Rapport au president de la république








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FOURNIR UN EFFORT SANS PRECEDENT SUR LA RECHERCHE



R3. Impulser une approche coordonnée de la recherche scientifique française sur la Maladie d’Alzheimer d’amplitude et de qualité similaires à ce qui est fait avec succès dans la lutte contre le Sida, mais sans création d’Agence.



Les objectifs d’une structure de coordination visant à donner une forte impulsion à une recherche globale sur la Maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées doivent être, tout d’abord, détaillés avec précision :


  1. Faciliter les collaborations transdisciplinaires et en créer de nouvelles sur l’ensemble du territoire français.


Il faut accélérer en permanence le transfert des connaissances scientifiques, médicales et sociales, toutes disciplines comprises, des laboratoires à la personne malade, et vice-versa, et de la population à la personne malade et vice-versa. Le travail en réseau doit de plus abolir les barrières liées aux distances.


  1. Dynamiser, accroître et donner une cohérence globale aux formations à la recherche par la recherche.


Il faut augmenter le nombre de doctorants et de post-doctorants français : plus de français dans les sites de recherche français, plus de français dans les laboratoires étrangers, plus d’étrangers dans les laboratoires français. Il faut imaginer les incitations financières et les profils de carrière qui permettent d’attirer les plus motivés, d’accompagner leur évolution scientifique et faciliter leur carrière.
3. Organiser des collaborations scientifiques internationales.
Il faut ajouter des coopérations entre gouvernements, en particulier dans le cadre de la politique de recherche européenne aux collaborations individuellement établies par les chercheurs pour faciliter les complémentarités et favoriser le partage rapide des informations techniques nouvelles. Une structure française bien visible est indispensable pour communiquer avec les organisations qui se mettent en place dans les autres pays.


  1. Implanter des recherches multicentriques d’évaluation diagnostique et thérapeutique et donner une importance identique aux études d’évaluation, des pratiques usuelles de soins et d’aide médico-sociale.


Il faut en particulier créer des méthodes de recherche dans les domaines insuffisamment explorés des thérapies non médicamenteuses, comportementales et cognitives, de la techno-gérontologie, de l’aide sociale et attirer plus de chercheurs performants en sciences sociales, en leur donnant un appui financier de durée et d’amplitude plus amples, leurs résultats étant indispensables à la connaissance, à la cohérence sociale et au progrès socio-économique.
Les blocages qui existent entre recherche de laboratoire et recherche clinique, recherche clinique et qualité des soins et de l’aide médico-sociale devraient être levés, en reconnaissant l’égale utilité de toutes les d’approches, surtout quand elles partagent les valeurs communes essentielles que sont le respect de la personne humaine et la recherche de la qualité.


  1. Augmenter les qualités scientifiques, éthique, organisationnelle de toutes les formes de recherche.


Il faut faire respecter ces critères dans toutes les formes de recherche, mais surtout en recherche clinique dans ses deux phases de transfert des connaissances nouvelles du laboratoire à la personne malade en situation d’étude, et de la personne malade en situation d’étude à la personne malade dans la vie courante. Cette recherche translationnelle vise à éviter tout blocage entre l’acquisition des connaissances et les applications de l’innovation.


  1. Contractualiser avec l’industrie du diagnostic, du médicament et des dispositifs d’aide aux personnes.


Les échanges d’informations et de techniques pour une valorisation efficace et juste de contributions à l’innovation du secteur public et du secteur privé doivent devenir une priorité des uns et des autres, avec des procédures simples et connues de tous pour développer des partenariats.
Mesure 4. Création d’une fondation de coopération scientifique fédérant les équipes de recherche en sciences du vivant, de la santé et des sciences humaines sur la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées.
Au regard des modalités de l’organisation de la recherche médicale en France au moment de l’écriture de ce rapport, et au vu de la qualité des travaux et de l’organisation de l’ANRS une structure nationale de coordination de la recherche beaucoup plus souple pourrait prendre la forme d’une Fondation de Coopération Scientifique. Celle-ci apporterait de la cohérence aux demandes de fonds et équilibrerait les financements spécifiques dédiés à la recherche (Ministère de l’Université et de la Recherche) et les financements de l’assurance maladie via le Programme Hospitalier de Recherche Clinique ou les autres actions de la DHOS (Ministère de la Santé, de la jeunesse et des sports). Cette structure, dont l’INSERM serait un élément essentiel, devrait permettre d’impliquer universités et hôpitaux dans un ambitieux projet scientifique national et d’avoir des partenaires associés venus du secteur privé ou associatif.
Support souple et efficient, elle assumerait le pilotage stratégique de l’effort de recherche national sur la Maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées pendant les cinq premières années nécessaires à la mise à niveau de la France avec les pays qui se sont engagés plus activement, dans des temps antérieurs, dans la recherche fondamentale et clinique sur cette maladie. Un Conseil scientifique, composé de personnalités nationales du monde des sciences de la vie et de la santé, non directement impliquées dans ces maladies et associées à des experts internationaux des « démences », pour utiliser le vocabulaire scientifique international, assurera une animation scientifique permanente, sous la direction d’un directeur scientifique incontestable scientifiquement et humainement ; il assurera la préparation en commun de projets de collaboration nationaux et internationaux et prendra l’avis de personnalités extérieures au monde scientifique.19 ? La structure aura accès aux financements publics annoncés dans le plan présidentiel pour appliquer les propositions de la Mission, donner de nouvelles impulsions et accompagner les projets des investigateurs et des chercheurs vers les financeurs publics mais aussi vers les financeurs privés. L’évaluation continue des résultats en termes de production de connaissances nouvelles et de valorisation sera également de la responsabilité de la structure.


R4. Attirer rapidement de jeunes scientifiques médecins, pharmaciens et vétérinaires vers des techniques de recherche et des thèmes nouveaux autour de la Maladie d’Alzheimer, avec l’appui des meilleures équipes de recherche sur la maladie.



L’analyse bibliométrique a montré que les équipes françaises souvent citées n’avaient que rarement atteint une masse critique de trois ou quatre chercheurs productifs dans la même équipe. Il est urgent de rajeunir la pyramide des âges des chercheurs.
Les investissements personnels nécessaires pour faire progresser les sciences de la vie et de la santé et la médecine de demain, quelles que soient les motivations, très diverses de l’altruisme au goût de la compétition, en passant par la satisfaction intellectuelle, demandent aujourd’hui des temps de formation longs et des efforts personnels, voire familiaux, importants. La compétition sur les salaires et les moyens de travailler atteint aujourd’hui une amplitude mondiale jamais connue auparavant que l’organisation de la recherche en France est obligée de ne plus ignorer. Les caractéristiques de la Maladie d’Alzheimer sont telles que tout effort de recherche fondamentale ou clinique directement ou indirectement tourné vers cette pathologie, à une période de la vie où les connaissances acquises sont les plus pointues, permettra aisément, si cela s’avère intéressant, une mobilité thématique, après qu’ait été facilitée une contribution à un problème de santé et de recherche aujourd’hui urgent.
Mesure 5. Attribution annuelle d’au moins vingt bourses de Doctorants et dix bourses de Post-Doctorants.
Elles devraient être accompagnées d’une petite subvention de recherche pour les laboratoires d’accueil. Le processus de sélection de ces précieux Doctorants et Post-Doctorants demande une grande transparence et doit être très sélectif si le programme prévu pour cinq ans est rendu attractif, en particulier grâce à l’animation scientifique assurée par la FCS qui devrait orienter le programme, en liaison avec l’effort de recherche clinique.
Mesure 6. Fléchage de dix postes de Chefs de Clinique-Assistants, ou Assistants Hospitalo-Universitaires dans un programme périodiquement renouvelé « Spécial Alzheimer ». L’animation collective de ce programme sera réalisée par la FCS, avec les sites hospitalo-universitaires qui auront présenté un candidat et un programme.
Les fonctions de soins, de formation et de recherche qui correspondent à ces postes sont difficiles à remplir simultanément. Elles nécessitent une activité sauvegardée, seulement garantie dans un milieu hospitalo-universitaire déjà très structuré. De nombreuses disciplines peuvent être concernées : neurologie, gériatrie, imagerie, neuropathologie, mais aussi épidémiologie, biochimie, immunologie, biologie cellulaire. Une organisation minutieuse du travail de ces jeunes médecins, pharmaciens ou scientifiques peut leur permettre de participer modérément mais efficacement aux soins et à l’enseignement, tout en ayant comme objectif dominant la recherche clinique sous toutes ses formes. Il est possible en trois ans de les préparer à une carrière hospitalo-universitaire, ou à une carrière de recherche publique ou privée, en ayant acquis un Doctorat d’Université, et en ayant sans doute eu une expérience complémentaire à l’étranger.
Mesure 7. Investir significativement en faveur de la recherche en sciences sociales.
Afin de rattraper le retard existant, plusieurs stratégies doivent être mises en œuvre simultanément :


  • création de postes ciblés de chercheurs (universités, INSERM, CNRS, etc.),

  • élaboration de contrats de recherche pluriannuels,

  • renforcement des initiatives existantes en matière de bourses de thèses et de bourses d’études postdoctorales permettant un séjour à l’étranger de longue durée, tant il est vrai que la recherche en sciences sociales doit impérativement s’appuyer sur une comparaison internationale,

  • privilégier une utilisation plus systématique de l’outil que forment les contrats CIFRE, en retenant un ciblage Alzheimer (auprès de compagnies d’assurances, de mutuelles, de sous-traitants d’établissements médico-sociaux, voire des établissements eux-mêmes),

  • proposer des parcours de formation à de jeunes docteurs. Un appui en termes de ressources humaines pourrait être organisé, par exemple par la possibilité de séjours successifs dans différentes équipes de disciplines différentes, et dans différentes structures de soins.

  • définir des programmes de recherches ciblés avec une contractualisation pluriannuelle associant des équipes de recherche de disciplines différentes et, le cas échéant, des structures de soins. L’intérêt d’une telle démarche consiste à faire ressortir des questions qui ne se posent pas dans un cadre strictement de disciplines universitaires (par exemple les conflits de rationalité entre les normes professionnelles et les normes de fonctionnement des aidants familiaux, telles qu’elles peuvent être comprises par les psychologues),

  • étudier l’application aux établissements du secteur médico-social des modalités de financement de projets de recherche comme cela a été le cas dans le secteur hospitalier pour les PHRC.


R5. Elargir l’approche multidisciplinaire indispensable à la recherche française sur la Maladie d’Alzheimer.



La recherche française en neurosciences a été au premier plan dans le monde dans des domaines comme l’épilepsie, le sommeil, les addictions, l’imagerie malgré l’absence d’industrie du matériel d’imagerie. Les points les plus forts de la recherche française en neurosciences n’ont pas encore concerné la Maladie d’Alzheimer, en partie peut-être du fait de la prédominance d’un mode de raisonnement centré sur les neurotransmetteurs. Ce raisonnement s’est initialement révélé très productif pour la compréhension de la maladie de Parkinson, ou pour l’investigation des systèmes dits « de récompense » mais il est moins adapté à la Maladie d’Alzheimer. Comme y a conduit déjà la survenue des maladies à prions, plus de biologie cellulaire est indispensable, en particulier avec une vision de biologie systémique : coordinations fonctionnant en réseau, simulations, techniques de « dissection » du vivant à l’échelle d’une cellule par spectrométrie de masse, détection laser, biopuces et imagerie moléculaire. Les compétences existent déjà sur plusieurs sites en France pour étudier les interactions entre molécules et macromolécules dans une ou plusieurs cellules. L’étude des fonctions endothéliales des microvaisseaux cérébraux et de leurs interactions avec les neurones constitue une autre piste de grande importance.
On comprend vite à la lecture de ce texte que la recherche sur la maladie d’Alzheimer a elle aussi besoin d’une structure qui joue le rôle de cerveau, tant est difficile à acquérir une vue d’ensemble. L’importance des choix qui seront faits, mais qui n’ont pas été faits à ce jour, et leur complexité ne peuvent échapper à personne. La transparence des procédés de sélection des projets, des équipes et des personnes devra être du plus haut niveau de qualité, protégée de toute pression de quelque origine qu’elle soit, et intégrée dans le contexte international

Seul un travail de groupe organisé peut le faire.
Mesure 8. Création, après appel d’offres de deux à trois groupes de recherche sur des approches nouvelles permettant d’explorer des mécanismes de survenue et de développement de la maladie d’Alzheimer humaine et expérimentale.
Les choix possibles sont multiples et seront basés sur la qualité des hypothèses présentes, des techniques et des personnes, mais aussi sur la complémentarité avec l’environnement scientifique et médical de proximité ou de collaboration.
Mesure 9. Création, après appel d’offres, de deux groupes de recherche dans deux domaines désertés.

  • un groupe de recherche de méthodologie. Il sera dédié aux études cliniques (études d’intervention, études diagnostiques, pronostiques, biologiques et thérapeutiques, méta-analyses, gestion de données). La recherche sur le Sida en France s’appuie sur trois groupes de méthodologie de réputation internationale, et dispose de plusieurs autres méthodologistes très reconnus. Le rapprochement entre la recherche clinique et les soins courants a été réussi, avec la participation des associations de malades et des industriels.




  • Un groupe de recherches en sciences sociales. Les difficultés rencontrées par la Mission Alzheimer pour comprendre les mécanismes psychologiques et sociologiques qui ont permis que spontanément, sur beaucoup d’endroits du territoire français, mais pas tous, se développent des actions extrêmement diverses d’aide aux malades et aux aidants s’expliquent en partie par la faiblesse des recherches sociales en amont.


R6. Favoriser le développement des techniques de traitement des données de l’imagerie médicale



L’Imagerie par Résonnance Magnétique est préférée au Scanner selon les recommandations les plus récentes de la Haute Autorité de Santé, mais actuellement elle est le plus souvent demandée lorsque le diagnostic reste incertain ou dans des protocoles thérapeutiques. Elle recherche en particulier, de manière séquentielle, une atrophie temporale médiale, visible au stade débutant et dans les troubles cognitifs légers. La volumétrie IRM est appelée à se développer pour les soins et pour la recherche, mais ces techniques sont longues, évoluent rapidement avec l’introduction de mesures d’orientation de la diffusion (anisotropie). L’étude du métabolisme cérébral par spectrométrie par résonnance magnétique (SMR) renseigne sur le métabolisme cérébral. La tomographie à émission de positrons (TEP) permettra d’obtenir des informations quantitatives sur la présence des dépôts amyloïdes. Enfin, la mise en service en France d’une ou deux IRM à très haut champ (≥ 7 Teslas) permettra pratiquement d’accéder aux lésions histologiques de la maladie, et la résolution des images augmentera avec l’accroissement du champ.
C’est toute la stratégie de l’imagerie médicale en France qui devrait être analysée, pour savoir comment y insérer, sans mélanger les besoins courants des malades et les études de recherche : occupation et organisation des plateaux techniques en fonction de demandes croissantes dans le domaine des pathologies neurologiques, parfois en urgence, et du cancer ; coexistence sur le même site de tomographie à émissions de positrons et d’IRM à haut champ ; distinction claire entre ce qui est un protocole d’étude, conforme à la réglementation des études cliniques, examens d’imagerie conformes aux recommandations de la pratique clinique, ou examens inutiles.

En sélectionnant par appel d’offres, un centre de traitement de l’information dans un environnement favorable à la « fouille de données », un service évolutif pourrait être donné à tous : il s’agit typiquement d’un choix national, recommandé par la Mission, mais à mettre en œuvre par le Conseil Scientifique et les groupes de travail prévus dans la FCS. Il sera surtout nécessaire de vérifier que l’imagerie ne se développe pas de façon autonome, découplée des progrès indispensable en neuropsychologie, et en biochimie. Les connections créées entre les disciplines ainsi que l’accès facile des malades sont deux critères importants pour apporter un appui financier indispensable pour que la France progresse.
Mesure 10. Sélection par appel d’offres d’un centre de recherche sur le traitement automatisé de l’image, incluant un processus d’extraction de connaissances exploitable à partir de grands volumes de données (« data mining »).

La structure pourrait apporter les mêmes techniques aux données cliniques et biologiques et serait l’équivalent d’un Centre d’Investigation Technologique.

R7. Remettre immédiatement la recherche française dans la course internationale contre la Maladie d’Alzheimer en finançant correctement certains de ses acquis les plus originaux.



La prise de conscience insuffisante de l’importance en santé de l’incidence croissante de la Maladie d’Alzheimer a entrainé un déficit manifeste de la recherche sur la maladie, et il est nécessaire de trouver vite les meilleurs moyens possibles pour participer à l’effort mondial de recherche sur la maladie. Deux mesures immédiates y contribueront.
Mesure 11. Financement pérenne pendant au moins dix années des deux études de cohorte françaises qui étudient la Maladie d’Alzheimer.
Les cohortes sont des études prospectives réalisées en population qui observent sur de nombreuses années des personnes qui acceptent d’avoir un suivi régulier. Parmi les plus fameuses, est la cohorte de la ville de Framingham, qui constitue l’exemple emblématique de cette approche épidémiologique et a été financée depuis près de soixante ans. Les renseignements nouveaux donnés par une cohorte dépendent des projets spécifiques que les chercheurs y greffent tout au long du suivi. Ces résultats ont une signification nationale, du fait de leur environnement nutritionnel, social, climatique particulier, du fait de certains traits génétiques, et du fait des comportements propres au pays. Les cohortes sont indispensables à une nation pour se connaitre. Elles apportent aussi une contribution internationale par les comparaisons qui peuvent être faites entre pays. Si la cohorte a été initialement bien conçue, plus le temps passe, plus sa valeur informative augmente. Le financement au long terme de la structure de base d’une cohorte ne peut être qu’une responsabilité d’Etat, même si les recherches ancillaires doivent, elles, bénéficier de l’appui d’Associations, de Fondations et d’Industriels, en complément des réponses aux appels d’offre de recherche publique. De manière générale, le support financier donné aux cohortes en France, n’a jamais eu l’amplitude et la pérennité nécessaires, privant la France d’une recherche très développée aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas pour ne prendre que des exemples touchant la Maladie d’Alzheimer.
La France a la chance d’avoir deux cohortes PAQUID et 3C qui ont été créées et pérennisées après des évaluations scientifiques sérieuses. Insuffisamment aidées sur le long cours, elles ont eu une production scientifique inférieure à celle d’autres études prospectives comme celle de Rotterdam ou ARIC, mais des contributions importantes existent, utiles pour la France et reconnues internationalement. Cette approche est suffisamment utile pour que des pays comme le Canada décident de débuter maintenant une cohorte de 10.000 personnes âgées de 40 ans, pour bénéficier des renseignements qui apparaitront sur des décennies alors que les deux cohortes françaises risquent de ne plus être prolongées, et que leur équivalent ne pourra jamais être relancé rapidement. .
Cette décision de les pérenniser est urgente à prendre, et donnera des informations sur la Maladie d’Alzheimer, mais aussi sur le vieillissement en France, de manière plus générale, et en particulier sur les accidents vasculaires cérébraux. Le signal donné par le Plan Alzheimer, apportant une sécurité au long cours, devrait, en retour, insuffler plus de dynamisme des chercheurs dans l’analyse des renseignements déjà collectés et faire initier de nouvelles hypothèses de travail, avec l’appui d’autres supports financiers, publics et privés.
Afin de pérenniser ce financement, il sera possible d’inclure ces deux cohortes au sein de la Fondation de Coopération Scientifique.
Mesure 12. Financement immédiat de l’analyse à très haut débit des polymorphismes du génome humain dans une étude cas-témoin française déjà constituée.
Cela pourra se réaliser très vite par un appel d’offre dédié de l’agence nationale pour la recherche (ANR). La composante génétique de la Maladie d’Alzheimer est complexe et hétérogène. Il n’existe pas de modèle unique ou simple expliquant le mode de transmission de la Maladie d’Alzheimer et de nombreux gènes sont probablement impliqués. Les stratégies de recherche diffèrent selon que l’on étudie les formes « monogéniques » familiales ou les facteurs de risque génétique. Pour les premières, la Mission a revu le système de soins et de prise en charge des personnes ayant une Maladie d’Alzheimer à début précoce avec ses problèmes particuliers d’accompagnement médico-social. L’approche déjà utilisée en France pour les maladies rares, souvent d’origine génétique, a été proposée pour ces formes particulières de la maladie d’Alzheimer.
Pour les secondes, les techniques dites de génome-scan visent à reconnaitre les polymorphismes de certaines régions du gène qui sont plus fréquemment observés chez les malades que chez les non-malades. Ces variations peuvent orienter vers des gènes codant pour de multiples protéines susceptibles de jouer un rôle dans la production de substances amyloïde, ou dans la dégénérescence neuronale. De telles études sont en cours dans le monde entier pour toutes les maladies, sous différentes formes (Nature, 7 Juin 2007, pp645-646). La puissance statistique nécessaire pour avoir des conclusions solides dépasse souvent la taille des études prévues, et l’ensemble des pays impliqués se regroupent et partagent actuellement leurs résultats. Grâce aux travaux initiés à partir de Lille et de Rouen, de telles études sont lancées en France. A condition que les résultats soient analysés dans l’année à venir, et confrontés avec ceux obtenus dans d’autres environnements, ils peuvent être une contribution scientifique unique. Il s’agit d’orienter vers de nouvelles méthodes de diagnostic, génétique ou biochimique, ou de trouver de nouvelles cibles thérapeutiques, éventuellement totalement différentes de celles envisagées actuellement autour de l’APP et de la proteine tau.
La réalisation de telles études, immédiatement, est originale et susceptible de nous faire progresser, tout en utilisant au mieux les outils disponibles en France sur ces techniques sophistiquées, qui ont été développées avec une certaine avance dans notre pays, il y a quelques années, en particulier à Evry. Les résultats obtenus en France enrichiront de toute façon les résultats obtenus dans d’autres pays et il est nécessaire que nous apportions notre contribution à l’effort mondial en cours.
Mesure 13. Séquençage du gène complet d’un lémurien dont l’élevage a été maintenu en France et qui développe dans 20 à 30 % des cas une Maladie d’Alzheimer proche de la maladie humaine.
Il existe des lésions associées à l’âge et voisines de celles de l’homme dans beaucoup d’espèces animales (le singe, l’ours, les chats, ou les chiens). Ces dernières années, de multiples souches de souris transgéniques ont été créées, en particulier pour mieux comprendre le rôle des dépôts extracellulaires du peptide A et de l’accumulation intracellulaire de la protéine tau dans la genèse de la maladie. Il est crucial qu’une approche parallèle des connaissances acquises grâce aux modèles animaux et des informations recueillies chez l’homme soient confrontées en permanence, pour éviter les extrapolations hasardeuses qui peuvent naître de la seule approche expérimentale. Les neuropathologistes ont un rôle fondamental dans cette approche, raison pour laquelle le développement d’une « banque » de cerveaux, déjà aidée en France par des Fondations, nécessite immédiatement un appui similaire à celui dû aux cohortes, si l’on se rappelle que la recherche dans les neurosciences est une priorité mondiale du 21ème siècle.
L’approche génétique simultanée, humaine et animale, basée sur une originalité française, la préservation du seul modèle animal spontanément malade déjà bien étudié, est prometteuse pour chercher les multiples participants probables du début de la maladie. On pourrait alors trouver des cibles thérapeutiques qui ne viseraient pas seulement les anomalies protéiques connues et leurs conséquences: réactions inflammatoire et immunologique, productions de radicaux oxygène libres, apoptose, modulation des symptômes par les circuits d’adaptation neuronale et vasculaire ou les neuro-hormones.


R8. Elargir le nombre de médecins investigateurs et les familiariser aux méthodes de l’épidémiologie clinique



L’exercice médical en situation d’incertitude expose à toutes les erreurs difficilement évitables. La création des Centres de Mémoire et des Centres de Mémoire Ressources et Recherches a doté la France d’un système de soins hiérarchisé selon la difficulté des problèmes cliniques posés. Même si son évaluation réelle n’a pas encore été effectuée, et même si l’on a découvert une grande variabilité des activités et des pratiques qui mérite probablement une correction rapide, son existence même offre une possibilité unique à notre pays. Plus de 1500 médecins, neurologues et gériatres hospitaliers, neurologues libéraux, peuvent bénéficier des deux éclairages nouveaux de la médecine du 21ème siècle :


    1. La participation à une activité de Santé Publique. Cela signifie que l’effort individuel de chaque médecin auprès de chaque patient ne doit pas rester isolé, mais que les procédés et les résultats doivent être analysés collectivement aux niveaux régional et national.

    2. La recherche sur la variabilité des pratiques médicales. Elle a été initiée en 1973 par Wennberg, et n’a pas diffusé suffisamment dans ce milieu professionnel, pourtant remarquable par ses connaissances médicales très fines et très diversifiées.


Les diagnostics en gériatrie et en neurologie sont complexes, en particulier en neuropsychologie. Ils nécessitent des efforts permanents de formation et ceux-ci ont réellement été faits, mais la comparaison des pratiques et des organisations professionnelles est une approche scientifique pour progresser et découvrir par l’étude des différences. L’évolutivité des tests diagnostiques, les informations données par les cohortes, la possibilité de trouver des causes favorisantes non prévisibles, comme les discussions parfois inattendues qui surviennent autour du rôle étiologique jamais démontré du mercure des amalgames dentaires, de l’aluminium ou des infections bactériennes dans la genèse de la Maladie d’Alzheimer, le besoin urgent d’essais thérapeutiques randomisés, autant de raisons qui obligent à utiliser des raisonnements différents de ceux de la médecine observationnelle telle qu’elle a été et qu’ est enseignée. Un effort collectif de plusieurs années doit absolument disséminer une culture de l’épidémiologie clinique, d’autant plus que, pour les soins, devra se développer en routine l’usage des dossiers médicaux informatisés.
Mesure 14. Organisation d’une formation à l’épidémiologie clinique des neurologues et gériatres impliqués dans le diagnostic et le suivi de la Maladie d’Alzheimer.
Tandis que le contenu du programme sera discuté entre professionnels de la maladie d’Alzheimer et experts français de l’épidémiologie clinique et de l’informatique médicale, la réalisation pratique de celui-ci, validée de manière indépendante,, pourra être financé par une collaboration entre l’Industrie ( et les Caisses d’Assurance Maladie, créant ainsi une nouvelle forme de financement de la formation à la recherche clinique, dans un objectif de qualité accrue au bénéfice de tous les partenaires, des malades et de la recherche en France.
Mesure 15. Recrutement dans une ou deux universités intéressées, d’un Professeur Associé venu de l’Industrie Pharmaceutique.
Il (elle) devra être spécialisé(e) dans le développement clinique international des médicaments utiles pour la Maladie d’Alzheimer et dans les essais multicentriques .Il s’agit là d’un nouveau métier, spécifique par son contexte réglementaire international, et dans lequel les universités ne sont qu’insuffisamment impliquées, faute de partenariats suffisants avec le monde industriel. Il est préférable d’acquérir les bases scientifiques sur un médicament ou un test diagnostique au moment de son développement, plutôt que de les utiliser en ayant d’eux une vision commerciale quand ils arrivent au stade de leur vente. Un effort méthodologique d’amont est nécessaire pour une maladie dont le traitement actuel est décevant et les traitements futurs proches des premières études chez l’homme.
L’expérience de ces professionnels a été constamment sous-utilisée en France, alors que les pharmacologues, chimistes, pharmaciens, médecins et statisticiens de l’Industrie Pharmaceutique collaborent beaucoup plus à l’enseignement supérieur dans les autres pays. Il faut préparer dès maintenant un socle large de médecins neurologues et gériatres à l’étude, et à l’utilisation de nouveaux tests diagnostiques et de nouvelles thérapeutiques, dans un intervalle de temps inférieur à cinq ans. Il est donc nécessaire d’élargir à la fois la base de connaissances (l’épidémiologie clinique, la santé publique, l’informatique) et le nombre des investigateurs potentiels (l’ensemble du dispositif des Centres de Mémoire, et les neurologues libéraux).
Parallèlement, le CeNGEP pourra contribuer à donner les moyens aux Directions Inter-Régionales de Recherche Clinique de recruter les moniteurs d’études cliniques nécessaires aux études collaboratives entre public et privé, en particulier les études de prévention médicamenteuse ou non si elles sont décidées par la réflexion scientifique de la Fondation de Coopération Scientifique de la recherche française sur la Maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées.
La qualité et la rapidité de réaction de l’examen des dossiers par l’AFSSAPS, son influence sur la qualité méthodologique et la sécurité des études et sur les plans de gestion des risques, seront un appui indispensable à cette mobilisation, pour diffuser la recherche clinique diagnostique, étiologique, pronostique, et thérapeutique sur la Maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées, et lui donner une taille et une qualité de premier plan et proportionnelle à l’amplitude du problème de santé.

R9. Elargir la coopération pour lutter contre la maladie d’Alzheimer au niveau européen



Au niveau européen, la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées n’ont jamais bénéficié d’un affichage politique fort. Seul le Parlement européen a invité la Commission européenne et le Conseil de l’Union européenne à lancer quelques initiatives en matière de lutte contre la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées, au titre des travaux menés dans le cadre du programme-cadre de recherche et de développement technologique (PCRD)20. Il s’agit également de quelques projets financés dans le cadre du programme d’action communautaire dans le domaine de la santé publique : le projet « European collaboration on dementia – EuroCoDe », dont l’envergure reste limitée21.
En 2008, aura lieu à Oslo la dix-huitième conférence de l’association « Alzheimer Europe » les 22-25 mai 2008
Mesure 16. Inscription de la lutte contre la maladie d’Alzheimer comme priorité de l’Union européenne, lors de la présidence française en juillet 2008.
Il s’agit d’instaurer la mise en place d’une structure de partage d’expériences nationales et locales, en particulier en matière d’amélioration du diagnostic, de recherche de nouvelles pistes thérapeutiques, d’études de qualité de vie et de stratégies non médicamenteuses, de la prise en charge médico-sociale et de l’intégration des soins et services, de l’aide aux aidants et soutien des familles. L’enjeu est également de valoriser les travaux de recherche achevés, et de promouvoir la collaboration des équipes de recherche et les mouvements de chercheurs, doctorants et post-doctorants La visibilité de l’investissement de la France dans la recherche sur la Maladie d’Alzheimer par une organisation nationale performante plus performante que par le passé devra être confortée plusieurs mois avant le début de la présidence française en Juin 2008.
Mesure 17. Tenue d’une conférence européenne à l’automne 2008 et réunion des DGS européens.
Lors de la présidence française, sera organisée une conférence européenne chargée d’élaborer des propositions dans les domaines de la qualité des soins, de l’accompagnement, de la prise en charge médico-sociale et de l’aide aux aidants. Ces propositions seront soumises au Conseil qui adoptera des recommandations sur la lutte contre la maladie et l’accompagnement de l’entourage pour souligner l’engagement politique européen dans ce domaine.

Mesure associée : Facilitation de la soumission de projets dans le 7 ème PCRD
Cette conférence européenne sera également l’occasion de faciliter la soumission de projets dans les lignes appropriées du 7ème programme cadre de recherche et de développement technologique (ex. : recherche sur le cerveau et ses pathologies, développement humain et vieillissement ; optimisation des prestations de soins de santé dont bénéficient les européens…).

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