De la pérennité des puissances financières








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LIVRE TROIS
Le Hop Double.


Chapitre un : ARTHUR

En guise d’introduction : De la pérennité des puissances financières.

Il y a maintenant plus de vingt cinq siècles que naquit le prix Nobel. Depuis, tout a changé dans les quatre vingt mondes habités de la Fédération, au cours de l’Histoire. Mais, sur notre petite planète, ce qui se rapporte à l’argent et aux fruits de placements sûrs et bien gérés traversa, de manière imperturbable, les avatars des régimes et de la nouvelle façon de vivre depuis l’avènement du réseau des réseaux. Celui qui modifia la façon de dater.

Environ vers deux mille dix après J. C, commencèrent les années A.A. (ce qui signifie : après l’araignée). Deux centenaires plus tard, la gestion universelle de la planète se trouva confiée à Nounou, ordinateur réseau des réseaux, qui pilote le tout. Ceux qui veulent obtenir plus de détails se brancheront et poseront la question ou bien se rapporteront aux manuels d’histoire universelle ou, moins ardu, ils reliront la saga des Mandalas.

Bien que les principales conséquences du distributionnisme modifient considérablement notre vie, le prix Nobel continue à récompenser chaque année celui ou ceux qui contribuent de façon notable à l’avancement des connaissances humanoïdes. Tout le monde le sait et en suit les résultats sur les écrans des médias. Certes, la somme remise ne va plus jamais à un individu mais se trouve maintenant le plus souvent affectée à un service de recherches pour venir augmenter le budget que le programme lui attribuait normalement. Certains en profitent pour réaliser, au nom de leur travail, de coûteux voyages d’études, mais ce type de comportement ne présente rien d’anormal, l’humain cherche toujours à tirer avantage de tout.

Le prix Nobel ne représente qu’un exemple, il existe d’autres organismes qui fournissent de tels fonds. Cela correspond à une sorte de mode qui gagna certains personnages en vue, juste avant les années A.A. De riches industriels ou de puissants politiques, créèrent, dans le but d’immortaliser leurs noms, des legs confiés à des agences spécialisées qui se trouvèrent en charge de les distribuer ensuite, selon telle ou telle règle du jeu. Certains réussirent à laisser un nom, mais il en reste très peu. Le plus secret de tous, celui que moins de cent personnes dans le monde connaissent, a tendance à amuser car il se rapporte à la plus farfelue des recherches, laquelle, semble-t-il, ne sert qu'à brasser du vent. Je veux parler de la Fondation Dupont crée en mile neuf cent quatre vingt seize sous la Direction des Services Spéciaux de Langley et mise en route par une certaine Lise.

Consciencieusement, chaque six mai, sauf si cela tombe un jour férié, un rapport arrive aux autorités de tutelle, celles qui remplacèrent heureusement les services secrets d'un ancien pays nommé Etats Unis d'Amérique. Depuis deux mille cinq cents ans, à peu de choses près, la conclusion du rapport reste la même et tient en ces deux mots : Résultat : Néant ».

Pourtant, frisant le ridicule absolu, dix personnes s'y activent à longueurs d'années, de siècles et de millénaire. Il y a ceux qui exécutent les bobinages des solénoïdes, ceux qui les assemblent, ceux qui les branchent sur le continu et, le plus planqué de tous, celui qui procède chaque semaine, et pendant trente minutes, aux essais. Celui qui obtient ce poste représentant une véritable sinécure se trouve choisi par Nounou selon des critères assez abscons - et ceux qui consultèrent la toile pour savoir lesquels ne comprirent rien aux réponses-. Cette présente année, ce travail de nabab se trouve encore confié à un homme, prénommé Arthur qui mène ce peu pénible travail depuis une dizaine d'années et continuera sûrement à s'en occuper durant encore un bon siècle. Arthur, devient, dans ce volume, l'un des protagonistes de cette étrange affaire qui frappa de stupéfaction le genre humain au sens le plus large du terme. Je veux exprimer que cela concerna autant les hommes de la Terre que les humabs des autres mondes de la Fédération. Ce qui se produisit laissa le noyau BaFeSi de Nounou sans réponse officielle pendant très longtemps !

Mais, en réalité, à quoi donc s'activaient tous ces employés à la Fondation Dupont ? Souvenez-vous que l'an mille neuf cent quatre vingt quinze après J.C., correspond à l'époque où Fox, Lise, Betty et Kog obligèrent le fameux Mat Ducerf a exécuter un saut en arrière dans le temps afin de leur échapper. Il les quitta assez heureux de son séjour parmi eux et put se dire à lui-même en un dernier satisfecit : « Mission accomplie ! » Il dut opérer un ultime réglage vers un passé plus lointain tout en sachant qu'il venait de réaliser son programme initial. Celui de jeter un léger doute sur le paradigme de la science officielle de cette époque là. Il devait s'arranger pour qu'on dévie d'un poil le cursus afin qu'en l'an quatre cent trente et un A.A., lors d'un grand congrès, les savants se décident à entreprendre des essais systématiques de constructions de solénoïdes d'ordre trois, plus connus sous le nom de Mandalas et d'en noter les propriétés.

Il est comique de savoir que pendant des siècles, la fondation Dupont réalisa ces essais méticuleux avec de relativement faibles moyens mais sans aucun résultat et que le fruit de leur travail, régulièrement égal à Néant, se trouva complètement négligé et oublié par ceux qui se mirent à nouveau sur le problème. Vous en connaissez les conséquences et les résultats !

Plus tard lorsque la Terre entra dans la Fédération on cessa cette recherche mondiale puisqu'on venait de trouver la clef des transports interplanétaires. Seule la Fondation Dupont, avec persévérance, pugnacité, opiniâtreté et constance poursuivit les études, année après année, sans jamais rien obtenir. Il faut dire, à la décharge de ceux qui s'en occupaient, qu'ils ne se voyaient contraints à aucune obligation de résultat. Tous leurs échecs permettaient de rayer des hypothèses dans une liste presque infinie de possibilités. Rendez-vous bien compte ! La configuration prévue se codait en plusieurs chiffres : Trois concernaient le choix des diamètres des fils de cuivre pour chaque bobinage, trois concernaient le nombre de torsions au mètre linéaire, la distance entre les spires et l'inclinaison de celles-ci, trois se rapportaient au courant électrique mis en œuvre (intensité, différence de potentiel, durée du passage), encore trois pour les diamètres des spires et trois de plus pour la distance entre chacune de celles-ci et les autres. Soit quinze paramètres que l'on essayait de modifier un à un en espérant qu'il se passerait un jour quelque chose de notable. Mais on ignorait quoi ! Un tel programme pouvait demander cent mille ans !

Ce matin là, comme chaque semaine, Arthur entra dans le Mandala aux caractéristiques prédéterminées en présence de son assistant qui venait, par habitude, d'écrire comme toujours le mot Néant en face du titre : résultats de la configuration.

Arthur entra donc dans l'entrelacs et son adjoint envoya le jus. Il se produisit un phénomène tout à fait imprévu : le corps d'Arthur se mit à léviter dans la boucle et tomba en phase catatonique. Puis, après quelques minutes, il sembla à la fois perdre un peu de sa matérialité et parut aussi se modifier, mais rien encore de très net. Il se produisait un flou quant à l'aspect de son corps en suspension et une certaine transparence. Il resta dans cet état bien que le courant soit coupé et l'assistant n'osa pas le bouger sans l'avis des scientifiques. Ceux-ci convoqués en urgence se montrèrent assez malins pour décider de ne toucher à rien et ils installèrent des caméras branchées qu'ils relièrent, comme des terminaux, à Nounou. Après une phase d'observation de vingt quatre heures on analysa les images en tentant de les décortiquer. On en tira les résultats suivants :

Toutes les dix puissance moins deux secondes le corps changeait d'aspect, oscillant entre deux formes précises qui pour l'une restait celle d'un humain et pour l'autre un genre d'être que Nounou classa, par la suite comme proche d'un lémurien muni d'une queue préhensile. Mais ceci pouvait résulter d'un simple effet d'optique ! Nounou/Sapiens ne disposait d'aucune donnée pour expliquer ce que l'on constatait. Elle donna des instructions pour que l'on sorte le corps de sa position suspendue. Mais cela se révéla impossible, les mains des techniciens traversaient ce qui n'était plus qu'une silhouette ! Alors on disposa des indicateurs et des instruments de mesure à distance pour tenter de mesurer la température, les mouvements du cœur sur la poitrine, obtenir des échos de la consistance du sujet et voir les os sous rayons X. Avant même de disposer du temps suffisant pour pouvoir analyser les résultats les personnes présentes et les appareils purent constater qu'au-delà des vingt quatre heures le pauvre Arthur venait de retrouver son corps consistant mais restait en état de coma profond ! L'ordinateur central, le noyau BaFeSi prit sa décision : Le courant devait être rétabli, la caméra, les prises de sons, les appareils de mesures resteraient en marche de façon continue et branchés sur Nounou. Le local et le Laboratoire tout entier devaient rester ainsi jusqu'à instructions contraires. Les activités de la Fondation reprendraient ailleurs. Bien sûr, on alimenterait le corps par perfusion et une équipe médicale le suivrait comme le voulait l'éthique dans ce cas de figure. Des soignants le masseraient, s'occuperaient de sa toilette, l'enduiraient de baumes divers, en espérant un improbable retour à la vie.

Un an exactement après sa disparition, Arthur revint des limbes, frais et dispos. Il venait de réaliser le premier Hop connu. (Notez que le terme Hop reste invariable on dit : un Hop des Hop)


Langley le 14 avril 2495 A.A. Bureaux N.S.A.
Réunion des Directeurs à propos du Mystère Arthur -Confidentiel Terre- Ne pas diffuser dans la Fédération avant feu vert de Nounou/Sapiens.

Parkinson, le premier responsable contacté, depuis ce phénomène, prit le premier la parole. Il se leva devant les autres et déclara :

« Nous avons décidé de nous réunir ici pour que chacun d'entre nous expose ce qu'il sait de l'affaire et dise sur quoi nous buttons en fonction de nos spécialisations respectives. Compte tenu de la confusion dans laquelle nous baignons, je propose que nous énoncions des faits plus que des hypothèses ou des interprétations. Ensuite nous prendrons le temps d'absorber ce que nous viendrons d'apprendre et conviendrons d'une seconde réunion pour en débattre.

Moi, comme vous le savez, je m'occupe et porte la responsabilité de tout ce qui concerne les phénomènes inexpliqués. Nos ancêtres nommaient ce genre de travail : services secrets ou spéciaux. Mais maintenant que les guerres et les nations n'existent plus depuis belle lurette, notre globe participe à la Fédération des quatre-vingt mondes et, si l'espionnage n'existe plus, l'étrange demeure. A la demande de mes pairs, vous-même, j'ai accepté de rendre visite à la Fondation Dupont pour examiner le phénomène décrit dans les comptes-rendus de Nounou. Pour la bonne compréhension je dois en premier lieu vous donner un aperçu de la personnalité d'Arthur avant les incidents et vous exposer les modifications que nous constatons à présent. Bien que connaissions tous sa réelle identité officielle et pour des raisons de sûreté et de confidentialité évidentes, nous le désignerons uniquement par son surnom de proximité : Arthur. Oublions donc Arthon 2988 Turre.

Arthur donc, naquit sur la Terre, il y a trente deux ans, à la suite d'une fécondation in vitro. Ses caractéristiques physiques permettent de le classer comme un très bel individu, sportif et en bonne forme, appartenant à la catégorie physiologique des maigres. Il semble assez sensible au vertige. Intellectuellement, son Q.I. avoisine cent cinq, ce qui constitue une assez bonne performance, sans plus. Il suivit son cursus du primaire et du secondaire en obtenant des résultats très moyens. Il ne s'intéressait pas à grand-chose et surtout pas aux sciences. Il se préoccupait principalement du sexe féminin et accumulait les conquêtes qui se montraient toujours très satisfaites de ses prestations. Plus tard devenu étudiant, il préféra chanter ou danser que de s'adonner à la peinture ou à l'art en général. Nous ne savons absolument pas pourquoi cet individu se trouva sélectionné par Nounou pour diriger la Fondation Dupont. Nous lui poserons à nouveau la question. D'après les résultats des tests, je dirais, sauf plus ample informé, qu'il semble que le principal critère se rapportait à la solidité de son équilibre interne et de ses facultés à subir, sans trop de perturbations, les chocs psychologiques. Socialement je dirais qu'il appartient au genre ‘cavaleur’, peu courageux au travail mais aimant bien s'offrir une beuverie alcoolique hebdomadaire en galante compagnie. En somme, un comportement très normal car, en cela, il se trouvait dans la moyenne comportementale des célibataires de son âge.

Je me suis assuré des événements (ou déroulement normal de ses activités professionnelles) au cours des deux mois précédant le phénomène. Je n'apporterai là qu'une seule observation utile : dans le cadre de son travail à la Fondation, en programmant l'essai à venir, au lieu de suivre la liste des variations systématiques, comme d'habitude et dans le respect de ses consignes, il se livra à quelques fantaisies. Suivre l'ordre normal des essais relevait, non d'une obligation absolue, mais plutôt d'une éthique. Sa nouvelle façon de procéder présentait un caractère nettement brouillon.

Une vérification, réalisée auprès des membres de son équipe, a montré que cela s’était déjà produit fois auparavant, et toujours après de sérieuses cuites. Ceci expliquant peut-être cela ? Je rappelle que les travaux de la Fondation Dupont cherchent à mettre à jour de nouvelles combinaisons, de Mandalas de type Mat Ducerf, pour trouver éventuellement des propriétés inconnues dues à de nouveaux paramètres de leur construction. Ce qui démontrerait certaines particularités relevant du paradigme à six dimensions. Tout résultat négatif permet de rayer une hypothèse et cette œuvre de recherche bénévole, ne donna jamais aucun résultat positif ni même l'ébauche d'une voie à suivre depuis sa création.

Par ailleurs et pour répondre à une question évidente, je vous assure qu'à part l'alcool, Arthur ne but ni ne mangea ni ne fuma rien de spécial et surtout pas de drogues.

Donc les paramètres de l'essai que Arthur, complètement ivre, donna à ses collaborateurs pour la préparation de ce Mandala là, n'arrivaient pas dans la suite logique de ceux du précédent. Les paramètres semblent résulter d'un tirage au sort de pur hasard.

Le corps d'Arthur perdit apparemment la moitié de sa matérialité et sa forme devint floue. Il resta donc isolé dans cet état sans autre nourriture que celle qui lui arrivait par la perfusion, sans aucun contact intellectuel ou mental et en état catatonique ! Cela dura une seule journée puis, en deux heures, le corps disparut totalement et revint ensuite en état de coma profond. Il y resta un an puis redevint complètement lui-même : amaigri, certes, mais, semble-t-il, en forme. Nous avons donné des instructions pour que le courant soit interrompu et que les techniciens le sortent de cet appareil aux propriétés si étranges. A peine dehors, il réclama de l'eau, des avocats et des mangues. Pourquoi pas du pain ou un steak ? Ses amis témoignent qu'il ne montrait, avant sa crise de dématérialisation et son retour subit, aucun goût particulier pour ces fruits tropicaux ! Pourtant dès que l'on put lui en offrir, Arthur se jeta dessus. Il les a engloutis comme un animal puis retomba en état d'évanouissement profond mais pas de caractère catatonique. Sur les instructions de Nounou, ses employés se débrouillèrent pour l'amener jusqu'à mes installations de Langley. Il s'y trouve encore maintenant. Jusque là nous ne constatons rien de très exceptionnel, mais, comme vous allez le comprendre, la suite pose vraiment des questions.

Avant d'en arriver à la description des événements qui provoquèrent la réunion de la présente session, je dois revenir un peu sur l'historique de la fondation Dupont en quelques phrases :

Créée par les services secrets américains une dizaine d'années avant l'ère A.A. ,elle se divisa rapidement en deux branches dont l'une s'installa en Afrique noire et fonctionna dans le plus grand secret pendant quelques années tandis que la seconde, sous la direction de la fameuse Lise, utilisait les installations de l'armée américaine, dans le désert du Nouveau Mexique. Alors qu'en Afrique on se servait, avec parcimonie et prudence du Mandala de Ducerf, là bas aux Etats Unis d'Amérique on lançait l'étude systématique des paramètres de toutes les super hélices d'ordre trois. Ce travail ne s'arrêta jamais, même après l'entrée de la Terre dans la Fédération. Les installations américaines se trouvèrent abandonnées vers l'année huit cent soixante A.A. On leur préféra la discrétion de la ville d'Aix les Bains, en France. Ce lieu comporte un bâtiment double, l'un pour produire le courant continu et l'autre pour élaborer les paramètres des nouveaux Mandalas. Il servait et sert encore de lieu pour les essais. C'est de là que le pauvre Arthur ‘s'estompa’ durant un an. Vous savez tous ce qui motive notre réunion, car chacun d'entre vous connaît mieux un aspect particulier du mystère à traiter. Je résume en quelques mots avant de vous laisser intervenir :

Au cours de sa phase de réveil Arthur s'exprima en utilisant une langue inconnue et non répertoriée. Les enregistrements de ce qu'il put dire existent dans Nounou. Nous voulions savoir de quelle langue il s'agissait et nous avons posé la question à Nounou. Notre Ordinateur nous donna une réponse peu compréhensible que je vous livre :

« La langue existe + Je n'en possède aucune référence »

Par ailleurs et alors qu'il demeurait dans état demi éveillé, un des soignants dessina sur la buée de la vitre une figure géométrique qu'Arthur désigna comme un Trifolium aussitôt qu'il l'aperçut. Ceci relève de connaissances mathématiques qui ne figurent pas au programme de l'enseignement que suivit Arthur. En phonie et pendant qu'il continuait à revenir à lui, Nounou lui posa des problèmes mathématiques et ensuite arithmétique de plus en plus poussés. Il répondit aussi vite qu'un ordinateur. Or, nous savons que notre homme était, avant sa transe, aussi imperméable au calcul qu'au dessin. Second mystère impénétrable !

Dans une courte période d'éveil total il accepta de répondre à quelques questions mais, pour s'en acquitter, il s'assit sur le rebord de la fenêtre et prit une position étrange en se laissant tomber en arrière la tête en bas ! Il semblait que pour lui cette position favorisait sa concentration mentale ! Pourquoi ?

A la question que je pus formuler :

« Mais où étiez vous pendant un an ? »

Il répondit comme si cela allait de soi :

« Oh, moi ? Je viens juste de réussir un Hop ! »

Ce qui ne signifie rien, ni pour moi, ni pour Nounou. Alors, je me demande qui pourrait me dire en quoi consiste un Hop ?

Nous délivrant ainsi volontiers son opinion sur ce qu'il venait de vivre, Arthur retomba en phase cataleptique et je l’ai fait amener ici, dans les locaux de sûreté de Langley où nous disposons de structures d'accueil idoines et d'une surveillance très fiable. Je crois que Arthur vient maintenant de se réveiller et qu'il semble tout disposé à répondre à nos questions tout en participant à notre réunion. Avant de l'introduire parmi nous j'aimerais que chacun de vous me donne son point de vue sur les premiers résultats de ses recherches. Alors, sans complexes ni priorités, je vous propose un tour de table, dans le sens des aiguilles d'une montre et en gardant les places que nous occupons. Que notre amie Selma, la diététicienne, commence, puis les autres suivront »

Selma se leva et prit le temps de dévisager les présents un par un car plus de la moitié des hommes présents étaient très attirés par cette splendide créature et elle le savait parfaitement. Elle avait choisi la diététique comme spécialisation pour conserver le plus longtemps possible sa beauté naturelle et devint en cette matière une autorité incontestée. Elle donna donc ses conclusions :

« Le mélange mangue et avocat constitue un aliment complet pour végétariens. Selon les besoins énergétiques il suffit d'équilibrer entre les deux ce qui devient presque instinctif. Par ailleurs la mangue contient des sucres à sept atomes de carbone dont certains stéréo-isomères sont rares mais je ne connais pas leurs vertus particulières, mes services entreprennent des recherches là dessus. Quant aux avocats, riches en lipides et en vitamines, ils contiennent un acide gras insaturé assez particulier car estérifié avec de l'acide phosphorique. Cela se rapproche des lécithines du cerveau ! Il demeure possible que cela accélère les fonctions cognitives. Nous vérifions et je vous tiendrais au courant ! »

Sur ce, elle laissa le suivant continuer. Il s'agissait de Romain le spécialiste incontestable en médecine. Son discours ressemblait à rapport d'autopsie dans sa netteté et son peu d'hésitations :

« Nous possédons les dossiers médicaux du sujet Arthur dans la période qui couvre toute sa vie avant l'incident et nous en comparons les résultats avec ceux que nous obtenons maintenant après cet incident. Je note en particulier un scanner du cerveau qui montre qu'Arthur a changé pendant son année d'absence (pour utiliser cet euphémisme). En gros si vous voulez bien examiner ces images vous verrez qu'incontestablement, la surface de l'organe se trouve très modifiée. Pourtant, la radiographie des os du crâne et des vertèbres reste strictement identique. Nous constatons, sans pouvoir donner la moindre explication, que la surface de ce cerveau vient presque de doubler depuis l'incident. Autrement dit le cerveau, tout en conservant le même volume présente, par une sorte de froissement, davantage de surface. En général ceci n'arrive plus après la puberté et correspond à un accroissement des connaissances enregistrées. Les autres organes internes semblent ne présenter aucune modification notable, du moins en première analyse. Par contre, le système musculaire présente quelques différences comme si une gymnastique particulière développa l'utilisation de certains muscles au détriment d'autres. Les analyses des fluides corporels ne seront terminées que d'ici deux jours, mais, pour l'essentiel, elles ne nous conduisent à aucun commentaire. Voilà pour moi et mes assistants. »

Angus, le linguiste ne dit que ceci :

« Je passe mon tour, je préfère attendre qu'Arthur se trouve ici présent ! »

Fergusson, qui dirigeait tout ce qui affichait un rapport plus ou moins proche de l'informatique et donc de Nounou se leva pour dire :

« Je ne cache pas ma curiosité d'entendre Angus et Arthur traiter ce problème, quant à moi j'extrais de mes échanges avec Nounou quelques précisions qui ne vont rien expliquer du tout mais encore compliquer le Mystère. Je résume : Dans aucun des mondes de la Fédération ce langage n’est répertorié. Pas plus que dans les deux milles planètes habitées, surveillées et dont les langues sont enregistrées dans nos bases de données. Mais au temps où le vaisseau des Cephs se nommait BaFeSi et se trouva expédié avec le Ceph voyageur vers les confins de l'Univers, des données inutiles de la science des Cephs furent volontairement effacées par ceux-ci, avant le départ pour augmenter l'espace magnétique disponible. Les Cephs utilisaient, comme les humanoïdes, des disques durs empilés les uns sur les autres et lorsque l'on effaçait les données, la lisière de ces disques restait intacte, Il s'agit là d'un problème technique. Pour obtenir un effacement absolu il faut un logiciel spécial qui répète dix fois l'effacement. Il est rare que l’on pousse aussi loin ce genre d'opération. Bref, mes services avec la collaboration de Nounou retrouvèrent quelques uns des mots prononcés par Arthur. D'où la conclusion de Nounou :

« Ce langage existe. »

En ce qui me concerne, je crois, puisque les Cephs ne communiquent que par télépathie et donc qu’ils n'utilisent aucun langage parlé, qu'ils découvrirent des gens ou des espèces qui parlent où parlèrent cet idiome. Or, nous savons qu'aucun monde habité de l'Univers ne l'utilise ! Nous devons donc envisager que, quelque part, une espèce maintenant disparue et oubliée s'exprimait dans cette langue. Mais comme nous ne devons parler dans cette première réunion que de faits avérés je m'arrête là en espérant que notre collègue linguiste nous en dira plus »

Son voisin, Grondin le psychiatre, bien que dépourvu de données tangibles devait donner les résultats de son équipe :

« En l'absence de tout entretien avec le sujet et après ce que nous venons d'entendre de la bouche de notre ami physiologiste, je ne connais pas d'exemple de science infuse. Ce qui signifie que si le sujet vient, en un an d'acquérir des connaissances, il ne put le réaliser qu'en état d'éveil. Le fait que les deux hémisphères cérébraux subirent les modifications d'une façon symétrique reste une indication précieuse. L'esprit d'Arthur ne se contenta pas seulement d'obtenir et d'enregistrer de nouvelles connaissances mais, au plan affectif, il capta autant de nouvelles données ! Ceci doit nous conduire à prévoir des comportements surprenants, voire dangereux du sujet. Je recommande la mise en haute sécurité en attendant d'en savoir plus ! J'insiste absolument ! »

A ces mots il se produisit un peu de brouhaha dans la salle. Mais ce chahut se trouva interrompu par l'entrée d'Arthur, accompagné d'un vieil infirmier, Anatole, lequel quitta aussitôt les lieux. Parkinson lui désigna un siège et lui indiqua, par signe, de s'asseoir. Puis lorsque le calme régna à nouveau et que tout le monde attendait la suite Parkinson reprit :

« Je vous présente notre ami Arthur dont nous espérons tous des explications. Il ne semble complètement remis depuis hier soir et nous devrons le ménager. Je vais donc, pour lui et pour nous, résumer ce qui vient de se dire ici, juste avant son entrée : Arthur en passant dans un nouveau Mandala a disparu pendant un an puis nous en revient modifié. Il prononça, en sortant de sa léthargie, quelques mots appartenant à un langage inconnu des hommes, non enregistré par Nounou mais que les Anciens Cephs répertorièrent jadis avant de les effacer, car ils le jugeaient inutile. Ses besoins alimentaires diffèrent aujourd'hui de ce qu'ils étaient avant l'incident, les mangues ou les avocats lui semblent maintenant indispensables. La surface de son cerveau se trouve augmentée et ses connaissances mathématiques nettement accrues. Il semble en forme physiquement mais il a perdu du poids et prend un aspect plus élancé, bien qu'avant son ‘départ’ on ne le classait pas parmi les gros. Il prononça quelques paroles intelligibles lors d'une courte phase de réveil à la Fondation Dupont lorsqu'on lui demanda de quel lieu il revenait ? Arthur répondit spontanément qu'il venait d'exécuter un ‘Hop’ ! Mais, poursuivant nos questions, nous n'obtenions aucune réponse quant à la signification de ce terme. Voilà, je n'ajoute rien ! Maintenant je vous demande d'écouter avec la plus vive attention les enregistrements réalisés pendant sa période de réveil. Peut-être pourra-t-il nous les traduire ? »

Il ordonna, par geste, de garder le silence et envoya la bande son. On entendit alors un curieux mélange de phonèmes, de cliquetis de langue, de bruissements de mâchoires en train de bronxer. Mais il s'agissait manifestement d'un langage car on constatait l'existence de poses entre les mots et celles des intonations et des accents toniques. Sur la bande, les techniciens avaient disposè, bout à bout, tout ce que Arthur avait prononcé depuis son retour mais en espaçant suffisamment pour que les auditeurs comprennent qu'il s'agissait de plusieurs extraits. Ensuite le silence s'établit autour de la table et Parkinson, demanda à Arthur s'il comprenait ce qu'il avait dit et s'il pouvait traduire ? Ce dernier affichait un air ahuri et perplexe, paraissant embarrassé pour répondre. Mais, apparemment il désirait collaborer. Aussi prit-il la parole en ces termes :

« Je vous réponds : oui et non ! Il me semble que le sens général de ce que je dis dans ces enregistrements est simple, mais je ne saurais le traduire mot à mot dans l'état où je me trouve. Je suis persuadé que cela va me revenir ! Cela ressemble à la sensation que l'on éprouve lorsqu'on a un mot sur le bout de la langue et que rien ne vient. Donc, les phrases prononcées indubitablement par moi, car je reconnais ma voix, se rapportent à de l'étonnement, à des besoins de mangues ou d'avocats et à une soif intense. Je note également une expression de la satisfaction que je ressens de venir de réussir une chose importante qui se nomme un ‘Hop’ ! Mais je me sens tout à fait incapable de vous dire de quoi il retourne ici et maintenant. Par contre, je suis persuadé que dans un ou deux jours tout va me revenir. Quelque chose en moi le sait comme un fait d'expérience bien établi. »

Selma, la belle diététicienne, essaya de l'amener à parler d'autre chose et lui demanda pour quelle raison il éprouvait un tel besoin de manger de ces deux fruits alors qu'avant sa disparition il ne s'en montrait guère gourmand ? Arthur lui répondit aussitôt et avec la fermeté de celui qui sait :

« L'absence de ce type d'alimentation me causerait le plus grand tort car je me trouverais vite privé de toute possibilité de zgamer ! »

Ce qui lui attira aussi vite la question de son interlocutrice :

« Que signifie : zgamer ? »

Arthur afficha, sur son visage, une expression de stupéfaction intense avant de rétorquer :

« Mais, cela concerne la possibilité de communiquer sans se parler, bien sûr ! »

« Soyez plus précis, vous pensez à quoi exactement ? A la télépathie, au langage des signes ou à quelque chose d'autre ? »

« Disons que cela se rapproche de la télépathie car vous savez immédiatement ce que votre interlocuteur pense mais que ce ne sont pas des mots que vous recevez ! Vous ressentez seulement des affects, des réactions, des attitudes mentales. Il s'y mêle aussi des projections de perspectives, des images, des souvenirs, des informations. Je ne sais pas comment le définir mieux »

« Mais, en ce moment, vous savez ce que je pense ? »

Arthur éclata de rire et dit :

« Pas du tout puisque vous ne savez pas zgamer ! »

Grondin, le psychiatre, intervint à cet instant dans leur duo :

« Existe-t-il, pour vous, à cet instant, une personne présente qui saurait zgamer et, si oui, laquelle ? Autrement dit, percevez-vous, plus ou moins nettement, des facultés analogues à celles que vous décrivez, ne serait ce que potentielles, chez l'un de nous ? »

Arthur se trouva embarrassé pour continuer à rester clair car, il recevait un petit contact et le sentiment de confort qui s'établit toujours lorsque deux individus zgament, mais un contact tellement ténu et si fugace ...

Il se décida à l'exprimer : « Oui, un peu et pas très net, avec M. Parkinson. Mais je sais que cela constitue un début. Je crois que je saurais développer cette faculté chez lui et même chez chacun d'entre vous. Je n'accomplirai que ce qui a été fait pour moi. Mais il faudra du temps ! Beaucoup de temps et d'exercices. De plus les apports des mangues et des avocats lui deviendront indispensables »

Selma en profita pour reprendre là où elle en restait au moment de la coupure :

« Vous confirmez que ces fruits contiennent des éléments naturels qui aident ? »

« Oui, tout à fait, mais quelque part, je sais aussi que je pourrais, avec l'aide des chimistes, trouver ce qu'ils contiennent et les produits de base qui me sont devenus indispensables »

Parkinson trouvait que la réunion se tenait dans le désordre et ramena en quelques mots la question sur le langage en se tournant vers Angus, le spécialiste dans cette science :

« Tout à l'heure, vous nous disiez que vous ne donneriez les conclusions de vos études qu'en présence d'Arthur. Je crois que tous ici, aimeraient connaître votre point de vue ! Allez-y, ne nous faites pas attendre ! » Angus se racla la gorge avant d'intervenir en ces termes.

« Il devient évident que nos études ne nous ont pas amenés à grand-chose de plus que ce que vous venez d'apprendre par Nounou. La langue dans laquelle notre ami s'est exprimé durant son réveil se rapproche à l'écoute de celle des aborigènes d'Australie ou d'Afrique du Sud. Mais, dans les faits, il n'apparaît aucune racine commune. En ce qui concerne les parlers archaïques de la Fédération, nous avons eu l'impression que sur la planète 14 du soleil de Xanthius, dans la constellation lointaine que nous désignons par Gamelle, un langage oublié ressemblait à l'oreille et aux claquements labiaux à celui d'Arthur. Mais il nous a fallu déchanter car il ne s’agissait que de ressemblances de surface, n’ayant rien de commun avec celui que nous étions en train d'examiner. Je dois redire ici que les mondes fédérés ne rassemblent pas tous les mondes qui existent puisqu'ils ne comprennent que ceux dont la civilisation a atteint le concept du paradigme à six dimensions. Nous ne pouvons exclure que, dans d'autres planètes ignorées de nous, ce langage puisse encore se parler, mais les données de Nounou comprennent aussi l'ensemble des mondes non fédérés connus. Nous pouvons néanmoins apporter une petite contribution concernant la physiologie de ceux qui le parlent d'après la nature des sons émis. Ainsi leur langue semble plus mince et plus longue que la nôtre, leur palais plus étroit, leurs dents comportent moins de molaires mais plus d'incisives que les nôtres. Nous estimons qu'ils possèdent six incisives, deux canines et deux prémolaires par mâchoire, que leur nez reste bien plus plat que celui des hommes, qu'ils utilisent huit cordes vocales et que leur larynx est bien moins rigide que le nôtre. Leur visage se rapprocherait de celui de nos lémuriens, mais la puissance des basses et certains autres facteurs nous conduisent à penser que ceux qui parlent cette langue ont à peu près notre taille. Nous souhaitons, pour pouvoir nous consacrer à une étude linguistique sérieuse, qu'Arthur en cherchant dans sa mémoire nous établisse un dictionnaire des mots enregistrés et si possible, qu'il nous donne toutes indications sur les règles de grammaire qui vont avec. »

Il se tourna, le sourcil de l'œil droit interrogatif, vers ce dernier lequel répondit spontanément :

« Je vous rendrais ce service avec le pus grand plaisir, fournissez-moi simplement de quoi ré entendre ces bandes, et aussi ce qu'il faut pour prendre des notes et je crois que dans très peu de temps vous en saurez autant que moi ! »

Parkinson le remercia vivement et aborda la question du calcul mental :

« Avant les événements, vous n'aimiez pas particulièrement les mathématiques, domaine où vous étiez encore assez faible en comparaison de vos camarades de promotion. Or, d'après Nounou, vous affichez, après votre long sommeil ou plus exactement après un an de coma, les qualités d'un champion du calcul mental. Pouvez-vous nous fournir une explication à cette transformation ? »

Il sembla à tous les conseillers présents qu'Arthur produisait un gros effort mental pour pouvoir donner une réponse. Il devint tout pâle, mais, se levant avec difficulté, prononça :

« Ici, nous calculons en base dix, alors que là-bas ils travaillent en base douze ! Cela rends tout bien plus facile pour eux ! Chez nous dix ne se divise que par un, par deux et par cinq, alors que douze peut se diviser en un, deux, trois, quatre et six. Cela aide considérablement ! »

Il devint soudain exsangue et s'écroula évanoui sur la table. Sa tension artérielle tomba à neuf en haut pour cinq en bas au lieu de treize et huit ! Il ne simulait pas mais venait, sans doute, de supporter une trop forte émotion. Les gardes le ramenèrent à l'infirmerie du quartier ‘Haute sécurité’. Dans sa chambre on laissa, pour lui et en évidence : un magnétophone, une copie de la bande son, ainsi qu'un terminal clavier pour prendre des notes. Le médecin constata qu'il dormait profondément, que sa tension rejoignait les normes et lui injecta un mélange de glucose et d'un tonicardiaque.

Parkinson dispersa la réunion et donna des instructions pour que la surveillance du sujet soit renforcée. La porte de la cellule, fermée par quatre serrures électroniques, devint inviolable à qui ne connaissait pas les codes. La lucarne étroite qui donnait sur le parc se trouvait à la hauteur de l'étage de la Sécurité, c’est à dire au cinquième. Il n’existait, en principe, aucune possibilité de fuir par-là, car sous cette ouverture, le constructeur n’avait prévu aucune corniche ou facilité pour en descendre ou y monter. De plus Arthur se trouvait, d'après ses fiches, répertorié parmi ceux qui sont très sujets au vertige. Le parc était toujours soigneusement entretenu et de vieux arbres plusieurs fois centenaires l'agrémentaient. Nulle personne, longeant les grilles du parc, ne pouvait deviner que les anciennes constructions de Langley, où la N.S.A. fonctionnait jadis, abritaient encore un service actif.

Le lendemain matin la chambre était vide. Les caméras de surveillance avaient, néanmoins, enregistré un curieux spectacle. :Arthur, paraissant frappé de somnambulisme, s’était levé à trois heures et deux minutes, puis il s'habilla soigneusement et prit ensuite la direction de la lucarne depuis laquelle depuis laquelle il examina longuement le paysage. Ensuite, ouvrant la fenêtre il se posa sur son rebord en se tenant en position accroupie et, subitement sans la moindre hésitation, se lança vers une branche située à plus de trois mètres de la façade. Il l'attrapa et, (enregistrement des caméras extérieures), continua à grimper. Il se dirigea, manifestement, vers le bras d'une grue qui, travaillant sur un chantier de construction à l'extérieur du parc, se trouva, sans doute poussée par le vent, à proximité de l'arbre. Le film montrait un véritable saut dans le vide qui permit à Arthur de s'accrocher à l'engin et ensuite de marcher en équilibriste, sur la poutraison à vingt-cinq mètres du sol, aussi à l'aise que s'il marchait dans une rue. On perdait sa piste alors qu'il redescendait de la cabine du grutier en empruntant l'échelle ! Cela ne conduisait qu'à une question de plus :

« Comment ce gars qui ressentait le vertige à deux mètres de haut pouvait-il désormais se comporter en acrobate sans aucune crainte ? » Parkinson restait un homme de sang froid, en toutes circonstances. Il s'agissait là de l'un des premiers éléments des conditions de survie d'un agent en activité. Il savait que l'on retrouverait aisément Arthur par l'utilisation de sa carte, élément indispensable pour qu'il puisse se procurer de la nourriture. Le système distributionniste a, pour unique revers de médaille, qu'il permet de suivre n'importe qui sur la planète. Il convoqua donc tranquillement ses partenaires de la veille dans le local technique car il voulait qu'ils examinent ensemble les enregistrements de la nuit.

La réunion se tint donc vers onze heures. Parkinson, lorsque tous se trouvèrent rassemblés, leur exposa ce petit topo sur l'évasion d'Arthur et sur sa certitude de le retrouver aisément :

« La surveillance m'a averti de ces événements une demi-heure après qu'ils en eurent pris connaissance ce qui entraîna ma réaction immédiate. Le numéro de la carte d'Arthur se trouva aussitôt incorporé dans le fichier des individus à rechercher. Nounou le trouvera et nous ne tarderons pas à avoir de ses nouvelles. Je pense que, compte tenu de son besoin de mangues et d'avocats, il devra vite s’en procurer sa ration quotidienne. Depuis mon réveil, selon mes instructions, les spécialistes se penchent pour un examen des plus détaillés, sur les enregistrements réalisés dans la chambre de notre sujet. Je me propose de repasser devant vous ce qui me paraît le plus significatif et que je vais commenter en même temps »

Il adressa un signe aux techniciens qui projetèrent sur l'écran le premier extrait. On y voyait Arthur assis pensif devant une table. Après quelques minutes d'immobilité, il revêtit sa tenue de nuit, procéda à sa toilette et se coucha. Parkinson reprit :

« Revoyons, maintenant, cette classique scène de coucher au ralenti ! » Les techniciens repassèrent la même séquence mais avec une vitesse réduite au quart jusqu'à ce que Parkinson dise :<< Stop ! >>.

On vit Arthur accoudé sur sa table, l'air concentré et songeur. Devant lui on apercevait, en contre bas, le bac de réception de l'imprimante logée sous le plan de travail. Il y voyait des feuilles de papier et en les en examinant par agrandissement, il devenait évident que ces feuilles portaient du texte imprimé ! Parkinson leur en tendit des copies en disant :

« Vous constaterez la bonne volonté évidente d'Arthur qui, aussitôt revenu à lui dans sa chambre, nous a laissé ce que nous lui demandions, à savoir : L'embryon d'un dictionnaire. Je ne vous ai pas montré son arrivée en chambre cellule, car il est de dos et en position assise. Nous n’avions pas vu qu'il écrivait. En fait, il n'a pas eu recours à la bande son et n'a utilisé que sa mémoire. Il nous a fourni ainsi le sens de quarante-neuf mots et verbes avec quelques règles de grammaire. Cela peu vous sembler peu, mais pour nous qui ne savons rien de cette langue cela constitue un apport important ! Ce qui nous deviendra le plus précieux se trouve dans le préambule qui cherche à donner une traduction phonétique et donc une convention symbolique, pour ce que nous ne savons pas écrire : les claquements de langue, les grincements de dents, les sifflements et autres onomatopées ... Arthur, en prenant le temps et le soin de nous expliquer les bruits et par quels signes il les rendait, montre qu'il se trouve, à cette période, dans un désir de coopération absolu ! Pourtant, quelque temps après, il s'enfuit ! »

Un signe de tête suffit pour que l'on montre le second passage. On y voyait l'homme endormi et la pendule murale affichait : Deux heures et cinquante-sept minutes. Brusquement, il se tint en position assise sur son lit, les yeux encore fermés, resta deux minutes ainsi avant de les ouvrir, puis il commença à s'habiller avec une grande hâte avant de passer par la lucarne. Parkinson demanda le ralenti que tous examinèrent avec le plus grand soin mais ils ne virent rien d'autre. Alors, Parkinson demanda une image fixe juste avant que l'homme ne se redresse pour prendre la position assise et il leur demanda ce que cette image évoquait pour eux ? Ils tentèrent tous des commentaires mais aucun ne comprenait où leur chef voulait en venir, à la grande déception du conférencier ! Il dut donc leur montrer le fruit de ses propres observations en pointant une règle sur le nez du sujet :

« Regardez bien l'angle de la tête et du cou et la position du visage, vous remarquerez qu'Arthur, dans sa fin de sommeil montre deux choses : les narines se dilatent largement et la tête s'incline bien plus en arrière que pendant la phase sommeil. Cela n'évoque-t-il rien pour vous ? Mais si, bien sûr, notre homme se trouve simplement en train de flairer ! Je me demande ce qu'il a pu sentir car, moi, en me rendant sur les lieux je n'ai rien trouvé de particulier à l'atmosphère ! Quelqu'un a-t-il une idée ? »

Le Psychiatre répondit le premier : « L'attitude correspond, certes, à celle d'un animal qui hume l'air pour trouver une piste olfactive, mais cela ne peut être considéré comme significatif, cette attitude ancestrale peut aussi correspondre à une position psychologique de réceptivité accrue. Peut-être qu'Arthur se trouvait-il simplement en train de ‘zgamer’ ? Parkinson acquiesça du chef avant de continuer :

« Nous dirons donc que durant son sommeil Arthur reçut brusquement un message qui l'éveilla et que celui-ci était, sans doute, de nature olfactive ou télépathique. Ce signal devait développer assez de puissance pour que, malgré sa bonne volonté de coopérer, Arthur prenne la fuite. Tout se passe donc comme si, Arthur se comportait, dans le même temps, à la fois comme lui-même et comme quelqu'un d'autre. Ce genre de phénomène ne figure ni dans les données de Nounou ni dans celles de BaFeSi ! Nous aurions donc affaire à un envahisseur de type inconnu. Qu'en pensez-vous et que devons nous envisager si cette hypothèse se vérifie ? »

Ils en discutèrent jusqu'à la fin de la journée et ils ne purent se départager dans leurs conclusions. Pour un premier groupe, Arthur venait de subir une transformation qui l'améliorait. Il avait désormais réduit certaines de ses faiblesses comme sa suggestion au vertige ou sa faiblesse en calcul mental. Sa volonté d'aider les autres à comprendre semblait indiquer une absence d'agressivité venant d'un éventuel intrus. Ce dernier, s'il existait, semblait plus un visiteur qu'un ennemi. Du moins de ce que l'on en savait maintenant. La façon dont il s'y prenait pour cohabiter dans le corps d'Arthur, l'endroit d’où il venait, ses réelles intentions ne pouvaient se déduire de si peu d'éléments. Donc, lorsqu'on le rattraperait, on surveillerait Arthur de très près mais on le laisserait agir pour en apprendre le plus possible.

Pour le second groupe, il s'agissait exactement du contraire car Arthur, utilisant un Nouveau Mandala, aurait laissé son corps en léthargie ici tandis qu'il envahissait de son esprit le corps d'un autre être. Durant l'année écoulée il aurait accumulé des savoirs et des techniques qu'il désirait communiquer aux autres dès qu'il retrouverait son équilibre et sa bonne forme. Son départ précipité s'expliquait bien si l'on se rappelait qu'avant son coma cet individu appartenait à la catégorie sociale des coureurs de jupons. Son corps durant son ‘Hop’ se trouva maintenu en grande forme physique et dès le réveil il avait dû éprouver un violent désir sexuel. Il avait donc décidé de partir en ballade pour rendre visite à l'une de ses nombreuses anciennes amies. Il suffisait donc d'attendre qu'il revienne ! Pourtant, le second groupe ne voyait aucun inconvénient à ce que l'on utilise tous les moyens dont l'autorité disposait pour retrouver l'homme et le surveiller.

Parkinson conclut en une phrase : « Les deux hypothèses ne peuvent se départager que par une observation plus poussée, il nous faut donc le récupérer en douceur et le garder sous surveillance »

Sur ces bonnes paroles ils se séparèrent pour lancer leurs services respectifs sur toute forme de piste. Ils ne retrouvèrent Arthur que six jours plus tard.
Arthur ressentait des difficultés à se remettre de son Hop et la réunion à laquelle il venait de participer venait de pomper dans sa réserve d'énergie. Il se sentait comme épuisé mais décida, néanmoins, de rassembler ses idées sur le langage qu'il avait articulé au cours de son demi réveil et il fournit à son terminal tout ce qui aiderait ses interlocuteurs à le traduire. Le reste viendrait plus tard. Après quelques indispensables ablutions il se coucha et s'endormit vite. Deux heures plus tard lui vint un rêve au cours duquel il revit une de ses anciennes connaissances qui demeurait non loin de Langley. Il se souvenait de son prénom : Alice et aussi de la relation particulièrement chaleureuse qui les avait réunis tous deux , quatre ans auparavant. Il se rappela encore que cette jeune femme se montrait à l'époque, très désireuse de consacrer une union officielle ce qui l'avait amené à rompre en vitesse et précipita leur séparation. Dans son rêve, Alice l'appelait avec insistance et lui tendait les bras, le suppliant de venir la voir immédiatement. Il voulait la rejoindre mais il ne pouvait pas bouger. Cela tournait au cauchemar et il s'éveilla. Pourtant, assis sur le bord de son lit, le désir sexuel l'envahissait encore et il zgamait l'appel tout en éprouvant l'impression de respirer les phéromones de la femme amoureuse. Il décida donc de s'habiller discrètement, d'aller lui rendre visite, puis de revenir à son point de départ. Mais, à sa grande surprise la porte était bouclée et la seule issue possible dont il disposait restait la lucarne. Se penchant par-là il vit l'arbre et sans hésitation se lança vers lui par la voie des airs. Pour franchir le mur d'enceinte il utilisa la grue, et une fois dehors se mit à marcher en souplesse vers sa belle. Il ne se souvenait pas précisément de l'adresse exacte, mais Alice émettait un appel si puissant qu'il ne pouvait aucunement se tromper ou hésiter. Le jour se levait quand il arriva devant le pavillon qu'elle habitait en lisière de la forêt. La fenêtre de sa chambre, au premier étage, était entrouverte, selon les habitudes de la belle, et il se glissa par cette ouverture. Alice dormait seule et s'agitait dans son sommeil. Il se dévêtit complètement, entra dans le lit et étreignit la belle qui l'accueillit avec passion, bien avant de se réveiller. Elle finit tout de même par s'y résoudre, reconnu Arthur, lui adressa un sourire reconnaissant et comblé puis, sans prononcer un mot, ils continuèrent à se donner du plaisir. A l'heure du repas elle se leva et apporta un plateau avec du café, des fruits, des œufs et du bacon. Arthur accepta le café, mangea quelques toasts mais demanda si elle ne pouvait pas lui offrir d'autres fruits comme des mangues ou des avocats ? Elle répondit par la négative, mais enfila une combinaison et emprunta sa libellule pour se tendre immédiatement au super marché le plus proche. Elle en revint moins d'une heure plus tard avec deux kilos de chaque. Arthur remercia en précisant que la prochaine fois il lui donnerait sa propre carte dont le crédit mensuel se trouvait encore plein. Alice passa six communications par e-mail afin de se libérer pendant quelques jours et, à nouveau nus tous les deux, ils se remirent au lit jusqu'au lendemain matin. A partir de ce second jour seulement, Arthur et Alice purent prendre le temps de s'expliquer.

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