Cours de Philippe Koeppel, octobre 1996-janvier 1997








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CONCLUSION
Les Philosophes sont tous ceux qui sont utiles aux autres.

Il y a un refus de la métaphysique, qui tient à l’influence du sensualisme sur les français. Jusqu’en 1750-1755, le Philosophe des Lumières se caractérise par son optimisme, sa croyance dans le progrès (inéluctable, conduit par les lumières de la raison).

Aucun domaine ne doit échapper au Philosophe des Lumières, tout est prétexte à la réflexion.

Enfin, les Philosophes des Lumières sont déistes.






I - SA VIE
Montesquieu est le premier sociologue (mot inventé par Auguste Comte au XIX° siècle) que nous connaissons, car il va s’interroger sur les faits sociaux, pour comprendre l’évolution de la société (romaine, mais aussi française, cf. les Lettres persanes).

Dans son œuvre, il est parfaitement représentatif de l’esprit du XVIII° siècle ; il y a deux aspects : un aspect sérieux (L’Esprit des lois) et un aspect plaisant (Les Lettres persanes). Il en a été de même pour Fontenelle quand il a vulgarisé la physique. Son style se souvient de La Bruyère, annonce Voltaire, et trouvera un écho chez Stendhal.
Né en 1689 (5 ans avant Voltaire), il a un pied dans le règne de Louis XIV, ce qui va le marquer (critique féroce de l’absolutisme). Les premiers révolutionnaires (les « monarchiens »), en 1789, qui veulent une monarchie constitutionnelle, seront des disciples de Montesquieu.

Il est originaire du Berry, dans la région de Bordeaux, d’une famille constituée d’un catholique (père) et d’une protestante (mère). Montesquieu naît donc dans une famille où la tolérance est la règle (un mariage mixe de ce type était très rare).
À 11 ans, en 1700, il entre au Collège de Juilly, un collège d’oratoriens de la région parisienne, à près de 600 kilomètres de chez lui. C’est sans doute là que Montesquieu a pris le goût de l’observation des sociétés, en suivant des études très modernes.

Au XVIII° siècle, les Collèges sont aux mains des ordres religieux. Il y a deux ordres principaux, qui sont à la pointe de la modernité en matière de pédagogie : les jésuites d’un côté, et les oratoriens de l’autre.

Les collèges jésuites, où l’on enseigne le théâtre et les spectacles (pourtant condamnés au XVIII° siècle).

Les collèges d’oratoriens, qui contrairement aux jésuites appliquent une pédagogie moderne, enseignent la géographie (avec des cartes, des documents et des gravures). Ils ont un enseignement vivant ; ils observent les sociétés étrangères, enseignent les langues mortes comme le latin, ainsi que les langues vivantes.
En 1705, Montesquieu retourne à Bordeaux pour faire son droit (il sera donc aussi un juriste, appartenant à la noblesse de robe). NB : il y avait deux noblesses, la noblesse d’épée, militaire, et la noblesse de robe, qui constituait la magistrature.

Au début, Montesquieu y perd son temps. À l’université, le doyen a 98 ans, son fils (75 ans) est le professeur principal de droit de Montesquieu ; Montesquieu a également un professeur aveugle de 80 ans ; de plus, Louis XIV avait institué un cours de droit français... mais dont le professeur était irlandais.
Ayant obtenu sa licence de droit, il peut prétendre à une charge d’avocat. Il monte à Paris (ses parents l’y envoient) et apprend « sur le tas » de 1709 à 1713.

Le passage de Bordeaux à Paris, c’est un peu comme entrer dans un autre monde : Paris est le centre du monde à l’époque. Montesquieu va être un peu comme ses persans, il va voir Paris avec des yeux neufs et un regard critique.

De 1709 à 1713, le persan, c’est Montesquieu. Il fréquente les milieux littéraires (c’est le siècle des salons, surtout de femmes, soit de l’aristocratie, soit de la haute bourgeoisie, qui ont des jours de réception de célébrités intellectuelles. Montesquieu va tremper dans ces débats philosophiques, notamment sur les religions. Dans les Lettres persanes, on retrouve tous les débats de cette époque).
En 1713, le père de Montesquieu meurt. Ce dernier rentre à Bordeaux, où il devient Comte de la Brède. Il se marie (et il restera attaché à sa femme), et devient propriétaire terrien (vignes), et se retrouve confronté à des problèmes pratiques.

En 1716, il devient président à mortier du Parlement de Bordeaux (c’est-à-dire président de l’ensemble des juges), et il se retrouvera confronté à tous les problèmes de droit du Parlement. Il devient également président de l’Académie de Bordeaux (les Académies étaient des assemblées, qui parfois remontaient au Moyen-Âge, de nobles lettrés qui débattaient de tous les problèmes intellectuels du temps). Montesquieu se retrouve donc au cœur des débats juridiques et philosophiques.
En 1721 paraissent les Lettres persanes, de façon anonyme, sous la Régence. Louis XIV est alors mort depuis 6 ans, et ses 20 dernières années de règne ont été terribles (les caisses de l’État sont vides, les pauvres sont surimposés ; les persécutions contre les protestants, sous la forme des « dragonnades », est reprise. Le pays souffre énormément). Philippe d’Orléans prend la régence (cf. le film de Bertrand Tavernier, Que la fête commence). Dans les Lettres persanes, il y a une critique de la société de cette régence (cf. lettre sur la mode, n°99), ainsi qu’une critique de la période précédente (entre autres, l’absolutisme de Louis XIV).

Les Lettres persanes sont anonymes, car il y a le risque de l’embastillement, mais surtout, parce qu’un président à mortier ne peut pas publier un roman, « genre » encore très mal vu (ce sont des « écrits pour les bonnes-femmes »), d’un point de vue littéraire et moral (car réaliste, il montre les tares de la société). À propos de la parution anonyme de son ouvrage, Montesquieu dit : « Si l’on savait qui je suis, on dirait : « son livre jure avec son caractère ; il devrait employer son temps à quelque chose de mieux ; cela n’est pas digne d’un homme grave ». Mais l’on saura très vite que les Lettres persanes sont de Montesquieu. Elles sont l’un des premiers succès en librairie. Les libraires (c’est-à-dire les éditeurs) en redemandent, ils veulent qu’on leur fasse des lettres persanes !

Dans les Lettre persanes, on a déjà en germe tout ce qu’on va trouver dans l’Esprit des lois, peu facile d’accès. Grâce à la forme d’un roman épistolaire, il critique l’absolutisme et Rome (le pape).


1721 marque donc le coup d’envoi de l’esprit des Lumières ; la critique pénètre le grand public. D’une certaine façon, c’est le début de l’esprit philosophique des Lumières (« à la française »), qui se caractérise par l’expérience, l’observation des faits en se servant du regard des autres (cf. L’Ingénu de Voltaire). On enveloppe la critique dans du spirituel, du plaisant.

Montesquieu a travaillé très sérieusement pour se renseigner sur les persans (ne serait-ce, par exemple, que pour les dates d’arrivée des lettres). Le XVIII° siècle est le siècle des transports, on voyage beaucoup (idée d’une Europe sans frontières).

Une autres des leçons des Lettres persanes est le relativisme. Dans la diachronie, les Philosophes vont se rendre compte qu’à côté de la civilisation française, il y a des civilisations tout aussi importantes et brillantes, parfois même plus. La vérité n’est pas qu’en France.

Il y a aussi l’importance du genre littéraire qu’est le roman épistolaire. Les Lettres persanes sont le premier du genre, un genre fondamental au XVIII° siècle. Les trois plus grands romans du XVIII° siècle seront des romans épistolaires : Les Lettres persanes, Les Liaisons dangereuses et La Nouvelle Héloïse.

II - CONSIDÉRATIONS SUR LES CAUSES DE LA GRANDEUR DES ROMAINS ET DE LEUR DÉCADENCE
Ouvrage théorique publié en 1734, il marque une date dans la pensée politique du XVIII° siècle. Pour la première fois, on va avoir une réflexion globale sur la vie des sociétés. Avant, elles paraissaient immuables.

Montesquieu montre que les sociétés naissent, vivent et meurent ; elles évoluent, car les hommes font leur histoire (laïcisation de l’histoire).

Pour expliquer une société, il faut remonter aux origines. La méthode de Montesquieu, c’est l’esprit d’examen. On a l’idée de relativité entre les civilisations : elles sont différentes pour différentes raisons (dont les climats, voir ci-dessous), mais toutes sont également dignes d’intérêt et d’estime.
La théorie des climats. Il y a la vigueur dans les pays froids, mais peu de sensibilité aux plaisirs. Dans les pays chauds, il y a un amollissement des hommes qui dispose à la servitude. « Les mauvais législateurs sont ceux qui ont favorisé les vices du climat, et les bons ceux qui s’y sont opposés » (L’Esprit des lois, XIV, chap. 5). Cf. Diderot qui s’en souviendra dans son article « économie politique » de l’Encyclopédie.
Il y a aussi une prise en compte de l’économie, qui n’effleurait pas les historiens du XVII° siècle. On entre dans une explication moderne, l’économie est un des moteurs indispensables des sociétés.

Montesquieu va également être le premier à prendre en compte les phénomènes de population dans la vie des sociétés, notamment (et il se trompe) la question des relations entre la démographie et les régimes politiques. Le meilleur des régimes, selon lui, est la république (on connaît déjà les républiques antiques (Rome, Athènes) et modernes (Genève). Mais la république est inapplicable dans les grandes nations, à forte population. Or, la France est le pays le plus peuplé d’Europe. On ne conçoit encore que des républiques fonctionnant par démocratie directe.

Il y a de plus le rôle de la religion dans l’évolution des sociétés. Avant, il n’y avait qu’une seule explication, la Providence divine (cf. Bossuet). Montesquieu va montrer que dans la vie des sociétés, la religion n’est qu’un élément parmi d’autres, qui a toutefois son importance, car sans religion, il n’y a pas de cohésion sociale.

Montesquieu étudie les mentalités des gens, leur esprit. Cela est très nouveau. On est forcément « l’autre » de quelqu’un (« qui est ce français ? »), et l’autre est tout aussi digne que nous. C’est la tolérance, et le début du respect de l’autre.

Toutes ces idées, déjà présentes dans les Lettres persanes, représentent la dynamique de la pensée de Montesquieu. Son but est de rechercher les causes déterminantes de la vie sociale.

III - L’ESPRIT DES LOIS
Il est publié en 1748, et il aura une grande influence sur tout le XVIII° siècle. Il s’interroge sur les formes de gouvernement, le droit (cf. dans les Lettres persanes, les lettres sur les troglodytes).

Pourquoi « l’esprit » ? On s’interroge encore. S’agit-il de la nature des lois (que sont les lois, que contiennent-elles, pourquoi sont-elles bonnes ou mauvaises ?) ? Dans quel esprit faut-il fonder les lois pour qu’elles puissent être respectées ? Est-ce le sacré ? Lois naturelles ou société (droit civil) ? (cette question se pose déjà au XVI° siècle).

Il y a en effet une distinction centrale entre le droit naturel et les lois civiles. Quatre points essentiels constituent ce droit naturel (ce sont des comportements), bien que ces principes ne soient pas respectés :
— La paix entre les hommes (et non pas la paix entre les États). Le respect de l’autre, la tolérance. Les relations entre les individus sont fondées sur l’égalité au sein de l’espèce humaine. La société doit tendre le plus possible vers cette égalité (d’où la recherche d’un moindre mal, la monarchie).

— Dans l’état de Nature, nous sommes mus par le besoin de survivre. Pour Hobbes, cela pousse à la guerre contre les autres ; pour Rousseau, cela s’exprime par l’amour de soi. Montesquieu est le premier à aller à l’encontre de Hobbes. Il a trouvé à ce besoin de survie des conséquences positives. Certes, l’homme a besoin de survivre, mais il prête cet instinct aussi aux membres de son espèce (d’où le respect de la vie de l’autre). Si un monarque n’applique pas la loi naturelle, on peut renverser ce monarque (attention, ce n’est pas un appel à la révolution !).

— L’amour lié au besoin ou au désir est relégitimé (contrairement au XVII° siècle). Cette attraction est liée à la reproduction (à la survie) de l’espèce (cf. Rabelais).

— Il y a chez l’homme le désir naturel de vivre en société. C’est pourquoi les hommes vont passer de l’état de Nature à l’état Civil. C’est le désir humain de sociabilité, de vivre en société (pour Montesquieu, c’est un bien, tout comme pour Voltaire, cf. Le mondain). Cela va permettre à l’homme de progresser, avec l’usage de la raison. Rousseau va s’opposer sur ce point à ses collègues : pour lui, la sociabilité n’existe pas, le plus grand des malheurs, c’est le passage de l’homme à l’état Civil.
S’ajoute à cela le sentiment primitif de la divinité. Par le spectacle de la nature, l’homme a le sentiment du divin, un sentiment direct : c’est la religion naturelle (dont le déisme n’est qu’une variante), où il n’y a pas de clergé ; c’est une religion où il n’y a pas de médiation, d’intermédiaire entre l’individu et le divin. Dans la religion naturelle, tous les hommes sur la Terre ont le même Dieu. Par essence, cette religion naturelle est tolérante. La religion naturelle doit nous rappeler, lorsque nous sommes passés dans l’état Civil, que nous aimons le même père, le même Dieu, sous des noms différents. L’esprit de tolérance doit régner.

Cf. les lettres sur les Troglodytes. La loi naturelle est supérieure à la loi civile ; toute loi civile allant contre les lois naturelles est mauvaise. Toute loi édictée par un despote est contraire aux lois naturelles (car elle ne respecte pas ces lois naturelles) ; le despotisme est donc une mauvaise forme d’organisation. Toute religion civile se trouve soumise à cette religion naturelle, dont le principal enseignement est la tolérance. Toute religion intolérante contrevient à la religion naturelle et doit donc être critiquée, en priorité le christianisme pour Voltaire (inquisition, guerres de religion : « l’infâme »). A partir des années 1760, Voltaire signe ses lettres ÉCR. L’INF. (« écrasons l’infâme »).
Il y a une opposition entre loi naturelle et loi civile. Le droit naturel est intangible, commun à toute l’humanité. C’est l’horizon de référence. Les lois civiles (les lois positives) peuvent être défaites si elles ne sont pas bonnes (cela est très important à l’époque, car on ne peut toucher à la monarchie de droit divin). Les lois civiles doivent tendre (et cela est nouveau) à préserver ce qu’on commence à appeler le droit des gens. On ne parle plus de sujets (qui n’ont que des devoirs), mais de citoyens.

C’est aussi l’organisation des rapports entre les peuples, avec des frontières sûres et reconnues, génératrices de sécurité ; le droit de non-agression entre les peuples ; la notion de guerre juste et de guerre injuste.

Montesquieu n’est pas un utopiste, il est très concret. Il est obligé de constater que la guerre existe, qu’elle n’est pas toujours évitable, d’où le souci d’humaniser les conflits et d’humaniser les conquêtes. Montesquieu s’indigne de la traite des noirs, alors florissante (Voltaire, lui, a investi dans ce commerce).
La question des formes de gouvernement s’est posée pendant tout le siècle. L’Angleterre apparaît en France comme un modèle, c’est bien une monarchie, qui ressemble presque à une démocratie par rapport au despotisme français. Pour Montesquieu, il y a trois formes envisageables : le despotisme, la république et la monarchie et ses sous-catégories. Le problème, c’est de les décrire, de voir comment elles fonctionnent, et voir quelle est la meilleure forme de gouvernement (c’est-à-dire qui peut assurer le plus de bonheur possible). L’anarchie (l’absence de gouvernement) en est totalement exclue (elle représente un courant très peu représentatif du XVIII° siècle).

Quelle est la forme de pouvoir qui ne risque pas de dériver vers une forme négative de pouvoir ? Ces trois types de gouvernement reposent chacun sur un principe. Le principe (et la faiblesse) de la tyrannie, du despotisme, c’est la crainte. Celui de la démocratie, c’est la vertu du citoyen. Enfin, celui de la monarchie, c’est le principe de l’honneur.
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