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Lexique sociologique et ethnologique


Ce lexique a été constitué principalement à partir de lectures d'ouvrages sociologiques, mais aussi parfois de conférences, d’interventions radiophoniques, de notes de cours, de sites internet...
Conventions adoptées :

  • Dans les citations, les changements de paragraphe sont signalés par une double barre oblique (« // ») et les changements de page par « /p. XX/ », où XX est le numéro de la nouvelle page (par exemple : « /p. 25/ »).

  • Les références sont données selon le format « (Hall, 1980, 2007, p. 47) » où sont successivement indiqués le nom de l’auteur (ou des auteurs), l’année de la première publication, l’année de l’édition utilisée (si différente) et le numéro de page dans cette édition. On trouvera les références complètes en fin de lexique par ordre alphabétique.



Accès direct aux définitions

Acteur et agent

Selon Boudon. Raymond Boudon fait une distinction entre les « systèmes fonctionnels » (dans lesquels les individus occupent un « rôle social » : médecin délivrant une ordonnance, universitaire écrivant un article...) et les « systèmes d'interdépendance » (dans lesquels les individus n'occupent pas de rôle). Dans le premier cas, les individus sont appelés « acteurs » car ils jouent un rôle. Dans le second cas, ils sont appelés « agents ». Boudon l'explique en ces termes : « Pour la clarté du vocabulaire, il est utile de parler d'acteur individuel dans le cas de systèmes fonctionnels et d'agent individuel dans le cas des systèmes d'interdépendance. La notion d'acteur est, comme celle de rôle, empruntée au langage de la scène. [...] Le mot agent désigne clairement le porteur individuel de l'action sans renvoyer à la catégorie des rôles. » (Boudon, 1979, chapitre IV, introduction au chapitre, p. 118)



Agenda-setting (ou effet agenda) (sociologie des médias)

Définition. L’effet d’agenda « désigne l’influence que les médias exercent sur la définition des problèmes considérés comme les plus importants dans la société et appelant une intervention des pouvoirs publics. Si l’agenda des médias s’impose aux électeurs, les médias sont alors susceptibles d’exercer une influence, non pas directement sur leur vote, mais sur les problèmes que les électeurs prennent en considération pour décider de leur vote. Traditionnellement, pour mesurer l’effet d’agenda des médias sur les électeurs, on étudie d’abord l’agenda des médias, c’est-à-dire les problèmes que les médias privilégient (par exemple en analysant les unes et titres principaux des quotidiens, ou les sujets présentés dans les JT). Puis on étudie l’agenda des électeurs, c’est-à-dire les problèmes que ceux-ci considèrent comme les plus importants (par exemple à travers des enquêtes par sondage). Enfin, on compare les deux agendas en s’efforçant de repérer une relation entre eux (par exemple, l’inscription d’un problème sur l’agenda médiatique est suivie quelque temps plus tard par l’apparition de ce problème dans l’agenda des électeurs). » (Tiberj, Vedel, 2006, p. 20)

Explication 1. « À l’idée d’influence sur l’opinion, les sociologues préfèrent aujourd’hui celle d’un "effet agenda" : plutôt que de dire au public "ce qu’il faut penser", les médias lui suggéreraient "ce à quoi il faut penser". » (Durand, Mercier, Scardigli, 1989, 2006, p. 682)

Explication 2. Pour « les "études d'agenda setting" », « les médias nous disent non pas ce qu'il faut penser, mais à quoi il faut penser ; ils jouent le rôle d'un "maître de cérémonie" ou encore d'un tableau d'affichage sur lequel viendraient s'inscrire les problèmes qui doivent faire l'objet du débat dans une société. » (Mattelart, Mattelart, 1995, 2004, p. 84)

Explication 3. « À la suite de travaux publiés par deux chercheurs américains Maxwell McCombs et Donald Shaw qui [...] ont établi qu’il existait une corrélation forte entre l’importance accordée par les médias à certains enjeux et celle attribuée par les électeurs à ces mêmes sujets, on en est arrivé à affirmer que les médias, en raison de la sélection des informations à laquelle ils procèdent, attirent l’attention du public sur certains thèmes plutôt que d’autres. Leur influence ne consiste donc pas à dire aux gens ce qu’ils doivent penser, mais ce à quoi ils doivent penser puisqu’ils définissent le calendrier et la hiérarchie des événements dont on parle. » (Rieffel, 2001, 2005, p. 25)

Explication 4. « Depuis une étude fondatrice menée sur l'élection présidentielle américaine de 1968 par Maxwell McCombs et Donald Shaw [note 45 p. 466 : Maxwell McCombs et Donald Shaw, « The agenda setting function of mass media », Public Opinion Quarterly, 1972, vol. 16, p. 176-187.] et publiée au début des années 1970, les médias sont réputés exercer une influence sur la focalisation de l'attention publique. La fonction d'agenda (agenda setting) [...] illustre ce phénomène et consiste en une sorte de mise en visibilité de faits ou d'événements : les médias peuvent définir le calendrier /p. 203/ des événements dont on parle (l'ordre du jour), dire ce à quoi il convient de penser. En d'autres termes, à partir du moment où ils traitent certains problèmes de façon prioritaire, ces problèmes deviennent souvent prioritaires aux yeux de l'opinion publique. [...] » (Rieffel, 2005, pp. 202-203)
Amorçage (ou priming) (sociologie des médias)

Définition 1. « L’amorçage [...] consiste en "une modification momentanée des critères de jugements sous l’effet d’une information temporairement plus accessible" [Gerstlé, 2004, p. 105]. La couverture médiatique de certains événements, leur forte visibilité, influent sur les critères retenus pour évaluer certaines situations ou certains enjeux : l’information amorce alors le jugement que nous allons porter sur ces événements. Lors de l’élection présidentielle de 1995, le transfert d’attention médiatique vers un certain nombre d’affaires (écoutes téléphoni-/p. 27/ques, affaire Schuller-Maréchal, etc.) a visiblement provoqué un changement des modes d’évaluation du candidat Edouard Balladur dont la cote de popularité s’est brutalement effondrée. » (Rieffel, 2001, 2005, pp. 26-27)

Définition 2. L’effet d’amorçage « désigne l'influence des médias sur le choix des critères retenus pour évaluer les hommes et les situations, la possibilité d'activer des considérations particulières pour fonder un jugement. Lorsqu'il s'agit, par exemple, d'évaluer le bilan de l'action d'un homme politique, l'électeur ne prend pas en compte tout ce qu'il sait, mais uniquement les fragments d'information politique qui lui sont les plus accessibles. Or, les journaux télévisés jouent souvent ce rôle de mise à disposition de l'information pertinente pour se forger une opinion précise. // Autrement dit, une large couverture médiatique accroît la probabilité que les opinions qu'elle éveille en nous servent de critères de jugement électoral : les médias "amorcent" nos jugements. » (Rieffel, 2005, p. 208)
Analyse de discours

Définition. L’analyse de discours est un « champ interdisciplinaire ». C’est un « domaine d’étude des sciences humaines et sociales qui examine de manière systématique les structures et les fonctions des textes et des discours dans leurs contextes social, politique et culturel. » (Van Dijk, 1995, p. 10 ; ma traduction)
Analyse systémique  Voir « Systémique »
Anthropologie

Différence entre ethnographie, ethnologie et anthropologie. « Au XVIIIe siècle, il existe une répartition du travail entre le voyageur et le théoricien : le voyageur collecte des informations et rapporte des observations, tandis que l’anthropologue, resté en métropole, dans son bureau ou sa bibliothèque, analyse les données rapportées et met en relation les observations relevées par différents ethnologues. Les anthropologues font encore souvent appel, à la fin du XIXe siècle, aux récits des missionnaires ou encore à ceux des naturalistes. C’est /p. 43/ aussi la grande époque de "l’anthropologie de cabinet" dont Marcel Mauss constitue un exemple illustre : grand érudit, il s’appuie sur une importante documentation. C. Lévi-Strauss distingue en conséquence, dans L’Anthropologie structurale (1959), l’ethnographie, qui consiste dans le recueil des données et la rédaction d’un journal de terrain, l’ethnologie centrée sur une étude de cas qui restitue à la fois les éléments empiriques d’une recherche monographique et élabore des hypothèses explicatives, et enfin l’anthropologie, au sens élargi de science de l’homme, qui procède à un travail comparatif entre les ethnologies spécialisées et découvre les catégories universelles de l’esprit humain, applicables à toutes les sociétés et toutes les cultures. Notons que ce que C. Lévi-Strauss qualifie d’ethnologie correspond, dans le monde anglo-saxon, à l’anthropologie sociale et culturelle. // C’est au début du XXe siècle, à la suite des travaux de Bronislaw Malinowski, qu’a eu lieu une véritable révolution : le refus de l’anthropologie de cabinet. La séparation entre l’observateur et le chercheur est supprimée ; l’anthropologue sort de son fauteuil et va lui-même sur le terrain. » (Vigour, 2005, pp. 42-43)
Appareil idéologique d’Etat (concept du philosophe Louis Althusser)

Explication (selon Mattelart). « Un article paru dans la revue La Pensée, en 1970, intitulé "Idéologie et appareils idéologiques d'État", a un profond retentissement sur la théorie critique de la communication, en France et à l'étranger. Althusser y oppose les instruments répressifs de l'État (armée, police) qui exercent une coercition directe, aux appareils qui remplissent des fonctions idéologiques et qu'il dénomme "appareils idéologiques /p. 52/ d'État" (AIE). Ces appareils signifiants (école, Église, médias, famille, etc.) ont pour rôle d'assurer, de garantir et de perpétuer le monopole de la violence symbolique, celle qui s'exerce sur le terrain de la représentation, en dissimulant l'arbitraire de cette violence sous le couvert d'une légitimité prétendument naturelle. C'est par leur intermédiaire qu'agit concrètement la domination idéologique, c'est-à-dire la façon dont une classe au pouvoir (société politique) exerce son influence sur les autres classes (société civile). » (Mattelart, Mattelart, 1995, 2004, pp. 51-52)

Explication (selon Gingras). Louis Althusser est « un philosophe français qui a élaboré le concept d'appareil idéologique d'État. Les médias, l'école, les syndicats, les églises constituent des appareils idéologiques alors que la police, l'armée et le système judiciaire sont des appareils d'État répressifs. L'appareil idéologique d'État sert à transmettre l'idéologie dominante. La domination dans le système capitaliste s'instaure autant par la persuasion que par la coercition ; il y a une discipline, une logique, une culture et des contraintes que les individus sont appelés à trouver normales. Les appareils idéologiques d'État n'appartiennent pas forcément au domaine public ; ils peuvent être privés, mais on les appelle ainsi parce qu'ils fonctionnent comme s'ils étaient sous la gouverne directe de l'État, en transmettant l’idéo-/p. 49/logie de la classe qui s'incarne dans l'État. » (Gingras, 1999, 2006, pp. 48-49)
Approche systémique  Voir « Systémique »
Audience (part d’)  Voir « Part d’audience »
Audience cumulée ("sociologie" des médias audiovisuels)

Définition pour la télévision. « nombre ou proportion d’individus ayant regardé une chaîne de télévision à un moment quelconque d’une tranche horaire ou de la journée, quelle que soit la durée de ce moment. » (CESP, 2002, p. 69)

Définition pour la radio. « nombre ou pourcentage d’individus ayant écouté une station de radio à un moment quelconque d’une tranche horaire ou de la journée, quelle que soit la durée de ce moment. » (CESP, 2002, p. 107)
Audience instantanée ("sociologie" de la télévision)

Définition. « nombre ou proportion d’individus à l’écoute de la télévision à un moment donné. » (CESP, 2002, p. 69)
Audimétrie ("sociologie" de la télévision – et de la radio)

Définition. « Technique d’observation de l’audience de la télévision ayant recours à un appareil enregistreur. L’audimétrie est active ou passive selon que l’audimètre utilisé est doté ou non d’un bouton poussoir permettant au téléspectateur de fournir des renseignements sur ses comportements ou sur ses appréciations. » (Balle, 2006, art. « audimétrie »)

Explication. « Depuis le milieu des années 1980, la mesure de l’audience de la télévision s’effectue par le système de l’audimétrie individuelle dans de nombreux pays dans le monde. Ce système de mesure consiste à équiper un échantillon permanent de foyers (ou panel) d’audimètres. Ces appareils enregistrent en continu l’état du récepteur (allumé-éteint) dans les foyers panélisés et la chaîne sur laquelle le téléviseur est branché. D’autre part, une télécommande permet aux membres du foyer et à leurs invités de déclarer leur présence devant le récepteur. L’audimètre a l’avantage de ne pas faire appel à la mémoire des panélistes [comme lors des enquêtes par sondage]. Il enregistre, avec précision, à la seconde près, l’audience du foyer /p. 56/ et l’audience individuelle lorsqu’elle est déclarée, ainsi que la chaîne regardée. Les résultats, produits à la minute, permettent ainsi de calculer l’audience des émissions entre leurs heures exactes de début et de fin ainsi que celle des écrans publicitaires. [...] Les deux méthodes alternatives dans la mesure de l’audience TV sont le carnet d’écoute rempli pendant un certain nombre de jours par un échantillon d’individus ou l’enquête sur l’écoute de la veille. Le recueil de l’audience est alors généralement fait sur la base du quart d’heure. Ces deux méthodes ont été utilisées en France avant l’audimétrie. » (CESP, 2002, pp. 55-56, souligné par moi)

L’audimétrie radio. « L’audimétrie radio, testée dans différents pays, pourrait progressivement remplacer les dispositifs en vigueur à l’heure actuelle. » (CESP, 2002, p. 100)
Auto-analyse  Voir « Auto-socioanalyse »
Autoscopie (terme de Bouvier)

Explication. Bouvier (2000) évoque « l’autoscopie de Soi et des Autres ». Il entend par là la manière dont « les individus et les populations s’auto-identifient. Ce « regard porté sur soi-même » doit abolir la distance ethnocentrique par laquelle l’observateur travestit souvent la culture de l’observé. C’est non seulement le journal du chercheur mais aussi toutes les productions par lesquelles l’agent s’exprime en l’absence de l’observateur : écrits (lettres, poèmes, manuscrits divers, etc.), objets construits, créations artistiques. L’autoscopie peut également être collective : tracts, journaux, productions diverses, ce que Bouvier nomme des « ensembles populationnels cohérents ». » (Juan, 2005, p. 63)
Auto-socioanalyse ou Auto-analyse

Explication de Bourdieu. L’« auto-socioanalyse » ou « auto-analyse » consiste à s’étudier soi-même, à analyser son parcours biographique « comme s'il s'agissait de n'importe quel autre objet » (Bourdieu, 2004, p. 12), à mettre au jour « les principes qui guid[ent] [sa] pratique » (ibid.). Pour le sociologue, cela implique d’examiner l’état du champ sociologique au moment où il y est entré et donc « avec lequel et contre lequel [il] s'est fait » (ibid., p. 15). Il s’agit aussi d’analyser l’état du champ sociologique au moment présent « afin de se donner les moyens de comprendre les trajectoires individuelles et collectives » (ibid., p. 78). Enfin, l’auto-socioanalyse doit bien évidemment prendre en considération son milieu social d’origine ainsi que les différents moments de son histoire. Pour Bourdieu, ce travail est indispensable au chercheur car c’est « en prenant acte de [sa] position et de son évolution dans le temps » que l’on peut espérer « maîtriser les effets qu'elles pourraient avoir sur [ses] prises de position scientifiques » (ibid., p. 141).
Benchmarking

Définition. « Systématisé au début des années 1980, le benchmarking est une méthode explicitement comparative, destinée à définir les meilleures pratiques dans un domaine, afin d’adapter la pratique jugée la plus performante à d’autres institutions. Cette méthode est utilisée par des consultants, des experts, mais aussi des chercheurs soit en matière de conseils stratégiques pour les entreprises, soit dans le domaine de l’analyse des politiques publiques nationales et internationales. » (Vigour, 2005, p. 115, n. 1)
Benedict (Ruth)

« Ethnologue américaine (New York, 1887 - id., 1948). Elle s’est consacrée à des études d’ethnologie comparée sur les Indiens du S.-O. des Etats-Unis, cherchant à mettre en évidence les relations entre les formes de culture propres à chaque société et les habitudes individuelles qu’elles déterminent. Elle opposa ainsi la culture des indiens Zuñi, caractérisée par des instincts agressifs, individualistes (Patterns of Culture, 1934 ; Continuities and discontinuities in cultural conditioning, 1938 ; etc.). » (Le petit Robert 2, 1984)
Boîte noire (terme de cybernétique et de systémique)

Origine du concept. « Le concept de boîte noire [a été] inventé par les théoriciens de la cybernétique » (Mathien, 1989, p. 20).

Définition. Le concept de boîte noire « ser[t] à définir tout système en tant que structure cause-effet. Le phénomène de sortie est une fonction du phénomène d'entrée et de la transformation que celui-ci subit à l'intérieur de la boîte-noire dans un certain délai. » (Mathien, 1992, p. 10)

Exemple. L’« entreprise médiatique est une "boîte noire" dans laquelle les flux d'entrée, matières premières immatérielles (les messages bruts) et matières premières (papier, encre), se combinent entre eux suivant un processus particulier, délimité dans le temps, pour se confondre dans un flux de sortie concrétisé par la production en série de journaux. » (Mathien, 1989, p. 76)
Bourdieu (Pierre)

Biographie. « Pierre Bourdieu naît le 1er août 1930 à Denguin, dans les Pyrénées-Atlantiques, où son père occupe un poste de « petit » fonctionnaire des P.T.T. Il se marie le 2 novembre 1962 avec Marie-Claire Brizard ; de cette union naissent trois fils (Jérôme, Emmanuel, Laurent). Ses études se déroulent successivement au lycée de Pau, au lycée Louis Le Grand, puis à l’Ecole normale supérieure. Agrégé de /p. 6/ philosophie, il sera professeur au lycée de Moulins en 1954-1955. L’Algérie, où il effectue son service militaire et où il sera assistant entre 1958 et 1960 (faculté de lettres d’Alger), lui fournit un terrain d’étude privilégié : outre Sociologie de l’Algérie (éd. PUF, « Que sais-je », 1958), il publie, en collaboration avec Abdelmalek Sayad, Le déracinement. La crise de l’agriculture traditionnelle en Algérie (éd. de Minuit, 1964). L’étude anthropologique des paysans kabyles lui permettra de jeter les bases de sa théorie sociologique : on trouve dans l’Esquisse d’une théorie de la pratique, précédée de trois études d’ethnologie kabyle (éd. Droz, 1972) une démarche et des concepts qui constitueront le fil directeur de l’ensemble de l’œuvre de P. Bourdieu. À la fin de la guerre d’Algérie, il sera nommé assistant à la Faculté des lettres de Paris (1960-1961) puis maître de conférences à la faculté de Lille de 1961 à 1964. En 1981, il occupe la chaire de sociologie au Collège de France. Il dirigeait la revue Actes de la recherche en sciences sociales (ARSS) depuis sa création en 1975. Il obtient la Médaille d’or du CNRS en 1993. P. Bourdieu est décédé le 23 janvier 2002. » (Bonnewitz, 2002, pp. 5-6)
Bruit (théorie de la communication)

Explication. « la notion de "bruits" (au sens de la théorie de l'information) regroup[e] toutes les perturbations venant s'opposer à l'attention d'un individu [...]. Celles-ci sont aussi bien constituées par tout ce qui se passe dans l'environnement de ce qui est "objet d'attention", que par les états d'âme de celui qui doit être attentif [le plus ou moins grand intérêt porté au message émis]. Les "bruits" sont, en quelque sorte, externes et internes à l'individu-récepteur [...]. » (Mathien, 1992, p. 209)
Cadrage (ou framing) (sociologie des médias)

Définition. « Le cadrage d’un événement [...] signifie sélectionner certains aspects de cet événement [...] et en rendre certaines de ses dimensions plus saillantes. Les journalistes, en choisissant de traiter une question sous un angle précis [...] peuvent orienter les représentations que nous nous faisons [...]. Le cadrage retenu, le travail de catégorisation et de qualification effectué, peuvent ainsi avoir une incidence sur les récepteurs puisque le mode de présentation d’un sujet influe sur l’opinion qu’on se fera de ce sujet. Ce fut, semble-t-il, le cas en 1988 au moment de l’élection présidentielle au cours de laquelle les médias ont, par une sorte de cadrage discriminant, marginalisé la candidature de Raymond Barre en raison des doutes qu’ils émirent sur l’étendue de son réseau politique. » (Rieffel, 2001, 2005, p. 26)

Explication. « Shanto Iyengar [1991] a [...] montré que le cadrage (ou framing), autrement dit l'angle sous lequel on traite une question, suscite des interprétations différentes de la part du récepteur. Le mode de présentation d'un sujet (son importance, sa place, son angle) influe sur l'opinion qu'on se fait de ce sujet, active des considérations déjà présentes chez l'électeur et en modifie le poids. Présenter par exemple la pauvreté à la télévision à l'aide de reportages qui mettent l'accent sur des portraits de chômeurs (cadrage épisodique) ne provoquera pas le même type de réaction que si on cherche à contextualiser le reportage par des statistiques, des considérations économiques (cadrage thématique). Dans le premier cas, l'imputation sera individuelle (s'il est pauvre, c'est de sa faute) ; dans le second cas, l'imputation sera collective (s'il est pauvre, c'est la faute du gouvernement). » (Rieffel, 2005, p. 206)

Cadrage épisodique et cadrage thématique. « Le cadrage peut être épisodique c'est-à-dire qu’on traitera d’un problème tel que le chômage en faisant, par exemple, le portrait d’un chômeur (le téléspectateur attribuera alors la responsabilité du problème à l’individu lui-même) ou thématique c'est-à-dire qu’on évoquera le problème du chômage à l’aide d’une approche macroéconomique fondée par exemple sur des statistiques (le téléspectateur imputera alors la responsabilité du problème à un collectif, le plus souvent le gouvernement en place). » (Rieffel, 2001, 2005, p. 37, n. 2)
Caeteris paribus  Voir « Ceteris paribus »
CAPI (Computer Assisted Personal Interview)

Définition. « interview en face à face assistée par ordinateur » (CESP, 2002, p. 14)

Le système CAPI double écran.  Exemple de l’étude AEPM. « Le système CAPI utilisé par l’AEPM [Audiences études sur la presse magazine] est composé :  d’un micro-ordinateur sur lequel figure le questionnaire et sur lequel l’enquêteur saisit les réponses ;  d’une ardoise électronique présentée à l’interviewé sur laquelle défilent les logos des quotidiens et des magazines ainsi que les items de réponses aux différentes questions. » (CESP, 2002, p. 18)  Les apports du CAPI double écran. « Par rapport au questionnaire papier/crayon traditionnellement utilisé dans les enquêtes en face à face, le CAPI double écran représente une innovation technologique importante qui améliore de façon sensible le recueil de l’information :  l’utilisation de l’ordinateur confère un caractère plus sérieux et plus professionnel à l’enquête ;  la présentation des logos et des listes réponses sur l’écran rend l’interview plus conviviale et permet de maintenir l’attention des interviewés ;  les guidages et les filtres étant gérés directement par le logiciel, l’enquêteur peut rester plus vigilant et être davantage à l’écoute des interviewés ;  dans le cas d’une enquête comportant un nombre de titres conséquent comme celle de l’AEPM (150 magazines environ), le CAPI permet de mettre en place une rotation aléatoire évitant ainsi les effets d’ordre fréquemment observés dans les enquêtes papier/crayon ;  enfin, le rappel du logo du titre étudié pour toutes les questions d’audience, constitue une aide supplémentaire dans un questionnaire où la mémoire de l’interviewé est fortement sollicitée. » (CESP, 2002, p. 23)
Capital culturel (concept de Pierre Bourdieu)

Définition. « ensemble des qualifications intellectuelles, soit produites par le système scolaire, soit transmises par la famille. Ce capital peut exister sous trois formes : à l’état incorporé comme disposition durable du corps (par exemple l’aisance d’expression en public) ; à l’état objectif comme bien culturel (la possession de tableaux, d’ouvrages) ; à l’état institutionnalisé c'est-à-dire socialement sanctionné par des institutions (comme les titres scolaires). » (Bonnewitz, 2002, « Glossaire spécifique », p. 93, souligné par moi)

Explication. « Le capital culturel correspond notamment au capital scolaire (décrit par le niveau de formation et les types de diplôme, la maîtrise de la langue, des "bonnes manières", de la "culture") » (Vigour, 2005, p. 131).

Les trois formes du capital culturel. Explication 1. « Dans les circonstances habituelles et les relations du quotidien, la culture fonctionne comme pouvoir, ou capital, susceptible d’admettre l’une de trois formes distinctes (Bourdieu, 1986). Elle peut être objectivée, pour ainsi dire, sous forme de machines, livres, œuvres d’art ou de science ; elle peut être institutionnalisée, comme c’est le cas avec les diplômes, les certificats, les pièces justificatives officielles ; enfin, elle peut être incorporée dans les personnes, sous la forme de ce que Bourdieu appelle l’habitus. » (Wacquant, 1993, p. 33, souligné par moi) Explication 2. Le capital culturel « peut exister sous trois formes : à l’état incorporé, comme disposition durable du corps, c'est-à-dire comme habitus ; à l’état objectif, comme bien culturel, par exemple un tableau ; à l’état institutionnalisé, le titre scolaire en est la meilleure illustration. » (Durand, Weil, 1989, 2006, p. 296)
Capital économique (concept de Pierre Bourdieu)

Définition 1. « ensemble des ressources patrimoniales (terres, biens immobiliers, portefeuille financier) et des revenus, qu’ils soient liés au capital (loyers, intérêts, dividendes) ou à un exercice professionnel salarié ou non salarié (honoraires des professions libérales, bénéfices industriels et commerciaux pour les chefs d’entreprise ou les artisans et commerçants). » (Bonnewitz, 2002, « Glossaire spécifique », p. 93)

Définition 2. « non seulement constitué par les différents facteurs de production (terres, usines, travail, monnaie, etc.) et l’ensemble des biens économiques, des revenus, il se caractérise aussi par le type d’intérêt économique qui a cours à un moment donné. Le capital économique ne fonctionne pas de la même manière dans une économie agraire, soumise à la logique des récoltes précédentes, et dans une économie capitaliste exigeant le calcul rationnel. » (Durand, Weil, 1989, 2006, p. 296)
Capital social (concept de Pierre Bourdieu)

Définition 1. « ensemble des relations "socialement utiles" qui peuvent être mobilisées par les individus ou les groupes dans le cadre de leur trajectoire professionnelle et sociale. » (Bonnewitz, 2002, « Glossaire spécifique », p. 93)

Définition 2. « Le capital social désigne une [...] forme de capital, lié à la possession durable d'un réseau de relations sociales ou à l'appartenance à un groupe stable que l'individu peut mobiliser dans ses stratégies. Ce capital est variable en volume et en potentialités selon les relations concernées : "Le volume de capital social que possède un agent particulier dépend de l'étendue des liaisons qu'il peut effectivement mobiliser et du volume de capital (économique, culturel ou symbolique) possédé en propre par chacun de ceux auxquels il est lié." (Bourdieu Pierre, Le sens pratique, Minuit, 1980) » (Akoun, Ansart, 1999)

Attention ! Le capital social au sens de Bourdieu n'est donc pas l'ensemble des relations d'un individu, mais l'ensemble des relations dotées d'un certain pouvoir. (d'après Catherine Delcroix, 25/10/2004)
Capital symbolique (concept de Pierre Bourdieu)

Définition 1. « magie sociale qui transforme en qualités de la personne ou de la lignée, les richesses socialement accumulées. » (Pinçon, Pinçon-Charlot, 2002, p. 141)

Définition 2. « ensemble des rituels (comme l’étiquette ou le protocole) liés à l’honneur et à la reconnaissance. Il est le crédit et l’autorité que confèrent à un agent la reconnaissance et la possession des trois autres formes de capital (économique, culturel et social). » (Bonnewitz, 2002, « Glossaire spécifique », p. 93)

Définition 3 (capital symbolique, charisme et magie). « Un des effets de la violence symbolique est la transfiguration des relations de domination et de soumission en relations affectives, la transformation du pouvoir en charisme ou en charme propre à susciter un enchantement affectif (par exemple dans les relations entre patrons et secrétaires). [...] L’alchimie symbolique, telle que je viens de la décrire, produit, au profit de celui qui accomplit les actes d’euphémisation, de transfiguration, de mise en forme, un capital de reconnaissance qui lui permet d’exercer des effets symboliques. C’est ce que j’appelle le capital symbolique, conférant ainsi un sens rigoureux à ce que Max Weber désignait du mot de charisme, concept purement descriptif, qu’il donnait explicitement – au début du chapitre sur la religion de Wirtschaft und Gesellschaft – pour un équivalent de ce que l’école durkheimienne appelait la mana. Le capital symbolique est une propriété quelconque, force physique, richesse, valeur guerrière, qui, perçue par des agents sociaux dotés des catégories de perception et d’appréciation permettent de la percevoir, de la connaître et de la reconnaître, devient efficiente symboliquement, telle une véritable force magique : une propriété qui, parce qu’elle répond à des « attentes collectives », socialement constituées, à des croyances, exerce une sorte d’action à distance, sans contact physique. On donne un ordre et il est obéi : c’est un acte quasi magique. » (Bourdieu, 1994, p. 187)

Exemples de capital symbolique. La place essentielle de l’Etat. « Comme le sorcier mobilise tout le capital de croyance accumulé par le fonctionnement de l’univers magique, le président de la République qui signe un arrêté de nomination ou le médecin qui signe un certificat (de maladie, d’invalidité, etc.) mobilisent un capital symbolique accumulé dans et par tout le réseau de relations de reconnaissance qui sont constitutives de l’univers bureaucratique. Qui certifie la validité du certificat ? Celui qui a signé le titre donnant licence de certifier. Mais qui certifie à son tour ? On est entraîné dans une régression à l’infini au terme de laquelle « il faut s’arrêter » et l’on peut, à la façon des théologiens, choisir de donner le nom d’Etat au dernier (ou au premier) maillon de la longue chaîne des actes officiels de consécration. C’est lui qui, agissant à la façon d’une banque de capital symbolique, garantit tous les actes d’autorité, actes, à la fois arbitraires et méconnus comme tels, d’« imposture légitime », comme dit Austin : le président de la République est quelqu'un qui se prend pour le président de la République, mais qui, à la différence du fou qui se prend pour Napoléon, est reconnu comme fondé à le faire. » (Bourdieu, 1994, p. 122)

Exemple de capital symbolique : celui de Louis XIV. « Le capital symbolique qui fait qu’on s’incline devant Louis XIV, qu’on lui fait la cour, qu’il peut donner des ordres et que ces ordres sont obéis, qu’il peut déclasser, dégrader, consacrer, etc., n’existe que dans la mesure où toutes les petites différences, les marques de distinction subtiles dans l’étiquette et les rangs, dans les pratiques et dans le vêtement, qui font la vie de cour, sont perçues par des gens qui connaissent et reconnaissent pratiquement (ils l’ont incorporé) un principe de différenciation qui leur permet de reconnaître toutes ces différences et de leur accorder valeur [...]. Le capital symbolique est un capital à base cognitive, qui repose sur la connaissance et la reconnaissance. » (Bourdieu, 1994, p. 161)

Exemple de capital symbolique : dans le monde de l’art. « Le capital de l’artiste est un capital symbolique [...]. Ce capital symbolique de reconnaissance [...] suppose la croyance des gens engagés dans le champ. C’est ce qu’a bien montré Duchamp qui [...] a fait de véritables expérimentations sociologiques. En exposant un urinoir dans un musée, il a mis en évidence l’effet de constitution qu’opère la consécration par un lieu consacré, et les conditions sociales de l’apparition de cet effet. Toutes les conditions ne se réduisent pas à celles-là, mais il fallait que cet acte soit accompli par lui, c'est-à-dire par un peintre reconnu comme peintre par d’autres peintres ou d’autres agents du monde de l’art ayant le pouvoir de dire qui est peintre, il fallait qu’il soit dans un musée qui le reconnaissait comme peintre et qui avait le pouvoir de reconnaître son acte comme un acte artistique, il fallait que le milieu artistique soit prêt à reconnaître ce type de mise en question de sa reconnaissance. [...] Il faudrait encore redire à propos du capital symbolique de l’écrivain ou de l’artiste, à propos du fétichisme du nom de l’auteur et de l’effet magique de la signature, tout ce qui a été dit à propos du capital symbolique tel qu’il fonctionne dans d’autres univers : en tant que percipi, il repose sur la croyance, c'est-à-dire sur les catégories de perception et d’appréciation qui sont en vigueur dans le champ. » (Bourdieu, 1994, pp. 198-199)
Carrière

Définition. « Terme du langage courant utilisé pour désigner les différentes étapes de la vie professionnelle. La constitution de biographies, l'analyse longitudinale de trajectoires visent à dépasser l'étude synchronique des situations de travail pour saisir leur déroulement temporel. Utilisé par le courant interactionniste, le concept s'élargit au-delà de sa sphère habituelle. Il s'agit alors de construire des modèles séquentiels de passages d'une position à une autre, de considérer l'histoire des individus comme une série d'engagements envers les normes et les institutions, impliquant des changements de comportements et d'opinions. On peut alors parler, comme le fait [Howard] Becker, de carrières de déviants ou de délinquants. » (Ferréol, 1991, 1995, art. « Carrière », p. 15)
Catégorie scientifique
Catégories de perception

Explication (par Bourdieu). « [Les journalistes] sélectionnent dans cette réalité particulière qu'est la vie des banlieues, un aspect tout à fait particulier, en fonction de catégories de perception qui leur sont propres. La métaphore la plus communément employée par les professeurs pour expliquer cette notion de catégorie, c'est-à-dire ces structures invisibles qui organisent le perçu, déterminant ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas, est celle des lunettes. Ces catégories sont le produit de notre éducation, de l'histoire, etc. Les journalistes ont des "lunettes" particulières à partir desquelles ils voient certaines choses et pas d'autres ; et voient d'une certaine manière les choses qu'ils voient. Ils opèrent une sélection et une construction de ce qui est sélectionné. » (Bourdieu, 1996, p. 18)
CATI (Computer Assisted Telephone Interview)

Définition. « interview téléphonique assistée par ordinateur » (CESP, 2002, p. 7)
CCCS  Voir « Cultural studies »
CECMAS  Voir « Centre d'études des communications de masse (CECMAS) »
Centre d'études des communications de masse (CECMAS)

Présentation. « En 1960, le Centre d'études des communications de masse (CECMAS) est créé à l'intérieur de l'École pratique des hautes études. Fondé à l'initiative du sociologue Georges Friedmann (1902-1978), ce centre représente la première tentative sérieuse de constituer en France un milieu et une problématique de recherche en communication. Son programme est l'analyse des "rapports entre la société globale et les communications de masse qui lui sont fonctionnellement intégrées". Il entend remédier au retard pris par la recherche française dans un domaine largement dominé par l'analyse fonctionnelle américaine et à la carence d'une perspective transdisciplinaire. // Autour de Georges Friedmann, se réunissent Edgar Morin et Roland Barthes. Chacun d'entre eux représente un champ et des orientations de recherches propres. Barthes est le seul à se situer dans la mouvance du structuralisme. [...] Autour de ce centre gravitent des personnalités aussi diverses que Jean Baudrillard, Julia Kristeva, Christian Metz, Abraham Moles, Violette Morin, André Glucksmann, Pierre Fresnault-Deruelle, Jules Gritti, Eliseo Veron, A. J. Greimas, mais aussi des chercheurs liés à l'industrie publicitaire comme Jacques Durand et Georges Péninou qui étudieront comment la machine rhétorique peut être mise au service de la création. La revue Communications fondée en 1961 constitue leur lieu privilégié d'expression. [... /p. 50/ ...] le CECMAS a changé deux fois d'intitulé : en 1974, il devient le Centre d'études transdisciplinaires, sociologie, anthropologie, sémiologie (CETSAS) ; en 1979, ce dernier est rebaptisé CETSAP, la sémiologie ayant disparu au bénéfice de la politique. » (Mattelart, Mattelart, 1995, 2004, pp. 49-50)
Centre of contemporary cultural studies (CCCS)

 Voir « Cultural studies »

Informations historiques. « Le Centre fut fondé par Richard Hoggart en 1964, qui en assura la direction avant de céder sa place à Stuart Hall en 1968 » qui le dirigea jusqu’en 1979. Il « ferma ses portes en 2002 » (Cervulle, 2007, p. 10).
Ceteris paribus (ou Caeteris paribus)  Voir aussi « Toutes choses égales par ailleurs »

Définition. Expression latine signifiant « toutes choses égales par ailleurs ».

Exemple. « On cause beaucoup moins – caeteris paribus, – aux champs qu'à la ville [...] » (Tarde, 1901, 1989)
Champ (concept de Pierre Bourdieu)  Voir aussi « Champ autonome »

Définition. « Pour Bourdieu, une société est constituée d'une pluralité de champs (champ économique, champ culturel, champ politique, etc.), c'est-à-dire d'espaces autonomes structurés par des rapports de domination et des enjeux spécifiques, irréductibles par rapport à ceux des autres champs (un P.D.G. ne court pas après les mêmes enjeux qu'un homme politique ou qu'un artiste). » (Colloque PB, 2003) Un champ peut être composé de « sous-champs ». Par exemple, le champ télévisuel est un sous-champ du champ journalistique (Bourdieu, 1996, p. 60).

Définition (selon Bourdieu). « Un champ est un espace social structuré, un champ de forces – il y a des dominants et des dominés, il y a des rapports constants, permanents, d'inégalité qui s'exercent à l'intérieur de cet espace – qui est aussi un champ de luttes pour transformer ou conserver ce champ de forces. Chacun, à l'intérieur de cet univers, engage dans sa concurrence avec les autres la force (relative) qu'il détient et qui définit sa position dans le champ et, en conséquence, ses stratégies. » (Bourdieu, 1996, p. 46)

Explication de Bourdieu. « Les champs sont des microcosmes, des petits mondes sociaux qui existent à l’intérieur du macrocosme social. Un exemple, c’est le champ scientifique. C’est un univers social qui a ses lois : il y a les dominants et les dominés, il y a une distribution inégale de capital, etc. De même, il y a le champ artistique, le champ juridique, le champ universitaire... Chacun de ces champs a des propriétés particulières. Et, en même temps, il existe des propriétés générales des champs. Disons que l’on peut, à propos de tout champ, poser la même batterie de questions générales : À quoi joue-t-on dans ce champ ? Quel est l’enjeu ? Quels sont les atouts qu’il faut avoir pour gagner dans ce jeu ? Quelle est la structure de la distribution des atouts ?... Tout cela, on ne le sait pas a priori. Il faut, à chaque fois, étudier, observer. Mais on n’est pas non plus désarmé : puisque l’on a des questions et que l’on sait un peu comment cela se passe dans d’autres champs, on peut comprendre très vite. Par exemple, il m’arrive très souvent, quand je commence une enquête, d’avoir très vite un système d’interrogations qui me permet d’être à la hauteur des personnes que j’interroge, qui peuvent croire que je connais très bien leur univers parce que, en mettant en jeu mon modèle comme système de questions, je peux poser des interrogations qui ne sont pas ridicules. » (Bourdieu, 2001, citation orale mise sous une forme écrite par mes soins)

Explication de Philippe Corcuff. « [ Il existe différents types de champs :] La société est constituée chez Bourdieu par une variété de champs sociaux autonomes : champ économique, mais aussi champ politique, champ technocratique, champ journalistique, champ intellectuel, champ religieux, etc. [ Définition du champ :] Un champ, c'est une sphère de la vie sociale qui s'est progressivement autonomisée à travers l'histoire autour de relations sociales, d'enjeux, de ressources et de rythmes temporels propres, différents de ceux des autres champs. Les gens ne courent ainsi pas pour les mêmes raisons dans le champ économique, dans le champ politique, dans le champ artistique, dans le champ sportif ou dans le champ religieux. [ Les rapports de domination au sein des champs :] Chaque champ est structuré par des rapports de domination, des luttes entre dominants et dominés. [...] [ L'importance du champ économique :] Tous les champs n'ont pas le même poids dans une formation sociale, et Bourdieu rappelle souvent l'importance du champ économique. » Par exemple, le poids actuel du champ économique (la marchandisation du monde) a un effet asservissant sur les autres champs (par exemple le champ journalistique) : « les progrès de la marchandisation peuvent réduire le degré d'autonomie d'un champ (ou de secteurs d'un champ) par rapport au champ économique (c'est aujourd'hui le cas dans le champ journalistique, avec la concentration économique croissante des médias) » (Corcuff, 2004)

Une métaphore sportive. « Bourdieu a beaucoup pris les métaphores sportives dans certains de ses ouvrages pour illustrer le concept de champ. Un champ social, c'est comme un champ de jeu. C'est-à-dire : il y a des agents qui sont dotés de ressources spécifiques, qui s’affrontent pied à pied et âprement pour s’approprier les positions favorables. [...] Les nouveaux venus, qui sont nécessairement dominés par ceux qui sont les plus anciennement installés dans le champ de jeu, doivent absolument inventer un jeu en tout point dissemblable à celui qui domine pour essayer de s’y faire une place. De plus, le sens de l’anticipation et du placement – qui est évidemment particulièrement parlant dans l’affrontement sportif – est transposable dans un champ intellectuel, pictural, artistique ou politique. » (Pociello, 2006)
Champ autonome (concept de Pierre Bourdieu)

Explication (par Bourdieu). « Un champ très autonome, celui des mathématiques par exemple, est un champ dans lequel les producteurs n'ont pour clients que leurs concurrents, ceux qui auraient pu faire à leur place la découverte qu'ils leur présentent. [...] Pour conquérir l'autonomie, il faut construire cette espèce de tour d'ivoire à l'intérieur de laquelle on se juge, on se critique, on se combat même, mais en connaissance de cause ; on s'affronte, mais avec des armes, des instruments scientifiques, des techniques, des méthodes. [... /p. 72/ ...] On s'étonne parfois de voir que, à la télévision, les historiens ne sont pas toujours d'accord entre eux. On ne comprend pas que, très souvent, ces discussions opposent des gens qui n'ont rien en commun et qui ne devraient pas parler ensemble (un peu comme si vous mettiez ensemble – les mauvais journalistes adorent ça – un astronome et un astrologue, un chimiste et un alchimiste, un sociologue de la religion et un chef de secte, etc.). » (Bourdieu, 1996, pp. 71-72)
Chicago (école de)
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