Rapport sur l'organisation générale de l'Instruction Publique








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Science, société, et vulgarisation au XIXème siècle
Paul Caro
Résumé :
Trois grands courants dominent le rapport science-société au XIXème siècle, la pensée et l’action des Idéologues, philosophes de la Révolution française, la sensibilité romantique et son goût pour la Nature, l’enthousiasme industriel des Saint-simoniens. Les conflits du début du siècle entre poètes et savants feront place, une fois la révolution industrielle installée, à un engouement sans précédent pour le progrès, idéologie libératrice qui s’efforce de mettre en oeuvre le programme proposé par Condorcet en 1792. A l’appui de cet objectif, à partir de 1850, les outils de la vulgarisation scientifique sont tous expérimentés entre éducation, propagande, romance et spectacle.
I. Racines du rapport science-société au XIXème siècle
a/ La ligne des Idéologues
Les 20 et 21 avril 1792 Condorcet présentait à l'Assemblée Nationale Législative un Rapport sur l'organisation générale de l'Instruction Publique. Ce texte publié en 1847 par A. Condorcet, O'Connor et François Arago (1) correspond bien à la définition que donne Habermas de l'esprit des Lumières en reprenant une idée de Max Weber (2) sur les composantes culturelles du projet "moderne". Il s'agit de combiner l'objectivité de la science, la loi et la moralité universelle et l'autonomie de l'art pour conduire l'humanité vers le bonheur "contribuer à ce perfectionnement général et graduel de l'espèce humaine, dernier but vers lequel toute institution sociale doit être dirigée : tel doit être encore l'objet de l'instruction". Mais cette "instruction ne doit pas abandonner les individus au moment où ils sortent de l'école, elle doit embrasser tous les âges",… "elle doit être universelle, c'est à dire s'étendre à l'ensemble des citoyens" … "embrasser le système entier des connaissances humaines". Condorcet propose une graduation des écoles des plus élémentaires aux supérieures, l'équivalent des universités (appelées "lycées " dans le texte). A chaque niveau les instituteurs et les professeurs doivent faire des conférences publiques "auxquelles assisteront les citoyens de tous les âges". Chaque école disposera d'un petit "cabinet", en fait un petit musée avec des modèles de machines, des instruments scientifiques, des objets d'histoire naturelle. Ces collections "répandront le goût de l'observation et de l'étude". Il s'agit d'apprendre à raisonner et "en continuant l'instruction pendant toute la durée de la vie on empêchera les connaissances acquises dans les écoles de s'effacer trop promptement de la mémoire, …on instruira le peuple des lois nouvelles, des observations d 'agriculture, des méthodes économiques … on pourra lui montrer enfin l'art de s'instruire par soi-même ..." Dans ce but on essayera de proposer "une instruction agréable et facile, surtout une instruction utile", et la conférence hebdomadaire pour tous "soutiendra la curiosité, entretiendra l'esprit public et le goût de l'occupation".
Parmi les objets d'instruction "les sciences physiques et mathématiques occupent une très grande place" parce qu'elles mettent en jeu à la fois la mémoire l'imagination la raison. La langue des sciences est plus parfaite, "elle offre à la raison un moyen de s'exercer". Les sciences forment l'esprit. "… les progrès des sciences physiques doivent produire une heureuse révolution dans les arts; et le plus sûr moyen d'accélérer cette révolution, est de répandre ces connaissances dans toutes les classes de la société, …" Les sciences morales et politiques seront aussi une partie essentielle de l'instruction car "il est important de fonder la morale sur les seuls principes de la raison". Dans chacun des établissements des quatre degrés proposés d'instruction, les citoyens sont invités à participer à l'expression publique de l'enseignement y compris autour "des questions vers lesquelles les circonstances appellent la curiosité".
Le couronnement de l'édifice de Condorcet, le quatrième niveau, est une société nationale des sciences et des arts dont la mission est de diriger et de surveiller les établissements d'instruction. Sa composition illustre à merveille l'expression de la raison, à travers les différentes sphères : sciences, morale, arts. Il s'agit de traiter là "du perfectionnement général de la raison humaine". Cette société est divisée en quatre classes. La première rassemble les matières scientifiques des mathématiques à la botanique, la seconde est dédiée aux sciences morales et politiques, la troisième à l'application des sciences mathématiques et physiques aux arts (ingénieurs, médecins, agronomes, navigateurs …), la quatrième classe renferme la grammaire, les lettres, les arts d'agrément, l'érudition. Les débats de ces classes seront publics. L'une des missions de la société sera de protéger l'opinion des méfaits de la charlatanerie. Si chaque classe est divisée en sections couvrant les disciplines, Condorcet rêve pourtant du moment "où les sciences, s'étendant au delà de leurs limites actuelles, se rapprocheront, se pénétreront en quelque sorte, et n'en feront plus qu'une seule." Il ne conçoit donc nullement les différentes sphères comme autonomes. Il termine son rapport en se projetant dans un temps "où même tout établissement public d'instruction deviendra inutile … où chaque homme, enfin, trouvera dans ses propres connaissances, dans la rectitude de son esprit, des armes suffisantes pour repousser toutes les ruses de la charlatanerie … mais ce temps est encore éloigné …".
Beaucoup de philosophes contemporains pensent que le projet "moderne", la libération de l'homme par le savoir, des Lumières a échoué en partie parce que chacune des trois sphères qui le sous-tendent, sciences/droit/arts, s'est enfermée dans une culture d'expertise, dans des spécialités incommunicables au plus grand nombre car de plus en plus enfermées dans un jargon spécifique jusqu'à ne plus pouvoir se parler d'une discipline proche à une autre (2). On peut d'après les citations ci-dessus réaliser que cela n'était pas du tout, au contraire, dans l'esprit de Condorcet …
Le texte de Condorcet d'avril 1792 est fondateur. Il propose une ligne d'action qui sera effectivement mise en application et qui influencera profondément le XIXème siècle. Condorcet est l'un des penseurs du groupe des Idéologues. Plusieurs de ces personnages peu connus de l'histoire (Destutt de Tracy, Cabanis, Daunou, Volney, Garat, Guinguené, Jean-Baptiste Say, Lamarck, Bichat, Pinel ….), disciples de Condillac, talents pluridisciplinaires bien que philosophes, médecins, linguistes, économistes, historiens, … dernière vague représentative des Lumières, dont Taine a dit que "leur méthode est l'un des chefs d'œuvre de l'esprit humain", "c'est notre philosophie classique", sont aussi des hommes politiques modérés. Profondément démocrates ils rejetteront aussi bien Robespierre que Bonaparte après le concordat de juillet 1801. Hommes de pensée et d'action ils seront au pouvoir de Thermidor à 1801 et forgeront le socle de base de la recherche scientifique, de l'enseignement et de la diffusion de la culture scientifique en France, appliquant autant qu'ils le peuvent les directives de Condorcet. Leur influence sur les esprits du XIXème siècle, et jusqu'à nos jours, est immense, bien que discrète. Il est nécessaire de les évoquer pour comprendre l'orientation de l'action de beaucoup d'acteurs dans les rapports science-société au XIXème siècle (3) (4).
Juste après Thermidor la Convention finissante étudie le problème de l'Instruction Publique et reprend les grandes lignes des propositions de Condorcet en créant notamment les Ecoles Centrales que Bonaparte transformera en lycées sur le modèle des Collèges d'Ancien Régime en 1802. Seulement, avant, il faut former suffisamment de professeurs pour pouvoir enseigner les sciences et les sciences humaines dans ces établissements. Pour cela en Septembre-Octobre 1794, la Convention va créer ce qui sera l'Ecole Normale de l'an III, une curieuse entreprise. Les plus grands savants du temps dans toutes les disciplines, dont beaucoup d'Idéologues, sont mis à contribution pour délivrer leur savoir à des Citoyens choisis dans les districts pour leurs compétences. Il y a 1400 élèves. Ils suivent des cours publics avec questions de l'auditoire. Cela dure seulement du 20 janvier 1795 au 19 mai 1795. En effet c'est l'échec, personne ne comprend rien aux discours d'un niveau trop élevé de chercheurs mal préparés à l'enseignement. C'était la première tentative de vulgarisation directe par les créateurs du savoir, la première évidence aussi de l'existence d'un fossé. Comme des sténographes ont tout noté, on doit à cette extraordinaire tentative de disposer d'une somme des connaissances du temps notamment le "Système du Monde" de Laplace écrit pour l'occasion. La création le 28 septembre 1794 de l'Ecole Centrale des Travaux publics sera par contre un succès. Destinée à former des ingénieurs militaires, elle deviendra le 1er septembre 1795 l'Ecole Polytechnique. La loi du 3 Brumaire An IV (25 octobre 1795) organise l'Instruction Publique en France. Elle crée aussi, sur le modèle de la société nationale de Condorcet, l'Institut National considéré comme "une véritable encyclopédie vivante " (Cabanis). Il comporte trois classes : les sciences physiques et mathématiques, la littérature et les beaux arts et les sciences morales et politiques où sont regroupés les Idéologues, classe que Bonaparte supprimera en 1803. C'est de la tribune de l'Académie des Sciences que repartira, plus tard, l'entreprise "vulgarisatrice". Sous l'impulsion de l'abbé Grégoire est créé le Conservatoire National des Arts et Métiers destiné à illustrer les arts pratiques, à les faire aimer et comprendre. Le Museum d'Histoire Naturelle est fondé à partir du Jardin du Roi et se transforme de fait en établissement d'enseignement supérieur.
B/ La ligne romantique
En même temps que se déploie en Europe l'activité des principales figures des Lumières, notamment les Encyclopédistes, vers le milieu du XVIIIème siècle, apparaît une autre tendance qui se repose moins, ou peu, sur la raison mais beaucoup sur le sentiment, la sensation, l'impression, l'intuition, l'imagination, l'individualisme. Aux figures studieuses des Lumières, à la calme raison logique, s'oppose le goût de l'ombre, des orages, de la nuit, de la mort, des passions violentes, des pulsions désespérées. A la vision généreuse d'un avenir collectif radieux et libéré s'opposent les jouissances et les souffrances immédiates du présent. Contre la croyance naïve dans la possibilité de perfectionner l'homme se dresse l'appréciation cynique de sa réalité incorrigible, mixte de bien et de mal, de douceur et de violence. Le temps passé à tenter d'acquérir un savoir encyclopédique apparaît comme une trahison de la nature humaine, un renoncement à la vraie vie. Les romans noirs, les romans terrifiants, les romans sentimentaux dans le genre du Manon Lescaut de l'abbé Prévost, les ouvrages "sataniques" comme ceux du Marquis de Sade, expriment ces tendances qui trouvent un large public populaire. En Allemagne se dressent les hautes figures du romantisme Goethe, Schiller, Novalis, et bien d'autres. Le Romantisme enjambe la limite XVIIIème-XIXème siècles, il appartient aux deux. Il exprime une révolte contre la souveraineté de la raison, c'est le cœur contre l'esprit. Les valeurs sont renversées : l'inintelligible, le surnaturel deviennent fascinants, la foi irraisonnée est une vertu, la recherche scientifique une erreur, le monde confus et agité des passions s'affirme au devant de la scène. Et surtout en face des schémas arides du savoir et des menaces de l'industrie naissante, la Nature apparaît comme un immense refuge pour l'âme rêveuse et pour l'homme authentique et bien des auteurs d'ouvrages romanesques (comme Bernardin de Saint Pierre) dénonceront les excès scientifiques du mécanisme biologique qui prétend mettre des rouages et des ressorts partout dans le vivant. Pour Friedrich Schelling fondateur de la Natürphilosophie allemande (1795), la Nature est un immense organisme vivant qui abrite une âme, pas une mécanique à la Newton (5).
Une vive critique de l'esprit scientifique s'exprime non seulement à travers les ouvrages savants et le débat intellectuel mais aussi à travers la littérature et la philosophie idéaliste conçue comme opposée au matérialisme. Ces critiques vont contribuer à façonner des attitudes dans la première moitié du XIXème siècle qui ne seront pas sans conséquences pour la marche de l'éducation en France. Les premières œuvres littéraires qui mettent en scène des scientifiques fous, dangereux ou obsédés apparaissent. Le premier Faust de Goethe date de 1805. Le Frankenstein de Mary Shelley a été publié en 1818.
Charles Nodier dans le conte La Fée aux Miettes (publié en 1832) exprime bien l'interrogation romantique vis à vis du savoir en prêtant à son héros Michel le Charpentier la réflexion suivante : "Ce vain besoin de tout savoir et de tout expliquer qui me tourmente ne serait-il pas une marque de faiblesse de notre intelligence et de la vanité de nos ambitions, le seul motif peut-être qui nous empêche de goûter sur terre la part légitime de félicité qui nous y est dispensée ? Que m'importent les causes et les motifs du bien dont je ressens les effets, et de quel droit irais-je m'en informer avec une sotte et orgueilleuse curiosité, quand tout m'avertit que je suis né pour jouir de ma vie et de mon imagination, et pour en ignorer le mystère ?" (6) Ces phrases sont comme l'écho assourdi des Bacchantes d'Euripide "…(le Dieu --Dionysos--) hait celui dont le désir n'est point, dans la clarté du jour, dans la douceur des nuits, de goûter le bonheur et de vivre, de tenir, en sage, son cœur et son esprit bien loin des mortels trop subtils." On voit que la méfiance anti-intellectuelle est ancienne … et que chacun a sa définition du bonheur. Le problème est que, quelquefois, c'est le bonheur des autres que l'on veut régenter … Le savants souvent ne sont pas sympathiques, il y a dans le conte de Nodier un personnage érudit dont la pédanterie est odieuse. Les difficultés de communication des chercheurs avec leur entourage proche sont mises en évidence par Balzac dans "La recherche de l'absolu" (1834).
Goethe dans la Farbenlehre (la Théorie des Couleurs, 1810) s'en prend violemment à l'optique de Newton au nom des droits inaliénables de la physiologie et de la perception. Le procès de Newton est lancé après celui des mécanistes. Il culminera dans le fameux banquet anti-newtonien de Londres le 28 décembre 1817 où les poètes Keats et Charles Lamb lui reprochent d'avoir par ses mathématiques dépoétisé, désenchanté, l'arc en ciel et d'avoir été un être sec sans sentiments. "La philosophie replie les ailes de l'ange" écrira Keats en 1820 (dans le poème Lamia) (7). William Blake, critique virulent de Newton (il met dans le même sac Locke et Bacon), en dépit de sa célèbre gravure de 1795 représentant Newton nu armé d’un compas, raille l'aplatissement, la vision unidimensionnelle qu'implique un monde considéré comme une machine (1802). Déjà dans une peinture célèbre Joseph Wright of Derby avait représenté une expérience avec une pompe à vide effectuée sur un oiseau (1768). La figure hallucinée et passionnée du savant et celles des enfants qui assistent à l'expérience, désespérés par la souffrance de l'oiseau, forment un violent contraste et renvoient à deux mondes sensibles opposés. Il est remarquable que cette peinture, exposée à la National Gallery de Londres, soit systématiquement aujourd'hui entourée de groupes de visiteurs qui la scrutent avec attention.
Curieusement Goethe (comme beaucoup de romantiques allemands) et Charles Nodier sont d'authentiques savants spécialisés dans la botanique, la minéralogie ou les insectes. Ils expriment parfaitement l'ambiguïté, la double face d'une époque qui, du fait du changement prodigieux des techniques engagé par la révolution industrielle et les applications de la machine à vapeur, conjugué à la mise en place des états modernes, est déchirée entre le progrès et la nostalgie. L'attitude anti-scientifique qui caractérise une partie de l'esprit romantique et le retour vers la Nature associé à la méfiance envers le rationnel, s'atténueront sérieusement vers le milieu du XIXème siècle mais ils ressurgiront avec par exemple le refus du rationnel au bénéfice de l'intuition que proclament des intellectuels de l'Allemagne de Weimar, comme Oswald Spengler, après 1920, et les diverses tentatives de quelques philosophes contemporains de saper la logique scientifique en faisant la promotion bruyante de secteurs marginaux du savoir (les études de phénomènes chaotiques par exemple) promus à l'état de vérité générale, sans oublier le mouvement de défense de la "nature". Ces choses arrivent apparemment dans des périodes de destruction-création de technologies.
II.
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