Constitution et fonctionnement du marché mondial des capitaux








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Document 32 : synthèse, la déréglementation et le décloisonnement du contrôle des changes et du système bancaire (cas français)




Contrôle des changes

Système bancaire

Date

1989

1984 « loi bancaire »

Objet(s) de la déréglementation

1)

1)







2)







3)

Conséquence : décloisonnement entre









      1. La déréglementation des marchés financiers


Document 33 : la déréglementation financière de 1986 (France)

Le contexte de la déréglementation en France est assez intéressant : le big bang de la City à Londres a donné un coup de vieux au système financier français. Comment l’idée de la déréglementation a-t-elle germé parmi les technocrates français ?

Le contexte international a poussé dans cette direction. Le big bang de la City dans les années 1970, commençant avec le recyclage des pétrodollars, a joué le rôle de détonateur. A la fin des années 1960, le régime de Bretton Woods prévalait encore. Il a permis la globalisation des marchés des biens, mais maintenu les marchés financiers relativement cloisonnés, à cause de l’étalon-dollar. Le choc pétrolier a généré d’un coup une capacité d’épargne énorme, notamment chez les pays producteurs d’or noir. Pour placer cette épargne, de nouveaux marchés ont été créés (les marchés des eurodollars, des eurofrancs …) et les barrières ont été abolies. La déréglementation des marchés des capitaux a débuté de manière anarchique, sous l’égide des pays financièrement plus avancés : l’Angleterre puis les Etats-Unis. Dans ce contexte, les grandes banques d’investissement américaines ont migré vers Londres. (…) Les anglais ont pris le tournant,  reformaté leur marché, le rendant plus fluide, plus dynamique. Ces expériences internationales étaient scrutées par de jeunes hauts fonctionnaires français (…). Après avoir compris que la détermination des prix par la rencontre de l’offre et de la demande est optimale, ils ont entreprise de restructurer l’architecture de la France.

La restructuration a lieu sous le gouvernement socialiste, à un moment où la gauche est mûre pour le faire. D’abord parce que Bérégovoy y croit : pour lui, être libéral, c’est être socialiste, au sens où la concurrence fait baisser les prix, donc rend du pouvoir d’achat aux gens, et permet de faire disparaître les rentes capitalistiques. Il a derrière lui une équipe qui y croit aussi, et qui met en place la nouvelle architecture : la loi bancaire de 1984-1985, la suppression de l’encadrement du crédit, la disparition de la plupart des prêts bonifiés, et puis petit à petit, la levée du contrôle des changes, pour faire revenir les investisseurs internationaux. Sous l’égide de Bérégovoy, on crée le second marché pour permettre aux entreprises de taille moyenne d’être cotées en Bourse. Cet agenda non partisan est repris par le tandem Balladur-Chirac. Les entreprises privatisées viennent peu à peu peupler la cote. On supprime le monopole des agents de change en 1986. Il y avait auparavant 40 agents de change, passage obligé pour les transactions boursières. On crée aussi le Marché à terme international de français (MATIF) et le Marché des options négociables de Paris (MONEP).

La Bourse devient électronique. La France est de ce point de vue pionnière en Europe continentale (c’est la dernière grande réalisation de la technocratie française).

Source : entretien avec D.Thesmar dans Revue Regards croisés sur l’économie, n°3, mars 2008, p. 75
Document 34 : transformation des marchés financiers

A coté d’un marché monétaire, strictement interbancaire, et d’un marché financier largement réservé aux grandes entreprises a été ouvert un marché de titres des créances négociables, à court et moyen terme, accessibles à tous les agents économiques. L’intérêt d’une telle réforme était de conduire à une complétude des marchés des capitaux, en offrant la possibilité à un investisseur (emprunteur) de choisir la durée de son placement (financement) en titres négociables. En effet avant 1985, seul le marché obligataire était ouvert à tous les agents économiques.

Source : Mathilde Lemoine, Philippe et Thierry Madiès «  Les grandes questions d’économie et finance internationales », De Boeck, 2007, p. 423-424

Document 35

Un marché financier actif suppose que les opérations puissent être conduites à toute échéance temporelle et que tous les opérateurs financiers puissent accéder à chaque compartiment du marché, ce qui impliquait en France une réforme du marché monétaire. A l’instar des plus grandes places financières étrangères, il fallait aussi que des opérations à termes et optionnelles deviennent possibles, ce que la création du MATIF (marché à terme des instruments financiers, devenu en 1988, le marché à terme international français) et du MONEP (marché des options négociables à Paris) a permis.

Source : Françoise Renversez « De l’économie d’endettement à l’économie de marchés financiers » in Revue Regards croisés sur l’économie n°3, mars 2008, p. 54
Document 36 : rappels, les différents compartiments des marchés de prêts et emprunts

Les taux d’intérêt sont cotés sur différents marchés, structurés selon la maturité des transactions et la nature des opérateurs. Le taux d’intérêt est le prix qui détermine la rémunération d’un prêt. Le marché sur lequel se négocient des prêts et emprunts à court terme sur une période par convention inférieure à 1 an, est appelé marché monétaire. Ce marché se subdivise lui-même en trois segments, le marché monétaire interbancaire sur lequel n’opèrent que les banques, le marché des Bons du Trésor, sur lequel s’achètent et se vendent des titres émis par le Trésor sur une maturité initiale inférieure à 1 an, et le marché des billets de trésorerie, sur lequel s’échangent des titres émis par les entreprises sur une maturité elle aussi inférieure à 1 an. (…) Le marché sur lequel les emprunteurs émettent de la dette sur une période par convention supérieure à 7 ans est appelé marché obligataire. (…) Les titres émis sur une durée comprise entre 1 an et 7 ans sont qualifiés de moyen terme.



Source : Didier Marteau « Les marchés des capitaux », A.Colin Cursus, 2011, p.22
Document 37 : dans le contexte de l’intégration européenne

En Europe, l’UEM et la création de l’euro ont conduit à l’émergence d’un vaste marché unifié des capitaux. Les bourses européennes ont entamé un large mouvement de restructurations avec la fusion en 2000 des places de Paris, Amsterdam et Bruxelles pour créer la bourse paneuropéenne Euronext. Cette bourse a fusionné avec le NYSE (New York Stock Exchange) en 2007. (…) Enfin, les transformations apportées aux cadres juridiques nationaux a contribué à l’internationalisation des marchés. En Europe, l’implantation transfrontalière d’établissement de crédit dans la Communauté est autorisée par la première directive bancaire adoptée en 1977.

Source : C.de Boissieu et J.Couppey-Soubeyran, « Les systèmes financiers. Mutations, crises et régulation », 4ième édition, Economica, 2013, p. 6-10
Document 38 : synthèse, la déréglementation et le décloisonnement des marchés financiers

marchés financiers

Dates




1986

2007

Objet(s) de la déréglementation

























Conséquence : décloisonnement entre ?










      1. Les conséquences du décloisonnement interne et externe du système financier


Document 39 : les objectifs de la déréglementation et du décloisonnement du système financier en France

Le système financier aujourd’hui en place en France est le fruit d’une politique de transformations engagées dans les années 1980 pour préparer l’entrée dans l’Union économique et monétaire. Le système financier reposait alors essentiellement sur l’activité des banques, et plus généralement sur le crédit. Des taux de croissance élevés et le rythme soutenu de l’investissement qu’ils supposent suscitaient une forte demande de financement en provenance des entreprises, excédant les fonds propres des firmes. Les marchés financiers ne répondaient que partiellement à la demande des plus importantes d’entre elles. C’étaient donc les banques qui satisfaisaient la demande de financement des entreprises en assurant leur propre liquidité par un recours constant au refinancement de la Banque de France. (…) Ce système de financement qui repose sur l’anticipation de la croissance était largement administré (…). La demande de refinancement des banques comme la demande de financement des entreprises étaient assez insensibles au taux d’intérêt, et l’instrument de la régulation monétaire était quantitatif : la progression du volume du crédit était contrôlée par la pratique dite de l’encadrement du crédit (…).

L’objectif de la réforme (des années 1980) qui s’appuyait sur les travaux du Commissariat Général au Plan, était de mettre en place un marché des capitaux décloisonné et d’une dimension qui lui permette d’affronter les mouvements internationaux des capitaux. (…) Il s’agissait d’adapter l’économie française aux contraintes de l’économie ouverte. Si la transformation institutionnelle a été conduite depuis 1984 sous la responsabilité de Pierre Bérégovoy (alors ministres de l’Economie et des finances), le rapport Marjolin-Sadrin-Wormser sur « le marché monétaire et les conditions de crédit » souhaitait dès 1969 que soit mis un terme à la fragmentation du marché du capital. La transformation prévisible de l’environnement économique induite par la mise en place du marché unique a rendu urgente la remise en cause de l’organisation du financement. Au début des années 1980, l’économie française, certes exportatrice, était fermée, en ce sens qu’elle fonctionnait avec un contrôle des changes rigoureux. Celui-ci avait un double aspect : il permettait de contrôler les mouvements de capitaux et donc de limiter la spéculation, toujours active contre le franc, mais il restreignait aussi l’apport des capitaux extérieurs aux marchés boursiers. L’objet des réformes (…) est de réaliser « un marché des capitaux unifié allant du jour le jour au très long terme, accessible à tous les agents économiques, au comptant et à terme avec la possibilité d’options ». Cette démarche a été accompagnée par un processus permanent d’innovation financière dont l’Etat a donné l’exemple avec ses techniques d’emprunt.

Les avantages attendus se situaient à deux niveaux : celui des prix sur le marché du capital d’une part (les prix administrés ne sont pas considérés comme des vrais prix ne permettant pas l’allocation rationnelle des ressources), celui de l’accroissement des ressources de financement pour les entreprises (notamment par l’apport de capitaux étrangers) de l’autre. L’objectif final était l’instauration d’une économie de fonds propres, c’est-à-dire d’une économie où les entreprises ne sont plus dépendantes de leur endettement bancaire, mais investissent avec l’apport en capital des épargnants actionnaires rémunérés par un dividende et par les plus-values de leurs titres. Cet apport en capital n’alourdit pas l’endettement de l’entreprise et c’est le marché qui décide de la validité de l’investissement.

Source : Françoise Renversez « De l’économie d’endettement à l’économie de marchés financiers » in Revue Regards croisés sur l’économie n°3, mars 2008, p. 54
Document 40 : synthèse de la déréglementation au décloisonnement




Contrôle des changes

Marchés financiers

Système bancaire et intermédiaires financiers

Mesures de déréglementation










Conséquences en terme de décloisonnement










Objectifs visés (résultats attendus)











Document 41 : en résumé, la libéralisation des flux financiers

Entre pays riches et avec un certain nombre de pays émergents, les contrôles des mouvements de capitaux ont disparu. Dans ce cas, un acteur résidant dans un territoire peut acquérir et revendre à volonté la monnaie et tous les actifs financiers émis dans un autre territoire. Les deux grands pays émergents, la Chine et l’Inde, conservent cependant un certain « contrôle des changes », c’est-à-dire des mouvements de capitaux. C’est le cas également d’un certain nombre de pays pauvres (…). Dans l’ensemble cependant, les mouvements de capitaux sont beaucoup plus libres qu’au début des années 1980 où la libéralisation financière a commencé. (…) La libéralisation des flux financiers entre territoires s’est accompagnée d’une libéralisation interne qui a pour l’essentiel supprimé les cloisons entre différents métiers de la finance, permettant aux institutions financières et en particulier aux banques, de les exercer tous. Le double mouvement de libéralisation interne et de globalisation a considérablement accru l’importance relative de la finance de marché, où les acteurs économiques échangent des titres entre eux sur les marchés (…).

Enfin, la globalisation financière s’est accompagnée de la montée en puissance des investisseurs institutionnels, ces fonds de diverses natures qui gèrent de l’épargne pour compte de tiers. C’est un vaste ensemble qui va de la caisse de retraite, censée gérer les cotisations de ses membres afin d’obtenir un rendement moyen mais sûr à long terme, aux « hedge funds » les plus spéculatifs qui jouent avec un très fort levier d’endettement.

Source : P.N.Giraud « La mondialisation. Emergences et fragmentations » Editions Sce humaines, 2012, p. 33
Document 42 : la triple unité des marchés financiers

La finance a pu, continûment, monter en puissance sur un marché global qui a bientôt illustré de mieux en mieux la règle des trois unités. D’abord, unité de temps : il fonctionne 24 heures sur 24 ; les établissements de la côte est américaine viennent de fermer quant vont ouvrir ceux des places asiatiques. Ensuite, unité de lieu : par un réseau de places de mieux en mieux interconnectées. Enfin, unité d’action : ce sont, partout, dans toutes les régions du monde, les mêmes techniques d’arbitrage, de placement ou de financement qui s’imposent. On parvient bien à ce qui, pour reprendre l’expression de Marshall McLuhan (1962), est devenu le « village global » de la finance qui, à travers les cotations et les communiqués des agences de notation transmises instantanément grâce aux progrès de l’informatique et des télécommunications, « résonne des tams-tams tribaux » que font entendre, chaque jour, les marchés financiers devenus une véritable caisse de résonance. Il faut cependant reconnaître que cette montée en puissance de la finance, s’explique par le rôle éminent qu’elle joue dans l’économie aujourd’hui.

Source : H.Bourguinat, J.Teiletche et M.Dupuy « Finance internationale », Dalloz, Hypercours, 2007, p.45



    1. La transformation des banques dans la finance globalisée : l’essor de la finance de marché intermédiée et la mobiliérisation des bilans bancaires


Document 43 : finance directe et finance intermédiée chez Gurley & Shaw

Gurley et Shaw (1960) définissent la finance directe comme le système financier où les agents dont le bilan est excédentaire (les agents à capacité de financement – ce qu’ils appellent les « prêteurs ultimes ») rencontrent les agents dont le bilan est déficitaire (les agents à besoin de financement – les « emprunteurs ultimes »). Ce qui signifie, par exemple, que les ménages financent les entreprises en achetant des actions ou des obligations sur les marchés financiers. Or, malgré les grandes réformes des années 1980, le système financier repose toujours sur l’intermédiation qui s’interpose entre les prêteurs ultimes et les emprunteurs ultimes. Cette intermédiation est réalisée par les banques et d’autres sociétés financières. Elle peut prendre la forme d’une intermédiation de crédit lorsque les intermédiaires financiers récoltent des dépôts à court terme, auprès d’agents à capacité de financement, pour réaliser des prêts à long terme, pour des agents à besoin de financement. Elle peut prendre la forme d’une intermédiation de marché lorsque les intermédiaires financiers achètent sur les marchés financiers des titres émis par les agents à besoin de financement et collectent l’épargne des agents à capacité de financement. Après les grandes réformes des années 1980/1990, le système financier reste un système de financement majoritairement intermédié. Il est donc abusif de décrire la période des années 1980 comme celle des « 3D » : la désintermédiation n’a pas accompagné la décloisonnement et la déréglementation. Par ailleurs, on constate aussi que dans les pays anglosaxons, le poids de l’intermédiation de marché par rapport à l’intermédiation de crédit est plus important qu’en Europe continentale. Ce qui permet de comprendre pourquoi les marchés de capitaux y sont plus développés alors même que les intermédiaires financiers tiennent toujours une place centrale.

Document 44 : définition

Si le passage à un financement par les marchés est souvent présenté comme un passage à la finance directe, ce n’est pas le sens que l’ouvrage fondateur de Gurley & Shaw (1960) donne à ce terme. Ces auteurs définissent la finance directe comme le système financier où les agents dont le bilan est excédentaire et présente une capacité de financement (les prêteurs « ultimes ») financent les agents ayant un besoin de financement (les emprunteurs « ultimes ») par l’achat des titres émis par ces derniers. Plus concrètement, les ménages financent les entreprises en achetant les actions et les obligations qu’elles émettent.

Ceci n’est pas le système financier qui s’est établi en France après l’économie d’endettement. Les entreprises émettent certes des titres dont une partie est acquise par les ménages ou les entreprises, mais les préférences des agents à excédent vont vers les titres émis par les intermédiaires financiers, qu’il s’agisse de banques ou d’autres sociétés financières. Les intermédiaires financiers achètent les titres émis par les entreprises et les font entrer dans la composition de portefeuilles (…). Certains de ces titres combinent le rendement certain des obligations avec celui plus conjoncturel des actions. Fonds Communs de Placement (FCP) ou SICAV (Société d’investissement à capital variable) constituent pour les ménages le support de cette finance de marché intermédiée. Leur épargne est ainsi placée en titres de la finance indirecte selon la terminologie adoptée depuis Gurley & Shaw. Il ne s’agit donc pas d’un passage à la finance directe mais d’un passage à la finance de marché intermédiée.

Source : Françoise Renversez « De l’économie d’endettement à l’économie de marchés financiers » in Revue Regards croisés sur l’économie n°3, mars 2008, p. 60

Question :




Financement par le marché




Finance directe

Finance de marché intermédiée

Relation entre agents à capacité de financement et agents à besoin de financement








Document 45: les transformations des banques

Les banques se sont adaptées à ces réformes. Elles ont vu leurs activités traditionnelles (octroi crédit, collecte dépôts) décliner face à la concurrence de nouveaux intermédiaires (Assurance, Fonds de pension, Fonds communs de placement). Elles ont alors cherché à développer de nouvelles activités, par exemple le conseil et l’ingénierie financière. Elles ont surtout développé l’achat de titres sur les marchés, afin de fabriquer des produits financiers qu’elles commercialisent pour récolter des dépôts. Elles ont également obtenu de nouvelles ressources en titrisant une partie de leurs actifs et en émettant elles-mêmes des titres sur les marchés des capitaux.

La conséquence de ces changements est la « mobilierisation » du bilan des banques : à l’actif moins de crédits et plus de portefeuille de titres, et au passif moins de dépôts et plus d’émission de titres de dettes. Cette mobilierisation du bilan modifie la nature des risques encourus par les banques : le risque de crédit recule au profit du risque de marché. Cela ne sera pas sans conséquence au moment de la crise des subprimes de 2007.

Enfin, la taille des banques a considérablement augmenté. Certains établissements ont acquis une taille « systémique » : leur faillite peut provoquer des dégâts majeurs dans le circuit de financement. Avec le décloisonnement externe des systèmes financiers, la taille « systémique » de ces établissements est désormais globale et plus seulement nationale.

Document 46 : les banques, acteurs centraux de la finance de marché intermédiée

La montée en puissance des marchés de capitaux à partir des années 1980 dans les pays d’Europe a, au départ, été perçue et analysée comme une force de convergence vers un système financier davantage fondé sur les marchés. Dans cette optique, les analyses les plus courantes considéraient qu’on était en train d’assister à une « désintermédiation », c’est-à-dire une diminution du poids des banques dans le financement de l’économie. C’était sans compter sur l’adaptation des banques à l’essor des marchés, sur le développement non moins rapide de nouveaux intermédiaires financiers indispensables à celui des marchés de capitaux. Aussi, lorsque l’on compare aujourd’hui les structures de financement des pays d’Europe continentale à celle des pays anglo-saxons, ce n’est pas tant l’écart entre financements de marché et financements intermédiés qui les différencient, car partout la part des financements intermédiés est prépondérante. C’est davantage l’importance relative de ce que l’on peut appeler « l’intermédiation de marché », c’est-à-dire l’importance de la détention de titres par les intermédiaires financiers qui distingue la finance anglosaxonne de la finance européenne continentale.

En tout cas, ni la finance anglosaxonne, ni la finance d’Europe continentale ne sont « désintermédiées ».

C’est le type d’intermédiation qui s’y opère (intermédiation de crédit versus intermédiation de marché) qui les différencie et qui, très vraisemblablement, explique aussi les différences en termes de taux d’activité de leur marché des capitaux. Les places financières de Londres et de New York sont plus actives que celles de Francfort ou Paris, non pas en raison d’un moindre taux d’intermédiation mais en raison d’une intermédiation davantage portée vers l’acquisition de titres.

Source : Jézabel Couppey-Soubeyran « Monnaie, banques, finance », Puf Licence, 2010, 105-141

Question :

1) remplir tableau avec : « finance directe » ; « finance de marché intermédiée » ; « intermédiation de bilan » ;

Financement par le marché

Financement indirect






Désintermédiation

Intermédiation au sens large


Document 47 : la « mobiliérisation » du bilan des banques

L’évolution des bilans des banques (…) reflète clairement les incidences de ce nouvel environnement. Cette évolution s’est manifestée des deux côtés du bilan (…).

La progression des financements directs (par émissions de titres) permise par le développement des marchés a fait sensiblement reculer la part des crédits. Cependant, les banques s’y sont adaptées : elles y ont pris part elles-mêmes en développant leur portefeuille d’investissements en titres.

Ainsi, à l’actif du bilan des banques, a-t-on pu observer une diminution de la part relative des crédits et une progression des titres détenus dans le « portefeuille titres ». (…)

Du côté du passif du bilan des banques, on a ainsi observé une importante diminution de la part des dépôts à court terme, en partie compensée par celle des dépôts à plus long terme et par la progression des émissions de titres de dette.

Des deux côtés du bilan bancaire, la part des titres (détenus à l’actif, émis au passif) a donc fortement progressé pour compenser le déclin relatif des activités traditionnelles d’octroi de crédit et de collecte de dépôts. Le cas des banques françaises est emblématique de cette « mobiliérisation » (accroissement de la part des valeurs mobilières) du bilan. (…) Ces transformations ne sont pas sans incidence sur la création monétaire. D’un côté, en effet, les crédits créent moins de dépôts puisque leur part a diminué dans le bilan des banques. Mais, d’un autre côté, celles-ci créent désormais de la monnaie en contrepartie de leurs financements par acquisition de titres sur les marchés. Les modalités de la création monétaire se sont ainsi diversifiées.

Source : D.Plihon, J.Couppey-Soubeyran & D.Saidane « Les banques, acteurs de la globalisation financière », La documentation française, 2006, p.29
Document 48 : le recomposition des activités des banques



Source : ss la direction de C.de Boissieu et Jézabel Couppey-Soubeyran « Les systèmes financiers. Mutations, crises et régulation », 2013, p.77

  1. si le bilan des banques se mobilérise, indiquer la variation (hausse ou baisse) de la part des opérations dans le bilan :

Actif

Passif

Crédits (émis)




Dépôts (de la clientèle)




Titres (acquis)




Titres (vendus)





Document 49 : Transformation de la structure des bilans bancaires (1980-2002)




1980

2002




1980

2002

Actif (en %)







Passif (en %)







Crédits à la clientèle

84

38

Opérations interbancaires (solde)

13

5

Titres

5

47

Dépôts de la clientèle

73

27

Valeurs immobilisées

9

7

Titres

6

52

divers

2

8

divers

0

7










Fonds propres et provisions

8

9

Total actif

100

100

Total actif

100

100

Source : D.Plihon, J.Couppey-Soubeyran & D.Saidane « Les banques, acteurs de la globalisation financière », La documentation française, 2006, p.29
Document 50 : conséquence, du risque de crédit au risque de marché

La désintermédiation financière a entraîné un changement dans la nature du risque encouru par le système financier. Lorsque le crédit était prépondérant, le risque des banques était lié à l’activité productive. Il pouvait se manifester, soit de manière conjoncturelle, soit en raison de progrès technologiques modifiant la demande. Le risque bancaire est désormais un risque de marché financier et, comme tel, dépend des anticipations d’opérateurs à la recherche de marges sur des opérations souvent à court terme. l’actif des banques comporte une part importante de titres émis par des intermédiaires, et elles ont largement recours au hors bilan. De plus, le système financier s’est diversifié à la faveur de la déréglementation, et les nouveaux intermédiaires financiers sont soumis à une réglementation moins contraignantes que les banques.

Source : Françoise Renversez « De l’économie d’endettement à l’économie de marchés financiers » in Revue Regards croisés sur l’économie n°3, mars 2008, p. 65


    1. Les autres intermédiaires financiers non bancaires


Document 51 : investisseurs institutionnels, hedge funds, private equity, banques d’investissement, fonds souverains

De nouveaux intermédiaires financiers font leur apparition à partir des années 1970.

Tout d’abord les investisseurs institutionnels qui gèrent l’épargne des ménages. On y trouve les fonds de pension (en particulier dans les pays à régime de retraite par capitalisation), les sociétés d’assurance et les OPCVM (organismes de placement collectif en valeurs mobilières qui regroupent en France les sociétés d’investissement à capital variable – les SICAV- et les fonds communs de placement – FCP). Avec l’élargissement des activités bancaires, ces nouveaux investisseurs institutionnels sont souvent des filiales des banques.

Les hedge funds développent essentiellement des stratégies d’arbitrage et représentent environ 20% du total des actifs de l’industrie financière. Plus de 75% des hegde funds sont américains, et 75% des hedge funds européens sont anglais. La très grande majorité du capital géré par les hedge funds provient des banques et des investisseurs institutionnels. Le développement des hedge funds est donc très lié aux autres intermédiaires financiers, mais aussi aux innovations techniques qui permettent de traiter des volumes importants de trading et de mettre en place des stratégies complexes. La crise de 2007 a considérablement réduit leurs activités.

Les sociétés de capital-investissement (private equity) prennent des participations dans le capital des sociétés non côtés en Bourse. Elles se distinguent donc des OPCVM. Là aussi, le financement des private equity est généralement assuré par les banques et les investisseurs institutionnels. Leur stratégie dite de LBO (leveraged buy out) consiste à choisir des sociétés en développement (les start-up par exemple) ou des sociétés en difficultés, à emprunter pour les acquérir, puis à les revendre à moyen ou long terme en en tirant un profit, grâce à un fort effet de levier de l’endettement. Si les hedge funds agissent sur une échelle temporelle de court terme (ou de très court terme), les private equity agissent sur une échelle temporelle beaucoup plus longue.

Les banques d’investissement sont les héritières des banques d’affaire. Elles font du conseil, notamment en fusion et acquisition, elles organisent les augmentations de capital, les introductions en bourse ou les émissions d’obligations. Mais elles récoltent également des fonds auprès d’entreprises ou d’investisseurs afin de réaliser des placements à rentabilité financière élevée. Elles sont donc elles aussi à la recherche d’un effet de levier important. Elles ont par exemple développé des véhicules de titrisation. Lehman Brothers était une banque d’investissement.

Enfin les fonds souverains cherchent à optimiser des capitaux publics qui proviennent des revenus du pétrole, des réserves de change ou des fonds de pensions publics. Leur stratégie, bien que souvent opaque, consiste à préserver la valeur réelle du capital sur la longue durée. Il n’y a donc pas de recherche d’effet de levier et de gestion de court terme. Il s’agit plutôt d’investisseurs patients et prudents qui diversifient leur portefeuille de titres.

A côté de ces intermédiaires financiers, les autres acteurs des marchés mondiaux des capitaux sont les banques centrales (qui interviennent sur les marchés des change), les firmes multinationales et les Etats (qui émettent des titres acquis par des non-résidents).
Document 52 : l’intermédiation ne se limite pas au crédit bancaire

La part des crédits dans les bilans des banques a diminué, mais celle des achats de titres s’est accrue. Par conséquent, si l’on restreint la définition du financement intermédié au crédit bancaire, on constate effectivement que sa part dans le total des financements externes des agents non financiers s’est réduite. En France, (…) la part des encours de crédits dans le total des financements externes (taux d’intermédiation au sens étroit) est passée de 71% en 1978 à moins de 46% en 1998, poursuivant ainsi sa décrue (proche de 40% au début des années 2000). Précisément parce que, parmi les agents non financiers, les entreprises et les administrations publiques recourent de plus en plus largement aux marchés des titres, où elles émettent des titres (actions, billets de trésorerie et obligations pour les entreprises, bons du Trésor ou OAT pour le Trésor). Mais une part de ces titres émis trouve preneur parmi les intermédiaires financiers. Donc lorsqu’on ajoute aux crédits les titres détenus par les intermédiaires financiers (banques, OPCVM, assurances vie, fonds de pension …) on obtient une délimitation plus large des financements intermédiés et, surtout, plus conforme à leur évolution. Et si l’on calcule la part de ces financements intermédiés au sens large (taux d’intermédiation au sens large), on constate que (…) la tendance à la baisse est largement amoindrie.
Document 53 : évolution du taux d’intermédiation en % des financements totaux en France




1978

1988

1998

2004

2010 *

Taux d’intermédiation étroit :

Crédits / total des financements externes

71

62

45,7

39,5

40,5

Taux d’intermédiation large :

(Crédits+titres détenus par les IF) / total des financements externes

77

80

73,3

58,8

52

*chiffre Banque de France, 2015

Source : Banque de France, D.Plihon, J.Couppey-Soubeyran & D.Saidane « Les banques, acteurs de la globalisation financière », La documentation française, 2006, p.36-37
Document 54 : répartition par secteur apporteur de financement




2010 *

Taux d’intermédiation étroit :

Crédits / total des financements externes

40,5

Taux d’intermédiation large :

(Crédits+titres détenus par les IF) / total des financements externes

52

Dont :

- BCN, établissements de crédit et entreprises d’investissement

- Sociétés d’assurance

- OPCVM


4,3
5,2

3
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