Rapport de la conference regionale








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OPEN SOCIETY INITIATIVE FOR WEST AFRICA

CORRUPTION ET DROITS HUMAINS :

DEMARGINALISATION DE L’INTERSECTION

DE LA CORRUPTION SUR LES DROITS HUMAINS
RAPPORT DE LA CONFERENCE REGIONALE

18 – 19 JUIN 2009

ABUJA, NIGERIA


AVANT-PROPOS
Le présent rapport résulte d’une conférence régionale tenue les 18 et 19 juin 2009 à Abuja, Nigeria, pour explorer les liens entre les droits humains, la gouvernance et la corruption en Afrique de l’Ouest. L’attention et le discours sont trop souvent placés sur les droits politiques et insuffisamment sur les droits socioéconomiques. Il est important de faire évoluer ce centrage, en particulier en l’Afrique de l’Ouest où la crise de la gouvernance devient un défi de dimensions cruciales.

L’un des facteurs qui minent la bonne gouvernance – et la bonne gouvernance ne peut certainement pas être séparée de la mise en place d’un environnement dans lequel prospèrent les droits humains – dans la sous-région est la corruption. La corruption épuise les ressources publiques. Comme résultat, le besoin de s’assurer que les ressources publiques sont judicieusement utilisées au profit des peuples laisse simplement suggérer que la corruption mérite d’être dominée parce qu’elle est une composante intégrale des défis auxquels est confrontée la sous région en termes de développement. Il est, à l’évidence, nécessaire d’admettre que toute une gamme de normes a été établie dans la communauté internationale afin de freiner la corruption. Là encore, la tendance qui se dégage est le traitement presque commun de la corruption de manière isolée, comme si la corruption n’avait aucun lien avec les autres déterminants de l’équation quadratique – démocratie, droits humains, bonne gouvernance et développement.

Ce malentendu se trouve sans doute à la racine de l’inefficacité des tentatives de lutte contre la corruption et pourrait, par extension, expliquer pourquoi, malgré l’instauration de commissions de lutte contre la corruption, le phénomène ne cesse de croître en Afrique de l’Ouest pour prendre des proportions de monstre de Frankenstein. Pour sortir du piège que la corruption a imposé aux masses pathétiques des peuples de l’Afrique de l’Ouest, il est impératif qu’une action commune soit adoptée à travers une plateforme commune devant nécessairement réunir les principales parties intéressées et les principaux acteurs.

Malgré la valeur stratégique cette conférence régionale, il ne constitue néanmoins qu’une étape de plus dans la rude entreprise de faire exécuter de manière tangible par les gouvernements leurs contrats sociaux à l’égard de leur peuple. Outre les efforts d’OSIWA pour inscrire la région dans la perspective d’une société ouverte à travers l’Extractive Industry Transparency Initiative (EITI- Initiative de transparence de l’Industrie Extractive), en soutenant le concept de Liberté de l’information, fait tout aussi important, un système de suivi de la gouvernance a également été instauré pour évaluer continuellement les questions émergeantes dans la région. La corruption est devenue un phénomène inquiétant et récurrent, qui fait depuis quelques temps, l’objet de rapports sur la gouvernance. Il s’agit d’un mal envahissant, dominant l’intérêt public et agissant comme une interface transversale avec les droits humains et la gouvernance. L’échelle des perversions résultant de la corruption contraint à lancer un appel afin que les populations se mobilisent pour protéger leur patrimoine. Ainsi, les ressources publiques pourront être employées de façon plus adéquate au profit de l’intérêt public. Le présent rapport se veut un guide utile résultant de l’examen des causes et des effets de la corruption ainsi que des actions à mener.

Dr Nana Tanko Open Society Initiative for West Africa

Directrice Exécutive 18 juin 2009

TABLE DES MATIERES

AVANT-PROPOS………………………………………………………… 2

SOMMAIRE……………………… ……………………..…………………. 5

  1. HISTORIQUE……………………………………………………………….. 8

  2. CONTEXTE OUEST AFRICAIN………………………………………….. 9

  3. LUTTE CONTRE LA CORRUPTION EN AFRIQUE DE L’OUEST :

MENACES ET OPPORTUNITES……………………………… 15

    1. Lutte contre la corruption et institutions nationales :

Expériences, succès et défis………………………......................... 16

    1. Lutte contre la corruption et citoyens ordinaires :

Rôle de la société civile et des médias…………………………... 20

    1. Conventions relatives à la lutte contre la corruption :

Exemple de l’UA – dispositions et observations…………………….. 23

  1. QUESTIONS EMERGENTES …………………………………….. 27

    1. Nécessité d’élargir la définition de la corruption………………… 27

    2. Besoin d’une approche citoyenne pour lutter contre la corruption…… 27

    3. Les commissions de lutte contre la corruption ne devraient pas être une arme politique ……………………............................................................... 28

    4. Le processus judiciaire entrave souvent les efforts de lutte contre

la corruption ……………………………………….…………….. 28

    1. La société civile et les medias ne sont pas non plus à l’abri de la contagion 28

    2. L’appartenance ethnique ne peut être sous-estimée en tant que facteur de corruption ………………………………………………………… 28

    3. La corruption en Afrique de l’Ouest équivaut a un ‘’ destructeur de patrimoine’’ ………………………………………………………. 28

    4. Les gouvernants et les dirigeants ne s’engagent que pour la forme dans la lutte contre la corruption ………………………………………………. 29

    5. Déclaration sur le ‘’Droit de vivre dans une société libérée de toute corruption’’……………………………………………………….. 29

    6. La non-ratification et non intégration des conventions relatives à la lutte contre la corruption freinent les efforts visant à la maitriser …………… 29

    7. Liberté d’information……………………………………………… 30

    8. Redéfinition des valeurs ………………………………………….. 30

    9. Piètre collaboration entre les commissions de lutte contre la corruption 30

  1. SUITE A DONNER : RECOMMANDATIONS…………………… 30

Annexe – Programme……………............................................................ 32

Tableau : Une histoire de contrastes………………………….………… 16

SOMMAIRE

La corruption et les droits humains sont deux sujets qui soulèvent la passion. Les effets destructeurs de la corruption sont régulièrement discutés et signalés. Les effets néfastes de la corruption sur les droits humains sont moins abordés ou rarement portés à discussion au niveau du grand public. Or la corruption est comme une tumeur cancéreuse, d’une excroissance anormale, qui cache bien la lenteur de ses effets graves et pernicieux, qui finalement, au fur et à mesure qu’elle grandit et devient maligne, exerce une destruction irréparable sur chaque organe et sur chaque partie de l’existence humaine. La corruption endémique ruine une nation. Elle entraîne une perte d’intégrité, d’estime de soi et de dignité de sa population. Quand la corruption est généralisée et qu’elle pénètre tout le tissu de la société, elle s’exaspère et les souffrances qui accompagnent la perversion des normes établies et des règles prescrites ne peuvent elles même, que conduire à la négation de remplir le contrat social d’un Etat libre démocratique.

La corruption est un voleur qui vole la franchise économique du peuple, son droit légitime à un bien être économique et social. Elle est l’antithèse d’une démocratie représentative. Les votes électoraux, la consultation, la représentation, la participation, la liberté d’expression ou le droit à la présomption d’innocence, sauf preuve contraire, sont des conditions nécessaires à la dignité de l’homme. Ce sont aussi des instruments de mesure d’une société démocratique. Mais ces instruments ne sont rien si ces idéaux démocratiques sont remplacés par un pillage systématique des ressources qui empêchent la répartition équitable d’un bien-être socioéconomique décent à tout un chacun. Cela explique la relation entre la corruption et les droits humains, raison pour laquelle la démarginalisation de la corruption, en tant que facteur tangentiel, moins causatif (comme on le soutient actuellement) en vue de permettre aux citoyens de profiter plus pleinement des droits de l’homme, est devenue une contradiction qui nécessite que l’on y apporte une solution. Lier la corruption aux droits humains revient à éliminer un conflit conceptuel prévalent qui présente les droits humains plus comme une abstraction que comme des instruments tangibles inclus dans la disposition des biens publics.

Cette nouvelle conception est renforcée par le fait que, au cours des trois dernières décennies, le sujet de la corruption lui-même a pris beaucoup d’ampleur et est devenu l’objet d’un examen critique global et de discussions. En outre, chaque pays et chaque région s’accommodent de ses conséquences perverses, non seulement dans les limites des territoires nationaux mais aussi au-delà des frontières. Il en résulte l’établissement d’une pléthore de conventions et d’autres instruments relatifs à la lutte contre la corruption, l’établissement de cadres pour faire face aux principaux problèmes soulevés par les questions relatives à la corruption. Le fil conducteur de ces accords est l’établissement de normes devant guider les institutions, les politiques, les processus et les pratiques mis en œuvre au niveau local afin de maîtriser le monstre à tête d’hybride sur le front national, régional ou international.

En ce qui concerne l’Afrique de l’Ouest, le Protocole de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sur la lutte contre la corruption a été adopté le 2 Décembre 2001. L’objectif de cet accord était de mettre en place et de renforcer les mécanismes de prévention, de suppression et d’éradication de la corruption dans l’ensemble des 15 Etats membres. Malheureusement, à ce jour, le Protocole n’est toujours pas entré en vigueur 8 ans après son adoption. Il est à noter que, comme pour les autres instruments régionaux relatifs à la corruption portant le sceau de l’Union Africaine et des Nations Unies, le Protocole oblige les Etats parties à adopter les mesures nécessaires pour combattre la corruption. Il s’agit de mesures législatives qui criminalisent la corruption active ou passive, que ce soit dans les secteurs privés ou publics, qui interdisent l’enrichissement illicite, les fausses pratiques comptables et qui proscrivent les actes de nature à favoriser et soutenir les pratiques de corruption. Sans oublier le blanchiment des fruits de la corruption. Le Protocole de la CEDEAO recommande vivement aux Etats Parties d’harmoniser leurs lois nationales de lutte contre la corruption, d’adopter des mesures effectives de prévention contre la corruption et d’introduire également des sanctions dissuasives conséquentes.

A l’évidence, il fallait nécessairement s’attaquer à ce sujet douloureux, surtout au niveau de son lien avec les droits humain, souvent sous estimé. La réunion de militants de la société civile, de responsables gouvernementaux, de parlementaires, de responsables d’organismes nationaux de lutte contre la corruption, des milieux d’affaires, de la presse et de donateurs internationaux dans le dialogue de deux jours sur la Corruption et les droits humains, tenu à Abuja les 18 et 19 Juin 2009, a clairement stipulé que :

  • La corruption demeure un boulet et ses effets néfastes s’étendent sur le développement social, politique, économique et culturel de l’Afrique de l’Ouest.

  • En dépit de la sensibilisation sur le sujet et des efforts apparents entrepris pour combattre la corruption à travers des cadres institutionnels comme les Commissions de Lutte Contre la Corruption, les réalités de ses effets massivement destructeurs exigent un engagement urgent et plus proactif contre cette gangrène.

  • La corruption jusqu’ici est trop vaguement définie et circonscrite. Sa portée et sa définition doivent être élargies, plus globalement afin d’y inclure toutes les formes de petites ou de grandes malfaisances si l’on souhaite que l’engagement soit couronné de succès.

  • Malgré l’existence de lois, de conventions, etc. leur mise en application reste faible et inefficace. Néanmoins, puisque la société civile et les médias restent les instruments de contrôle de l’action gouvernementale, il leur est fortement recommandé de former de solides partenariats avec les organismes de lutte contre la corruption.

  • Les slogans, les sermons et les admonestations, à eux seuls ne peuvent venir à bout de la corruption ; il faut plutôt des pratiques effectives et des mesures de dissuasion qui ne devraient pas être limitées à des sanctions graves imposant de lourdes peines pour actes de corruption, mais aussi une politique d’ostracisme et /ou d’isolement des auteurs et des coupables.

  • La régénération des valeurs éthiques et morales est nécessaire, aujourd’hui plus que jamais, pour réconcilier les peuples avec les idéaux de patriotisme et de nationalisme.

  • Une campagne de plaidoyer tous azimuts doit être initiée et mise en œuvre sur tous les fronts et avec toutes les parties prenantes, pour faire de la croisade contre la corruption la guerre de tout un chacun.



  1. HISTORIQUE

Malgré plusieurs années de développement négatif, la région ouest africaine semble se complaire dans la position d’otage des forces mêmes qui avaient, par le passé, trahi l’espoir d’une région qui affiche le paradoxe d’abondantes ressources avec, pourtant, une croissance et un développement limités. En dépit des efforts de consolidation de la démocratie dans des pays comme le Ghana, le Bénin et la Sierra Léone, la tâche de construction de sociétés dans lesquelles une grande partie de la majorité des citoyens peut réclamer un partage équitable des richesses de leur communauté reste une fardeau pour de nombreux gouvernements de la région. De nombreuses communautés, et, en fait une proportion importante de la population ont eu à supporter la crise d’un Etat mal géré, partagé entre la rhétorique des valeurs qui devrait émerger des citoyens et l’impossibilité matérielle d’améliorer leurs conditions de vie qui est leur raison d’existence. D’où la vulnérabilité et la tendance à la perte de confiance en la démocratie et ses valeurs connexes, liées à la garantie et au respect des droits et des libertés en tant que conditions immuables d’une croissance et d’un développement sains de la société.

Dans une société corrompue, rien n’est sain. Tout est avili, dévalorisé et dévalué – la morale, les valeurs, les processus, les procédures, les pratiques, les institutions, en réalité tous les ingrédients qui sous-tendent la vie. La corruption est un rouage qui bloque la bonne marche de la société, et empêche le fonctionnement efficient et efficace du gouvernement. Et lorsqu’elle est pratiquée de façon extensive, elle exerce un poids atroce sur la classe faible et pauvre de la société, non seulement par les opportunités qui leur sont refusées en termes de bien-être, mais elle sacrifie également les générations futures parce que les ressources qui auraient dû servir à transformer le présent en un avenir meilleur sont compromises.

Aujourd’hui, il est difficile d’attribuer une valeur monétaire à la perte colossale résultant de différentes activités que la corruption a gangrenées. A titre d’exemple, combien la corruption d’agents publics, d’organisations nationales, étrangères ou internationales coûte-t-elle aux pays pauvres en particulier ? Ou le caractère sordide souvent rapporté dans ces pays, les malversations, et les autres détournements de biens perpétrés par les fonctionnaires de l’Etat ? Ou le népotisme et le favoritisme ayant cours dans le secteur public et qui sont presque devenus une façon de gérer ? Ou l'enrichissement illicite, à savoir l'augmentation significative des avoirs des agents publics qui ne peut raisonnablement s’expliquer par rapport à leurs revenus légaux ? Et, encore une fois, que dire des effets néfastes du trafic d'influence et de l'abus de fonctions, de position et des privilèges? Ou bien, les conflits d'intérêt à grande échelle entourant les marchés publics et l’attribution des contrats par les agents de la fonction publique? Tous ces actes constituent des actes de corruption au même titre que les activités de blanchiment des fruits de la corruption, la dissimulation et la transgression des règles et des lois dans le but de conserver le produit de la criminalité, ce qui s'exprime le plus souvent dans la manie compulsive de faire obstacle ou de pervertir le cours de la justice à tout prix. Dans la pratique et en référence à la logique du principe économique, la corruption à un coût de renonciation. Les personnes et les sociétés manquent les occasions qui devraient leur profiter si les règles sont délibérément bafouées. Ces mêmes personnes deviennent des victimes et supportent le fardeau de la mauvaise fourniture des biens et des services publics parce que les fonds qui leur étaient destinés ont été mal gérés ou purement et simplement volés.

Par conséquent, la corruption et la non application des droits humains sont interdépendants, même si leur relation est, la plupart du temps, plutôt fragile et peu établie. La corruption détruit la possibilité d’améliorer la qualité de vie de même que le respect et l’application des droits humains des citoyens. Elle vicie l’aspiration des citoyens à la dignité de la personne humaine. Les moyens éventuels pouvant leur permettre de vivre humainement, sainement et de façon heureuse leurs sont refusés. Ainsi existe-t-il une symbiose entre la corruption et les droits humains, une relation de cause à effet. Les droits humains ne sont pas une fin en soi mais un moyen de parvenir à une fin. La finalité des droits humains est de procurer aux citoyens une opportunité de vie meilleure en tant que producteurs et en tant que bénéficiaires des ressources collectives de la société.

En d'autres termes, contrecarrer ou pervertir ces fins par le biais des activités odieuses de la corruption ne peut conduire, ni faire avancer la cause de l'amélioration de la dignité de la personne humaine qui est la valeur fondamentale des droits humains. La perspective de liberté de l'individu ne sera jamais atteinte, en l’absence d’amélioration des facilités requises qui peuvent mener à une vie pleine de sens. Les citoyens de ces malheureux États en dysfonctionnement, pour ainsi dire, ne sont qu’une parodie d'un peuple libre, dont les soi-disant droits et libertés ne sont que de pures abstractions - une rhétorique vide de sens.



  1. LE CONTEXTE OUEST AFRICAIN

La corruption se présente sous différentes dimensions, formes et couleurs, et constitue un grand obstacle pour les efforts de développement en Afrique de l'Ouest. Un fait qui corrobore cette situation est que le classement de nombreux pays de la région fait par la communauté internationale dans le domaine de la gouvernance associe souvent leur performance décourageante à la prévalence de la corruption qui pose problème. En Afrique de l'Ouest, les citoyens ne cessent de présenter la corruption comme un fléau de plus à surmonter afin de stimuler le progrès et sortir la région de son retard de croissance. En effet, le rapport du programme conjoint de surveillance de la gouvernance conduit par l'Open Society Initiative for West Africa (OSIWA) et le Conseil pour le Développement des Sciences Sociales en Afrique (CODESRIA), en 2007-2008, classait la corruption comme un sujet d’actualité et de préoccupation publique dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest. Dans sa quasi totalité, la corruption épouse les contours d'un grave handicap paralysant la marche collective de la région vers le progrès. Invariablement, le consensus qui s'est dégagé est que cette gangrène doit être attaquée, contenue, immobilisée, et neutralisée afin que cette nouvelle étape qui voit naître un processus délicat de consolidation de la démocratie dans la région ne soit pas prématurément compromise. Car, non seulement les citoyens commencent à perdre confiance dans la capacité des Institutions Publiques en tant que fournisseurs effectifs des biens publics essentiels, mais d'autres manifestations négatives d’une tendance inquiétante et induite par des comportements et activités corruptrices prennent de plus en plus de l’ampleur. Curieusement, la corruption a été, par le passé, identifiée comme étant à la base des luttes féroces pour le pouvoir dans la région. Elle a également donné lieu à d'âpres conflits débouchant sur des guerres comme en Côte d'Ivoire, au Libéria et en Sierra Leone. Toutefois, le paradoxe est que, entre la difficile entreprise de reconstruction de l’après-guerre dans certains pays et la tentative de construction d’une nation démocratique dans d'autres, la corruption est en train de prendre les formes d'un malaise régional, représentant une grave menace pour les efforts fragiles qui sont en train d’être déployés dans de nombreux pays d'Afrique de l’Ouest. La paix et la sécurité, qui sont des éléments essentiels d’une bonne gouvernance, sont en danger comme l’est aussi la possibilité de reconquête soutenue du terrain perdu sur le front socio-économique. La démocratie et finalement les droits humains qui représentent le pivot de tout gouvernement tourné vers ses citoyens sont d’autant plus vite affaiblis qu’ils tendent dangereusement à devenir un mirage dans l’esprit d’une grande partie des membres de la société.

Face à ces signaux discordants, provenant de la région et voilant les menaces palpables contre l’établissement de la démocratie, il est impératif que les défenseurs, les promoteurs et les protecteurs des droits humains soient appelés à élargir leur champ d'action et à démarginaliser la corruption afin qu’elle cesse d’être une variable obscure. Il faut admettre que la corruption est opposée à l’atteinte des libertés civiles et des libertés humaines dans la région. Il devrait être clair que la corruption porte atteinte aux droits humains. Lorsque ce lien passera de l’obscurité à la lumière, la probabilité pour les personnes de devenir plus conscientes des dommages colossaux de la corruption sur l’avenir de la population et de l'individu, sera certainement très élevée. Si les conséquences néfastes de la corruption sont bien intégrées, alors les semences du défi personnel à la combattre, de former un front uni contre la destruction de cette gangrène tomberaient sur un sol fertile.

En outre, une compréhension claire du lien pratique entre la corruption et les droits humains est un levier pour activer la force latente des citoyens. Ils peuvent devenir audacieux et demander des comptes aux autorités publiques dans l'exercice de leurs fonctions. Nombreuses sont les communautés en Afrique de l'Ouest qui font les frais des inégalités induites par la corruption du fait des services et des aménagements d’utilité publique compromis par ce fléau. Les conséquences de la corruption sur la limitation des droits humains peuvent être mieux comprises schématiquement, par exemple, dans le domaine de la santé où la fourniture de soins médicaux doit garantir le droit à la vie fait outrageusement défaut, du fait que les fonds affectés à ces services ont été volés ou détournés. De même, le droit à l'éducation, qui devrait être un droit de chaque enfant et qui peut être garanti par de nombreux pays d'Afrique de l'Ouest malgré les ressources limitées dont ils disposent, est sacrifié à cause des fuites des trésors publics. Ou encore la corruption de la Police qui entraîne souvent des erreurs judiciaires qui, dans leur pire forme, ont abouti à une insécurité due à des exécutions extrajudiciaires. Et il existe de nombreux autres exemples.

La lutte contre la corruption est donc l’affaire de tous. C’est l’approche actuelle qui est inappropriée en ce qu’elle considère la corruption comme une ponction exclusivement économique et est donc de fait inadéquate. En conséquence, il s’avère nécessaire d’adopter une approche « droits humains » de la corruption, d’examiner ses effets corrosifs sur les droits humains fondamentaux et de stimuler les idées et les actions dans cette direction.

Comme l’indique le Sommaire en l’Afrique de l’Ouest, un Protocole de la CEDEAO sur la lutte contre la corruption existe depuis 2001. En outre, un certain nombre d’institutions de lutte contre la corruption ont été créées et certaines lois et mesures de lutte mises en place. Et pourtant, de par la prévalence de ce chancre, la victoire est encore insaisissable. Trop fréquemment, l’écart entre la rhétorique de la lutte contre la corruption des gouvernements et le sérieux des efforts engagés est large. Les écrans de protection préservant souvent les fonctionnaires corrompus diluent le sérieux des efforts proclamés. La conclusion inévitable est que la lutte contre la corruption dans la région vise davantage à calmer les pressions de la communauté internationale qu’à réfréner les agents/acteurs déstabilisant le développement de la région. L’on observe aussi qu’à l’intérieur des frontières de la plupart des Etats d’Afrique de l’Ouest, le leadership et le pouvoir politique sont habituellement fragiles et contraignent à de nombreux compromis et négociations qui finissent par affaiblir tout effort décisif visant à combattre efficacement la corruption. Les dirigeants n’ont que rarement le courage et la force de caractère d’imposer une tolérance zéro. De façon évidente, ils craignent de couper la branche sur laquelle repose leur pouvoir politique. En conséquence, ils deviennent permissifs, tolèrent la corruption à tous les échelons, en particulier de leurs alliés politiques, de leurs partisans et de leurs copains qu’ils doivent continuer à soutenir ; sur la base de relation patron-client, afin d’assurer leur survie politique et leur maintien a leur poste.

Ce scénario peut probablement être tenu comme une explication valable du fait que, malgré l’établissement d’organismes de lutte contre la corruption, le phénomène demeure une plaie ouverte et suppurante dans la région. Privée de la forte volonté politique nécessaire, la guerre contre la corruption est généralement menée comme une “belligérance pratique” ou, au mieux, un couteau politique émoussé à affûter contre un adversaire ou un ennemi politique, réel ou imaginaire. Dans cette situation, il a été nécessaire de procéder à un réaménagement des moyens de lutte contre la corruption pour les rendre plus convaincants et efficaces.

La Fondation OSIWA s’est sentie interpellée par l’assaut extrême lancé par la corruption sur la région ouest africaine et, en réponse directe, a considéré qu’une intervention stratégique ne pouvait plus être reportée. Le problème en cause – la corruption –affichait de clairs signaux d’effets pernicieux sur le développement de la région – avec tout ce que cela entraîne pour une communauté ouverte, la démocratie, les libertés civiles – et pour ses populations. Il s’agissait de problèmes exigeant une articulation et une large ventilation. La corruption a été perçue jusqu’ici à partir d’un prisme étroit. Une perspective plus large pour corriger ces distorsions qui lui ont permis de prospérer, doit être ouverte pour permettre le discernement et l’édification appropriés. Des interventions correctives et rédemptrices, à l’heure actuelle, sont certainement d’une importance extrême, compte tenu de l’évidence des transitions politiques en évolution dans des pays comme la Sierra Léone, le Liberia et la Guinée, sans exclure la vague de démocratisation et sa consolidation qui sont devenues des caractéristiques qui se déploient dans le développement économique d’autres pays de la région. Sur la base de la logique de cette nécessité impérative, le moment ne peut pas être mieux venu de mettre en lumière l’interrelation entre la corruption et les droits humains et, par extension, d’en lier les effets négatifs globaux connexes aux défis de gouvernance politique et de développement économique auxquels est confrontée la région.

La volonté de l’intervention stratégique d’OSIWA était de montrer comment la corruption peut infléchir négativement le développement d’un pays. Quand les ressources publiques censées répondre aux besoins sociaux et économiques disparaissent à travers des malversations ou des détournements de ressources matérielles et autres, effectués par les personnes chargées du devoir sacré de leur gestion, il se pose de sérieux problèmes à court terme et une destruction au bout du compte. Les besoins des populations n’étant pas satisfaits avec le temps, la vie ne devrait certainement pas être facilitée à long terme, et le problème des droits et des libertés devrait ainsi se transformer en slogans vides, la réalité de leur pouvoir en tant que mécanismes d’amélioration de la vie, sacrifiée sur l’autel de quelques uns qui se sont appropriés les richesses du plus grand nombre. Qu’il soit refoulé par la crainte ou ouvertement exprimé, un état de désespoir résulte des rêves et des aspirations non accomplis, et la perte de la confiance dans l’Etat en tant que dispensateur équitable des ressources collectives.

Même si cela doit prendre du temps, les populations se déconnectent et deviennent étrangères au système qu’elles devraient protéger et préserver comme garant de leur souveraineté. Ces problèmes, d’une part, ont instauré une relation symbiotique et, d’autre part, ont révélé la relation de cause à effet entre les droits humains, le développement et la corruption. Ils constituent les variables importantes dont l’Afrique de l’Ouest doit se saisir s’il devait y avoir une récupération ou un sauvetage de la région de la pauvreté. A ce titre, l’intervention stratégique souhaitée par OSIWA consiste, entre autres à l’introduction de nouvelles perspectives dans les efforts de lutte contre la corruption :

● En encourageant une compréhension conceptuelle et contextuelle du lien entre la corruption et les droits humains ;

● En établissant des partenariats dynamiques entre la société civile et les organismes de surveillance du gouvernement, dans les domaines de la corruption et des droits humains ;

● En partageant les connaissances, les idées, les stratégies, les tactiques et les meilleures pratiques face à la corruption et en intégrant la dimension du respect des droits humains dans les efforts déployés ;

● En stimulant et en renforçant une action concertée entre les différents acteurs sociaux et la société pour la campagne de lutte contre la corruption comme un défi direct à l’égard duquel tous – institutions, société civile, secteur privé et gouvernement – doivent redoubler d’efforts pour mener une guerre sans répit ;

● En sensibilisant et en encourageant l’intégration, la mise en oeuvre et le respect par les gouvernements ouest africains, du Protocole de la CEDEAO, de la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption et les autres instruments similaires.

Les 18 et 19 juin 2009, au Nicon Luxury, à Abuja, Nigeria, des défenseurs de la société civile, des fonctionnaires d’Etat, des hommes de loi, des directeurs d’institutions nationales de surveillance, des opérateurs du secteur privé et des représentants d’organismes donateurs se sont réunis pour discuter du lien crucial entre la corruption et les droits humains. La discussion a été dominée par ce qui doit être fait et comment le faire. Le désir de produire des éléments pour la maîtrise de la corruption en Afrique de l’Ouest, la nécessité d’un nouveau ‘pacte social’ entre les différentes parties intéressées, notamment les secteurs public et privé, les médias et la société civile, ainsi que les parlementaires et les partis politiques. Les questions clés auxquelles des réponses devraient être trouvées ont tourné autour de thèmes majeurs pertinents tels que:
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