Cours de Littérature








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Cours de Littérature

Licence lettres modernes


Madame de LA FAYETTE

La Princesse de Clèves



Pour étudier La Princesse de Clèves, accordez la priorité absolue   comme pour toute autre œuvre littéraire   à la connaissance du texte. Le meilleur guide de lecture nous a été fourni par Mme de Lafayette elle même dans un passage de sa correspondance qui éclaire aussi bien sa personnalité (caractérisée par le goût de la discrétion et même du secret) que la nature de son roman.
"Un petit livre qui a couru il y a quinze ans et où il plut au public de me donner part [il s'agit de La Princesse de Montpensier, paru en 1662] a fait qu'on m'en donne encore à La Princesse de Clèves. Mais je vous assure que je n'y en ai aucune et que M. de La Rochefoucauld, à qui on l'a voulu donner aussi, y en a aussi peu que moi; il en fait tant de serments qu'il m'est impossible de ne pas le croire, surtout pour une chose qui peut être avouée sans honte. Pour moi, je suis flattée que l'on me soupçonne, et je crois que j'avouerais le livre, si j'étais assurée que l'auteur ne vînt jamais me le redemander. Je le trouve très agréable, bien écrit sans être extrêmement châtié, plein de choses d'une délicatesse admirable et qu'il faut même relire plus d'une fois. Et surtout, ce que j'y trouve, c'est une parfaite imitation du monde de la cour et de la manière dont on y vit. Il n'y a rien de romanesque et de grimpé; aussi n'est ce pas un roman: c'est proprement des mémoires, et c'était, à ce que l'on m'a dit, le titre du livre, mais on l'a changé." (Lettre à Lescheraine du 13 avril 1678; le roman était sorti en librairie le 17 mars 1678).

Vous voilà donc prévenus : la "délicatesse admirable" du texte (sa subtilité dans l'analyse et l'expression du sentiment) exige plu­sieurs lectures.
Afin d'en bien comprendre l'esprit, il est nécessaire de connaître les influences intellectuelles qui se sont exercées sur l'auteur essentiellement, celles de la préciosité et du jansénisme. Reportez-vous, dans un manuel d'histoire littéraire, aux chapitres sur la préciosité et les romans de Mlle de Scudéry, sur le jansénisme, 1'oeuvre de Pascal et celle de La Rochefoucauld. Consultez ensuite les ouvrages d'Henri Coulet et de Bernard Tocanne, qui situent La Princesse de Clèves dans l'histoire du roman au XVIIème siècle. L'édition Magnard vous offrant une véritable anthologie de textes critiques, ne vous dispersez pas en lectures trop nombreuses : mieux vaut lire avec attention, outre le "Profil d'une œuvre, utile mémento, une ou deux études seulement, afin d'affiner votre connaissance du texte et d'alimenter votre réflexion personnelle   laquelle reste, en définitive, l'essentiel. (Pour la bibliographie critique, vous pouvez consulter avec profit 2 publications récentes : plusieurs articles sur la Princesse figurent dans la revue XVIle siècle : avril juin 92, n° 75. / oct déc 93, no 181

I   LA PERSONNALITE DE MME DE LAFAYETTE
Tout manuel vous offrira une biographie sommaire. Deux aspects de la personnalité de Mme de Lafayette, trop peu soulignés et pourtant déterminants dans la conception de La Princesse de Clèves méritent d'ê­tre commentés.
Tout d'abord la capacité d'ironie, qui va de pair avec le goût du secret. Surnommée "le brouillard" par les habitués du salon de Mme du Plessis Guénégaud, à l'hôtel de Nevers, Mme de Lafayette ne dévoile ses pensées et opinions qu'à un petit cercle d'intimes (dont Mme de Sévigné et La Rochefoucauld), et excelle à se dérober derrière les dénégations ironiques et les antiphrases. Nous en avons un exemple dans la lettre à Lescheraine citée plus haut; un autre nous est offert par le jugement célèbre porté sur les Maximes de La Rochefoucauld dans un billet de 1663 à Mme de Sablé : "Nous [   ] avons lu les maximes de M. de La Rochefoucauld. Ha, Madame! quelle corruption il faut avoir dans l'esprit et dans le cœur pour être capable d'imaginer tout cela ! J'en suis si épouvantée que je vous assure que, si les plaisanteries étaient des choses sérieuses, de telles maximes gâteraient plus ses affaires que tous les potages qu'il mangea l'autre jour chez vous." Roger Duchêne a raison d'écrire que Mme de Lafayette "devait connaître depuis longtemps les idées dont elle feint de s'indigner. Comme si La Princesse de Montpensier n'était pas, elle aussi, une illustration de l'impossibilité de la vertu !" (Madame de La Fayette, p. 246). Dès 1660, le Grand Dictionnaire des Précieuses de Somaize attirait l'attention, en termes assez équivoques, sur le tour d'esprit volontiers moqueur de "Féliciane" (nom sous lequel est dépeinte Mme de Lafayette) : "Féliciane est une précieuse aimable, jeune et spirituelle, d'un esprit enjoué, d'un abord agréable ; elle est civile, obligeante et un peu railleuse ; mais elle raille de si bonne grâce qu'elle se fait aimer de ceux qu'elle traite le plus mal, ou du moins qu'elle ne s'en fait pas haïr." On voit, par les expressions ici soulignées, qu'après les compliments d'usage, assez conventionnels, la note devient plus critique : les railleries de "Féliciane" devaient être parfois caustiques, et la biographie de Mme de Lafayette en offre plus d'une attestation.
C'est pourquoi on est étonné de lire dans l'édition Magnard de notre roman qu'il manquait "à cette apologiste de la sincérité un sens de l'ironie si profondément présent chez La Rochefoucauld, et si absent chez elle" (P. 63). Le contresens est complet, et grave dans la mesure où il est susceptible de fausser la lecture de La Princesse de Clèves. L'ironie y est en effet omniprésente, mais sous une forme latente, impassible et comme glacée. Comment ne pas distinguer cette ironie dans la remarque prêtée à l'héroïne alors que celle ci vient de faire à son mari l'aveu de son amour pour un autre (c'est à dire l'aveu du fait qu'elle pense à un autre homme jour... et nuit) : "Il me semble que vous devez être content de ma sincérité" (p. 202 ; la pagination renvoie à l'édition Magnard) ; et il est rapporté plus loin que la princesse "trouva même de la douceur à avoir donné ce témoignage de fidélité à un mari qui le méritait si bien" (P. 208). Il est vrai que le prince de Clèves lui même a vu dans l'aveu une "marque de fidélité", mais c'est oublier le contexte : "Vous me rendez malheureux par la plus grande marque de fidélité que jamais une femme ait donnée à son mari" (p. 200). D'au­tre part, Mme de Lafayette avait pu lire en 1675, dans la quatrième é­dition des Maximes de La Rochefoucauld (alors que La Princesse de Clèves était sans doute en voie d'achèvement avec l'amicale collaboration de l'auteur des Maximes): "La violence qu'on se fait pour demeurer fidèle ne vaut guère mieux qu'une infidélité" (maxime 381, édition Gar­nier, p. 90).
Le second point concerne la personnalité sociale de Mme de Lafayette : elle appartient de par son mariage à la meilleure noblesse et a su acquérir une position des plus enviables dans le grand monde; mais elle est, comme on disait à l'époque, "de la ville" (de Paris), non "de la cour", même si elle y a ses entrées et des relations étroites et prestigieuses (Henriette d'Angleterre, belle-sœur de Louis XIV), ou profitables (Louvois, grâce auquel elle assura la carrière de ses deux fils, l'aîné dans l'armée et le cadet dans l'Eglise). Elle connaît assez bien la cour pour en faire dans La Princesse de Clèves, selon les termes de la lettre à Lescheraine, "une parfaite imitation", mais est toujours restée à l'écart: sa position est celle d'une observatrice excellemment informée qui garde un recul critique. D'où, sous une apparence de respect cérémonieux et un peu compassé, la vision sans concession d'un milieu clos, absorbé par le "divertissement" (au sens pascalien) d'intrigues où règnent une frivolité et une férocité également implacables. C'est certes la cour de Henri II qui est évoquée : mais le présent de généralité de la formule "parfaite imitation du monde de la cour et de la manière dont on y vit" montre assez que la peinture reste en 1678 pleinement actuelle. Outre qu'une aristocrate a dérogé en s'affichant comme auteur (le nom de La Rochefoucauld ne figure pas non plus en tête des Maximes), on comprend que la comtesse de Lafayette n'ait pas voulu associer publiquement son nom et son titre   lesquels appartenaient d'abord à son mari et également à ses fils   à une œuvre qui dépeint la vie des grands sous un jour aussi cruellement désenchanté. Anonyme, La Princesse de Clèves bénéficia de tous les avantages du mystère ; signée, elle aurait eu un parfum de scandale.
II   "LA PRINCESSE DE CLEVES" COMME NOUVEAU ROMAN
De même que La Princesse de Montpensier, La Princesse de Clèves appartient au genre de 11"histoire" ou de la "nouvelle" (selon la terminologie du temps : pour nous, La Princesse de Montpensier est une nouvelle, La Princesse de Clèves un roman) dont la genèse et la vogue, à partir de la décennie 1660, procèdent d'une réaction contre le roman héroïque et précieux des années 1630 1660. L'ouvrage d'Henri Coulet vous fournit à cet égard toutes les précisions nécessaires. On retiendra particulièrement que le chef d'œuvre de Mme de Lafayette marque le triomphe du goût mondain sur les préceptes des doctes, qui concevaient le roman comme un "poème héroique ou une épopée en prose" principalement consacré à des aventures amoureuses, d'amples dimensions et obéissant à des règles de composition fort précises.
Le goût mondain impose des formes brèves et une expression concise. La Rochefoucauld, maxime 142 : "Comme c'est le caractère des grands esprits de faire entendre en peu de paroles beaucoup de choses, les petits esprits au contraire ont le don de beaucoup parler, et de ne rien dire." Le court récit se substitue aux "romans à dix tomes" de La Calprenède ou Mlle de Scudéry, les Pensées de Pascal (publiées par Port Royal en 1670) puis les Caractères de La Bruyère, œuvres composées de fragments ou morceaux discontinus, connaissent un succès considérable, ainsi que les Fables de La Fontaine. Ce dernier, dans le "Discours à M. de La Rochefoucauld" du livre X des Fables, déclare précisément :
"Mais les ouvrages les plus courts

Sont toujours les meilleurs.

En cela j'ai pour guides

Tous les maîtres de l'art, et tiens qu'il faut laisser

Dans les plus beaux sujets quelque chose à penser."
Le lecteur est incité non seulement à dégager la part considérable d'implicite cryptée dans le texte, mais à prolonger la réflexion en la confrontant à sa propre expérience. L'esthétique du resserrement, de l'ellipse, de la densité allusive l'amène à "penser" ou plutôt à repenser 1'oeuvre pour son compte et lui procure une jouissance qui s'apparente à celle de la création : invite à la participation active qui s'avéra des plus efficaces dans le cas de La Princesse de Clèves, puisque la publication du roman suscita une controverse entre lettrés (à la critique de Valincour répondit la défense en règle de l'abbé de Charnes) ainsi qu'un débat public lancé par le Mercure Galant à propos de l'aveu de la princesse à son mari : devait elle parler ou se taire?
Le "principe d'économie" énoncé par La Rochefoucauld ("faire entendre en peu de paroles beaucoup de choses") régit La Princesse de Clèves : économie de gloses, et plus encore de jugements, sur les faits rapportés, économie de mots dans la formulation   source d'infinis débats sur le sens global de l'œuvre, et même sur le sens ponctuel de certains passages. Ainsi, la phrase rapportant la réponse favorable de Mme de Chartres à la demande en mariage présentée par M. de Clèves : "elle ne craignit point de donner à sa fille un mari qu'elle ne pût aimer en lui donnant le prince de Clèves" (p. 102) a récemment fait l'objet de deux interprétations divergentes (Littératures classiques. Mme de Lafayette, 1989, p. 50 et 52). Si on comprend "elle ne craignit point" comme une litote pour "elle osa", la phrase peut signifier que Mme de Chartres prend sciemment le risque de compromettre le bonheur de sa fille en lui donnant un mari qu'elle ne pourra pas aimer : Mme de Chartres commet une faute; si on prend "elle ne craignit point" dans son acception littérale, la phrase signifie, comme l'explique R. Duchêne, que "Mme de Chartres donna sa fille à M. de Clèves, persuadée qu'il était possible que sa fille se mette à l'aimer" : Mme de Chartres commet une erreur. La deuxième version est de loin la plus satisfaisante, mais il faut reconnaître que la tournure construite sur une double négation, à la fois tacitement accusatrice et évasive, peut susciter quelque perplexité. Le pointilleux Valincour appréciait peu cette recherche de l'expression resserrée et suggestive : "Voilà des laconismes que je ne puis souffrir"; à quoi l'abbé de Charnes répliqua : "La question est d'abréger et d'exprimer, comme fait si bien l'auteur".
"C'est proprement des mémoires", lit on dans la lettre à Lescheraine. "Mémoires" (de genre masculin) a ici son sens de rapports rédigés sur le mode du constat impersonnel; Mme de Lafayette ajoute : "c'était, à ce que l'on m'a dit, le titre du livre, mais on l'a changé". Etranges mémoires, en vérité, que ces "mémoires intérieurs" qui rendent largement compte des pensées les plus intimes des personnages! C'est sans doute sur ce point qu'au delà des différences formelles la rupture est la plus profonde avec la tradition du roman héroïque, héritier autoproclamé de l'épopée.
Rappelons que pour Aristote, dont la Poétique joua un rôle fondamental dans l'élaboration de la doctrine classique, le propre de la mimèsis, qu'elle soit épique ou dramatique, est de représenter des hommes agissants, et que pour Horace la poésie doit être aussi évocatrice que la peinture : ut pictura poesis. La tâche du poète (au sens aristotélicien du terme : écrivain de fiction) est de "donner à voir": il ne s'attachera donc pas à l'analyse de la psyché, mais à la représentation des actes dont elle est la source. Cette conception est exposée très clairement par l'un des premiers commentateurs italiens de la Poétique, Robortello, dans un ouvrage en latin de 1548 : "Le discours poétique représente non, assurément, les dispositions intérieures des vertus et des vices, mais les actions mêmes qui proviennent de quelque disposition que ce soit; comme la disposition en effet est enfouie au fond de l'âme et échappe aux regards, elle ne peut être représentée qu'à travers les actions qui, elles, peuvent être perçues et appréciées par tout le monde. La conséquence est capitale pour le récit de fiction; il est censé être un témoignage rapportant ce qui "peut être perçu et apprécié par tout le monde" : les actions, les comportements en général, et aussi les paroles prononcées en public. "On ne voit point le fond des cœurs" déclare Alceste à Arsinoé. L'écrivain de fiction, s'il veut rester dans les limites de la vraisemblance, ne retrace des conduites humaines que ce qui se voit et s'entend.
En vertu de ce principe, les romans héroïques et surtout les romans précieux de Mlle de Scudéry, qui font une large place à l'analyse psychologique (ou "anatomie du cœur"), recourent à divers procédés ingénieux consistant à extérioriser la vie intérieure par le discours direct: l'histoire des héros est longuement contée par un confident ou une confidente qui connaît tout de leurs émois secrets; les personnages débattent de leurs sentiments au cours de conversations interminables qui interrompent le cours de l'intrigue et semblent aujourd'hui fastidieuses, mais qui furent très admirées des contemporains pour leur esprit et leur élégance; plus artificiellement encore : les soliloques à voix haute des héros, prononcés sous le coup d'émotions violentes, sont surpris et rapportés par un témoin indiscret, ou bien la correspondance où ils se confient est interceptée et diffusée... Boileau s'est copieusement moqué de cette panoplie de procédés dans son Dialogue des héros de romans, composé de 1666 à 1672 et qui ne fut publié qu'en 1713, après la mort de Madeleine de Scudéry, "pour ne pas chagriner une fille qui, après tout, avait beaucoup de mérite". Pourtant, Mme de Lafayette les retient presque tous dans La Princesse de Clèves : l'histoire de Sancerre et Mme de Tournon contée par M. de Clèves est un récit de confident (M. de Clèves étant le confident occasionnel de Sancerre); le roman contient plusieurs longues conversations, dont celle où le vidame de Chartres livre ses secrets à M. de Nemours, et surtout l'entretien final entre la princesse et le duc; l'aveu de la princesse à son mari est surpris par Nemours, témoin indiscret; la lettre de Mme de Thémines au vidame, perdue par ce dernier, tombe dans le domaine public, ou peu s'en faut. Mais rien ici ne sent l'artifice, ces divers éléments contribuant d'une part à la "Parfaite imitation" du monde étouffant de la cour (monde où l'on s'épie, où toute chose dite se répète au sein de réseaux relationnels enchevêtrés), et ayant d'autre part leur retentissement dans l'histoire privée de Mme de Clèves : les imprudents commentaires de son mari à propos de Sancerre lui font entrevoir l'éventualité de l'aveu, l'épisode de la lettre perdue lui révèle sa jalousie.
Le point sur lequel Mme de Lafayette innove le plus radicalement et de façon très hardie est le traitement des soliloques (mieux vaut réserver la désignation "monologue intérieur" pour le type de discours mis au point par James Joyce dans
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