C sección Bilingüe Isabel Blasco hapitre 11. L'homme








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C


Sección Bilingüe

Isabel Blasco
hapitre 11. L'homme


«L'homme est une chose sacrée pour 1'homme. »

SÉNÈQUE.

Qu'est-ce qu'un homme ? Ce ne sont pas, dans l'histoire de la philosophie, les réponses qui manquent. L'homme est-il un animal politique, comme le voulait Aristote ? Un animal qui parle, comme il disait aussi ? Un animal à deux pieds sans plumes, comme l'affirmait plaisamment Platon ? Un animal raisonnable, comme le pensaient les stoïciens puis les scolastiques ? Un être qui rit (Rabelais), qui pense (Descartes), qui juge (Kant), qui travaille (Marx), qui crée (Bergson) ?

Aucune de ces réponses, ni leur somme, ne me parait tout à fait satisfaisante. D'abord parce qu'elles sont, quant à leur extension, possiblement trop larges et certainement trop restreintes. Une bonne définition doit valoir pour tout le défini, et pour lui seul. Ce n'est pas le cas de celles, pourtant si fameuses, que je viens d'évoquer. Imaginons qu'on prouve l'existence, chez les dauphins ou chez tel ou tel extraterrestre, d'un langage, d'une organisation politique, d'une pensée, d'un travail, etc. Cela ne ferait pas du dauphin ou de 1'extraterrestre un homme, pas plus que cela ne transformerait l'homme en cétacé ou en Martien. Puis que dire des anges, et de leur rire possible ?

….Si le dauphin ou l'extraterrestre, même intelligents, ne sont pas des hommes, et si le débile profond en est un (c'est surtout, on 1'a compris, ce dernier point qui m'importe), il faut en conclure que' nos définitions fonctionnelles ou normatives ne sont pas les bonnes : un homme reste un homme, même quand il a cessé de fonctionner normalement. C'est dire que les fonctions ni les normes ne sauraient valoir comme définition. L'humanité ne se définit pas par ce qu'elle fait ou sait faire. Par ce qu'elle est ? Sans doute. Mais qu'est-elle ? Ni la raison, ni la politique, ni le rire, ni le travail, ni quelque faculté que ce soit, ne sont le propre de l'homme. L'homme n'a pas de propre, ou aucun propre, en tout cas, ne suffit à le définir.

C'est ce qu'avait vu Diderot. A l'article « Homme » de l'Encyclopédie, il esquisse une définition : « C'est un être sentant, réfléchissant, pensant, qui se promène librement sur la surface de la terre, qui parait être à la tête de tous les autres animaux sur lesquels il domine, qui vit en société, qui a inventé des sciences et des arts, qui a une bonté et une méchanceté qui lui sont propres, qui s'est donné des maîtres, qui s'est fait des lois, etc. » Cette définition a les mêmes qualités et les mêmes faiblesses que celles d'où nous étions partis. Mais Diderot le sait. Et la fin de sa définition fait comme un sourire, qui 1'éclaire et l'annule : «Ce mot n'a de signification précise qu'autant qu'il nous rappelle tout ce que nous sommes ; mais ce que nous sommes ne peut pas être compris dans une définition.»

Comment parler des droits de l'homme, pourtant, si l’on ne sait de quoi — ou de qui — L’on parle ? I1 nous faut au moins un critère, un signe distinctif, une marque d'appartenance, ce qu'Aristote appellerait une différence spécifique. Laquelle ? L'espèce elle-même, à laquelle nous appartenons. L'humanité n'est pas d'abord une performance, qui dépendrait de ses réussites. Elle est une donnée, qui se reconnaît jusque dans ses échecs.

C'est où il faut revenir à la biologie. Non pour trouver d'autres traits définitionnels, qui seraient tout aussi discutables : la station debout, le pouce opposable aux autres doigts, le poids du cerveau ou 1'interfécondité ne sont pas non plus, au sein de l'humanité, sans exceptions. S'il faut revenir à la biologie, ce n'est pas d'abord pour définir un concept, mais pour renouer avec 1'expérience, qui est celle de l'humanité sexuée, de la conception, de la gestation, de l'enfantement — des corps. Tous nés d'une femme, tous engendrés, et non pas créés. Le débile autant que le génie. L'honnête homme autant que crapule. Le vieillard autant que l'enfant. Et c'est quoi aucun extraterrestre jamais, ni aucun ange, sauna prétendre. L'humanité est d'abord une certaine espèce animale. Nous aurions bien tort de le regretter: non seulement à cause des plaisirs que nous trouvons, qui sont vifs, mais parce que ce serait regretter cela seul qui nous permet d'exister. Ne sommes des mammifères, rappelle Edgar Morin, nous faisons partie «de l'ordre des primates, de famille des hominiens, du genre homo, de l'espèce sapiens... ». Cette appartenance débouche sur une autre définition, qui n'est plus fonctionnelle mais générique. C'est celle que je me suis forgée pour mon usage personnel, et qui m'a toujours suffi : Est un être humain tout être né de deux êtres humains. Biologisme strict, et de précaution. Qu'il parle pas, qu' il pense ou pas, qu' il soit ou non capable socialisation, de création ou de travail, toute entrant dans cette définition a les mêmes droits q nous (même s'il ne peut, en fait, les exercer), plutôt, mais cela revient au même, nous avons mêmes devoirs vis-a.-vis de lui. L'humanité est un fait avant d'être une valeur, une espèce avant d'être une vertu. Et si elle peut devenir valeur ou vertu (au sens où I'humanité est contraire de l'inhumanité), ce n'est que par fidélité d'abord à ce fait et à cette espèce. « Chaque homme, disait Montaigne, porte la forme entière de 1'humaine condition. » Le pire d'entre nous n'y échappe pas. Il y a des hommes inhumains à force de cruauté, de sauvagerie, de barbarie. Mais ce serait 1'être autant qu'eux que de leur contester l'appartenance à l'humanité. On naît homme; on devient humain. Mais qui échoue à le devenir n'en est pas moins homme pour autant. L'humanité est reçue avant d'être créée ou créatrice. Naturelle avant d'être culturelle. Ce n'est pas une essence, c'est une filiation: homme, parce que fils de 1'homme.

Cela pose la question du clonage, de 1'eugénisme, d'une éventuelle fabrication artificielle de l'homme - ou du surhomme. Et ce m'est une raison forte de les refuser. Si I'humanité se définit par la filiation plutôt que par son essence, par l'engendrement plutôt que par l'esprit, enfin par nos devoirs vis-à-vis d'elle plutôt que par ses fonctions ou performances, il faut tenir bon et sur cette filiation, et sur cet engendrement, et sur ces devoirs. L'humanité n'est pas un jeu ; c'est un enjeu. Pas d'abord une création, mais, une transmission. Pas une invention, mais une fidélité. Qu'on puisse se servir des formidables progrès de la génétique pour rendre à tout être humain, autant que faire se peut, la plénitude de son humanité (c'est ce qu'on appelle les thérapies géniques), nul ne songe à s'en plaindre. Ce n'est pas une raison pour vouloir transformer l'humanité elle-même, fut-ce pour 1'améliorer. La médecine combat les maladies; mais l'humanité n'en est pas une : c'est dire qu'elle ne saurait relever légitimement de la médecine.

Dépasser l'homme. ? Ce serait le trahir ou le perdre. Tout être tend à persévérer dans son être, disait Spinoza, et l'être d'un homme n'est pas moins détruit s'il se change en ange que s'il se change en cheval... Eugénisme et barbarie, même combat! Guérir un individu, oui, et on ne le fera jamais trop. Modifier l'espèce humaine, non. Je sais bien que la frontière entre les deux, s'agissant des thérapies géniques, est ténue ou problématique. Raison de plus pour y réfléchir, et pour y veiller. L'homme n'est pas Dieu : il ne restera pleinement humain qu'à la condition d'accepter de n'être ni sa cause ni sa ruine.

Que l'humanité soit d'abord une espèce animale, c'est ce qui pose aussi, et surtout, la question de l'humanisme. Le mot peut se prendre en deux sens. Il y a un humanisme pratique ou moral, qui consiste• simplement à accorder une certaine valeur à l'humanité, autrement dit à s'imposer, vis-à-vis de tout être humain, un certain nombre de devoirs et d'interdits. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui les droits de l'homme, ou plutôt leur enracinement philosophique : si les hommes ont des droits, c'est d'abord que nous avons des devoirs, tous, les uns par rapport aux autres. Ne pas tuer, ne pas torturer, ne pas opprimer, ne pas asservir, ne pas violer, ne pas voler, ne pas humilier, ne pas calomnier... Cet humanisme est une morale avant d'être une politique, et c'est celle, presque toujours, de nos contemporains….

Mais il y a un autre humanisme, qu'on peut appeler théorique ou transcendantal. De quoi s'agit-il ? D'une certaine pensée, d'une certaine croyance, d'une certaine connaissance, ou qui se veut telle : c'est ce que nous saurions de l'homme et de sa valeur, ou ce que nous devrions en croire, qui viendrait fonder nos devoirs à son égard... Cet humanisme-1à bute sur le savoir même dont il se réclame. Car ce que nous savons de l'homme, c'est d'abord qu'il est capable du pire, voyez Auschwitz, et du médiocre plus souvent que du meilleur…« Je déplore le sort de l'humanité, écrivait La Mettrie, d'être, pour ainsi dire, en d'aussi mauvaises mains que les siennes. » Mais il n'y en a pas d'autres : notre solitude commande aussi nos devoirs. Ce que les sciences humaines nous apprennent sur nous-mêmes, qui est précieux, ne saurait tenir lieu de morale. Ce que nous savons de l'homme ne dit rien, ou presque rien, sur ce que nous voulons qu'il soit. Que 1'égoisme, la violence ou la cruauté soient scientifiquement explicables (pourquoi ne le seraient-ils pas, puisqu'ils sont réels ?), cela ne nous apprend guère sur leur valeur. L'amour, la douceur ou la compassion sont explicables aussi, puisqu'ils existent, et valent mieux. Au nom de quoi ? Au nom d'une certaine idée de l'homme, comme disait Spinoza, qui fasse « comme un modèle de la nature humaine, placé devant nos yeux ». Connaître n'est pas juger, et n'en dispense pas. L'antihumanisme théorique des sciences humaines, loin de le dévaluer, est ce qui donne à 1'humanisme pratique son urgence et son statut. Ce n'est pas une religion, c'est une morale. Pas une croyance, une volonté. Pas une théorie, un combat. C'est le combat pour les droits de 1'homme, et le premier devoir de chacun d'entre nous.

L'humanité n'est pas une essence, qu'il faudrait contempler, ni un absolu, qu'il faudrait vénérer, ni un Dieu, qu'il faudrait adorer : elle est une espèce, qu'il faut préserver, une histoire, qu'il faut connaître, un ensemble d'individus, qu'il faut reconnaître, enfin une valeur, qu'il faut défendre. Il s'agit, disais-je à propos de la morale, de n'être pas indigne de ce que l'humanité a fait de soi, et de nous. C'est ce que j'appelle la fidélité, qui m'importe davantage que la foi.

Croire en l'homme? Mieux vaut le connaître tel qu'il est, et s'en méfier. Mais cela ne nous dispense pas de rester fidèles à ce que les hommes et les femmes ont fait de meilleur — la civilisation, l'esprit, l'humanité elle-même —, à ce que nous en avons reçu, à ce que nous voulons transmettre, bref à une certaine idée de 1'homme, en effet, mais qui doit moins à la connaissance qu'à la reconnaissance, moins aux sciences qu'aux humanités, comme on disait autrefois, enfin moins à la religion qu'à la morale et à 1'histoire. Humanisme pratique, répétons-le, plutôt que théorique : le seul humanisme qui vaille, c'est d'agir humainement. L'homme n'est pas' Dieu. A nous de faire qu'il soit au moins humain.

Montaigne, à la fin de l'Apologie de Raymond.' Sebond, se souvient d'une phrase de Sénèque : «Ô la vile chose et abjecte que 1'homme, s'il ne s'élève au-dessus de l'humanité ! » Et d'ajouter ce commentaire : « Voilà un bon mot et un utile désir, mais pareillement absurde. Car de faire la poignée plus grande que le poing, la brassée plus grande que le bras, et d'espérer enjamber plus que l'étendue de nos jambes, cela est impossible et monstrueux. Ni que 1'homme se monte au-dessus de soi et de 1'humanité. » Reste à faire, et ce n'est jamais garanti, qu'il ne descende pas au-dessous.

Humanisme sans illusions, et de sauvegarde. L'homme n'est pas mort : ni comme espèce, ni comme idée, ni comme idéal. Mais il est mortel ; et c'est une raison de plus pour le défendre.


COMTE SPONVILLE. Présentations de la philosophie

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