Analyse critique des grands paradigmes








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titreAnalyse critique des grands paradigmes
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ANALYSE CRITIQUE DES GRANDS PARADIGMES

Adam SMITH est considéré comme le premier grand économiste (1776 – Révolution industrielle).
La pensée classique s'est étalée sur trois quarts de siècle jusqu'à 1848 (Stuart MILL "Principe d'Economique POLITIQUE).
En réalité, le terme d'"économie politique" semble avoir été inventé par Antoine de MONTCHRESTIEN qui a publié en 1616 un "Traité d'Economie Politique".
Le fait que l'économie ne se soit développée qu'au début du 17ème siècle tient à ce que le développement des échanges et des biens industriels datent du 15ème et 16ème siècle, puis également à la baisse de l'influence de l'Eglise et encore à l'apparition d'Etats contrôlés par des "matérialistes".
Jusqu'à cette époque, il n'y avait eu que quelques pensées sur la légitimité du profit (l'église le prohibait).
Du 15ème au 18ème siècles, la pensée économique se résumait à deux courants de pensées le "mercantilisme" (15ème/16ème) et les "physiocrates" (milieu 18ème ; ces derniers ont eu un "leader" en la personne du français QUESNAY, précurseur de la comptabilité nationale).
Les mercantilistes
Le terme a été inventé par Adam SMITH :
"La divergence du progrès de la richesse à différentes époques et dans différentes "nations a donné naissance à deux systèmes différents d'économie politique le "système du commerce ou système mercantiliste (accent mis sur le rôle du commerce "extérieur) et le système de l'agriculture (physiocrates : accent mis sur le développement "de l'agriculture)".
Concrètement, les "mercantilistes" regroupent plusieurs économistes : Thomas MUN, Richard CANTILLON (il manifestera un mercantilisme "pessimiste" qui préfigurera les analyses critiques futures) et Antoine de MONTCHRESTIEN.
Les mercantilistes partent d'abord d'une nouvelle conception de la finalité de la vie sociale : Richard CANTILLON déclare que :
"Le bonheur des hommes consiste principalement en la richesse et la richesse dans le "travail"
La richesse à laquelle il fait référence est essentiellement celle des gouvernants, des marchands, des artisans et des premiers entrepreneurs ; elle dépend pour lui des exportations : la richesse est le fondement des métaux précieux.
La grande idée du mercantilisme repose sur l'idée qu'il faut une économie commerciale basée sur le protectionnisme de l'économie nationale et ce, afin d'avoir une balance extérieure excédentaire pour obtenir de l'or et de l'argent qui vont favoriser le commerce interne et les dépenses étatiques et le profit des marchands.
La thèse essentielle du mercantilisme a été beaucoup attaquée, voir ridiculisée : la possession par l'Etat de l'or et de l'argent n'est pas fatalement une garantie de développement (ex du déclin économique de l'Espagne en dépit de ses richesses immenses obtenues par le pillage de l'Amérique latine).

La critique faite au mercantilisme est de s'être basé sur l'équation :
MV = PT (transaction)

Masse Monétaire X Vitesse (de circulation) = Prix (niveau général) X Volume des transactions
Le problème qui fait débat chez les économistes est le suivant : si l'on augmente la masse monétaire, (plus de monnaie qui circule), que se passe-t-il ? l'équilibre (égalité) se fait-il à travers l'augmentation de la production (ou transaction) ou l'augmentation des prix, c'est à dire l'inflation, (ce qui n'entraîne pas de développement) ?
C'est le grand débat entre les néoclassiques et KEYNES (qui estime pour sa part qu'une politique monétaire peut jouer sur le développement économique du pays).
L'exemple de l'Espagne montre en fait qu'un accroissement de la masse monétaire n'entraîne pas nécessairement le développement économique d'un pays (car immobilisation des biens : exemple de l'or).
Les physiocrates
Ils ont écrit dans les années 1750 : François QUESNAY est célèbre pour avoir publié l'article "Fermier" dans l'Encyclopédie de Diderot et pour son "Tableau Economique" (ébauche de la comptabilité nationale).
Il était fils d'un petit propriétaire terrien et est devenu lui-même gros propriétaire terrien.
QUESNAY a été frappé par la mauvaise santé de l'agriculture française et sa faible productivité ; c'est lui qui, le premier, a développé une grande idée sur le niveau économique à savoir le rôle du capital (investissement) dans le développement.
Il a toutefois manqué (plus ou moins volontairement) d'objectivité en affirmant que ce raisonnement n'était valable que pour l'agriculture ; selon ses dires, seule cette dernière était productive et les commerçants et les industriels étaient des "classes stériles".
Classe productive Classe des propriétaires Classe stérile




Début de Avances

circulation


Ventes = 3 Ventes = 2M


Fin de pér

circulation


Reconstitution de l'avance


Les flèches du tableau représentent des flux monétaires correspondant à des achats ayant en contrepartie un bien ou des opérations de transfert ou de mise en réserve sans contrepartie.
Explication du tableau :
1°) En début de période, les propriétaires disposent d'un revenu de 2 M, et la classe stérile de 1 M qu'elle "avance" à la production,
2°) les propriétaires consacrent la moitié de leurs revenus à l'achat d'ouvrages fabriqués par la classe stérile et l'autre moitié à l'achat de produits agricoles,
3°) la classe stérile consacre 1 M d'avances à l'achat de matières premières nécessaires à sa production + 1 M qu'elle a reçu des propriétaires à l'achat de biens de subsistance consommés dans la période,
4°) la classe productive consacre 1 M reçu des propriétaires à l'achat d'ouvrages fabriqués par la classe stérile,
5°) avec ce dernier paiement, la classe stérile reconstitue son avance ; c'est un revenu monétaire mis en réserve,
6°) avec le produit des ventes à la classe stérile (matières premières et biens de subsistance), la classe productive peut payer un revenu de 2 M aux propriétaires)
Les "Avances annuelles" de la classe productive correspondent aux besoins financiers qu'elle doit avoir au 1er janvier pour pouvoir produire toute l'année : elles devraient inclure les dépenses des agriculteurs pour acheter des outils, du bétail, etc… mais QUESNAY n'inclut pas ce capital fixe et ne compte que les intérêts.
QUESNAY entend par "Avances" essentiellement le capital circulant (CI semences + argent nécessaire aux fermiers pour survivre eux-mêmes et pour pouvoir payer leur main-d'œuvre).
La classe productive démarre avec 2 M (avances) elle va produire 5 M et vendre 1 M aux propriétaires fonciers puis 1 M à la classe stérile en matière première et encore 1 M à la cette dernière en produits alimentaires, donc 3 M de recettes.
Les 2 M d'avances vont lui servir à assurer sa propre subsistance, ses recettes (soit 3 M) vont lui servir à acheter aux artisans (classe stérile) pour 1 M afin de reconstituer leur capital usé (outils) et pour 2 M à payer un "loyer" aux propriétaires fonciers (pour avoir le droit d'exploiter leur terrain), enfin les 2 M produits mais non vendus vont leur servir à reconstituer leurs avances pour l'année suivante.
Les "propriétaires fonciers" dépensent leurs 2 M non seulement en achats agricole mais aussi en achats de produits industriels.
La "classe stérile (industriels)" démarre l'année avec 1 M (avances) mais elle produit 2 M de biens qu'elle va vendre pour 1 M aux agriculteurs et 1 M aux propriétaires fonciers ; avec ses recettes, elle va conserver 1 M pour reconstituer ses avances annuelles et 1 M pour l'achat de matières premières, elle va dépenser les 1 M d'avances de l'année précédente en achat de produits agricole lui servant à assurer sa propre subsistance.
Cette vision est toutefois un peu simpliste puisqu'elle donne une approche pour une économie stationnaire (toutes les années sont pareilles…).

QUESNAY précise toutefois que, dans la mesure où les 1 M permettent à la fois d'investir et remplacer, ce schéma peut s'appliquer à une économie croissante.
I – LES CLASSIQUES


  • Adam SMITH (1723-1790) - "Recherches sur la nature et les causes de la Richesse des Nations" (1776)




  • Robert MALTHUS (1766-1834) - "Essai sur le principe de population" (1798) - "Recherches sur la nature et les progrès de la rente" (1815) - "Principes de l'économie Politique" (1920)




  • David RICARDO (1772-1823) - "Essai sur l'influence du bas prix du blé" (1815) – "Principes de l'économie politique et de l'impôt" (1817)




  • John Stuart MILL (1806-1873) - "Principes d'économie politique" (1848)


Une idée conductrice rassemble ces économistes qui sont toujours d'actualité ; ils ont beaucoup influencé la pensée économique surtout RICARDO et SMITH : aujourd'hui de nombreux économistes sont "ricardiens".
1°) Adam SMITH (1723-1790)
Son père était issu de la petite bourgeoisie anglaise (contrôleur des douanes).
Avant d'être économiste, Adam SMITH était philosophe (théorie de sentiments moraux) et avait étudié la théologie.
Il vient donc à l'économie par le biais de la philosophie et devient Professeur d'Université à Glasgow (Ecosse) et il consacrera 25 ans de sa vie à la rédaction de son célèbre traité "Recherches sur la nature et les causes de la Richesse des Nations".
A l'époque - début de la révolution industrielle - une des grandes questions qui se pose est celle de l'ordre dans la société (comment éviter la "barbarie"…).
La question de la "barbarie" est d'ailleurs posée par HOBBS qui pense que pour maintenir "l'ordre" il faut une dictature éclairée.
C'est donc à travers ces questions que SMITH vient à l'économie en considérant que le développement des marchés et de la concurrence permettra une certaine harmonie dans la société (sans dictateur) d'où la "Thèse de la main invisible du marché".
Selon cette thèse, tous les agents économiques (à savoir les capitalistes : SMITH ne les aimaient pas beaucoup…) n'agissent, a priori, que pour leurs intérêts particuliers, mais - grâce au marché - tout se passe comme si les agents économiques agissaient en fonction de l'intérêt général.
Exemple : des manufactures fabriquent toutes des épingles à 1 F pour un coût de production à 0,80 F, puis à un moment donné un des entrepreneurs fabrique une machine qui va lui permettre de produire plus d'épingles pour un coût de production réduit à 0,30 F.
Plusieurs solutions se présentent :
- il fait une marge plus importante en vendant toujours à 1 F,

- il vend à 0,50 F,

- il adopte une stratégie mixte en vendant à 0,80 F et se fait toujours une marge confortable.
Mais, les autres entrepreneurs vont "copier" et également accroître leur production, ils vont donc pouvoir à leur tour baisser leurs prix ce qui va bien entraîner à la fois une augmentation de la production et une augmentation du niveau de vie (par la baisse des prix).
SMITH explique ainsi l'effet concurrentiel : "La main invisible du marché".
Il pensait toutefois que les capitalistes allaient chercher à bloquer le mécanisme : le moyen le plus adéquat serait d'adopter des situations de monopole ; l'état se devait donc d'intervenir pour empêcher ces situations de monopole.
Adam SMITH a développé cinq théories importantes :


  • La division du travail

  • La théorie de la valeur (d'échange ; prix des marchands), hypothèse de la "valeur travail"

  • La théorie des revenus dans le capitalisme

  • La croissance économique

  • La distinction entre productifs et improductifs


A - La division du travail
Analyse, notamment, pour laquelle Adam SMITH est toujours d'actualité.
Il accorde une importance extrême à cette division du travail dans le fonctionnement de l'économie.
Lorsqu'il est fait état de "division du travail" sans précision, il peut s'agir de deux choses différentes :


  • la division "sociale" du travail qui existe dans toutes les sociétés : un individu ne peut produire tout ce dont il a besoin et va donc se spécialiser dans une activité actuellement dite "branche",




  • la division "technique" du travail, "parcellaire", "horizontale" ou encore "manufacturière" : division spécifique aux capitalistes qui est apparue dans les manufactures et qui consiste à spécialiser un ouvrier dans une seule des activités nécessaires à la réalisation d'un produit fini (exemple de la manufacture d'épingles : pour réaliser une épingle, 18 activités étaient nécessaires), cet ouvrier ne va donc plus accomplir qu'une parcelle du produit.


Adam SMITH cherche à expliquer pourquoi cette division du travail se développe dans les manufactures.
Selon lui, c'est parce que la division du travail est efficace productivement qu'elle se développe.
Il pense toutefois que son origine n'est pas à rechercher dans l'efficacité productive mais dans la recherche de profit : c'est son développement qui explique l'efficacité productive.
Adam SMITH affirme que le gain d'efficacité résulte de trois facteurs :


  • l'accroissement de la dextérité : une personne qui n'effectue qu'une seule tâche la maîtriserait mieux,

  • le gain de temps : plus besoin de passer d'une tâche à une autre (donc gain de travail utile),

  • inventivité : il serait plus facile d'inventer une machine qui remplace la production parcellaire d'un produit que d'en inventer une qui fabriquerait un produit en totalité (donc possibilité de développer la machine et en conséquence la productivité).



Il faut préciser que si SMITH accorde autant d'importance à la division du travail, c'est qu'il considère que c'est un facteur d'accroissement de l'économie capitaliste.
Les différentes thèses sur la division du travail
Charles BABBAGE, 50 ans plus tard, affirmera que la division du travail est – certes – efficace productivement mais la raison de son développement est toute autre : elle permet surtout aux patrons de minimiser la masse salariale par un jeu sur la structure de l'emploi.
En effet, la division du travail permettrait aux patrons d'"acheter la quantité exacte d'habileté et de force qui leur est nécessaire" (pour un patron un travailleur a, à l'époque, deux caractéristiques : l'habileté ou qualification et sa force).
Exemple

Pour fabriquer une chaussure, on peut imaginer que 6 tâches différentes soient nécessaires ; ces tâches nécessiteront pour certaines des qualifications précises et pour d'autres une certaine force : si c'est la même personne qui fabrique d'un bout à l'autre la chaussure, le patron devra embaucher une personne qui a les qualités requises pour toutes les tâches, mais en divisant le travail, il pourra embaucher des personnes qualifiées et non qualifiées et minimiser ainsi les coûts salariaux.
La division du travail a aussi un autre avantage : celui d'accroître l'offre de travail mais surtout de "discipliner" la main d'œuvre (les femmes et les enfants sont beaucoup plus dociles).
Plus récemment (1970), un certain nombre d'économistes radicaux américains (économistes de "gauche") ont défendu une nouvelle thèse selon laquelle le fait de mieux contrôler et discipliner la main d'oeuvre est la raison majeure de la division du travail.
Ils critiquent violemment la théorie néoclassique et son aspect "idéologie" du capitalisme et préconisent "l'autogestion des entreprises".
Ils développent des études empiriques (reprise des théories marxistes) et mettent l'accent sur les faiblesses de la théorie dominante (néoclassique) et sont très influents actuellement : le plus connu d'entre eux est Stephen MARGLIN qui a écrit en 1973 un article s'intitulant "What do bosses do ? the origines of parcellisation" ; BONCES, GINTIS, REICH en font également partie.
Avec sa thèse, MARGLIN a soulevé un énorme débat : celui de l'importance relative des trois causes :


  • l'efficacité productive,

  • le principe de BABBAGE : minimisation de la masse salariale,

  • le contrôle et la discipline.


Ce débat est maintenant à peu près clos et ce, sous l'influence d'un grand historien du capitalisme et de l'entreprise David LANDES (Harvard) lequel a écrit un livre qu'il a appelé, non sans humour, "Richesse et pauvreté des nations".
David LANDES a également écrit un article "What do bosses really do ?" dans lequel il critique la thèse de MARGLIN (raison majeure de la division du travail = contrôle et discipline) ; il considère pour sa part que la raison majeure de cette division est celle défendue par BABBAGE.
La position de Stephen MARGLIN
MARGLIN, dans son article, indique en effet que la division du travail (manufacturière) est en fait apparue avant les manufactures dans "l'industrie à domicile" (putting out system) appelée maintenant la "protoindustrie".
Le principe de l'industrie à domicile consistait pour des marchands négociants à faire travailler à domicile des personnes payées "à façon".
Il y aurait donc eu entre les deux un système "transitoire".
La protoindustrie (selon MENDELS) serait l'ancêtre du capitalisme : avant la révolution industrielle, l'industrie à domicile s'était développée.
L'ensemble des négociants fabricants et des travailleurs à domicile formait une "entreprise dispersée" pas encore capitaliste parce que le travail n'était pas concentré mais surtout parce que le contrat de travail passé avec le travailleur à domicile n'était pas un contrat "salarial".
Le Contrat "salarial" recouvre plusieurs caractéristiques :
- il concerne l'achat d'une "force" ou d'une "capacité" de travail,

- cette vente de capacité non déterminée est mise à disposition pour un temps déterminé,

- un rapport d'autorité est induit par ce contrat.
Le contrat qui liait le fabricant et le travailleur à domicile portait sur l'achat d'un travail déterminé (sans contrôle) concret : le fabricant achetait ce qui était produit (tant de laine tissée…)
Le travail d'une entreprise capitaliste dépend, lui, d'un certain nombre de variables liées à l'entreprise : le contrat "salarial" s'appelle contrat "incertain","opaque", "incomplet" : ce que produira le travailleur dépendra de l'efficacité de l'entreprise.
Le travail des artisans consistait à tout fabriquer : ils contrôlaient tout depuis l'achat de la matière première, ensuite la fabrication, jusqu'au produit fini.
Dans le "travail à domicile", les choses sont différentes : c'est le négociant fabricant qui fournit la matière première et qui est "propriétaire d'un bout à l'autre du produit, la fonction productive est encore sous le contrôle du travailleur mais il a perdu l"input" et l'"output" ; le négociant s'est donc "approprié" la fonction commerciale (embryon du capitalisme).
Toutefois, cette thèse de MARGLIN est largement discutable et fausse.
En effet, dans la protoindustrie, il y avait une division du travail rudimentaire mais elle était très faible au regard de la division qui va exister dans l'industrie capitaliste (30 postes au moins) ; on peut d'ailleurs observer que dans certains secteurs, il n'y avait pas de division du travail (ex dentellières).
La dernière faiblesse de MARGLIN est d'affirmer que si la division du travail est apparue dans la protoindustrie, c'était pour "diviser pour régner" ; selon lui, les négociants fabricants avaient besoin de se créer un rôle indispensable et c'est pour cette raison qu'ils auraient "spécialisé" le travail (rôle de coordinateur).

Or, les négociants fabricants n'avaient pas besoin de se créer ce rôle puisque les travailleurs à domicile avec lesquels ils contractaient étaient des agriculteurs pauvres qui avaient besoin de ce travail pour survivre.
Bien que MARGLIN commette une erreur sur la division du travail, on peut admettre qu'il est plus facile de contrôler des travailleurs qui n'effectuent qu'une seule tâche.
De plus, la division du travail permet de diminuer la qualification et la résistance des travailleurs.
MARGLIN argumente de plusieurs manières à l'appui de sa position : un de ses arguments majeurs est de démontrer que la division du travail ne résulte pas de l'efficacité productive (comme l'affirme Adam SMITH).
MARGLIN reprend et critique les trois arguments de SMITH.


  • Sur l'accroissement de la dextérité, il indique :


. "je suis d'accord avec SMITH mais à condition que les emplois issus de la division du "travail reste des emplois qualifiés" (médecins : efficace si gastro, généralistes…"),
. "par contre, l'argument de SMITH ne tient pas si les emplois sont peu ou pas qualifiés : à "supposer que les 18 tâches soient peu ou pas qualifiées, un travail non spécialisé "pourrait être aussi efficace qu'un travail spécialisé (tâches faciles à maîtriser),"
. "or, la quasi totalité des emplois dans les manufactures au moment de la révolution "industrielle étaient" peu ou pas qualifiés".
MARGLIN dit qu'il peut démontrer son affirmation sur le cas même de la manufacture d'épingles développé par SMITH.
Selon lui, il ne reste pas d'archives qui décrivent le niveau de qualification des tâches dans la manufacture mais en revanche elles existent sur les salaires : à sexe égal les salaires étaient égaux il en conclut donc que les tâches étaient peu qualifiées.
Toutefois, il se trouve qu'il a un peu "triché" ; en analysant la grille d'Ashton, on s'aperçoit que les ¾ des travailleurs avaient effectivement le même salaire mais le ¼ restant avait des salaires plus élevés.


  • Sur l'argument de l'inventivité (selon lequel il est plus facile de remplacer un travailleur par une machine qui fait du travail parcellaire) :


MARGLIN fait remarquer à juste raison que SMITH se contredit à ce niveau dans la "Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations" : en effet, après avoir exposé sa thèse Chapitre I, Adam SMITH reparle de la division du travail cinq ou six chapitres plus loin dans un cadre plus politique.


  • Sur l'argument du gain de temps :


MARGLIN reconnaît que la division du travail permet un gain de temps mais cet avantage est à peu près nul à partir du moment où les travailleurs non spécialisés réaliseraient chaque tâche pendant un temps relativement long par rapport au temps de passage (ex si les tâches exécutées durent 6 heures et que le temps de passage d'une tache à l'autre dure 3 minutes le gain de temps est quasiment nul).


La position de David LANDES
David LANDES reprend pour sa part deux passages importants de la thèse de MARGLIN pour les critiquer :
Premier passage


  • Sur le gain de temps :


Il est d'accord sur ce point avec MARGLIN, mais considère tout de même que la non spécialisation gâche l'efficacité des personnes plus spécialisées.


  • Sur l'accroissement de la dextérité :


LANDES remarque que MARGLIN triche un peu avec la grille d'Ashton mais, globalement, il est d'accord.
Il indique cependant que c'est justement parce que la division du travail permet de minimiser la masse salariale et pas seulement de contrôler et discipliner.


  • Sur l'inventivité :


LANDES est d'accord avec MARGLIN sur la contradiction relevée dans le livre de SMITH mais il souligne qu'il n'en reste pas moins que la division du travail a facilité le développement du machinisme.
Deuxième passage
Le désaccord de LANDES porte en fait sur le poids relatif des trois causes ci-dessus dans la division du travail.
LANDES propose en fait de se replacer dans le contexte de l'époque.
Les "patrons" de l'époque avaient en effet deux problèmes :
- le "cost efficiency" à savoir leur compétitivité par rapport à la production,
- le "prédictability of output" (enforceability) ; pendant la révolution industrielle, l'indiscipline et la résistance des travailleurs était très forte : d'où le fait que les patrons n'étaient pas du tout certains d'atteindre leurs objectifs de production.
Selon LANDES, les patrons ne cherchaient pas à savoir si en spécialisant leurs travailleurs ils obtiendraient une production plus élevée ; ce qu'ils savaient, c'est qu'en spécialisant les travailleurs, ils battraient en terme de prix leurs concurrents qui n'auraient pas fait la même chose :
"l'analyse de BABBAGE est très éclairante à cet égard"
"ce que les patrons savaient aussi, c'est qu'en spécialisant, ils pourraient ainsi employer "beaucoup de femmes et d'enfants qu'ils pourraient forcer plus facilement à réaliser des "objectifs de production pour lesquels ils ne pouvaient pas compter sur les mâles "qualifiés".
Pour LANDES la raison majeure de la division du travail est donc la possibilité de minimiser la masse salariale (BABBAGE), la deuxième raison est la docilité des femmes et des enfants, la troisième étant l'efficacité productive.
B - La théorie de la valeur
C'est Adam SMITH qui, le premier, a fait la distinction entre deux types de valeurs :


  • la valeur d'usage à savoir l'utilité que chacun d'entre nous accorde à un bien,

  • la valeur d'échange à savoir le prix sur le marché d'un produit.


C'est cette dernière notion qui nous intéresse : SMITH considère que la valeur d'échange n'a pratiquement aucun rapport avec la valeur d'usage (paradoxe eau et diamant : l'eau est nécessaire à la survie et on peut se passer de diamant…)
Il fait également la distinction entre :


  • les biens reproductibles : valeur d'échange fixée par la rareté,

  • et les biens non reproductibles : SMITH a développé le premier la théorie de la valeur travail.


Selon cette théorie, le prix des biens est proportionnel au montant de travail nécessaire à leur production.
Mais SMITH n'a développé qu'un embryon de cette théorie ; il affirme qu'elle ne vaut que pour les économies "primitives" (si un castor s'échange contre deux daims c'est qu'il faut deux fois plus de temps pour tuer un castor que pour attraper deux daims…)
Dans le capitalisme, cette Loi n'est que très approximative puisque le prix d'une marchandise n'est pas seulement proportionnel au temps de travail puisque, pour produire, d'autres facteurs entrent en jeu comme la nécessité d'avoir des machines, puis les profits.
La théorie de la valeur travail sera toutefois reprise par RICARDO qui affirmera qu'elle est également valable dans les sociétés capitalistes.
La position de SMITH résulte du fait qu'il ne savait pas intégrer le capital fixe dans la théorie de la valeur travail ce qui sera développé par RICARDO.
C - La théorie des revenus : salaires, profit, rentes
Les salaires : prix du travail
Adam SMITH distingue ce qu'il appelle le prix naturel et le prix courant.
Le "prix naturel" est celui fixé par les lois économiques et le "prix courant" est le prix conjoncturel.
En effet, il peut y avoir momentanément des décalages mais le salaire courant aura tendance à se ramener au prix naturel (ex le prix du poisson peut être celui des heures nécessaires pour pêcher le poisson mais la conjoncture peut faire qu'une tempête survienne…)
Le prix naturel du travail peut donc se définir par le salaire de subsistance et plus précisément le salaire qui fournit aux ouvriers les moyens de subsister et de "perpétuer" leurs espèces (monnaie) sans accroissement ni diminution des espèces.

Cette analyse est d'ailleurs très cynique puisqu'en fait les "ouvriers" seraient nés "dans le mauvais berceau" et quel que soit le niveau de développement d'un pays, le salaire resterait (toujours selon Adam SMITH) celui de subsistance.
La raison invoquée par SMITH (dont on a déjà parlé) est celle selon laquelle si les salaires s'élèvent au-dessus du niveau des salaires de subsistance, les ouvriers "feront" plus d'enfants, l'accroissement de la demande de travail sera supérieure à l'accroissement de l'offre d'emplois ce qui entraînera du chômage et en conséquence fera rebaisser le niveau de vie "Loi d'airain des salaires".
Adam SMITH a cependant mis quelques bémols à sa théorie en observant qu'il pouvait y avoir quelques pays (exceptionnels) avec des salaires supérieurs aux salaires de subsistance (USA notamment) ; si un pays avait une croissance exceptionnelle, elle permettrait des salaires supérieurs aux salaires de subsistance en dépit d'un accroissement de natalité puisque le marché pourrait absorber la demande de travail même supérieure.
Le profit
Adam SMITH part d'une idée de base selon laquelle, seul le travail crée de la richesse ; les machines sont du travail "indirect" (travail cristallisé selon MARX).
Le profit est donc pompé sur la richesse créée par le travail "la valeur que les ouvriers ajoutent à la matière se résoud en deux parties dont l'une paye les salaires et l'autre les profits que fait l'entreprise".
Les classiques ont donc expliqué le profit par des questions de risque : les "capitalistes" n'investiraient pas s'ils ne faisaient pas de profit et donc il est légitime qu'ils s'approprient une partie de la richesse créée par les travailleurs pour couvrir ces risques.
Le taux de profit minimal doit dépasser un peu ce qu'il faut pour compenser les pertes accidentelles auxquelles est exposé chaque emploi de capital.
Cette hypothèse du risque est abandonnée par les économistes d'aujourd'hui.
En fait, celui qui a surtout développé cette hypothèse "Théorie embryonnaire du risque" est Franck KNIGHT (il a écrit un livre s'intitulant "Risk Incertainsly Profit" 1925).
Il a développé deux types d'incertitude :
- incertitude probabiliste : quand le décideur est capable de définir des probabilités à chaque état futur de la nature mais incertitude quant à l'avenir,
- incertitude totale : incapacité de définir ces états futurs et d'établir des probabilités à chaque état futur de la nature.
Franck KNIGHT affirme que les capitalistes vivent dans l'incertitude totale d'où le fait qu'ils seraient obligés de fixer un plan de production sans rien savoir de la demande future ce qui engendre des prises de risque énormes : le profit serait la rémunération du risque pris par les capitalistes dans un monde d'incertitude totale !

Les économistes d'aujourd'hui réfutent totalement cet argument notamment Mrs ROBINSON (Cambridge, années 50-60) a fait une critique célèbre sur cette théorie qu'elle a appelée "théorie subjectiviste", selon elle :
- les capitalistes ne vivent pas dans l'incertitude totale,

- si c'était vrai, il devrait y avoir des périodes où le profit serait négatif or, globalement, il n'y est jamais ! (EBE de 25 à 33 %),

- comment peut-on fixer le niveau de profit à réaliser ? (pourquoi pas 40 ou 50 % ?)
A son idée de base, SMITH ajoute un certain nombre d'éléments ; il considère que le taux d'intérêt est un bon indicateur du profit même si l'on prend le taux de profit net des entreprises (pas l'EBE qui est le taux de marge brut).
En fait dans le capitalisme, il n'y a pas de corrélation entre le profit et le taux d'intérêt.
L'idée de SMITH est que, dans un pays, en voie de développement du fait de la rareté des capitaux les firmes ont la possibilité de réaliser des profits élevés ; en revanche, dans un pays riche, le profit serait plus faible.
La rente : revenu des propriétaires terriens
La rente est le revenu qui va jouer un rôle très important chez RICARDO et MALTHUS, mais chez SMITH elle n'en est qu'au "début".
Pour SMITH, les biens obtenus à partir des terrains sont des biens dont la demande est forte et qui peuvent être vendus à des prix dépassant les coûts de la production.
D - Les moteurs de la croissance
La croissance dépend essentiellement de l'accumulation du capital et du "goût" des riches pour épargner.
KEYNES s'est fortement opposé à cette analyse en affirmant que l'épargne ne s'investissait pas fatalement et, même, qu'il n'y avait pas vraiment de problème pour investir puisque l'investissement pouvait être financé par crédit.
Sur le problème de l'épargne SMITH écrivait :
"ce qui est annuellement épargné est aussi régulièrement consommé que ce qui est "annuellement dépensé et il l'est aussi presque dans le même temps".
L'épargne ne serait donc qu'une consommation un peu retardée et ne sera pas un frein à la consommation.
Cette théorie de SMITH est reprise, un peu différemment, dans la fameuse "loi des débouchés" développée par Jean-Baptiste SAY (classique français).
Une économie capitaliste ne pourrait avoir de surproduction parce que l'offre créerait sa propre demande : lorsqu'un producteur a terminé son produit, son plus grand désir est de le vendre mais il n'est pas moins empressé de se défaire de l'argent que lui procure cette vente pour que la valeur de l'argent ne chôme pas ; or, on ne peut se défaire de cet argent qu'en demande à acheter un produit quelconque.

Le seul fait de la formation d'un produit entraînerait donc, à l'instant même, un débouché sur d'autres produits et il ne pourrait y avoir de surproduction.

Cette loi est très contestée par les économistes.
KEYNES l'a critiquée violemment dans l'introduction de son livre sur la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie ; il affirme qu'évidemment il peut y avoir des crises de surproduction (exemple de la crise de 1929) et que cette théorie est "idiote" ; il souligne par ailleurs que l'épargne n'est pas obligatoirement investie et que pour des raisons de spéculation, l'épargne peut ne pas être dépensée.
E - La distinction entre les productifs et les improductifs.
Sont dits "productifs" ceux qui créent de la valeur et "improductifs" ceux qui sont payés par transfert par les productifs.
Adam SMITH considère que ne sont productifs que les individus qui participent à la création de biens matériels et ceux qui participent à leur distribution vers les consommateurs.
Sont donc considérés comme improductifs les professions libérales, les cadres supérieurs, les fonctionnaires, les comptables…


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