôle du hukou est fréquent dans les transports ferroviaires chinois. Les nouveaux venus dans les quartiers urbains sont toujours soumis à une enquête du comité de quartier et les fraudeurs au hukou, vite démasqués, sont remis aux autorités de police. Un hukou rural ne permet pratiquement pas de vivre en ville, sauf attribution d’un permis de transfert de hukou. Il faut alors remplir des formulaires complexes, prouver qu’on aura un emploi en ville - mais comme l’obtention d’un emploi dépend souvent de l’attribution du hukou urbain….

Le gouvernement central détermine les quotas de transferts de hukou de rural à urbain en fonction des besoins des entreprises d’État ou des unités militaires, des promotions administratives ou des formations universitaires, de manière analogue aux permis de séjour et pour l’immigration dans un pays étranger avec l’attribution de visas de travail. Les hukou urbains peuvent parfois être valables pour de multiples villes - en général un hukou de grande ville permet d’obtenir un transfert vers une petite ville, mais le contraire n’est pas fréquent.

Des hukou « collectifs » sont attribués aux personnes amenées à résider ensemble dans une institution, une organisation, une école, une entreprise, un établissement d’utilité publique ou une résidence universitaire. Il s’agit donc de permis de résidence intermédiaires entre permis de résidence temporaire et permis de résidence permanent ; ils sont indispensables pour les travailleurs migrants employés sur les chantiers des grandes métropoles ou dans les ateliers des principales zones de production industrielle..

Le hukou familial concerne les personnes ayant des liens d’alliance ou de sang. En Chine, toute personne inscrite au registre collectif d’une institution doit en être radiée au cours du mois suivant son mariage, car elle obtient un certificat familial à la place. Si les titulaires de hukou collectif n’ont pas les moyens d’acheter un logement et qu’ils souhaitent se marier, ils risquent de se voir refuser la licence de mariage donnant droit au hukou familial et de mettre au monde un enfant sans pouvoir attester d’un domicile sur place, L’enfant devient alors un « résident illégal » ou, comme on les appelle plus communément, un « hukou noir », avec, entre autres conséquences, des difficultés d’accès à l’éducation et aux services de santé. Rien que pour Pékin, cela concernerait un demi-million d’enfants à la fin de 2009.

Introduite à Wuhan en 1983, étendue à toutes les villes en 1985, et aux villages en 1995, la réforme du hukou donne plus de souplesse avec l’attribution de permis de séjour temporaires en ville d’un mois minimum, renouvelables chaque année. Le livret du hukou et la lettre de recommandation qui l’accompagnait sont remplacés par une carte nationale d’identité informatisée. Les taxes levées sur les migrants par les municipalités ont été interdites. La province du Guangdong a même supprimé le dispositif. En 2007, le Ministère de la Sécurité Publique a annoncé que, dans le but de réaliser l’égalité du statut des citoyens, la Chine ferait activement progresser le système de gestion du hukou, tout en supprimant peu à peu sa double structure, ce qui signifie une abolition graduelle de la distinction entre hukou urbain et rural, ce qui est déjà officiellement le cas en Hebei, Zhejiang et Liaoning. Depuis février 2009, tous ceux qui disposent d'une carte de séjour de Shanghai depuis 7 ans, y travaillant et cotisant au système de sécurité sociale, peuvent postuler au hukou de la ville.

Mais les prérequis à l'obtention du hukou urbain restent en vigueur et les grandes villes ont maintenu un dispositif très discriminatoire à l'encontre des migrants. À Shanghai, les candidats font l'objet de vérifications fiscales, judiciaires et bancaires. Les exemptions sont accordées à ceux qui jouissent d'une certaine compétence professionnelle ou occupent des postes technologiques ou administratifs importants. De plus, c’est l'employeur du travailleur migrant qui doit faire la demande, non pas le travailleur migrant lui-même : l'efficacité des demandes de hukou dépend donc des employeurs. La corruption rampante des fonctionnaires tend à rendre le hukou urbain de plus en plus cher, surtout dans les villes les plus recherchées (Shanghai, Pékin, Canton et Shenzhen) : un marché noir du hukou s’est développé. Ce système favorise la fraude (par les paysans cherchant un emploi en ville ou par les employeurs cherchant de la main-d’oeuvre très bon marché) et l’attribution de permis temporaires (par exemple pour les chantiers olympiques) permettant de renvoyer rapidement les migrants vers la campagne...

Yves Boquet, Espace, Populations, Sociétés, 2009/3


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Les migrations vers les villes dans les années 1990

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Les métropoles mondiales selon le GAWC (Globalization and world Cities project)
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Le GaWC (Globalization and World Cities) est un groupe de travail scientifique créé par le département de géographie de l'université de Loughborough. Tous les ans, il classe les métropoles du monde en catégories selon leur poids dans la mondialisation en fonction des services offerts, de leur connectivité, le nombre de firmes étrangères présentes, poids diplomatique, etc. La classe ALPHA ++ regroupe les métropoles mondiales les plus influentes (Villes Globales): on y distingue toujours New-York et Londres, conformément à l'analyse de Saskia Sassen qui rajoutait néanmoins Tokyo. En 2000, Shanghai était dans la classe Alpha -; en 2008 Shanghai était rangée dans la classe Alpha + au même titre en Chine que Beijing et Hong-Kong.

Shanghai, ville mondiale

"Shanghai a connu un fort développement de ses activités tertiaires depuis al relance des réformes. Ces dernières sont passées de 30 à 53% du PIB municipal entre 1990 et 2007, et l'emportent sur l'industrie depuis la fin des années 1990. Cette croissance est due essentiellement à quatre secteurs: finances et assurances, immobilier, transports et télécommunications, commerce de gros et détail.

Le pôle financier de Shanghai rayonne à l'échelle du pays. Sans égaler celle de Hong Kong, la Bourse de Shanghai a renforcé sa position ces dernières années et enregistrait 860 entreprises, avec une capitalisation de 3.7 trillons de dollars à la fin de l'année 2007. Les plus importantes sont les sociétés Petrochina, la Banque industrielle et commerciale de Chine, Sinopec, Bank of China, Shenhua Energy Company, China Life, China Pacific, etc. Shanghai devance la bourse de Shenzhen en chine continentale. la ville accueille un grand nombre de représentations d'entreprises chinoises et étrangères en lien avec les activités industrielles du delta du Yangzi. Les bureaux régionaux de plus de 300 entreprises internationales y sont installés. Les équipements de la ville permettent l'organisation de nombreuses foires et manifestations économiques. Plus de 30% des activités commerciales en Chine passeraient par Shanghai et ses deux provinces voisines, le Jiangsu et le Zhejiang, dont la métropole littorale est le carrefour portuaire et aéroportuaire."

Thierry SANJUAN, Atlas de Shanghai, Autrement (2009)


La ville chinoise : lieu de l’innovation. Le cas du technopôle de Zhongguancun
Zhongguancun est un hub, un technopôle du district de Haidian à Beijing. Il est connu comme étant la silicon Valley chinoise. Zhongguancun est composé de dix parcs implantés dans 5 zones au nord du centre ville de Beijing. Dans le cadre du développement technologique chinois, Zhongguancun accueille en juin 1999 le premier « quartier d’exploitation industrielle de hautes et nouvelles technologies ». Actuellement le pôle regroupe le Zhongguancun Science Park (ZSP), le Beijing Zhongguancun Life Science Park, membres de l’International Association of Science Parks (IASP). Il s’étend sur 232,5 km². Aujourd’hui, on ne compte pas moins de 19 000 entreprises (4 000 en 1999) dédiées aux nouvelles technologies (NTIC) qui sont implantées dans les différents parcs technologiques de Zhongguancun. En 2009, Zhongguancun a dépassé la Silicon Valley en nombre d’introductions high-tech en bourse. Cette dynamique devrait se poursuivre dans les prochaines années. Il attire 8 Milliard $ d’investissements étrangers par an.

Le chiffre d’affaires de ces entreprises est de 160 milliards $ en 2010 avec 30% de croissance annuelle. On dénombre 1 Millions d’employés dans ce technopôle. Beaucoup d’entreprises chinoises y installent leur siège social, tels que Lenovo, Baidu, Tsinghua Tongfang and Founder Group. 43 entreprises parmi les 500 premières entreprises mondiales ont ainsi établi leur siège régional ou un centre de recherche et de développement à Zhongguancun. En même temps, le technopôle regroupe 39 universités dont l’Université de Pékin et de Tshinghua qui sont les équivalents chinois de Harvard et du MIT, 213 instituts de recherche, 41 écoles d’ingénieur, 42 laboratoires, 500,000 étudiants à Beijing.
La ville, vitrine de la modernité chinoise : le CBD flambant neuf de Wuhan

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« Standard City » : l’avènement de la ville générique en Chine
La Chine propose un modèle urbain qui n’a plus grand-chose à voir avec celui des métropoles européennes du XIX° et XX° siècle. Ce modèle de la ville chinoise est marqué depuis les réformes des années 1980 par la diffusion de formes urbaines et d’objets architecturaux dans toutes les villes du pays. La ville chinoise devient « générique » : face à l’extension indéfinie d’espaces toujours semblables, l’absence de singularité de chaque ville est de plus en plus flagrante pour le visiteur. La diffusion de ce modèle générique est poussée par plusieurs facteurs :

- l’ouverture des frontières et l’importation de modèles

- Phénomène d’occidentalisation et de mondialisation

- Diffusion large de nouvelles technologies et de techniques (automobile, par exemple)

- le maintien d’un certain centralisme en matière de politiques urbaines

- l’arrivée dans les années 1990 d’entreprises étrangères qui se sont implantées dans plusieurs villes à la fois, et l’émergence de firmes chinoises et de promoteurs étrangers stimulés par le développement d’un nouveau marché de consommation urbaine qu’ils cherchent à uniformiser.
Dans les marges du pays (Xinjiang, Tibet, Mongolie Intérieure), cette diffusion d’un modèle urbain unique devient un outil politique et participe à un mouvement de sinisation des minorités (Lhassa, Urumqi, Kashgar, etc.)

On doit le terme de « ville générique » à l’urbaniste Rem Koolhaas qui y voit la disparition des singularités de chaque ville, l’extension indéfinie d’espaces toujours semblables et homogènes, la privatisation des espaces publics, l’avènement d’une architecture fade et lisse. Faut-il y voir l’importation, la reproduction et la diffusion de modèles occidentaux sur l’ensemble du territoire chinois ? Ou doit-on plutôt y lire l’émergence d’une « modernité métissée » à la chinoise pour reprendre l’expression de l’essayiste Jean-Claude Guillebaud ?

La Chine peut-elle se démarquer du modèle occidental, peut-on soutenir la thèse d’une « exception chinoise » ? ou faut-il y voir le constat d’une « normalisation » et d’une mondialisation progressive et constante de la ville chinoise ?

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