Il reste que pour comprendre ces quatres périodes, IL nous faut dans cette introduction, expliquer succinctement la nature du capitalisme et sa principale opposition qui relève de l’analyse marxiste. I de la fin du xixème siècle : la structuration du mouvement ouvrier et patronal








titreIl reste que pour comprendre ces quatres périodes, IL nous faut dans cette introduction, expliquer succinctement la nature du capitalisme et sa principale opposition qui relève de l’analyse marxiste. I de la fin du xixème siècle : la structuration du mouvement ouvrier et patronal
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Première partie : la question de la nature du régime économique capitalisme et anti-capitalisme
Il s’agit ici de saisir les rapports sociaux de production dans le cadre d’une analyse des stratégies des trois grands acteurs que sont les syndicats, le patronat et l’Etat .

Dans cette perspective, il ne s’agira pas de porter une analyse microéconomique ou managériale des rapports employeurs/employés au sein de l’entreprise, ce qui relève plus de la théorie des organisations ou d’une approche gestionnaire des relations de travail. Mais bien plutôt dans le cadre d’une approche « macro » et qui relève plus de la Science Politique de saisir les évolutions des rapports de force et les idéologies qui les animent entre les trois acteurs précédemment cités, et plus particulièrement autour de la question de la nature du régime économique : capitalisme ou anti-capitalisme


  1. De la fin du XIXème siècle à la libération : la structuration du mouvement ouvrier et patronal

  2. De la Libération aux évènements de mai 68 : la lente élaboration du compromis fordien ou rapport salarial fordiste

  3. De mai 68 à 1984 : les premières failles du rapport salarial fordiste.

  4. 1984 –2004 : l’émergence d’un nouveau modèle de relations sociales


Il reste que pour comprendre ces quatres périodes, il nous faut dans cette introduction, expliquer succinctement la nature du capitalisme et sa principale opposition qui relève de l’analyse marxiste.
I) De la fin du XIXème siècle : la structuration du mouvement ouvrier et patronal
Suite au mouvement communard, le mouvement ouvrier s’est saisi d’une série de questions essentielles :
Premier type de question : quelle forme se donner ?
Deuxième type de question : Quels moyens d’actions faut-il privilégier ? (grève générale ou non) Quelle doit être la dimension de l’action ? La réponse aux problèmes les plus concrets, au plus proche des ateliers (conditions de travail), ou bien faut-il prendre en compte la nature d’un système qui impose une domination plus large, celle du capital sur le travail dans toutes les dimensions de la société, au risque de confondre syndicalisme et rôle des partis politiques.
Troisième type de question : Quels rapports entretenir avec le politique ? Rentrer au gouvernement si nécessaire ou mener un combat plus radical. S’ouvre ici l’opposition entre réformiste et révolutionnaire.

Face à ces trois types de questions, la séparation entre mouvement socialiste, anarcho-syndicaliste et communiste constitue une réponse, suite à une première période d’unification, suivie rapidement par une nette séparation entre partisans de la IIIème Internationale et partisans de l’anarchisme (courant minoritaire en France suite à l’épisode communard) et partisans du socialisme.



  1. Une période d’unification : 1871-1917


Document n°1

1879 : création du parti ouvrier français

1895 : création de la Confédération Générale du Travail (CGT). Unification syndicale

1905 : création de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO). Unification politique.

1906 : Charte d’Amiens adopté par la CGT . Le courant anarcho-syndicaliste impose l’idée d’une nécessaire indépendance structurelle entre partis politiques et syndicats.
Plus exactement, il s’agit de relever que sur la période 1871-1895, deux tendances principales s’affrontent :

    • l’une orientée autour des réflexions de Jules Guesde (1845-1922) d’inspiration marxiste, qui estime que le rôle des syndicats est d’organiser les ouvriers sur leur lieu de travail, et qu’il incombe au parti politique de « politiser » le mouvement syndical, tendance qui devient majoritaire logiquement dans les fédérations de métiers (chambre syndicale) ; tendance qui consiste à considérer qu’il revient au syndicat de sensibiliser les masses, d’assurer une phase de débroussaillage, tandis qu’il reviendrait au parti politique, de jouer « le rôle d’une avant garde éclairée », dénonçant toutes les formes de domination et étant prêt à assurer la prise du pouvoir politique ;

    • une seconde tendance, à vocation paradoxalement plus révolutionnaire, qui se méfie de toute liaison avec un quelconque parti politique, se structurant autour des bourses du travail - point de rencontre des chômeurs de toute profession - , une tendance en réalité anarcho-syndicaliste. Une tendance animé notamment par Fernand Pelloutier, une tendance qui croit plus en l’action des masses et à son spontanéisme, une tendance qui s’inscrit plus volontairement dans une démarche internationaliste et qui croît également dans la stratégie de la « tâche d’huile », propre à la démarche proudhoniennne, et se situant moins par conséquent dans l’attente d’une prise du pouvoir politique. Une tendance qui donne aux syndicats une fonction qui envahit le champ politique.


Document n°2

Charte d’Amiens (1906)

„Le Congrès confédéral d’Amiens confirme l’article 2 constitutif de la CGT : la CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat. Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe, qui oppose sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression, tant matérielles que morales, mise en œuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière. Le Congrès précise par les points suivants, cette affirmation théorique. Dans l’œuvre revendicative quotidienne, le syndicat poursuit la coordination des efforts ouvriers, l’accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d’améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l’augmentation des salaires, etc. Mais cette besogne n’est qu’un côté de l’œuvre du syndicalisme, il prépare l’émancipation intégrale qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d’action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale. Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d’avenir, découle de la situation de salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait à tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions ou leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d’appartenir au groupe essentiel qu’est le syndicat. Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le Congrès affirme l’entière liberté pour le syndiqué de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu’il professe au-dehors. En ce qui concerne les organisations, le Congrès déclare qu’afin que le syndicalisme atteigne son maximum d’effet, l’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérés n’ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre, en toute liberté, la transformation sociale ».

Deux tendances qui vont finalement se réunir en 1895 par la création de la CGT qui naît de la fédération des chambres de métier ou chambre syndicale - qui regroupent les travailleurs par métiers ou corporations - et des bourses du travail, et qui donne encore aujourd’hui son double caractère corporatiste et plus universaliste. La CGT va en effet se doter d’une double structure :

    • horizontale, par métier, c’est la fédération de syndicat ;

    • verticale : par lieu géographique, avec un caractère interprofessionnelle, ce sont les Unions départementales et locales.


Mais deux tendances qui finiront par se séparer, suite à la Révolution Russe de 1917.

Mais bien avant, une tendance, l’anarcho-syndicalisme, qui par son internationalisme, verra ses orientations trahies, bafouées par le secrétaire général de la CGT Léon Jouhaux sur le catafalque de Jean Jaurès, suite à son assassinat le 31 juillet 1914 (« Pourquoi ont-ils tués Jaurès ?», une tendance anarcho-syndicaliste pourtant longtemps majoritaire ayant fait adopter la charte d’Amiens par le Congrès de la CGT.

Laquelle charte pose le syndicat en dehors de toute école politique, en totale autonomie vis à vis des partis politiques. Une charte qui en appelle à la disparition du salariat et du patronat, qui reconnaît la lutte des classes et rejette toute forme d’exploitation économique ou oppression idéologique ou culturelle. Une charte qui affirme le rôle primordial du syndicat dans la défense et l’amélioration au quotidien des conditions de travail. Une charte qui dans sa dimension révolutionnaire défend comme type de moyen d’action privilégiée pour assurer la transition vers une autre société : la grève générale.
Deux tendances principales au sein de la SFIO mais qui ne recoupent pas exactement celles du syndicalisme, l’une marquée par les idées de Jules Guesde (Parti socialiste de France), hostile à toutes formes de collaboration de classes ; l’autre moins apparemment révolutionnaire (Parti socialiste français), défendue justement par J. Jaurès ou A. Briand, privilégiant les réformes immédiates et par conséquent une acceptation de la participation au gouvernement, Jaurès refusant cependant de participer à titre personnel à un quelconque gouvernement. L’une finalement nationaliste et révolutionnaire, et l’autre internationaliste et plus réformiste, même si le caractère révolutionnaire des réformes reste entier, car il ne s’agit que d’une opposition sur les moyens pour atteindre finalement une même fin.
Document n°3 : le guesdisme

Avant l’unification de la SFIO en 1905, le guesdime a été le principal courant du socialisme français. Jules Guesde (1845-1922), son initiateur, a été un des premiers socialistes en France, en compagnie de Paul Lafargue, à se réclamer de Marx et d’Engels, auxquels il était allé demandé à Londres, en 1880, le programme du Parti ouvrier, devenu Parti ouvrier français (POF) après 1882. Adoptant une ligne révolutionnaire de lutte de classe, face aux « possibilistes » emmenés par Paul Brousse, le guesdisme s’employa à défendre une vulgate marxiste sans imagination. Bien organisé, il sut cependant se créer de solides bastions, principalement dans le nord industriel et le Midi paysan. Son révolutionnarisme des années 1880 laissa place peu à peu à une pratique réformiste, voire électoraliste, faisant bon ménage avec le nom de Marx, toujours revendiqué. Les guesdistes furent vivement opposés à la politique de Jaurès au moment de l’affaire Dreyfus, aux compromissions du « ministérialisme » (l’entrée de Millerand dans le cabinet Waldeck-Rousseau), et, face au Parti socialiste français animé par Jaurès, formèrent avec les néo-blanquistes d’Edouard Vaillant le Parti socialiste de France. Au Congrès international d’Amsterdam, en 1904, Jules Guesde et ses camarades, soutenus par les représentants de la social-démocratie allemande, firent condamner la politique de collaboration gouvernementale de Jaurès. En même temps, le Congrès vota une motion invitant les deux fractions françaises à réaliser leur unité, laquelle sera accomplie l’année suivante. Cette victoire du guesdisme au sein de la SFIO naissante ne fut qu’apparente, car Jaurès domina progressivement le parti unifié. Cependant Guesde resta une référence jusqu’à l’époque de Guy Mollet, et au-delà : son nom était la caution d’une théorie révolutionnaire marxiste, lors même que la SFIO y avait renoncé dans la pratique. Jules Guesde adhéra pendant la Grande Guerre à la politique d’Union sacrée. En 1920, malade, il ne fut pas du Congrès de Tours, mais il fit connaître sa condamnation des conditions de l’adhésion à la IIIème Internationale.

C. Willard, Les guédistes, éd Sociales, 1965, in M. Winock, « La France politique, XIXème-XXème siècle », éd Seuil, 2003, p.340-341.

Document n°4

« Il est d’utilité publique que les mines, les chantiers, les grands domaines ne soient plus la propriété exclusive d’une minorité. Il est d’utilité publique que la société ne soit plus divisée en deux classes : une classe possédant tous les moyens de produire, et l’autre ne pouvant utiliser la force de ses bras qu ‘en acceptant les conditions de la première et en lui payant un tribut. Il est d’utilité publique que le travail ne donne plus perpétuellement matière aux conflits des capitalistes et des salariés ! (…) La guerre civile économique, la guerre sociale se continuera tantôt apparente, tantôt cachée, tantôt violente, tantôt sourde, mais toujours avec les mêmes souffrances, la même exaspération, la même iniquité, tant que le monde de la production sera disputé entre deux forces antagonistes. Il n’y a pas moyen, vous m’entendez messieurs, de concilier définitivement ces deux forces. Vous pourrez pallier les conflits, vous pourrez atténuer les choses, mais vous n’empêcherez pas l’antagonisme permanent, fondamental, résultant du privilège même de la propriété. Il n’y a qu’un moyen d’abolir cet antagonisme, c’est de résorber le capital dans le travail, c’est de faire qu’il n’y ait plus qu’une force possédante et directrice, la force créatrice du travail.

Jaurès à la Chambre des députés, 14 juin 1906, in M. Winock, « La France politique, XIXème-XXème siècle », éd Seuil, 2003, p.314-315.
Document n°5

„J’ai entendu Jaurès dans des meetings à Paris, dans des congrès internationaux, dans des commissions. Et chaque fois, ce fut comme si je l’entendais pour la première fois. Il n’accumulait pas les routines ; pour le fond, il ne se répétait jamais ; toujours il faisait une nouvelle découverte de lui-même, toujours il mobilisait à nouveau les sources cachées de son inspiration. Doué d’une vigueur étonnante, d’une force élementaire comme celle d’une cascade, il avait aussi une grande douceur qui brillait sur son visage comme le reflet d’une grande culture.

L. Trotski, Mavie, éd gallimard, 1953, p.284-285, in M. Winock, « La France politique, XIXème-XXème siècle », éd Seuil, 2003, p.337.


Viendra plus tard une nécessaire réflexion sur la distinction que l’on peut opérer entre réforme à caractère révolutionnaire et réforme qui accompagne le changement social, qui pose au bout du compte, les conditions du maintien de l’ordre social et économique. Distinction que l’on doit à André Gorz dans son ouvrage « Réforme et Révolution » qui reste d’actualité.
Deux tendances qui donneront lieu finalement, à une séparation suite à la Révolution de 1917, entre partisans de la Révolution « au forceps » « Hic et nunc » sur un registre national mais à vocation internationaliste (création de la IIIème Internationale), et partisans des réformes révolutionnaires, même si Jules Guesde n’adhèrera pas aux conditions de la IIIème Internationale, ses partisans ne le suivront guère, sa philosophie a fait tâche d’huile.

Deux tendances, qui laissent en suspens, une aile « anarcho-syndicaliste », très largement minoritaire. Mais « l’ogre est dans le berceau » (it’s a joke !), quand il trouvera l’appui du « personnalisme chrétien », pour se transformer en « troisième voie » pour devenir bien plus tard « deuxième gauche « ; ce que nous aurons l’occasion de relever plus tard.
B) Le temps de la séparation : 1917-1934
La révolution Russe, pratiquement, dément les thèses anarcho-syndicalistes et d’une certaine façon les analyses marxistes communes – au moins pour ceux qui ont souscrit à l’idée que le capitalisme succomberait sous le poids de ses contradictions, dans les pays les plus avancés sur cette voie, sur la nécessité d’attendre, ou plus exactement de constituer les conditions de la révolution socialiste. Elle démontre, par la pratique, la force d’une « avant-garde éclairée du prolétariat », elle démontre pour le dire autrement la pertinence de l’analyse léniniste, qui consiste à considérer que le capitalisme ne s’effondrera pas nécessairement là où il est le plus abouti , mais plus fondamentalement dans ses maillons faibles, pour autant que l’on mène parallèlement une critique de l’impérialisme.

Le Congrès de Tours de la SFIO en 1920 consacre la séparation entre la SFIO et le PCF, du point de vue donc des organisations politiques.

3208 mandats seront portés sur une adhésion aux principe de la IIIème Internationale et aux 21 conditions fixées par Lénine. 1422 mandats se prononceront contre cette perspective, alliant les motions de L. Blum et celle de Jean Longuet et Paul Faure ( alliant une partie des pacifistes et l’aile droite du parti, celle fidèle à la politique de guerre).

En 1921, le Congrès de Lille de la CGT donne lieu à une séparation entre la CGT d’obédience socialiste, et la CGT-Unifié d ‘obédience communiste. 1572 mandats s’exprimant contre la perspective d’une adhésion à la IIIème Internationale, 1325 mandats s’exprimant pour une adhésion aux principes de la IIIème Internationale.

Séparation, qui, d’un point de vue partisan, explique encore aujourd’hui les divergences entre PCF et parti socialiste.

A ces divisions entre communistes et socialistes se surajoute l’émergence d’une force chrétienne. En 1919, est créé la CFTC, « Confédération Française des travailleurs Chrétiens », dont l’objectif essentiel est de reprendre les aspirations de la doctrine sociale de l’Eglise, celle-ci constatant sa perte d’influence au sein du prolétariat, ou pour le dire autrement, constatant la montée en puissance de l’athéisme au sein de la classe ouvrière. CFTC qui va défendre jusqu’aux années 60 , la possibilité de faire émerger une « troisième voie » caractérisée par le « ni capitalisme, ni communisme ».

Troisième voie, comme nous l’avons évoqué, qui trouvera dans les enseignements des chrétiens de gauche tel qu’Emmanuel Mounier un débouché à leur offre d’alternative au sein de la « deuxième gauche » que l’on ne peut qualifier si aisément de « gauche américaine ».

La période qui court de 1924 à 1934 est marquée par une opposition de plus en plus frontale entre socialiste réformistes et communistes. Les socialistes sont qualifiés aisément de « social-traîtres », au yeux des communistes la logique de lutte « classe contre classe », ne laisse guère le choix, avec eux -la classe ouvrière contre la bourgeoisie -, contre eux – les alliés de la bourgeoisie dans la compromission ou dans l’accord parfait. Ils imposent dans le débat politique une dichotomie ennemis/amis au sein de la démocratie, peu adaptée aux caractéristiques d’une démocratie républicaine et bourgeoise soucieuse d’une pacification des rapports sociaux et politique.

Durant cette période, de 1924 à 1936, les forces syndicales et politiques progressistes connaissent finalement une relative stagnation. Politiquement, le parti radical reste la plaque tournante de toutes les majorités, assurant au nom de la classe moyenne la gestion de la crise du capitalisme.

Car crise, il y a, comme vous ne l’ignorez pas, depuis 1929, de forts soubresauts secouent les économies industrielles avancées. Il reste que pour ce que ce qui concerne La France, il y a un effet retard, la crise la secoue qu’à partir de 1932, et dans des proportions qui, au passage et au regard des taux de chômage, n’ont aucun rapport avec celle qui nous secoue depuis 1973.Ceci s’explique notamment par le fait que le degré d’ouverture de l’économie française est faible, et par le fait lié, que le poids du secteur primaire reste pour le moins conséquent.

Pour le dire autrement, la société française, dans ses structures économiques, ne constitue pas encore –pour le moins – une société industrielle. Dans les années trente, et au moins au passage jusque dans les années cinquante, la France, économiquement et sociologiquement parlant, reste fondamentalement une France paysanne, ce qui explique plus tard les analyses d’Henri Mendras, sur la fin de la société paysanne au cours des années soixante, les effets de la « seconde Révolution française ».

On mesure parfois mal ici, les effets politiques et sociologiques d’une telle transformation d’une telle « révolution ». Comme on peut mal mesurer aujourd’hui les effets du passage d’une société industrielle à une économie de services, peut être.
C)Le temps de la réunification face au danger fasciste :1934-1945
La manifestation des ligues et pour tout dire de l’extrême droite du 6 février 1934 va changer la donne syndicale et politique, la République est sauvée :

    • in extremis par l’attitude du colonel de la Rocque et de ses « croix de feu » qui refuse d’opérer un coup d’Etat ;

    • et plus durablement par la constitution du Front populaire.


En effet, une contre-manifestation de soutien aux principes de la démocratie et contre le fascisme est organisée, le 9 février 1934 par la CGT-U et par le PCF, celle-ci est fortement réprimée par la police . Cette répression policière va favoriser la participation des communistes à la seconde manifestation du 12 février 1934. Si les appareils syndicaux et politiques, à cette date, sont encore réticents à l’idée de la constitution d’un front face au danger fasciste, cela ne durera guère.

Il revient paradoxalement au PCF l’initiative de la constitution du Front populaire, en juin 1934, il renonce à considérer la lutte des classes comme contradiction première et opte désormais pour un objectif de défense de la démocratie.
Document n°6

« L’attention nouvelle de Staline portée sur le danger hitlérien au début de l’année 1934 entraîna un assouplissement puis un changement de ligne de la part de l’Internationale communiste. L’antifascisme devenait le nouvel impératif. L’alliance avec les partis « réformistes » et les bourgeois démocrates devenait le principe des fronts populaires ».

M. Winock, « La France politique, XIXème-XXème siècle », éd Seuil, 2003, p.321.
Ce changement radical d’orientation est en réalité à relier avec les directives désormais données par Staline qui a fini par mesurer les effets négatifs de la stratégie classe contre classe en Allemagne, Staline finit par considérer qu’il faut se soucier des intérêts de la classe moyenne et ne pas attendre le moment de la polarisation. La stratégie adoptée consiste donc en une alliance de classes, stratégie de défense de la démocratie mais également de la Paix.

Les négociations avec le parti radical et la SFIO vont pouvoir commencer pour l’établissement d’un programme politique. Paradoxalement encore une fois, le PCF va adopter un « profil bas » pour ne pas effrayer les classes moyennes, proposant des mesures d’ordre social mais non des réformes de structure, il va ainsi s’opposer à toute forme de nationalisation. Sur cette orientation il va recevoir l’aval du parti radical, mais le désaccord de la SFIO.

Sur ce programme, en mai 1936, le Front populaire enregistre une victoire électorale (378 députés pour la gauche contre 222 à la droite), la SFIO et le premier parti devant le parti radical tandis que le PCF voit le nombre de ses députés passer de 11 à 72), Léon Blum devient président du conseil, et les communistes, toujours soucieux de ne pas générer l’effroi des classes moyennes décident de ne pas rentrer au gouvernement.

Du côté syndical, il y a une réunification qui s’opère lors du Congrès de Toulouse, le mars 1936, réunification qui va contribuer au gonflement des effectifs des syndicats, la CGT et CGTU qui comptaient environ 800000 membres en mars 1936, verra ses effectifs monter en juin 1936 à 2 500 000 adhérents, 4 millions en 1937, même la CFTC va voir le nombre de ses adhérents –sous la pression active de la JOC – passer de 150 000 membres à environ 400 000.

Il reste que l’attitude du mouvement ouvrier va générer finalement une contradiction insurmontable pour le nouveau gouvernement qui se forme. Dès les premiers jours, un mouvement social se déclenche générant de nouvelles formes d’action : les occupations d’usines, en une période où L. Blum respecte les délais de sa mise en poste au fonction de président du Conseil. Ce mouvement social va déborder les appareils politiques et syndicaux, en l’occurrence la CFTC et la CGT réunifiée. Mai juin 1936 va finalement révéler :


    • l’absence peut-être de maturité des masses ;




    • mais surtout toute l’ambiguïté des fonctions du syndicalisme, devant permettre à la fois aux travailleurs de s’organiser pour modifier le rapport de forces - ce qui suppose mobilisation et action de grève notamment – mais également de saisir l’état du rapport de forces – ce qui suppose une connaissance-anticipation du moment de la négociation -.


De ce point de vue, il convient de relever l’attitude « responsable » de la CGT qui va accepter et même pousser à la négociation (en demandant toutefois que la CFTC n’y participe pas), ce qui permettra d’aboutir aux accords de Matignon, mais attitude « responsable » qui va générer en son sein l’émergence/développement d’une sensibilité d’extrême gauche autour des idées de Marceau Pivert. Rappelons ici que M. Thorez déclare le 11 juin 1936 : « Nous ne devons pas risquer que se disloque la cohésion des masses, la cohésion du Front populaire ». « Il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue. Il faut même savoir consentir au compromis si toutes les revendications n’ont pas été acceptées mais que l’on a obtenu la victoire pour les plus essentielles de ces revendications ».

Plus fondamentalement, les « Accords Matignon » vont marquer le fait que pour la première fois, le gouvernement (l’Etat) va être appelé par les deux parties en conflit, pour mieux orienter leurs rapports. C’est aussi le premier retournement tactique du patronat, jusqu’alors, comme nous l’avons vu, il privilégiait une approche proprement libérale, entreprise par entreprise. Mais face au mouvement social massif, cette stratégie devient inopérante, le patronat (CGPF) finit par demander à être reçu par Léon Blum pour une négociation nationale le 7 juin 1936.

Il reste que ces accords Matignon n’emporteront pas l’enthousiasme de la classe ouvrière, même si la CGT enregistrera de nombreuses adhésions en 1937.

Précisons ici que les accords Matignon ne porte pas sur la semaine de 40 heures, cela est le résultat de l’application du programme du Front populaire. Les accords portent exclusivement sur la question de la signature des conventions collectives (lesquelles ne se développeront en réalité qu’au cours des années 50), de l’affirmation d’un principe de liberté d’adhésion syndicale pour les travailleurs, l’augmentation de salaire de 7 à 15% et enfin l’institution de délégués du personnel dans les établissements de plus de 10 salariés.

Mais au fond l’échec du Front populaire n’est pas tant à rechercher dans les Accords Matignon, que dans l’attitude ambiguë du parti radical, parti de la peur, de celle des classes moyennes, parti qui finira par lâcher Léon Blum.

Toujours-est-il que ces « accords Matignon » ont ouvert la voie à une gestion tripartite des relations sociales, gestion qui aura un débouché durant la période des « trente glorieuses » dans la constitution de ce que l’on appellera le compromis fordien.

II) De la Libération aux évènements de mai 68 : la lente élaboration du compromis fordien ou rapport salarial fordiste
Afin de comprendre ce qui se passe au niveau des relations sociales à la libération, il convient de s’intéresser à la nature des rapports entre les principales organisations syndicales et politiques qui se lient et se délient, pour comprendre en perspective la double nature du compromis fordien du point de vue du rapport salarial : taylorisme ou plus exactement acceptation du principe de division du travail dans l'entreprise en contre-partie d’un accès à un « système de consommations compensatoires » dans la société, donnant lieu à des rapports conflictuels particuliers orientés autour de luttes essentiellement quantitatives.


  1. La nature des rapports de force entre appareils syndicaux et politiques et leur évolution : de l’anticapitalisme aux luttes quantitatives.


A la Libération, les principales forces politiques et syndicales sont unis au sein du Conseil National de la Résistance :

    • du coté politique, on trouve à droite les gaullistes et les démocrates chrétiens qui formeront bientôt le MRP (Mouvement Républicain Populaire) et à gauche, le PCF et la SFIO ; mais une SFIO bien affaiblie compte tenu de l’attitude de sa représentation politique lors du vote d’investiture des pleins pouvoirs au maréchal Pétain et d’une attitude plus générale dans la résistance démontrant un attachement « corporatiste » partisan plus qu’une volonté de se fondre dans un mouvement universaliste, démarche qui, cependant n’épargnera point le PCF, dans sa formation combattante des FTP ;

    • du côté syndicale, on trouve la CGT et la CFTC.


De 1944 à 1947, du gouvernement provisoire au tripartisme, les orientations du CNR vont être reprises, orientations largement déterminées par les socialistes et les communistes.

Ces orientations vont déboucher en termes de:


    • de création de comités d’entreprises pour les entreprises de plus de cinquante salariés par l’ordonnance du 22 février 1945 ;

    • de rédaction du préambule de la Constitution de 1946 qui affirme l’existence d’un certain nombre de droits sociaux : droit au travail droit de grève, droit à la santé ;

    • de création du statut de la fonction publique, associé à une reconnaissance du droit syndical, le droit de grève dans la fonction publique n’étant reconnu que par un arrêt du Conseil d’Etat, l’arrêt Dehaene en 1951.


Du côté syndicale, la CGT va être rapidement contrôlé par les unitaires, c’est-à-dire par les communistes de l’ex-CGT-U, et, conformément aux orientations de la IIIème internationale, elle va fonctionner comme une véritable courroie de transmission du PCF, ceci expliquant son programme revendicatif organisée autour d’une volonté de mettre en œuvre en France une économie dirigée et planifiée, des nationalisations nombreuses d’entreprises.

Mais en décembre 1945, une minorité en désaccord avec de telles orientations, défendant les principes de l’autonomie syndicale au nom de la Charte d’Amiens de 1906 va s ‘organiser sous le nom de « Force ouvrière ». Il reste que la majorité étant communiste, et les communistes étant entrés au gouvernement, la CGT va jusqu’en 1947 globalement soutenir l’action des pouvoirs publics.

Si la question des relations entre parti politique et organisation syndicale se pose crûment au sein de la CGT, elle se pose également au sein de la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens.

Le courant majoritaire de la CFTC dirigé par Gaston Teissier défend l’idée d’une liaison relativement étroite entre la centrale syndicale, les partis démocrates chrétiens en l’occurrence le MRP et l’Eglise. Dès la Libération cette orientation va être contestée par le groupe « Reconstruction », en juin 1946, ce courant remporte la bataille, le principe de l’indépendance de la CFTC à l’égard de tout groupement extérieur, politique et religieux est retenue.

Dans le cadre de cette présentation des forces politiques et syndicales en présence sur cette période, manque enfin le patronat. La situation est difficile pour lui, dans la mesure où son attitude à l’égard de la Révolution nationale de Vichy fût pour le moins ambiguë. La Confédération Générale du Patronat Français disparaît. En octobre 1944 est d’abord crée la Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises, puis en juin 1946, le Conseil National du Patronat Français aux orientations libérales voit le jour, l’ancêtre donc de l’actuel Medef. Son premier Président est Georges Villiers, qui restera en fonction durant vingt années. Il reste que le CNPF est marquée par une double faiblesse :

    • l’une liée comme nous l’avons évoqué à l’attitude des patrons durant l’occupation ;

    • l’autre liée à la nature de son organisation, le CNPF n’a pour but que d’assurer un rôle de coordination et non de direction des grandes fédérations professionnelles, dont notamment la puissante fédération des industries métallurgiques et minières .


A cela s’ajoute le fait que le CNPF n’a pas le monopole de la représentation patronale, existent comme nous l’avons évoqué la CGPME et le Centre des Jeunes Patrons – ancêtre de l’actuel Centre des Jeunes Dirigeants - aux orientations qui relèvent du christianisme social.

Document n°7

"En réalité, les causes de la lutte de classes ne pourront être supprimées que si le prolétaire retrouve, dans une communauté de travail, les conditions d'une vie digne et libre. Cette communauté, c'est l'entreprise. Que veulent ils donc au juste, les ouvriers, lorsque, délivrés de leurs mauvais bergers, ils s'interrogent dans l'honnêteté de leur conscience et dans la sincérité de leur cœur ?

Ils veulent d'abord s'évader de l'anonymat, (...) ne pas être traités comme des machines, mais comme des êtres vivants, pensant, souffrant, avoir avec leur chef des relations d'homme à homme. Ils veulent, en outre, participer, dans une mesure raisonnable au progrès de l'entreprise à laquelle ils sont associés. Le centre de groupement n'est plus la classe sociale, patronale ou ouvrière, mais l'intérêt commun de tous ceux qui participent à une même entreprise",

Discours du maréchal Pétain, prononcé le premier mars 1941 intitulé: "Appel aux travailleurs", recueillis dans son livre intitulé: "Quatre années au pouvoir", Ed la Couronne littéraire, Paris, 1949; in Messine (Ph.), "Les Saturniens", Paris, Ed La Découverte, 1987, p.94-95.
Le pétainisme invitait ainsi les ouvriers à la grande réconciliation nationale autour du tryptique "Travail, Famille, Patrie".

Document n°8

"Patrons, techniciens, ouvriers, forment des équipes étroitement unies qui joueront ensemble, pour la gagner ensemble, la même partie. Lorsque, dans chaque entreprise, patrons, techniciens, ouvriers, auront pris l'habitude de se réunir pour gérer en commun les intérêts de leur profession, il ne tardera pas à se créer entre eux une solidarité d'intérêts et une fraternité de sentiments indestructibles. Dés lors, l'union de la nation ne sera plus une formule trop souvent bien trompeuse, mais une réalité bienfaisante. Cultivez parmi vous l'esprit d'équipe",

Discours du maréchal Pétain, prononcé le premier mars 1941 intitulé: "Appel aux travailleurs", recueillis dans son livre intitulé: "Quatre années au pouvoir", Ed la Couronne littéraire, Paris, 1949; in Messine (Ph.), "Les Saturniens", Paris, Ed La Découverte, 1987,p.149.

Cet aspect de la politique sociale vichyiste explique pourquoi, dans les années d'Après-Guerre, il sera si difficile de promouvoir toute forme de cogestion et d'entente entre les directions et le monde salarial, à l'exception notable, cependant, des entreprises publiques.
Document n°9

Selon Denis Segrestin, "pendant au moins une trentaine d'années, tout s'est passé comme si la société française et sa classe dirigeante n'avaient cessé d'expier tout ce qui pouvait ressembler de prés ou de loin à l'idéologie réactionnaire de la charte du travail. La théorie communautaire institutionnelle de la firme, qui lui était objectivement apparentée du fait de sa prétention à associer les partenaires de la production "en fonction d'une fin commune" , n'avait aucune chance d'en réchapper"

Segrestin (D.), "Sociologie de l'entreprise", p.155.

Le CNPF, créé donc le 12 juin 1946 va donc adopter un profil bas en acceptant les nationalisations et la création des comités d'entreprise.

Jusque dans les années soixante, le CNPF suivra les orientations historiques du CGPF, c'est à dire qu'il se bornera à défendre les prérogatives du chef d'entreprise.

Document n°10

"le patronat est le grand vaincu de la période puisque sa collaboration a manifesté un sens plus aigu des affaires que de la nation"

Groux (G.), Mouriaux (R.), "La CFDT", Paris , Ed.Economica, 1989, p.28.
Finalement, pour conclure sur cette période, on peut relever que les conditions étaient largement posées pour que le programme du CNR ne souffre guère de contestations. Il reste que les orientations du parti communiste et par conséquent celles de la CGT vont bientôt poser problème.
1°) L’échec des luttes anticapitalistes et anti-impérialistes
En mai 1947, une grève de la CGT est déclenchée chez Renault contre le blocage des salaires, le président du Conseil Paul Ramadier dont le gouvernement est constitué notamment de 9 ministres socialistes, de 5 ministres républicains populaires et de 5 ministres communistes, décide de mettre ces derniers au pied du mur, ils demandent aux députés, la confiance . Les ministres députés vont voter contre. C’est la rupture de la solidarité gouvernementale, les ministres communistes sont exclus.

Le 10 novembre 1947, une manifestation est organisée à Marseille contre la hausse des tarifs des transports, celle-ci dégénère et une partie des forces de l’ordre refusent d’agir. Cette manifestation va constituer le point de départ de mouvements de grèves aux caractères insurrectionnelles. En effet, les grévistes cégétistes, pour beaucoup anciens résistants, vont s’assurer le contrôle des secteurs stratégiques, centrales électriques, nœud ferroviaire, centrales téléphoniques, sabotages.
Le 21 novembre 1947, à l’apogée du mouvement qui finalement oppose la CGT et le PCF contre les autres forces politiques et syndicales, il y a près de trois millions de grévistes.

Ces grèves s’inscrivent en réalité dans la stratégie du PCF qui s’inquiètent des effets du Plan Marshall et qui suit par conséquent les orientations fixées de l’autre coté du « rideau de fer ». L’enjeu est finalement très politique, faire basculer la France dans un système communiste.

Mais ces grèves vont échouer et vont contribuer à la marginalisation du PCF au moins jusqu’en 1965 , mais surtout à la division du monde syndicale.

Dès le 28 décembre 1947, une scission s’opère au sein de la CGT entre CGT maintenue, CGT-FO et FEN. La CGT qui rassemblaient 5.4 millions d’adhérents en 1947, n’en comptera plus que 4 en 1948. Ses résultats aux élections des représentants dans les conseils de la sécurité sociale témoignent également de son affaiblissement.
Document n°11

Elections Sécurité sociale




1947

1950

Inscrits

7 749 858

7 930 527

Abstentions et nuls

2 215 628

2 415 696

CGT

3 780 183

2 399 393

CGT-FO




833 393

CFTC

1 458 475

1 173 019

Divers

795 572

1 109 191

J.P. Oppenheim, art : « De la Libération aux évènements de Mai-juin 68 », in Maurice Parodi, Philippe Langevin, Jean-Pierre Oppenheim, Nadine Richez-Battesti, « La question sociale en France depuis 1945 », Ed A. Colin, 2 000, p.23.

La potentialité de la constitution d’un pôle de syndicats réformistes et libres est alors ouverte autour des syndicats CGT-FO, CFTC et la Confédération Générale des Cadres, menant des luttes non directement anticapitalistes.
2°) L’orientation des luttes vers des luttes quantitatives : 1948-1968


  1. 1948-1958 : le vide conventionnel.


A partir de 1948 et jusqu’en 1953, les luttes vont se porter autour de la question du pouvoir d’achat, et ne vont donc plus porter sur la question de la nature du régime économique, toutes ces luttes ayant d’ailleurs démontré pour la CGT, leur inefficacité.

Mais en 1953, le gouvernement Laignel s’attaque au système de retraite de la fonction publique, gouvernement dominé par le MRP. Très rapidement, un mouvement de grève est déclenché, qui va avoir un effet conséquent sur les rapports de forces au sein de la CFTC.
L’aile majoritaire de cette centrale rentre en négociation avec le gouvernement et avec la composante MRP de la représentation parlementaire, négociation qui aboutit à un engagement du MRP sur le retrait du décret loi, contre cet engagement, un appel à la reprise du travail est lancé. Mais il s’avère, que les engagements ne vont pas être tenus, ce qui va contribuer à rendre majoritaire le courant « Reconstruction » au sein de la CFTC, courant qui, rappelons le, souhaite une plus grande indépendance à l’égard de l’Eglise et de sa doctrine sociale, à l’égard bien évidemment du MRP. Il reste que ce courant va attendre onze ans avant de prendre le contrôle réel de la direction, dans la mesure où il considère que son programme syndical est insuffisamment fondé. Cela dit, dès 1959, autour de Gilbert Declerq, Paul Vignaud, Marcel Gonin et Eugène Descamp, l’idée d’une nécessaire mise en œuvre d’une planification démocratique est avancée, première réflexion sur ce que peut être un système socialiste démocratique.

Du coté patronal, jusqu’à la fin des années cinquante, la stratégie ne change guère, elle reste basée sur un refus d’envisager toutes formes de dialogue ou de contractualisation avec les forces syndicales. Plus exactement, le patronat ne cherche pas à s’appuyer sur l’existence de syndicats réformistes pour contrer la CGT. Au contraire, le patronat met l’accent sur le danger communiste, sur la force et la puissance de la CGT pour refuser le dialogue. CGT et CNPF fonctionnent ici comme deux alliés objectifs.

A cette stratégie défensive qui conduit au « vide conventionnel »1, s’ajoute l’archaïsme des positions patronales sur des questions économiques, il se révèle en effet durant cette période, particulièrement attaché au maintien des colonies françaises et donc de ses marchés protégés et hostile à toute politique de création d’un marché intérieur européen. Pour le dire autrement, le libre échange n’est pas sa « tasse de thé », au fond il s’accommode bien de ses relations avec l’Etat qui lui garantit l’existence de marchés captifs. En trois mots, l’idéologie du CNPF repose sur un type de « conservatisme protectionniste libéral »2.
Cette première période se traduit donc par un bilan restreint en matière de promotion d’un modèle économique et social qui privilégierait la discussion et la négociation sur le conflit, même si quelques initiatives du Politique ont été prises.

Document 12

« On peut porter au crédit de l’Etat toute une série d’initiatives ou de mesures concrètes allant dans le sens du compromis social : évolution du droit du travail avec, notamment, l’article 4 de la loi du 11 février 1950 qui précise que « la grève ne rompt pas le contrat de travail, sauf faute lourde du salarié » ; évolution de la législation sur les conventions collectives avec la même loi du 11 février 1950 qui desserre l’étroit contrôle de l’Etat et développe la notion de conventions susceptibles d’être étendues ; prise en charge par l’Etat de la fixation du salaire minimum interprofessionnel déterminé sur la base d’un budget type établi par la Commission supérieure des conventions supérieures ; loi du 18 juillet 1952 créant l ‘échelle mobile des salaires qui indexe ceux-ci sur les prix ; (…) ».

J.P. Oppenheim, art : « De la Libération aux évènements de Mai-juin 68 », in Maurice Parodi, Philippe Langevin, Jean-Pierre Oppenheim, Nadine Richez-Battesti, « La question sociale en France depuis 1945 », Ed A. Colin, 2 000, p.27.
b) 1958-1968 : La naissance ou retour de l’idéologie participationniste
1958 marque comme le savez une rupture dans l ‘histoire de la vie politique et sociale en France par l’arrivée du Général de Gaulle à la présidence d’une nouvelle République. D’un point économique et social, le gaullisme repose sur un refus d’un libéralisme exacerbé qui se traduit par :

    • l’idée que l’Etat doit intervenir plus fortement à travers la mise en œuvre d’un plan indicatif et une politique industrielle ambitieuse ;




    • l’idée que les rapports sociaux doivent répondre à une logique d’association et non de conflit, ce qui se traduit par la mise en œuvre de politique de participation et d’intéressement.



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