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L’attentat d’Ankara, révélateur d’un «fiasco sécuritaire»

Libération
Par Marc Semo — 30 octobre 2015 à 18:56
Malgré les avertissements, le régime n’a pas su éviter le massacre du 10 octobre et paie aujourd’hui son double-jeu face à la question jihadiste.

  • L’attentat d’Ankara, révélateur d’un «fiasco sécuritaire»

Pénaliste habituée des cas difficiles, Senem Doganoglu a déjà été confrontée à «la restriction d’accès au dossier au nom de la sécurité nationale», toujours plus souvent imposée aux défenseurs ou aux parties civiles par les procureurs dans les affaires considérées comme «sensibles». Mais jamais les entorses au travail des avocats n’ont été aussi évidentes et caricaturales. «Plus de quinze jours après le massacre de la gare d’Ankara, les seuls éléments à notre disposition sont des coupures de presse et les engueulades d’un parquet plus habitué à considérer les militants kurdes ou de la gauche comme des accusés que comme des victimes», s’indigne cette juriste et activiste de la Fondation des droits de l’homme. Elle représente quatre des 102 morts du double attentat-suicide perpétré le 10 octobre par deux kamikazes de l’Etat islamique (EI).

Ciblant une manifestation pour la paix du Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde) et de la gauche, ce carnage, le plus important commis dans le pays, pèse sur les élections législatives anticipées de dimanche. Il est le révélateur de l’incompétence autant que des dérives autoritaires de «l’Etat AKP» imposé par le parti islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan. «Comment a-t-il été possible de mener une attaque d’une telle ampleur, en plein cœur de la capitale, sans qu’il y ait eu des défaillances des organes de sécurité, voire des complicités, ce qui est encore plus grave ?» accuse Murat Emir, député du Parti républicain du peuple (CHP), principale force de l’opposition de gauche. Cet élu avait créé, avec une poignée de collègues de son mouvement et d’autres forces d’opposition, une commission d’enquête après l’attentat suicide de Suruç (33 morts), le 20 juillet, dont la cible - un meeting des Kurdes et de la gauche - comme le modus operandi étaient identiques à celui d’Ankara. Il veut notamment faire la lumière sur les tolérances dont a longtemps bénéficié l’Etat islamique en Turquie.

Confusion. Le gouvernement, lui, met en cause un absurde «acte terroriste collectif» mêlant jihadistes de l’EI, rebelles kurdes du PKK et services syriens. Une bonne partie de l’opinion doute encore. Si pour un quart des personnes interrogées dans un sondage de l’institut Gezici, l’EI est le probable responsable, un autre quart accuse le PKK et 10 % le parti prokurde HDP… principale victime du carnage. Des œillets rouges et des panneaux portant les noms des personnes tuées s’entassent en face du grand parvis de la gare d’Ankara sur les lieux de la double explosion. De petits groupes s’arrêtent pour une prière muette ou un selfie. Un anonyme a déposé une pancarte avec une phrase manuscrite : «Ne laissons pas parler la haine.»

Senem Doganoglu était arrivée sur les lieux quarante minutes après l’explosion. Les policiers chargeaient avec matraques et gaz lacrymogène pour disperser la foule hurlant «Erdogan assassin». Les secouristes s’activaient dans la confusion pour amener les 500 blessés vers les hôpitaux et ramasser les corps. «Une telle panique est compréhensible, vu l’ampleur du carnage. Mais je m’étonne quand même qu’il ait fallu plus d’une heure pour isoler la scène du crime, c’est-à-dire les lieux des deux explosions, qui entre-temps ont été piétinés, faisant disparaître de possibles indices», soupire l’avocate, troublée par ce manque de professionnalisme.

En revanche, le parquet avait décrété aussitôt le black-out pour les médias sur toutes les informations concernant l’enquête. Les journaux indépendants et d’opposition avaient annoncé qu’ils ne respecteraient pas cette décision liberticide. Puis nombre de médias proches du régime avaient suivi. La mesure avait été levée une semaine plus tard.

Arrestations. Les analyses ADN du pied d’un des deux kamikazes ont permis de l’identifier : Yunus Emre Alagöz, frère d’Abdurrahman, lui-même auteur présumé de l’attentat de Suruç. Ces deux jeunes Kurdes sont originaires d’Adiyaman, petite ville conservatrice du sud et réservoir de candidats pour le jihad en Syrie. Les images des caméras de surveillance à Ankara et dans d’autres localités ont permis de reconstituer l’itinéraire du kamikaze présumé. Il avait été pris en charge à Gaziantep, la grande ville limitrophe de la frontière syrienne, par Yakup Sahin, un sympathisant de l’Etat islamique qui loua les deux voitures utilisées pour aller à Ankara. Arrêté, ce dernier s’est mis à table dans l’espoir de bénéficier des mesures d’allégement de peine prévues pour les «repentis». Trois de ses complices présumés sont depuis sous les verrous ; mais les deux autres membres du commando, dont celui qui en serait le chef, Yunus Durmaz, surnommé Ebu Ali, sont toujours en fuite.

Les exécutants présumés du carnage ont ainsi été identifiés en un temps record, mais les éléments recueillis par les enquêteurs sont pour le moins troublants. Ils révèlent des dysfonctionnements en chaîne. Les frères Alagöz avaient été identifiés comme jihadistes. Leur père était même allé les dénoncer. Mais la police et le parquet de la ville n’ont pas agi, et ils ont pu continuer à faire des va-et-vient avec la Syrie sans être appréhendés. Le Premier ministre Ahmet Davutoglu a même reconnu qu’il existait une liste de 21 personnes qui pourraient être des kamikazes, tout en affirmant qu’il était impossible d’arrêter des gens «sur de simples suspicions». La police et la justice n’ont pas ces pudeurs quand il s’agit de faire des rafles dans les milieux kurdes. «Les autorités ont longtemps sous-estimé le risque représenté par les groupes jihadistes qu’elles considéraient comme d’efficaces combattants contre le régime d’Al-Assad et les Kurdes», accuse le député Murat Emir. Les armes et les volontaires passaient sans problème la frontière. Des groupes revendiquant leur soutien au jihad armé syrien s’activaient dans de nombreuses villes du pays, y compris à Ankara. Jusqu’à l’attentat de Suruç, des propagandistes de l’EI, voire des recruteurs comme Halil Bayancuk, organisaient des meetings publics sans être inquiétés.

Tout cela n’explique pourtant qu’en partie la stupéfiante impréparation de l’Etat, alors même que depuis le massacre de Suruç et la très théorique entrée en guerre de la Turquie contre l’EI, les signaux et les notes internes des services sur «l’imminence d’attentats majeurs» se multipliaient. «Le massacre d’Ankara est un fiasco sécuritaire sans précédent, un tsunami qui montre à quel point les services de sécurité sont aujourd’hui désorganisés et comme jamais à la botte du pouvoir», explique Ercan Tastekin. Flic en pointe de la lutte antiterroriste pendant vingt ans, il a quitté la police en 2014 pour créer Güsam, un institut privé d’études sur la sécurité.

Comme lui, des milliers de cadres de la police ont été mis à pied ou contraints de partir parce qu’ils étaient soupçonnés par le pouvoir d’être proches de la confrérie islamiste de Fethullah Gülen, longtemps alliée d’Erdogan avant de devenir l’un de ses plus farouches adversaires. Les «gülenistes» étaient infiltrés dans l’appareil judiciaire, notamment les cours spéciales, et dans les organes de lutte antiterroristes de la police - d’où ils menèrent nombre d’opérations fondées souvent sur de fausses preuves pour intimider l’opposition laïque et mettre au pas l’armée.

Les purges ordonnées par Recep Tayyip Erdogan, éclaboussé par des affaires de corruption, ont été implacables. «Elles n’ont pas visé simplement les gülenistes ou présumés tels, mais tous ceux suspects de n’être pas d’une fidélité absolue», renchérit l’ancien flic, en soulignant que «les nouveaux promus sont le plus souvent sans expérience et paniqués à l’idée de déplaire».

Le nettoyage ordonné par le pouvoir a été tout aussi dévastateur dans la justice, avec plusieurs centaines de mutations et une dizaine d’arrestations. «Les magistrats turcs n’ont jamais été indépendants. Mais aujourd’hui, ils sont encore plus tétanisés, surtout à l’idée de prendre des initiatives dans des dossiers sensibles regardant la sécurité nationale», note un ancien juge. Le black-out imposé sur les investigations judiciaires alimente toutes les théories du complot. Les ratés en séries qui ont permis le carnage posent question, même s’il n’y a aucun élément permettant d’accuser le pouvoir. Ce dernier n’en a pas moins créé le climat de tension en interrompant le processus de paix avec les Kurdes et en désignant le HDP comme une cible.

«Etat profond». La non-revendication par l’Etat islamique nourrit aussi toutes les interrogations. D’aucuns évoquent donc la piste - comme dans de nombreuses affaires passées - de «l’Etat profond», ces structures occultes où se retrouvent mafieux, services secrets, ex-militaires et ultranationalistes. Il faudrait plutôt parler «d’Etats profonds», tant ces cliques s’entre-déchirent. Elles peuvent avoir aussi un intérêt commun : créer un climat d’intimidation, notamment face à ce qu’elles perçoivent comme le danger kurde.

«L’Etat veut, par la peur, reprendre son pouvoir sur la société», accuse Kemal Göktas, journaliste d’investigation au grand quotidien de gauche Cumhuriyet, qui a longuement évoqué dans ses articles les dysfonctions des services de sécurité. Et qui soupire : «Dans ce climat, nous avons des raisons légitimes de craindre une attaque du siège du journal par des jihadistes ou par des militants fanatisés du pouvoir, ou une nouvelle descente de police. La peur est bien revenue et c’était probablement le but de ceux, quels qu’ils soient, qui ont manipulé les tueurs ou les ont laissés faire.»

Marc Semo
http://www.liberation.fr/planete/2015/10/30/l-attentat-d-ankara-revelateur-d-un-fiasco-securitaire_1410169


    1. TURQUIE/EI

Turquie : Daesh/Erdogan, liaisons dangereuses ?
29 octobre 2015

ARTE Reportage - lundi, 2 novembre, 2015 - 06:40 Revoir

Pays : Turquie

La Turquie a subi le 10 octobre dernier à Ankara l’attentat le plus meurtrier de son histoire. 102 morts, plus de 500 blessés. 

C’est le troisième attentat commis depuis début juin par de jeunes djihadistes venus d’Adiyaman. Une ville de 200 000 habitants, située au sud-est de la Turquie. Un groupe de 21 bombes humaines en puissance est aujourd’hui recherché par la police.

Les familles de quatre de ces jeunes racontent avoir alerté pendant des mois les autorités pour dénoncer leurs propres enfants. En vain. Comment ce groupe terroriste a-t-il pu s’implanter et recruter en Turquie ? Comment ses membres ont-ils pu aller et revenir de Syrie sans être repérés par les services turcs ? Le pouvoir turc est accusé au mieux d’inaction, au pire de complicité.

Le Président Erdogan a exploité ces attentats pour justifier la répression des kurdes dans le sud du pays. Les affrontements ont fait 250 morts civils en trois mois. Une stratégie du chaos pour gagner aux élections législatives du 1er novembre la majorité absolue perdue en juin. Mais à quel prix ? 

Turquie : Daesh Erdogan, liaisons dangereuses ?

 

de Guillaume Perrier et Marc Garmirian – ARTE GEIE / Agence Capa - France 2015 

Erdogan et l’Etat islamique

Selon toute vraisemblance, Recep Tayyip Erdogan a depuis longtemps mis Daech au cœur de sa stratégie pour asseoir son pouvoir. L’opposition l’accuse même une complicité avec l’Etat islamique même si depuis le mois de juillet, l’armée turque bombarde les positions de Daech. 

Erdogan : le pouvoir à tout prix

Notre dossier sur les élections en Turquie http://info.arte.tv/fr/les-elections-legislatives-en-turquie

Soutenir la terreur

Il ne fait plus aucun doute qu’Erdogan a d’abord laissé faire Daech sans intervenir directement dans le conflit qui oppose les troupes de Bachar El-Assad, rebelles et djihadistes. Pour le chef de l’Etat turc, ces affrontements devaient mener à la chute du président syrien.

En 2014, Ankara n’a pas soutenu les combattants Kurdes lors des affrontements contre Daech dans la ville de Kobane. Pour les Kurdes de Turquie, la bataille de Kobane a donc mis fin au processus de paix avec Ankara. Erdogan espérait que les forces kurdes s’épuisent dans la lutte pour Kobane, renvoyant ainsi aux calendes grecques la formation d’un état kurde.

La zone frontière turque est depuis longtemps un passage important par lequel transitent sans difficulté les djihadistes allant et venant de Syrie pour rejoindre l’Europe. 

Suruc, le tournant

Avec l’attentat de Suruc, qui a fait 32 morts, Erdogan doit revoir sa position face à Daech. Cette tuerie non revendiquée porte la signature de l’Etat islamique, selon le premier ministre turc Ahmet Davutoglu. C’est le premier attentat perpétré par Daech sur le sol turc, c’est pourquoi Ankara a demandé, dans le cadre de l’Otan, le bombardement des positions djihadistes de l’EI en Syrie. La Turquie faisait déjà partie de la coalition internationale de lutte contre Daech. Mais son rôle se voulait surtout humanitaire, accueillant sur son sol les réfugiés fuyant la guerre en Syrie. Parallèlement, le président turc accusait publiquement Daech, le PKK ainsi que les services secrets syriens d’être responsables des attentats commis en Turquie. 

Des armes pour les djihadistes

Pour l’Opposition, le revirement d’Erdogan n’est qu’une manœuvre électorale. Elle reproche au président turc d’avoir soutenu les groupes djihadistes et de leur avoir livré secrètement des armes. Quelques mois avant l’attentat de Suruc, on pouvait voir sur les réseaux sociaux une vidéo qui a suscité l’émoi. Les images montraient un convoi de camions turcs immobilisés à la frontière avec la Syrie, apparemment pour apporter de l’aide humanitaire aux populations victimes de la guerre civile. Ce sont pourtant des armes qui ont été découvertes à la douane. Parmi les personnes qui ont été arrêtées, se trouvaient des membres des services secrets turcs. Les véhicules avaient terminé leur périple sur une route contrôlée par Al-Nusra, la branche syrienne d’Al-Qaïda. 

Les Turcs voteront-ils pour des hommes forts?

Après l’attentat d’Ankara, qui semble confirmer la piste de Daech, de nouveaux éléments ont fait leur apparition :

Selon l’Opposition, les services secrets turcs auraient noyauté la branche turque de Daech et organisé l’attentat. Daech n’avaient jusqu’à présent ciblé que les adversaires d’Erdogan, le parti des travailleurs kurdes (PKK) mais le 26 octobre lors d’un échange de tirs entre la police turque et des membres de Daech à Diyarbakir deux policiers ont trouvé la mort. Dans un contexte particulièrement confus, le gouvernement ainsi que le président Erdogan espèrent maintenant se présenter comme la seule force possible pour lutter contre l’insécurité, apporter la stabilité, et maintenir l’unité de la Turquie. Une stratégie risquée et dangereuse dans la lutte pour le pouvoir. Reste à voir si ces manœuvres politiques apporteront de nouvelles voix à l’AKP.     

 Daech
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