«Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel», littéralement








télécharger 127.23 Kb.
titre«Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel», littéralement
page3/4
date de publication09.07.2017
taille127.23 Kb.
typeDocumentos
l.21-bal.com > comptabilité > Documentos
1   2   3   4

h) Dernières remarques sur la volonté de Dieu.

Vous vous rappelez qu'à propos de la volonté j'ai dit que c'était éventuellement la volonté comme faculté, ou le vouloir comme acte, ou le voulu. Ici il faut garder cette proximité et cette indécision. Nous sommes la volonté de Dieu, le voulu de Dieu peut-être, mais il n'est pas sûr que la claire distinction de l'actif et du passif, de la faculté et de l'acte qui sont de notre familiarité, soient de bon conseil.

Nous sommes la volonté de Dieu. Et lorsque cet insu de nous s'accomplit, c'est alors que s'achève et se termine l'œuvre. C'est ainsi que nous rejoignons la première citation de Jn 4.

M B : Tout cela défait complètement l'idée d'une volonté aliénante de Dieu qui est tellement inscrite en nous : la volonté de Dieu c'est ce qui s'impose à moi contre mes envies !

J-M M : C'est cela d'autant plus que, curieusement, « que ta volonté soit faite » n'est pas une phrase que l'on dit quand on a un événement heureux, on la dit quand ça ne va pas !

II – Volonté, semence, pneuma

Je voudrais mettre en rapport trois mots :

  • le mot pneuma que je ne traduis pas,

  • le mot thélêma qui se traduit par volonté,

  • et enfin sperma qui signifie littéralement semence.

1) Les mots sperma (semence) et thélêma (volonté).

a) L'identité de sens entre sperma et thélêma.

Nous avons vu dans le premier passage de l'épître aux Éphésiens le rapport entre volonté et semence, qui est un rapport d'identité de sens dans cette structure qui est celle du rapport entre le mustêrion (ce qui est tenu en secret) et l'apocalupsis (le dévoilement du secret). C'est la structure de base de toute l'Écriture néo-testamentaire. Elle correspond, dans la symbolique, au rapport de la semence et du fruit : secret / dévoilement ; semence / venue à fruit. Cela correspond à thélêma (la volonté) / venue à œuvre, ou venue à corps s'il s'agit de semence spermatique. Nous avons donc un mouvement et dans ce mouvement il y a une identité de sens qui se propose entre sperma et thélêma, volonté et semence11.

La même chose se trouve de façon générale chez Jean, et en particulier au chapitre 4, quand le Christ dit : « 34Ma nourriture est que je fasse la volonté de celui qui m'a envoyé c'est-à-dire que je laisse advenir sa volonté – et que je mène à son terme son œuvre ». C’est donc un rapport volonté / œuvre. Cela modifie complètement le sens du mot volonté par rapport à notre usage puisque chez nous il n'a aucun rapport avec la semence. Dans notre usage la volonté s'oppose, se distingue de l'intellect ou bien, en tant que liberté individuelle, elle s'oppose à une autre volonté ; elle est alors entendue dans le registre du conflit de volontés. Tout ceci est hors champ de l’Évangile.

b) Le fils est selon le père (Jn 5, 19 ; Jn 8, 41-44).

Il faut entendre que le fruit est selon la semence, autrement dit que le Fils est selon le Père. Ce n'est pas simplement le proverbe « tel père, tel fils », il y va de tout autre chose. Le Fils est le déploiement en visibilité de ce qui demeure tenu en secret dans le Père, dans la semence.

Ce mot sperma signifie à la fois semence et descendance, de même le mot patria que nous avions rencontré en Ep 3 signifie à la fois paternité et descendance12. Ceci explique un certain nombre de formules chez saint Jean.

Jean 5, 19. Semence de christité.

« Le Fils ne peut rien faire de lui-même sinon ce qu'il voit faire au Père » (Jn 5, 19). Si je pense cette expression à partir de mes conceptions psychologiques du rapport père-fils, je suis hors champ ! C'est même très suspect. En fait c'est une application de ce que le Fils est selon le Père.

Jean 8, 41-44. Semence de diabolos.

Ce qui vaut pour le Christ vaut aussi pour ceux que le Christ vitupère et qui sont d'une autre semence. Par exemple, au chapitre 8 de Jean, lorsque Jésus se propose de les libérer, les Judéens répondent « 33Nous sommes semence d'Abraham (descendance d'Abraham) et nous n'avons jamais été esclaves de quiconque". Comment dis-tu que vous deviendrez libres ? » Ils considèrent qu'ils n'ont jamais été esclaves, et puisqu'ils sont de la descendance d'Abraham, cela signifie qu'ils ne sont pas nés de l'esclave, Agar, mais de la femme libre, Sara.

Jésus leur dit : « 44Vous êtes semence du diabolosvous avez pour père le diabolos, l'adversaireet vous voulez faire les désirs (épithumias) de votre père. – Le mot thélêma et le mot désir (épithumia) disent la même chose, sauf qu'on choisit plutôt le mot thélêma, quand c'est en bonne part, et quand c'est en mauvaise part, plutôt le mot désir. Mais structurellement, ils se situent au même endroit. – Or votre père était homicide aparkhês (depuis l'arkhê) et il ne s'est pas tenu dans la vérité », car il est le pseudos, le falsificateur.

Il avait dit avant : « 40Maintenant vous cherchez à me tuer. » En effet ce qui est selon une semence ne peut agir que selon cette semence.

c) Double semence en quiconque.

Voici une structure de pensée devant laquelle facilement nous reculons parce qu'elle nous paraît relever d'une espèce de déterminisme ou de pré-destination insoutenable. Mais il ne s'agit pas de cela, chez Jean, parce que les pronoms personnels, je, tu, il, n'ont pas la rigidité substantialisée qu'ils ont chez nous. Ce sont des pro-noms mais ils ne remplacent pas simplement des noms et pas davantage des substantifs ou même des sujets.

Il y a en tout homme semence de Dieu et semence de l'adversaire13. Ce qui rejoint la thématique du je et Je, que nous avons par ailleurs rencontrée chez saint Paul14. Je répète cela, parce que la crainte de cette apparente prédestination serait rebutante si elle n'était pas soignée d'entrée et cela nous empêcherait donc de lire ces textes. Je me demande d'ailleurs si on les a lus… parce que c'est constant et essentiel chez Jean.

d) Les premières invocations du Notre Père.

Ceci déjà donne un écho aux premières expressions que nous avons entendues.

– Nous disons : « Notre Père », c'est-à-dire que nous nous tournons vers celui dont nous sommes la descendance.

« Que ton Nom soit consacré » : le Nom, c'est le Fils. Donc c'est l'éminente descendance, le Fils un (Monogénês) puisque, chez Jean, nous lisons dans la prière du Christ : « Père glorifie ton Fils » ou « Père glorifie ton Nom », ce qui est la même chose dans la demande de Résurrection de Jésus.

« Que ta volonté soit faite » est donc une sorte de reprise implicite de la thématique du Père et du Fils, mais dans le vocabulaire de la volonté.

e) Étincelle (ou semence) de christité (Extraits de Théodote).

Il y aurait ici beaucoup à méditer. Que signifie, par exemple, que nous sommes semence de Dieu ? Ne serions-nous pas des créatures ? La notion de création telle que nous l'entendons n'est pas décisive dans le Nouveau Testament. Mais cela ne veut pas dire du tout que nous serions purement et simplement la même chose que Dieu. Il faut voir que c'est différent, mais peut-être pas de la différence que nous avons développée en théologie.

La considération d'une semence de Dieu présente en tout homme est assez traditionnelle dans la patristique et même dans la toute première patristique. Un mot me vient à l'esprit, il se trouve dans un petit opuscule de Clément d'Alexandrie qui s'intitule Extraits de Théodote.

Théodote est un gnostique, disciple de Valentin, au tout début du IIe siècle. Et au début du IIIe siècle Clément d'Alexandrie récollecte des extraits de ses œuvres, et il y glisse quelquefois des réflexions personnelles.

On trouve une citation de Théodote qui parle de la semence dans un langage proprement gnostique, mais l'idée de semence n'y fait pas problème. Il est suivi d’une petite note de saint Clément d'Alexandrie qui dit : « La semence élue, nous l'appelons aussi étincelle ranimée par le Logos, pupille de l'œil, grain de sénevé » et il ajoute un peu plus loin : « Le Sauveur après sa résurrection, a insufflé son pneuma dans les apôtres, de son souffle, il chassait le limon comme cendre et le séparait, tandis qu'il enflammait l'étincelle et la vivifiait».15 »

Il y a en tout homme une étincelle de christité qui nativement est recouverte, c'est comme une semence dans son état hivernal. D'autres gnostiques disent : ce monde-ci est l'hiver, le monde qui est en train de venir est l'été16.

Le rapport de la semaille et de la moisson se trouve également chez Jean à la suite du texte que je citais tout à l'heure sur faire la volonté du Père (Jn 4, 34-39). Toutes ces choses sont constantes et se recoupent, si l'on y a l'oreille.

f) Conclusion. Être la volonté de Dieu.

Nous sommes semence de Dieu, nous sommes volonté de Dieu puisque j'ai dit que semence et volonté étaient identiques. Nous abordons là un thème très important : comment entendre ces mots qui disent la volonté (thélêma), le conseil (boulê), la sagesse (sophia), l'intellect (noûs), termes qui désignent pour nous des facultés de l'âme humaine qui sont mises au compte de Dieu ? Ces mots-là désignent-ils des facultés ? non ; à la rigueur, on pourrait dire des attributs proprement théologiques en précisant que les attributs ne sont pas réellement distincts de la substance de Dieu, pour citer la théologie classique. Mais ce n'est pas un bon chemin.

Par parenthèse je vous signale que dans les toutes premières réflexions sur la Trinité, la distinction n'est pas faite entre les différentes personnes et les différents attributs. Elle se fera progressivement dans l'élaboration de la doctrine trinitaire qui est pertinente en son lieu, à sa façon.

Seulement, ce sur quoi je veux porter l'attention, c'est que le mot de volonté peut dire la faculté de vouloir, ou l'effectif vouloir, ou le voulu comme dans l'expression française "les dernières volontés de quelqu'un" : ce ne sont pas les dernières facultés mais les dernières choses qu'il veut, le dernier voulu. Je dis ceci pour nous aider, car ces articulations qui s'imposent à nous du fait de notre logique ne sont pas de l'ordre de la pensée néo-testamentaire. Et si cela vous aide provisoirement, c'est déjà un bon chemin de penser que être la volonté de Dieu, c'est être voulu de Dieu, et c'est la même chose que naître de Dieu.

2) La volonté et le pneuma insu.

a) Être né de Dieu (Jn 3, 3-8).

C'est ici qu'intervient la référence tout à fait essentielle qui va nous conduire au mot de pneuma qu'on traduit couramment par esprit (ou Esprit), souffle, vent. Elle se trouve au chapitre 3, dans la discussion nocturne avec Nicodème.

Versets 2-3.

« 3Si quelqu'un ne naît pas d'en haut c'est la première formulation – il ne peut voir le royaume de Dieu ». Ce qui suscite chez Nicodème la réflexion : « 4Comment quelqu'un, s'il est vieux, peut-il naître à nouveau ? Peut-il rentrer dans le ventre de sa mère une deuxième fois et naître ? » Cela l'a fait prendre longtemps pour un benêt, mais il est intéressant de constater qu'en essayant de penser la résurrection sur le mode d'un retour à ce que nous appelons maintenant la vie, nous sommes comme Nicodème, aussi nigaud-dèmes. Ce n'est pas de moi, c'est le Moyen Âge lui-même qui l'appelle ainsi.

Jésus reprend la phrase sous une forme légèrement différente : « 5Si quelqu'un ne naît pas d'eau et pneuma – c'est-à-dire de cette eau-là qui est le pneuma de résurrection – il n'entre pas dans le royaume ». Autrement dit, naître à partir du pneuma – et le pneuma est toujours le pneuma de celui qui ressuscite Jésus d'entre les morts, le pneuma de résurrection – naître du pneuma de résurrection, c'est être déjà en train d'entrer dans le royaume. Ce n'est pas nécessairement l'affaire d'une fois. Nous avons dans l'esprit que cela désigne le baptême. Non, cela désigne premièrement la foi. C'est pourquoi j'ai traduit : naître d'eau et pneuma par : de cette eau-là qui est le pneuma. Il n'est pas exclu que le baptême tire un sens authentique de cette phrase. Mais si nous, nous pensons cette phrase à partir de notre idée du baptême, nous la manquons, car c'est l'inverse. Il s'agit de naître, de naître du pneuma de résurrection – c'est très précisément la christité – et c'est la même chose que d'entrer dans le royaume.

Les deux naissances.

Je reviens au Notre Père : « Notre Père qui es aux cieux, soit consacré ton nom (ton Fils), vienne ton royaume ». Nous avons affaire ici à deux symboliques fondamentales qui pour une part se recoupent : la symbolique du rapport père-fils et la symbolique du rapport roi-royaume.

Le royaume désigne la région régie, et le royaume de Dieu est en opposition à ce monde-ci (ho kosmos outos) qui est une région présentement régie par le meurtre et la mort, par le prince de ce monde. Cette distinction-là est le commencement de l'Évangile. L'Évangile est une annonce heureuse, l'annonce de la victoire du prince de la vie sur la mort : Jésus est ressuscité. Tout se tient dans cet ensemble. Il ne faut pas le perdre de vue. Il faut méditer ce lieu fondamental.

Il s'agit donc d'une chose très importante, à savoir que notre naissance biologique, civile, culturelle, tout ce qui nous fait venir dans "ce monde" n'est pas notre ultime identité. J'ai à naître encore et à naître de plus originaire. Cette naissance est seconde parce que la semence est première, comme il est dit à propos du Baptiste : « Il vient après, parce que avant moi il était ». Du point de vue de la conception du temps chez Jean, il y a là quelque chose d'essentiel, assez loin d'ailleurs des choses que l'on dit couramment sur le temps biblique.

En ce sens, tout homme est radicalement voulu. Il est né du vouloir de Dieu, du désir de Dieu. Il est conçu de "toute éternité" – pour reprendre cette expression – c'est-à-dire qu'il est conçu dans quelque chose qui pour nous n'est pas encore un moment du temps, et il ne cesse de naître. C'est en ce sens que l'idée ponctuelle du baptême serait néfaste pour comprendre de quoi il s'agit : il ne cesse de naître à chaque fois qu'il est à partir du Pneuma de Résurrection, à chaque acte de foi, si vous voulez ; il ne cesse de s'accomplir. Si bien que nous avons ici deux champs, deux royaumes, deux régions.

Il faudrait savoir en quoi cela consiste, comment comprendre deux et comment ne pas comprendre ce deux sur le mode sur lequel les deux structurants de l'Occident sont compris… par exemple ne pas le comprendre comme la différence entre l'intelligible et le sensible, ni comme la différence entre le corps et l'âme etc. La parole chrétienne a été soumise à des séquelles de pensées qui ont leur origine à Athènes dans le platonisme et ce de très bonne heure. D'où la nécessité de restituer le premier deux sur lequel est construit l'Évangile.

Verset 8. Le pneuma.

Nous arrivons à : naître du pneuma de résurrection. Qu'est-ce que ce pneuma ? Vous avez la phrase impérissable qui suit : « 8Le pneuma souffle (pneï) et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d'où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de tout ce qui est né du pneuma ». Ceci nous dit quelque chose sur le Fils unique de Dieu, né du pneuma. Le mot pneuma a des acceptions diverses. Il se dit du Fils, il se dit du Père, car « Dieu est pneuma ». Il se dit du Pneuma troisième : le Pneuma de Consécration (l'Esprit Saint).
1   2   3   4

similaire:

«Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel», littéralement iconAu commencement, Dieu dit: «Faisons l'homme à notre image, selon...
«Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu'il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux,...

«Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel», littéralement iconLe Sabbat, le samedi
«Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, IL ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou...

«Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel», littéralement icon1 Séparation des tombes: sous la terre comme sur la terre a normes musulmanes

«Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel», littéralement iconÀ qui de droit et tous les lectrices/teurs
1 Au commencement Dieu créa le ciel et la terre Et Dieu dit : Que la terre se

«Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel», littéralement iconRituel de la céLÉbration d’un mariage sans eucharistie
«Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du...

«Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel», littéralement iconI comment un démon tomba du ciel et comment IL fut accueilli sur la terre

«Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel», littéralement iconReflexions a propos du rapport colombani
«La France est ainsi faite que, pour adopter, IL faut être soit un couple marié, soit une personne célibataire»

«Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel», littéralement iconEn effectuant ce dossier sur les accidents du travail, notre objectif...
«est considéré comme «accident de travail», quelle qu’en soit la cause, l’accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail...

«Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel», littéralement iconLittérature russe
Il y a plusieurs siècles, a-t-il dit, que la Vérité est apparue avec le Christ au monde. Quand le Christ remonta au ciel, IL nous...

«Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel», littéralement iconI. Introduction
«anthropologique» établit une séparation entre un «ici» et un «là-bas». IL conçoit le Japon soit comme pré-moderne (pays des traditions),...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
l.21-bal.com