Cours de Philippe Koeppel, octobre 1996-janvier 1997








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Le despotisme. Montesquieu en a une sainte horreur. pour lui, c’est une forme de gouvernement qui n’est pas viable, qui va obligatoirement à sa perte, car il est fait par la force et repose sur la crainte. Or, ce qui est fait par la force peut être défait par la force (métaphore du château de sable, très fragile). La révolte devient alors légitime (aspiration au bonheur). La question de l’inégalité se pose. Curieusement, le despotisme assure l’égalité entre les hommes, mais dans le malheur. Mais au XVIII° siècle, on ne peut plus justifier un tel gouvernement avec la Raison (contrairement au XVII° siècle, comme avec Hobbes).
La république. Montesquieu appartient à la noblesse de robe, et il est attaché à la monarchie. Mais il écrit quand même que pour lui, le meilleur des régimes, c’est la république, puisqu’elle assure l’égalité entre les citoyens, sous le principe de la vertu, de l’esprit civique (le respect des lois de la république). Mais pour lui, la république n’est qu’une utopie pour les grandes nations comme la France (contrairement aux républiques antiques).

Dans un tel régime, il faudrait le respect quasi-sacré de la loi. Ces lois ne doivent pas tomber du ciel, mais être l’émanation du désir de tous les citoyens : les lois sont faites pour que tous les respectent. Le gouvernant est donc un magistrat, chargé de mettre en forme et de faire respecter les lois des citoyens. Le problème de la vertu, c’est que l’on ne peut l’acquérir que par l’éducation. Il faut faire de l’enfant un citoyen. Ce problème sera posé à la Révolution, Condorcet va émettre ses idées sur l’éducation (c’est l’idéal de l’école de la III° République).

La république est donc utopique, mais c’est un modèle vers lequel il faut tendre. Comment, au sein de la monarchie, peut-on s’en rapprocher le plus possible ?
La monarchie. C’est le moindre mal. Son défaut, c’est que c’est le pouvoir d’un seul (« mono »), et elle peut donc toujours dériver vers l’absolutisme, qui est une forme de despotisme.

Montesquieu est certainement celui qui a fait la critique la plus féroce de l’absolutisme ; il a critiqué le règne de Louis XIV directement, mais aussi celui de Louis XV. Pour lui, l’absolutisme est la mal absolu, le malheur de l’homme (il l’a vu sous Louis XIV). Il la condamne (et c’est celle de la France).

Il se pose aussi le problème de la liberté (comment assurer celle des citoyens ?).

Il existe un autre type de monarchie, qui est la seule viable selon Montesquieu : la monarchie féodale. Il va montrer qu’elle a existé, qu’elle n’existe plus et qu’elle est utopique (c’est la première monarchie, ou la monarchie des origines). C’est la seule qui marche avec le principe de l’honneur. Elle est fondée sur un contrat non écrit (il n’y en a pas besoin, car le principe de l’honneur fait que personne ne s’y soustraira). Le lige est celui qui est lié à l’autre. L’honneur fait que l’on respecte ce lien. La monarchie féodale est donc un système inégalitaire, mais qui peut assurer le bonheur ; mais on ne peut y revenir.

Il y a une monarchie constitutionnelle, tempérée, supportable. Le modèle, c’est l’Angleterre (il y a au XVIII° siècle une véritable passion pour l’Angleterre). La façon dont fonctionne la justice en Angleterre a été une des causes de la Révolution française. En France, la justice est vénale (on achète sa charge pour devenir juge, d’où une certaine corruption), alors qu’en Angleterre, la justice est élective. La question de la liberté se pose toujours. En France, une simple lettre de cachet du Roi peut embastiller n’importe qui sans explications. En Angleterre, il y a la loi de l’habeas corpus (« tu es propriétaire de ton corps »), et les anglais sont protégés contre ce genre d’emprisonnement arbitraire ; cela éblouit les Lumières. En France enfin, la religion est celle du monarque, et les autres sont discriminées et persécutées. En Angleterre, il y a l’anglicanisme, mais les autres religions sont admises (cf. les lettres philosophiques de Voltaire). L’Angleterre a donc une monarchie qui a réussi à se débarrasser de l’absolutisme. Le pouvoir monarchique est certes héréditaire, mais il est tempéré par le Parlement et par la Chambre des Lords. En Angleterre, c’est le mérite que l’on reconnaît (les grands hommes, les poètes sont anoblis) ; en France, c’est la naissance. Molière (Dom Juan) : « La naissance n’est rien si le mérite n’est pas ».
La solution est donc celle de la monarchie tempérée (ce qu’essayeront de faire les Girondins au début de la Révolution).

Dans chaque pays, les droits de ceux qui constituent la nation doivent être écrits, sous forme d’une constitution.

Bibliographie :

René Pommeau, Voltaire et son temps (biographie collective en cinq volumes, écrite par tous les spécialistes de Voltaire), et tout particulièrement le tome 4, Écrasons l’infâme.

Jacques van den Heuvel, Voltaire dans ses contes (Armand Colin).

— les différents Contes de Voltaire.

Les lettres anglaises.

Le Mondain.

Poème sur le tremblement de terre de Lisbonne.

I - INTRODUCTION
Voltaire est une figure emblématique du XVIII° siècle français. Victor Hugo appelle d’ailleurs le XVIII° siècle le « siècle de Voltaire ».

Son pseudonyme est l’anagramme de son véritable nom : AROVET Le Ieune (Arouet le Jeune, écrit avec l’alphabet latin).

Voltaire domine la politique, la philosophie et la littérature du XVIII° siècle. C’est un mauvais philosophe, au sens classique du terme, mais le plus représentatif des Philosophes des Lumières, celui qui milite pour le bonheur des autres. Il s’intéresse à tout, et il est le meilleur connaisseur de son temps en ce qui concerne les écritures saintes. Il se passionne pour les sciences, qu’il vulgarise (notamment Newton). C’est également le premier des historiens modernes. Lanson : « Voltaire est un chaos d’idées claires ». Il envoie quantité de ses « bombes volantes » (ses lettres, qui forment une ouvre immense). Voltaire est un homme d’action, comme l’indique le titre de l’ouvrage de Delatre, Voltaire l’impétueux (impetuus : l’assaut, en latin).
Pour les hommes du XVIII° siècle, Voltaire est avant tout un homme de théâtre (le XVIII° siècle est avant tout le siècle du théâtre, qui touche toutes les couches sociales, allant des théâtres de foire (parvis des églises) à l’opéra). Il a écrit un nombre important de tragédies. A 84 ans, le pouvoir royal lui permet de quitter Ferney pour la dernière représentation de Irène. C’est l’apothéose, le peuple de Paris est là pour célébrer Voltaire l’homme de théâtre et l’homme des assauts. Son théâtre est cependant mort (il n’y aura pas de deuxième Racine).

Voltaire est un polygraphe, il touche à tous les genres : correspondances, ouvrages autobiographiques, petits romans, contes, ouvrages philosophiques, historiques ou scientifiques, etc.

Il est aussi le « premier intellectuel engagé » (Philippe Sollers).

II - SA VIE
La vie et l’œuvre de Voltaire sont inséparables. Voltaire est un véritable écorché. Il somatise, est hypocondriaque. Musset parle du « hideux sourire de Voltaire ». Il est toujours malade, à l’article de la mort.

Il reçoit beaucoup.

Très généreux, mais surtout très rancunier, il n’oublie jamais rien. On le touche à peine, on le pique. On le pique, et il mord.

Pour lui, il n’y a que la fin qui compte. Surtout quand c’est pour la bonne cause, il emploie tous les moyens, même la mauvaise foi. Voltaire : « Il faut marcher en ricanant sur les chemins de la vérité ». C’est un auteur militant.
François-Marie Arouet naît à Paris en 1694. Il n’appartient pas à l’aristocratie, mais à la bonne bourgeoisie. Sa mère est très sage, mais elle est libertine d’esprit. Avec elle et un oncle chanoine, Voltaire va fréquenter les milieux libertins (être libertin signifie être philosophe au XVIII° siècle). Très jeune, Voltaire va donc baigner dans un bain philosophique.

Le concept de « libertins » apparaît surtout à la fin du XVIII° siècle (libertinus signifie « libre », en latin). Il y a des libertins de corps (comme Valmont dans les Liaisons Dangereuses) et des libertins d’esprit, c’est-à-dire des libres penseurs, des personnes qui prennent des distances par rapport à la religion).
Son père et son frère sont jansénistes (l’aspect religieux le plus sombre des XVII° et XVIII° siècles). Les jansénistes ont une vision sombre du religieux. Le jansénisme vient de la lecture des écrits de Saint-Augustin par l’évêque d’Ypres, Jansen. Il a réfléchi sur la grâce divine : d’après lui, elle ne nous est pas attribuée selon nos mérites. Il faut néanmoins se comporter comme si elle l’était.

Chez le jeune Voltaire, il y aura donc un aspect libertin, mais aussi sombre (il aura une répulsion pour le religieux sombre et fanatique).
Il fait ses études chez les jésuites , à Paris, au Collège d’Harcourt. Il admirera sa pédagogie. Dans ce collège se retrouvent surtout les enfants des nobles (les futurs ministres, qui seront utiles plus tard à Voltaire). Trois choses le marqueront profondément :

— l’amour du théâtre (alors interdit ailleurs).

— les jésuites sont missionnaires, et pour catéchiser, ils vont partout. Ils envoient les « lettres édifiantes », qui présentent la vie de continents peu connus à l’époque, comme la Chine ; ces lettres sont étudiées en classe. De là vient la véritable sinophilie de Voltaire (cf. article sur Confucius dans le Dictionnaire philosophique). Le confucianisme apparaît à Voltaire comme un exemple de tolérance, à l’opposé de la religion chrétienne.

— l’excellent enseignement du latin (en France jusqu’en 1960). Il va permettre à Voltaire de faire de l’exégèse, à partir des textes latins (Voltaire est, rappelons-le, un des meilleurs connaisseurs des écritures saintes).
1718. C’est la date du premier séjour de Voltaire à la Bastille, par lettre de cachet, sous la Régence. Voltaire mène alors une vie de jeune bourgeois riche, et il peut fréquenter la haute noblesse. Il est reconnu comme un des meilleurs poètes parisiens. Mais il commet la maladresse d’écrire des vers latins sur de prétendues relations incestueuses entre le régent et sa fille, ce qui provoque son embastillement. C’est la première grande humiliation que subit Voltaire. Cela date son premier combat contre l’absolutisme, et le souhait d’une monarchie constitutionnelle (comme l’Angleterre). Il restera à la Bastille quelques mois, puis il retournera ) à la cour.
1726. Deuxième embastillement de Voltaire. C’est Noël. Voltaire est chez le duc de Rohan (une des plus grandes familles de France), à l’hôtel de Sully. Un des fils du duc se moque gentiment de Voltaire, et de sa roture. Voltaire lui répond : « Monsieur, mon nom commence là où finit le vôtre ». À la sortie de l’hôtel, Voltaire se fait bastonner par les domestiques ; il annonce alors son intention de se battre en duel (ce qui est impossible pour un bourgeois, surtout contre un noble, cf. L’Ingénu). Cela provoque une deuxième lettre de cachet à son encontre.
Le pouvoir royal lui propose alors un marché : soit il reste embastillé, soit il s’exile en Angleterre. Voltaire opte donc pour l’Angleterre, où il séjournera en 1627 et en 1628. Il va apprendre l’anglais, lire les philosophes anglais, et découvrir un autre monde, une autre société, une autre philosophie. Tout ce qu’il va découvrir, il va l’écrire dans ses Lettres anglaises (publiées en 1734 seulement, puis appelées Lettres philosophiques). La dernière lettre (n°24) dénonce Pascal et son jansénisme. C’est la première bombe, avec les Lettres persanes de Montesquieu, contre l’Ancien Régime. A partir du modèle anglais, il va écrire une critique féroce.

L’Angleterre apparaît comme le pays de la tolérance religieuse. A côté de l’Église officielle, anglicane, il y a des sectes diverses (le quakerisme par exemple, une doctrine protestante prêchant le pacifisme, la philanthropie et la simplicité des mœurs. Cf. la lettre sur les quakers dans les Lettres anglaises). Voltaire : « S’il y avait deux religions en Angleterre, elles s’égorgeraient ; il y en a tellement qu’elles vivent en bonne intelligence, et chacun va au ciel comme il l’entend ».

Comme tous les français qui observent l’Angleterre, il va découvrir le régime politique de ce pays, la monarchie constitutionnelle. Il découvre aussi — ce qui est important pour quelqu’un qui a été embastillé deux fois — la loi de l’habeas corpus (on ne peut pas emprisonner quelqu’un avant d’avoir eu la preuve de sa culpabilité). C’est la terre de la liberté. Il en naîtra une anglophilie dont Voltaire ne se départira jamais.

Dans sa Lettre sur la Bourse de Londres, Voltaire découvre une économie tout autre que celle de la France. Pour lui, l’économie est ce qui peut rendre une nation heureuse. Or, pour Voltaire, l’économie française ne peut pas marcher, pour deux raisons :

— la France a une économie boiteuse, car ceux qui ont la richesse n’investissent pas dans le commerce (ils continuent de croire que la richesse, c’est la terre). Voltaire se rend compte que ce qui fait marcher le pays, c’est le commerce, avec l’industrie naissante.

— Alors que la noblesse anglaise travaille, la noblesse française n’en a pas le droit, ce qui étonne Voltaire. Cela fait une énorme différence : en Angleterre, la noblesse apparaît active et participant au bonheur du pays.

Voltaire va se retrouver confronté aux ouvrages de Hobbes, ce qui déclenche sa pensée politique. Il va aussi rencontrer Locke et l’empirisme anglais (le sensualisme, en France), qui va chez tous les Philosophes générer une méfiance de la métaphysique (Voltaire sera le plus vindicatif). Il y a un refus radical de toute pensée spéculative. Le sensualisme est très important dans la controverse religieuse entre le déisme et l’athéisme (Voltaire était profondément déiste), car il empêche de tomber dans l’athéisme, à l’aide du spectacle de la nature.

Il va aussi rencontrer le système de Newton (la gravitation universelle), qui est une autre grande découverte. C’est l’intuition de la divinité à l’origine de l’ordre de l’univers.

Le pouvoir royal ne gagne donc pas à avoir envoyé Voltaire en Angleterre, car c’est là qu’il s’est forgé son « magasin d’idées », selon l’expression de Rousseau.

De plus, Voltaire a rencontré la forme littéraire qui lui convient le mieux, dans laquelle il se sent à l’aise : la forme brève (Lettres anglaises), qui permet d’être très précise en peu de mots.
En 1734 paraissent les Lettres anglaises. « Ça sent la Bastille ». Les Lettres anglaises sont condamnées comme étant « contraires aux bonnes mœurs (sic), à la religion et à la monarchie ». L’ouvre est brûlée sur les marches de la Sorbonne. Voltaire prend donc les devants et s’exile de lui-même : c’est la période de Cirey (1734-1749), chez Mme du Châtelet. Celle-ci est mariée avec un petit baron possédant un château en Lorraine (qui n’est, à l’époque, pas en France). Mme du Châtelet protège Voltaire ; il trouve donc sa sécurité chez la « divine Émilie », qui abandonne son mari pour être la maîtresse de Voltaire. C’est une des périodes les plus fécondes pour Voltaire. Émilie du Châtelet est extrêmement cultivée, elle est très scientifique — elle a fait construire un laboratoire de physique / chimie chez elle —, et elle va expliquer à Voltaire le système de Newton, que Voltaire vulgarisera en 1738 dans son ouvrage Éléments de la philosophie de Newton.

Voltaire affine sa critique biblique. Dom Calmet (ecclésiastique auteur d’un Dictionnaire de la Bible) lui sert de secrétaire. Voltaire effectue un travail d’historien sur la Bible ; il va critiquer férocement la Genèse principalement, mais aussi le Deutéronome, censé être écrit par Moïse... mais dans lequel la mort de ce dernier est racontée !

À Cirey, Voltaire va également mener à bien l’essentiel de son œuvre d’historien (Essai sur les mœurs, une véritable histoire universelle, véritable étude scientifique conçue avec les souci de ne pas ennuyer le lecteur, d’où l’emploi de nombreuses anecdotes, qui sont déjà de petits contes).

Il commence aussi à écrire ses contes. Ils ne servent au départ qu’à le délasser, mais il y fait entrer tous les débats philosophiques de son temps de manière plaisante. En 1748, avec la publication de Zadig, c’est la naissance du conte philosophique, avec les problèmes posés sur le déterminisme (en sommes-nous prisonniers ?).

Il est autorisé à venir quelques jours à Paris, car il a été élu à l’Académie française (mais il n’y siégera jamais).

En 1749, la « divine Émilie » meurt. C’est une perte énorme pour Voltaire, qui n’est pas seulement affective.

Depuis longtemps, Frédéric II, le roi de Prusse, échangeait une correspondance avec Voltaire. Il invite ce dernier à la cour à Berlin, et Voltaire accepte en raison de la mort d’Émilie. Il y restera de 1749 à 1753. Une fois de plus, il va connaître l’humiliation. Mais c’est une période féconde dans sa vie intellectuelle.

Au début, tout va bien, Voltaire étudie, il est nommé Grand Chambellan... Mais il va vite se rendre compte que Frédéric II est un faux roi-philosophe, un véritable despote qui voile son despotisme derrière de fausses préoccupations philosophiques. Il a dit à propos de Voltaire : « Quand on a pressé le citron, on jette l’écorce ». Voltaire, humilié, prend sa plume (critique), puis il se sauve. Mais il est rattrapé à la frontière, et jeté en prison pour quelques jours.

Il continue son exégèse biblique à Berlin, et son œuvre d’historien. En 1752, lors d’un repas avec le roi, naît l’idée d’un Dictionnaire portatif (qui deviendra le Dictionnaire philosophique), qui dénoncerait l’infâme. Voltaire se met tout de suite au travail, et rédige 5 articles (car il est déçu par l’Encyclopédie de Diderot, qui ne répond pas à son but — la diffusion des Lumières — car elle est volumineuse d’une part, mais aussi chère, et donc son impact est trop limité). Ensuite, il s’enfuit.
Or, il est toujours décrété « de prise de corps » (la police royale est à ses trousses pour le remettre en prison). Il ne peut rester en Allemagne, ni en France. Il ne lui reste qu’une solution : la Suisse. C’est la période de Genève (1755-1759), où il acquiert une propriété qu’il va appeler les Délices. Il y rédigera Candide.

1755 est l’année du désastre de Lisbonne, un tremblement de terre qui rasera une partie de la ville (cf. le Poème sur le désastre de Lisbonne), et qui fait des milliers de morts. L’événement frappe toute l’Europe. Car si la Providence divine existe, comment Dieu a-t-il permis la mort de tant d’innocents ? C’est l’année du désespoir pour Voltaire, qui se met à douter de tout (cf. Candide).

Voltaire a des problèmes avec la ville de Genève (la Nouvelle Sion, la Nouvelle Jérusalem), ville-phare du protestantisme (c’est la ville de Calvin), très austère, complètement réglée (même politiquement) par les sermons des pasteurs, et où l’on peut être condamné à mort pour athéisme (XVII° siècle) ou banni de la République de Genève avec confiscation des biens (XVIII° siècle). Les divertissements y sont interdits (y compris, donc, le théâtre). Or, Voltaire adore le théâtre, et il veut en construire un. Cela lui est interdit, et comme il ne peut retourner en France, il s’installe dans le pays de Gex, à Ferney (il y fera construire un théâtre de 500 places).
C’est une des périodes les plus importantes pour Voltaire. Il y restera de 1760 à sa mort, en 1778. Voltaire a alors 66 ans. Pourtant, c’est une période intense. Voltaire est connu de toute l’Europe; on le surnomme le « patriarche ». Les Philosophes de toute l’Europe et des savants viennent le voir. Il écrit plusieurs dizaines de lettres par jour (ses « bombes volantes »), qui occupent... 20 volumes de la Pléiade !

C’est aussi la période des assauts et des affaires voltairiennes.

En 1760, sous Louis XV, on est persuadé d’être à l’aube d’une grande révolution dans les mentalités (et non une révolution politique et sociale comme en 1789). Voltaire est persuadé que dans les dix années à venir, les Lumières vont s’installer chez le plus grand nombre, et qu’enfin, elles triompheront. Il déchantera en 1770.
Il est encore plein de vie, frénétique, impétueux. C’est le Voltaire de tous les combats (ÉCR. L’INF.). C’est le chef de parti de ceux qui vont s’attaquer à l’infâme (l’Église catholique romaine). Un combat pour la tolérance, rencontrée en Angleterre 30 ans plus tôt. Le Dictionnaire philosophique connaît 11 éditions ! Pour Voltaire, l’infâme, c’est :

— d’abord une collusion entre le pouvoir temporel (monarque) et le pouvoir spirituel (Rome, le pape) ; une collusion entre l’absolutisme et le fanatisme (l’Inquisition), qui est le danger des dangers.

— l’absurde, l’incohérence. L’intolérance, c’est l’image même de l’absurde, à cause du déisme voltairien (pourquoi s’entre-tuer si Dieu est le même pour tous ?).

— les Affaires (les agissements de l’inquisition en France, différente de l’inquisition du XVI° siècle, ou de celle de l’Espagne et du Portugal), comme l’affaire Calas.
En 1763, c’est l’Affaire Rochette, un ministre protestant (pasteur). Alors que la plus grande majorité des protestants ont fui (Allemagne, Hollande, Pays-Bas), certains sont restés, concentrés dans le Jura, du côté de Besançon, en Alsace ou dans le sud-ouest, entre Toulouse et Montpellier. En 1762, on a découvert qu’à Toulouse, Rochette pratiquait le culte protestant, ce qui provoque son jugement. En 1763, il sera décapité sur la place du Capitole à Toulouse avec deux autres pasteurs (le pouvoir royal se charge d’appliquer la sentence). Voltaire s’indigne, modérément au début, il déteste la violence et il désire laisser se débrouiller entre eux catholiques et protestants. Il écrit quelques textes pour leur réhabilitation. Il n’admet pas qu’on puisse mettre à mort quelqu’un pour sa foi, ses affaires religieuses.
En 1763 également a lieu l’Affaire Calas, qui va être importante pour la renommée mondiale de Voltaire. Calas est un brave commerçant protestant de Toulouse. Il a un fils, dont on dit qu’il voudrait se convertir au catholicisme. Cela ne fait aucun drame dans la famille ! Mais une nuit, le fils est retrouvé assassiné dans la maison familiale. Le père est désigné coupable. Il est condamné par le Tribunal de l’Inquisition à être roué sur la place du Capitole, puis décapité.

Pendant trois ans, Voltaire va remuer toute l’Europe, dans son combat pour la réhabilitation de Calas.

La femme et les filles de Calas demandent à Rousseau et Voltaire leur intervention. Rousseau refuse d’intervenir, car il vient tout juste d’écrire le Contrat social (qui comporte l’idée que dans chaque État, les hommes doivent suivre la religion de leurs pères, sinon, cela engendre intolérance et guerres de religion). Il est pourtant revenu au protestantisme dans les années 1750, la religion de ses pères, ce qui lui a permis de retrouver le titre de citoyen de Genève.

Voltaire, lui, ému, va engager le grand combat de sa vie. Il va faire se lever toutes les têtes philosophiques de l’époque, ses « frères ». Les outils de cette mobilisation

intense sont sa correspondance et son Dictionnaire Philosophique portatif (qui a pour but de dénoncer l’infâme).

Voltaire se bat contre les Églises constituées (qui se disent détentrices de la vrai foi), qui tombent dans l’intolérance et l’infâme.
En juillet 1764 paraît la première édition du Dictionnaire philosophique, comportant 73 articles. Voltaire va travailler dessus jusqu’en 1772, et il va rajouter des articles. C’est un des ouvrages les plus importants de Voltaire, du point de vue philosophique (il connaîtra 11 éditions en quelques années). C’est un résumé de la pensée de Voltaire, de la pensée des Lumières. Le Dictionnaire philosophique finit par être condamné par la Sorbonne, et il est brûlé sur les marches de la Sorbonne (pour « idées contraires à la religion »).
En 1766, c’est l’Affaire du Chevalier de la Barre. C’est un jeune homme de vingt ans, qui va être déferré au Tribunal de l’Inquisition pour ne pas s’être découvert pendant le Saint Sacrement lors de la Fête-Dieu. Le Tribunal va aussi lui reprocher d’avoir chanté des chansons paillardes et d’avoir brisé une croix (ce qui est faux). Sur son bûcher, on brûle aussi le Dictionnaire philosophique (il est accusé de l’avoir lu). Voltaire va obtenir sa réhabilitation ; mais on est à la fin des années 1770, il est vieux, et la désillusion s’installe. Il ne croit plus que les Lumières vont s’installer, l’infâme est encore trop fort, et ses « frères » sont peu nombreux.
En 1770, c’est l’Affaire des paysans de Gex. Ce sont les derniers serfs, du clergé du pays de Gex. Voltaire va faire abolir ce dernier servage. Voltaire a eu très peur (avec l’affaire précédente), et il a pensé s’exiler et trouver un lieu où fonder une république philosophique (il pense à la Pennsylvanie, le pays des Quakers).
En 1772, il arrête le Dictionnaire philosophique. Il est vieux, malade, et il perd ses forces. Il écrit une dernière tragédie, Irène, et il gère Ferney, où il fait construire une église où est écrit : « DEO EREXIT VOLTAIRE » (« Voltaire a érigé cette église pour Dieu », ou « Dieu a élevé Voltaire »).

A 84 ans, il peut enfin remonter à Paris, où il fait représenter Irène ; c’est un triomphe, l’apothéose. Pendant les derniers jours de Voltaire, le peuple de Paris est sous ses fenêtres.
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