La France dans les relations internationales de 1870 à 1914 : de l’isolement à la Triple-Entente








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La France dans les relations internationales de 1870 à 1914 : de l’isolement à la Triple-Entente

En 1870, la France, quelques années auparavant conquérante dans le monde entier, sort humiliée d’une guerre rapide qui a consacré la suprématie allemande sur l’Europe : la déclaration du IIe Reich dans la Galerie des Glaces représente le triomphe de Bismarck, artisan de l’unité allemande et de la puissance militaire de la nation naissante. Bismarck, qui n’est pas encore au faîte de sa gloire, est appelé à régir les relations européennes jusqu’à son départ de la chancellerie, en 1890. Tout au long de cette période, la France connaît une traversée du désert diplomatique, malgré la conquête de son empire colonial qui devient le plus vaste derrière celui de la Grande-Bretagne.

Comment la France se relève-t-elle de l’humiliation infligée en 1870 jusqu’à devenir, à l’aube de la Première Guerre mondiale, un pion essentiel de la stratégie diplomatique ?
I. L’isolement français dans une Europe bismarckienne : 1870-1890
La France au lendemain de la défaite, sous tutelle diplomatique allemande
1. Le coût de la défaite
Les pertes humaines, quoique nettement moins lourdes que celles des conflits mondiaux du XXe siècle, pèsent sur le devenir de la France. 140 000 soldats sont morts, de même que 400 000 civils ; on estime que le manque de naissances s’élève à un creux de 160 000 enfants, amorçant ainsi une atonie démographique qui ne se démentira pas jusqu’à la Première Guerre mondiale. Les zones occupées du centre et du Nord-Est du pays sont lourdement touchées par ce lourd tribut humain. Avec l’annexion allemande du département de l’Alsace et d’une partie de celui de la Lorraine, la France perd un million et demi d’habitants ; sa population passe ainsi de plus de 38 millions en 1869 à 36 millions en 1872, compte tenu du déficit des naissances.

Sur le plan matériel, la perte de l’Alsace-Lorraine représente un important manque à gagner pour l’industrie. Le traité de Francfort, signé le 10 mai 1871, conditionne le départ des troupes allemandes au paiement d’une lourde indemnité de cinq milliards de francs or qui, ajoutés aux frais de guerre, d’occupation et de répression de la Commune, font monter l’addition de guerre à plus de seize milliards de francs, soit 10% de la richesse nationale. De plus, la France devient commercialement dépendante de l’Allemagne en lui accordant le statut de nation la plus favorisée, c’est-à-dire de partenaire bénéficiant des tarifs douaniers les plus bas. A cette situation financière et commerciale catastrophique vient s’adjoindre un pays bombardé, lourdement endommagé, privé de nombreux moyens de communication susceptibles de faire repartir l’économie.

Le crédit international dont le régime de Louis-Napoléon Bonaparte avait réussi à doter la France a disparu, ruiné par quelques mois de guerre. Divisée à l’intérieur avec la Commune, subordonnée à l’Allemagne sans l’aide de laquelle Thiers n’aurait certainement pas pu parvenir si rapidement à soumettre Paris, la France doit se reconstruire et retrouver sa place dans le monde. C’est l’inauguration de la période dite de « Recueillement », durant laquelle Thiers travaille à rétablir une situation gérable.



2. L’efficacité de la présidence Thiers
Malgré les conditions dures que la France doit supporter, Thiers réussit à lui redonner un certain poids, tant sur le plan économique que sur celui diplomatico-militaire, sans pour autant la libérer de sa tutelle germanique.

Tout d’abord, le gouvernement achève le paiement de l’indemnité grâce à deux emprunts successifs et obtient ainsi dès juin 1873 l’évacuation totale du territoire. La priorité est donnée au relèvement militaire : le 29 juin 1871, le revue des 120 000 hommes de la troupe, à Longchamp, dans une effervescence patriotique populaire, témoigne d’un début de puissance retrouvée. Les forces politiques en présence dépassent leurs divisions profondes afin de permettre ce renouveau militaire : en 1872, la loi sur le service militaire obligatoire est votée et assure un contingent de 500 000 hommes mobilisables à tout instant ; d’autres lois promulguées entre 1873 et 1875 provoquent une réorganisation de l’armée, l’institution d’officiers et de sous-officiers de réserve, la reconstitution d’un système de fortifications et la modernisation du matériel.

Sur le plan économique et financier, les deux emprunts internationaux souscrits afin de payer l’indemnité de départ des troupes allemandes rencontrent un franc succès en France comme à l’étranger et témoignent d’une confiance qu’inspire la politique de Thiers en la matière et qui sera la clé de la puissance bancaire française, à l’origine de la puissance diplomatique dans les années 1880-1890. Le déficit budgétaire occasionné par la guerre est comblé dès 1873, le franc reste stable : la France inspire toujours confiance
3. Des relations franco-allemandes marquées par la méfiance
Bismarck et Guillaume Ier, afin de garantir l’Europe contre l’influence française, concluent avec François-Joseph d’Autriche et Alexandre II de Russie, l’entente dite « des trois empereurs », en 1873. Cet accord entre les monarchies européennes signe le début de l’isolement français, à un moment où elle hésite toujours entre monarchie ou république.

Cependant, le départ de Thiers, le 24 mai 1873, est source d’inquiétudes pour Bismarck. En effet, Thiers représente le pacifisme forcené de 1871 et l’acceptation des conditions imposées par l’Allemagne. Le chancelier allemand craint par-dessus tout le bras de fer relancé par la démission du premier Président de la IIIe République, entre monarchistes et républicains : l’avènement d’une monarchie ( surtout légitimiste, comme semble le laisser penser l’évolution politique de l’année 1873 ) pourrait réconcilier la France et les grandes familles régnantes en Europe et générer de nouvelles alliances qui intégreraient les Français dans le jeu des relations internationales européennes ; de plus, le régime d’Ordre moral de de Broglie, favorable à une hiérarchie traditionnelle et à une société basée sur des valeurs catholiques, n’est pas pour plaire à Bismarck qui a maille à partir avec les catholiques allemands du fait de sa politique de Kulturkampf ; par ailleurs, une république gambettiste, marquée par le sentiment nationaliste et revanchard, compromettrait les espoirs allemands de stabilité sur la question d’Alsace-Lorraine. Il faut d’ailleurs remarquer ici que l’annexion de ces deux provinces par l’Allemagne n’est pas le fait de Bismarck, mais bien plutôt de son Etat-Major : le chancelier, en fin stratège, pressentait les rancœurs qu’engendrerait le rattachement de l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne, du côté français. Soucieux de faire oublier aux Français cette douloureuse question de « la ligne bleue des Vosges », Bismarck voit donc d’un mauvais œil la chute du très raisonnable et pacifiste Thiers.

Le climat des relations franco-allemandes, après la crise du 24 mai 1873, devient donc électrique. L’Etat-Major du Reich n’apprécie guère le réarmement français, qui s’opère très rapidement à la faveur des nombreuses lois promulguées par l’Assemblée nationale. Celle de 1875 sur l’augmentation du nombre d’officiers et de sous-officiers dans l’armée française provoque un tollé dans les milieux militaires outre-Rhin : l’Allemagne perçoit la montée en puissance militaire française comme une menace directe pour sa sécurité ; l’Etat-Major va jusqu’à planifier une guerre préventive afin de se prémunir contre une potentielle future puissance à l’Ouest. Le duc Decazes, ministre français des Affaires étrangères d’alors, internationalise l’incident en en appelant à l’Angleterre et à la Russie : Bismarck est ainsi fermement invité à « calmer les inquiétudes de l’Europe » et par là même les projets belliqueux de ses officiers. Sans être pour autant la remise en cause de l’isolement de la France dans une Europe bismarckienne, cette intervention anglo-russe est un avertissement pour l’Allemagne qui découvre les limites de sa politique dominatrice ; elle est aussi et surtout l’événement providentiel qui a empêché le déclenchement d’une nouvelle guerre franco-allemande ; toujours est-il que la France a dû aller jusqu’à quémander la protection des Britanniques et des Russes.

B. La France poussée à l’expansion coloniale
1. La recherche d’un nouveau souffle diplomatique dans la conquête coloniale
Au lendemain de la guerre de 1870, la France est dotée d’un empire colonial modeste, mais que le régime de L.N. Bonaparte a contribué à agrandir, en Algérie et dans la péninsule indochinoise notamment. La politique de « Recueillement » a conduit à l’arrêt de l’expansion coloniale, les attentions s’étant recentrées sur la métropole. Cependant, au-delà des avantages économiques ( tant en termes d’approvisionnement en matières premières qu’en termes de débouchés industriels ) qu’offre un empire colonial, certains, comme de plus en plus d’opportunistes, des orléanistes convertis à la république bourgeoise, se convainquent des atouts diplomatiques de l’expansion coloniale. En effet, beaucoup d’hommes politiques y voient le moyen de pallier le manque d’influence de la France aux niveaux européen et mondial, de contrer la domination maritime britannique, de parer la faiblesse démographique française militairement périlleuse, en un mot : de « redorer le blason » national. Se constitue ainsi une élite économique et sociale favorable à la conquête d’un empire colonial.

Cependant, la question est loin de faire l’unanimité : les Français dans leur grande majorité restent cocardiers et, tout comme la droite ou les radicaux, refusent par patriotisme l’expansion coloniale.

De fait, entraîner la France dans des aventures coloniales n’est qu’un moyen d’isoler la France encore un peu plus et de l’évacuer des relations européennes, moyen utilisé par l’Allemagne et le Royaume-Uni qui font pression sur Paris ; Berlin veut détourner l’attention de la France de l’Alsace-Lorraine, tandis que Londres compte préserver sa domination en Egypte, contestée par la France, en lui livrant le Sahara et la future Indochine.
2. L’agrandissement du domaine colonial
Le véritable départ de la conquête coloniale est donnée par Jules Ferry, durant ses deux ministères ( septembre 1880-novembre 1881 et février 1883-mars 1885 ).

L’influence française en Méditerranée est menacée par le recul en Egypte où Français et Britanniques se partageaient le pouvoir depuis l’ouverture du canal de Suez en 1869 : lors d’une révolte nationaliste égyptienne en 1881, contre l’impérialisme européen, la France laisse le rôle répressif au Royaume-Uni et voit ainsi son autorité sur cette région lui échapper au profit de Londres. Dès lors, la France, déjà fortement implantée en Tunisie, région considérée comme le prolongement naturel de sa présence en Algérie, y renforce son influence, jusqu’à soumettre la politique intérieure tunisienne du bey aux fonctionnaires envoyés par Paris ( traité de La Marsa, en juin 1883 ). Cependant, la Tunisie est aussi convoitée par l’Italie, qui y compte 10 000 de ses ressortissants ; l’établissement du protectorat français sur la Tunisie provoque une rupture des relations franco-italiennes ( cf C. ).

La France s’impose par ailleurs en Afrique saharienne et en Afrique noire. A partir de 1879-1880, l’expansion est entamée en Algérie, vers le Sud et le Sahara. De même, des missions d’exploration sont envoyées au Soudan, dans la région du Niger…

En Asie, le traité de Tien-Tsin ( mai 1884 ) signé avec la Chine reconnaît le protectorat français sur l’Annam et le Tonkin et assure les intérêts économiques français en Chine d’un traitement de faveur.

La Conférence de Berlin, en 1884-1885, tout en émettant des réserves quant à la puissance coloniale française du fait des conflits qui naissent autour de la possession de territoires au cœur de l’Afrique noire et nigérienne, notamment avec les Britanniques tout à leur projet d’établissement d’une Afrique anglaise du Cap au Caire, entérine cependant les nouveaux territoires conquis.


La France qui cherche maladroitement à trouver une place, mais qui reste isolée
1. Une Europe plus bismarckienne que jamais
Bismarck poursuit sa stratégie d’isolement de la France, tout en ménageant un équilibre entre Autriche et Russie. En octobre 1879, une alliance, dite « Duplice », est signée entre Vienne et Berlin ; en 1882, c’est avec St-Pétersbourg que Bismarck signe une alliance.

Par ailleurs, Bismarck se fait une alliée de l’Angleterre de Victoria : une des filles de la souveraine britannique épouse le Kronprinz, le futur Guillaume II. De plus, en poussant la France à la conquête coloniale, le chancelier allemand espérait bien provoquer des brouilles franco-anglaises : c’est ce qui se passe en Egypte en 1881.

A la faveur de l’arrivée au pouvoir en Italie de la gauche nationaliste en 1876 et de la montée sur le trône du nouveau roi Humbert Ier, les relations italo-germaniques se font plus intenses, d’abord sur le plan économique, puis sur le plan politique : la politique tunisienne de la France pousse Rome dans les bras de Bismarck, et l’Italie adhère avec l’Autriche, en 1882, au traité d’alliance défensive nommé « Triplice » ou Triple-Alliance. Ce traité, fondamental dans les relations européennes, stipule, en cas d’attaque d’un des pays signataires, la solidarité et l’engagement militaire des deux autres contre le belligérant responsable de la rupture de la paix.

Bismarck profite de l’arrivée du nationaliste et gallophobe Francesco Crispi à la présidence italienne du Conseil, en 1887, pour faire aboutir un traité italo-anglais sur le statu quo en Méditerranée : la France, qui n’a toujours pas renoncé à ses intérêts en Egypte, se coupe un peu plus de l’Italie.
2. La crise boulangiste et ses conséquences sur les relations franco-allemandes
Les succès du « général Revanche », à partir de 1886, sont ceux du discours nationaliste auprès d’un petit peuple français chauvin et obsédé par la question d’Alsace-Lorraine. La droite et l’extrême gauche sont toujours des menaces pour la stabilité des relations entre Paris et Berlin, notamment du fait de l’action de la Ligue des Patriotes, dont Paul Déroulède devient président en 1885. Une première alerte se produit en 1886-1887, quand, en réaction aux manœuvres de l’armée française à la frontière, l’Etat-Major allemand rappelle ses réservistes ; la France tempère à coups de contrôle de presse et des débordements nationalistes.

Tout en inquiétant Bismarck, la présence de Boulanger comme ministre de la Guerre dans le gouvernement Goblet vont lui permettre d’avancer ses pions. En effet, le chancelier profite de l’instabilité en France pour renouveler la Triplice avec trois mois d’avance en février 1887, en y adjoignant deux conventions, l’une germano-italienne, l’autre austro-italienne, qui, de fait, transforment la Triple-Alliance en une alliance offensive : l’Italie peut désormais faire appliquer le traité si elle estime que les progrès français en Afrique du Nord le justifient. De plus, Bismarck a besoin d’un déclencheur afin de faire accepter au Reichstag ses nouveaux crédits militaires ; il utilise ainsi Boulanger lors de l’affaire Schnaebele. En avril 1887, on apprend l’enlèvement par la sécurité allemande d’un commissaire de police français, d’une commune frontalière, nommé Schnaebele, aussitôt déféré devant la Haute-Cour de Leipzig pour espionnage. Boulanger réagit en demandant la mise en alerte des troupes frontalières ; mais Grévy et Goblet s’appliquent à calmer le jeu et obtiennent pacifiquement la libération de Schnaebele deux mois plus tard. Cet incident qui aurait pu déboucher sur une guerre permet à Bismarck d’obtenir du Reichstag ses crédits militaires.

Quand, en France, le ministère Goblet est renversé par la Chambre et quand Boulanger est relayé à Clermont-Ferrand, Bismarck y voit la fin du nationalisme forcené au gouvernement. Mais la mise à l’écart de celui qui est devenu l’icône revancharde d’un petit peuple surexcité par l’affaire Schnaebele contribue à faire monter les tensions et les rancœurs ; les incidents se multiplient à la frontière. Il faudra attendre la véritable chute de Boulanger, en 1889, pour que la tension retombe : Bismarck promet alors la participation allemande à l’Exposition Universelle de Paris, finalement annulée pour des raisons de sécurité… La paix est donc toujours extrêmement précaire.

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