Daniel Halévy








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date de publication08.10.2017
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On Nature, infinite in time & space Marcel Conche & others


Voir un Monde dans un Grain de sable

Un Ciel dans une Fleur sauvage

Tenir l’Infini dans la paume de la main

Et l’Eternité dans une heure. 
To see the World in a grain of sand

The Sky in a wild Flower

To hold the infinite in the palm of the hand

And Eternity in an hour.

William Blake


Il allait par la campagne au milieu des champs, jeune garçon de seize ans, quand il leva son regard vers le ciel et vit un cortège de hérons blancs traverser le ciel à une grande altitude : et rien d’autre, rien que la blancheur des créatures vivantes ramant sur le ciel bleu, rien que ces deux couleurs l’une contre l’autre, cet ineffable sentiment de l’éternité pénétra à l’instant dans son âme et détacha ce qui était lié, lia ce qui était détaché, au point qu’il tomba comme mort.

He wandered through the fields, young boy of 16, as he looked up to the sky and saw a trail of white herons flying through the sky, at a great altitude : and nothing else, nothing more than the whiteness of these white creatures rowing on a blue sky, nothing more than these two colors superposing each other, this ineffable feeling of eternity penetrated his soul at that very moment and untied what was tied, tied what was untied, so much so that he fell on the ground, as crushed by a sudden death.

Hugo von Hofmannsthal




Chacun des instants que nous vivons, destiné à revenir un nombre infini de fois, porte la marque de l’éternité, est lui-même un Eternel. L’Eternel ne réside plus dans un insaisissable au-delà : il est le propre de chaque instant, à chaque instant nous en sommes comblé
Every moment of our lives, destined to come back an infinite number of times, bearing the mark of eternity, is itself eternal. Eternity lies not in an unreachable “beyond” : it is the mark of each moment, and it fills us at every moment.

Daniel Halévy





Le permanent n’est là qu’à la faveur de nos grossiers organes… L’arbre est à chaque instant quelque chose de nouveau : nous affirmons la forme parce que nous ne saississons pas la subtilité du mouvement absolu…

Pour nous seuls, il y a du fini.

Permanence appears only to our unrefined organs… The tree is at each instant something new : we believe to see a shape because we don’t grasp the subtlety of the continuous move… For us alone, things are finite.
Friedrich Nietzsche


Par l’espace, l’univers me comprend et m’engloutit comme un point ; par la pensée, je le comprends.
Through space, the infinite universe embraces me and swallows me as a speck; through thinking, I embrace him.

Blaise Pascal



Le Temps est un enfant qui joue en déplaçant les pions : la royauté d’un enfant
Time is a child who plays displacing the pieces : the royalty of a child
Heraclites


La Nature n’est rien qu’une poésie énigmatique
Nature is nothing else than an enigmatic poetry


Plato




Quand la splendeur du jour t’exaspère, quand tu souhaites qu’une nuit définitive s’abatte sur le monde, pense au réveil d’un enfant.
Luths, parfums et coupes, lèvres, chevelures et longs yeux, jouets que le Temps détruit, jouets ! Austérité, solitude et labeur, méditation, prière et renoncement, cendres que le Temps écrase, cendres !

When the day’s splendor exasperates you, when you wish a definitive night would fall on the earth, think about the awakening of a child.
Lutes, perfumes and goblets, lips, hair and great eyes, toys that Time destroys, toys ! Austerity, solitude and labor, meditation, prayer and renouncement, ashes that Time crushes, ashes !
Omar Khayyâm


La Nature est infinie. Cette infinité me réduit à un point dans l’espace, un moment dans le temps. Mais cependant, je m’égale à elle par la pensée, non en ce sens que j’aurais une «idée» de l’infini, comme Descartes dit que l’on a une idée de Dieu, mais en ce sens que la pensée est comme telle ouverture à l’infini – qui n’est autre que la Nature même s’offrant à la conscience et à la raison de l’homme.
De la Nature, Anaximandre, déjà, a vu l’essentiel : qu’elle est l’inachevé. Elle est l’infini : un infini en un sens clos sur lui-même et sans extérieur, puisqu’il n’y a qu’elle, mais pourtant un infini ouvert, puisqu’elle n’est rien d’autre que création continue.
La Nature ne «veut» rien. L’apparition de l’amour ardent entre personnes singulières, uniques, insubstituables, n’était ni dans le «plan» de la Nature, ni dans aucun plan. C’est quelque chose que nul – dieu ou homme – ne pouvait prévoir. C’est une sublime création du Poète immanent. La Nature n’y est pas contredite, mais transcendée.
Nature is infinite. This infinity reduces me to a point in space, a moment in time. But, I equal myself to it through thinking, not because I could have an “idea” of infinity, as Descartes said we could have an idea of God, but because my thought is like a door to infinity, which is nothing else than Nature offering herself to the conscience and the reason of mankind.
Anaximander had already understood the essence of Nature: she is not complete. She is infinite, in a way closed to herself and without background, since there is only her. An open infinity, since she is nothing else than continuous creation.
Nature does not “want” anything. The surge of ardent love between singular persons, unique, without substitute, was not part of Nature’s “plan”, or any other plan. It is something that nobody – god or man – could foresee. It is a sublime creation of the immanent Poet. Nature is not hereby contradicted but transcended.

Certes, le Temps éternel a raison de toutes choses finies. Ce qui vaut – la méditation, la prière, l’amour, l’effort – est condanné à être effacé, annulé, aussi inexorablement que ce qui ne vaut rien, mais la différence de valeur n’en existe pas moins, et la sagesse tragique consiste à vouloir accroître cette différence, malgré le néant.
La Nature sous-tend et anime le monde, mais elle «aime à se cacher» (Héraclite). La Nature se montre ou se cache, selon les saisons : c’est là une habitude, l’alternance des saisons étant indéfinie. Puisssance de vie, la Nature durant la «morte» saison, se soustrait au regard. Mais après la mort, la vie ; après la vie, la mort : chacun des deux contraires est justifié. La Nature les maintient ensemble, comme devant apparaître chacun à son tour. Une loi d’harmonie gouverne le cours des choses. Mais «l’harmonie chachée l’emporte sur l’harmonie visible» (Héraclite), car l’invisible gouverne le visible et en contient la clé.
Lorsque Lucrèce chante la «puissance» de la Nature au printemps, il ne fait qu’exprimer ce que, Epicurien ou non, chacun ressent. Et cette force qui a nom «amour», chacun, dans la passion, a pu, un jour, la subir, comme venant d’en deçà de lui-même et l’entraînant au delà, reléguant l’individu dans la zone infime, l’espèce seule ayant, à travers les générations d’individus éphémères, vraie et immuable réalité. Car, ce qui se manifeste alors est bien la vie elle-même, et son sens, qui est, indéfiniment, de vaincre la mort, quoi qu’il en soit des menus desseins individuels. Et il y a une disproportion étonnante entre la force de l’amour, qui peut briser les vies, les carrières, les êtres, et la modicité prudente des ambitions ordinaires. D’une part, le sens de la vie, à l’horizon de durée indéfinie, d’autre part le menu sens que l’individu, à part soi, donne à sa vie, sens dérisoire puisque sans effet sur la mort (sinon, par l’œuvre, de repousser quelque peu l’oubli).
La Nature est, pour la pensée, un défi perpétuel. On voit la Nature se renouveler et se répéter. D’année en année, le printemps revient, et l’automne, mais pas tout à fait le même printemps, ni le même automne. Laquelle de ces deux capacités – de renouvellement, de répétition – l’emporte-t-elle ?
La Nature est comme un corps vivant qu’enveloppe un vêtement. Le logos scientifique saisira peut-être chaque fibre du vêtement, et comme toutes renvoient à toutes, formant un ensemble beau et harmonieux, mais le vêtement n’est pas le corps de la personne.

Eternal Time takes over all finite things. What has worth – meditation, prayer, love, effort – is condemned to be erased, nullified, as inexorably as what has no worth at all. But the difference in value nevertheless exists, and the tragic wisdom consists in willing to increase this difference, despite nothingness.

Nature underpins and animates the world, but she “loves to hide” (Heraclites). Nature shows or hides herself according to the seasons : it is a habit, the altering of the seasons being undefined. Power of life, Nature hides herself during the “dead” season. But after death, life; after life, death; each of these two opposites is justified. Nature keeps them together, as having to appear by turns. A law of harmony governs the course of things. But “hidden harmony wins over visible harmony” (Heraclites), because the invisible governs the visible and holds its key.

When Lucretius sings the “power” of Nature in spring, he expresses what everybody, epicurean or not, feels. And this force called “love”, each of us, in a moment of passion, has undergone it, as coming from within, and taking him beyond, leaving the individual behind, the race alone having, through generations of ephemeral individuals, a true and immutable reality. Because, what manifests itself then, is life itself, and its meaning, which is, forever, to crush death, whatever the silly individual goals. And there is a stunning imbalance between the force of love, which can break up lives, careers, beings, and the cautious smallness of ordinary ambitions. On one hand, the meaning of life, with a horizon of undefined duration, on the other, the meagre sense that the individual gives to his life, derisory meaning since it is without any influence on death (except for the capacity of works to delay a little the oblivion).

Nature is, for the mind, a perpetual challenge. We see her renew and repeat herself. Year on year, spring comes back, and autumn, but not exactly the same spring, nor the same autumn. Which of these two capabilities – of renewal and repetition – take over ?

Nature is like a living body covered with a coat. The scientific logos might one day catch each the coat’s fibre that form a beautiful and harmonious whole, each fibre interwoven with all the others.

Or, la Nature elle-même nous est donnée immédiatement en chair et en os, sous la forme du monde sensible, de sa diversité et de sa profondeur.
Il faut regarder en face ce problème sans solution qu’est l’homme. Penser n’est rien d’autre. Mais pourquoi penser la Nature ? Parce qu’il n’y a que la Nature pour mettre l’homme à sa place. L’infinité, de toute part, l’écrase et l’annule.
But the coat is not the body of the person. Nature offers herself to us in the flesh, under the form of the sensitive world, of its diversity and depth.
We must look straight this problem without solution that man is. To think is nothing else. But why to think about Nature ? Because only Nature can put man in his place. Infinity, from everywhere, crushes and nullifies him.
Marcel Conche






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