Essais utopiques libertaires de «petite»








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d)Les Diggers de San Francisco et la Mime Troupe :

(1) «Les diggers sont l’avant-garde d’une nouvelle espèce de libertaires »179

Les diggers sont un mouvement libertaire, aile radicale des hippies (les diggers préfèrent le terme de hipster à celui de hippie), mené avec la fougue et la persuasion charismatique180 d’Emmett GROGAN (1942-mort d’overdose en 1978), et reposant sur la réflexion plus idéologique de Peter BERG (1937-2011) et surtout de Billy MURCOTT (le plus créatif mais le plus méconnu, d’après Peter COYOTE). Cette communauté est passée maître dans l’agitation de rue à San Francisco dans la vague des sixties. Leur apogée se situe entre 1966 et 1968.

Anarchistes conséquents (même s’ils se nomment rarement comme tels), ils s’opposent à la propriété, aux chefs et leaders, et à toute « médiation » ; ils prônent donc la démocratie directe, affirmée par TUMBLE, un des leurs, en juin 1967181. Paul GOODMAN fait leur éloge pour leur capacité à proposer une théorie économique propre, pour les expérimentations auxquelles ils procèdent, pour leur recherche de l'autonomie, et pour leur choix communautaire182… Emmett GROGAN cite KROPOTKINE. Presque tout les rattache à l'univers acrate et aux mouvements qui ont utilisé diverses méthodes de propagande par le fait183 pour faire passer leurs idées et tenter une alternative au système en place.

Leur communauté libertaire est donc assez lâche, changeante, laissant aux individus qui la composent toute liberté pour la quitter, faire un break, où se consacrer à d’autres tâches. L’ossature principale est assumée par les femmes, dont la stabilité et l’engagement matériel forment la vraie « colonne vertébrale du mouvement ». Même en s’éparpillant, en s’isolant un peu, les maisons des diggers constituent une sorte de réseau accueillant, qui perdure un certain temps : Red House à Forest Knolls, Olema (ferme de Peter COYOTE), Salmon River House, Black Bear, Trinidad, Oakland Bakery et Santa Cruz House sont parmi ces lieux ouverts que la mémoire de Peter COYOTE conserve près de 20 ans plus tard184.
Ils se positionnent comme freemen, terme qu’ils choisissent en consacrant « la mort du hippie » dans un happening célèbre de San Francisco en 1967. Cette même année, en été selon Alice GAILLARD, ils abandonnent également le terme de digger, en préférant celui de Free City Collective ou Free City Commune, plus autonome, plus anonyme et moins facile à récupérer.

Ces « hommes libres » se présentent également comme les utopistes de l’authenticité car « l’authenticité consiste à assumer ses vrais sentiments, pensées et impulsions »185. On agit parce qu’on en ressent le besoin, pas par obligation ni pression militante.

Cette authenticité et cette liberté se retrouvent dans leurs propositions d’amour et d’union libres, chacune et chacun faisant ce qu’il lui plaît pourvu que cela ne détruise pas la liberté d’autrui. Leur « communauté est basée sur l’amour »186, écrivent-ils : il faut le comprendre donc dans tous les sens du terme.
Leur opposition aux hippies tient à quelques analyses essentielles : le refus de jeunes paumés, souvent non-violents trop passifs ou sans conscience politique ; le refus des « magouilleurs » et profiteurs, ces marchands ou artistes qui se servent de la mode hippie pour vendre leurs produits ou leur image. C’est pourquoi ils mettent souvent dans le même sac les marchands HIPHaight Independent Proprietors, faux bohêmes et vrais parasites, et ceux qu’ils considèrent comme de nouveaux gourous manipulateurs (comme LEARY ou HOFFMAN). Pour bien des diggers, les enfants-fleurs ou les hippies de l'amour sont jugés trop naïfs, insuffisamment politisés, et donc faciles à manipuler.
Ce mouvement sans chef (« no leader ») malgré le charisme et l’expérience de GROGAN ou de Peter BERG, prône l’anonymat comme règle de vie, comme refus du carriérisme, et comme précaution face à la police. Il marque durablement le milieu californien par sa volonté épicurienne et écologiste. Il se rattache à l’anarchisme par l’anti-autoritarisme, les pratiques d’action directe, la reprise individuelle, et l’utopie communautaire d’une cité libre, et bien sûr par cette volonté répétée de l’anonymat. Cette pratique est fréquente dans la presse libertaire, comme l’a analysée René BIANCO187, autant pour se protéger, que pour laisser le lecteur libre de toute influence, et également pour empêcher tout leadership.
L’ouvrage d’Emmett GROGAN, Ringolevio, que j’ai lu dans la version apparemment limitée de Flammarion en 1973 est un livre jouissif et plein de vie, qui est bien dans l’esprit des années de la contre-culture. D’après Édouard WAINTROP qui a consacré aux diggers 5 articles en décembre 2000 dans Libération, une version non expurgée est parue chez Gallimard, collection Noire, en 1998. J’ai (re)lu ce monument de 684 pages en début 2004, sans doute avec moins de jubilation que dans les années 1970, notamment pour son côté un peu répétitif et légèrement parano. Mais j’y ai été plus sensible aux multiples références culturelles que je n’avais pas vues il y a trente ans : ce livre est tout sauf une œuvre de pure spontanéité et de simple radicalité hors norme ; il distille au contraire des myriades de références, et reste de ce fait une superbe présentation des mouvements et personnalités de la contre-culture qui prit racine aux lendemains de la Seconde Guerre Mondiale.

Par contre, son accent constamment destructeur et sa hargne contre quasiment tous les autres grands personnages de la contre-culture de l’époque, même si bien des traits semblent véridiques, gênent par son côté systématique et lui enlèvent une certaine crédibilité. L’aspect répétitif est même un vrai handicap à la relecture de l’ouvrage.
(2)« Digger » : une pluralité de sens...

Le terme digger (bêcheur, terrassier…) semble à la fois :

- un rappel du mouvement des diggers de l’époque des révolutions britanniques (les pauvres agriculteurs qui bêchent la terre, où ceux qui creusent la terre pour enterrer leurs morts188, qui sont nombreux du fait de la répression qui les frappe) et qui font partie des différents mouvements radicaux et souvent millénaristes du XVIIème siècle (1649-1650),

- et une allusion aux cultures amérindiennes dont certaines pratiques consistent à creuser le sol pour récupérer des racines189.
Le verbe to dig peut également, en argot, signifier comprendre, être à la coule, être au courant, en bref savoir « se démerder » et surnager, ce qui va bien avec l’esprit du roman Ringolevio.
Les «vrais» diggers des années 1650, proches de Gerrard WINSTANLEY et de William EVERARD, s’emparent de terres dans le Surrey, à St George’s Hill et Cobham Manor, pour les cultiver en commun. Mettant en avant une égalité absolue, ils s’appelaient eux-mêmes « true levelers » (les vrais niveleurs, ces derniers étant souvent considérés comme les « first libertarians in the world - premiers anarchistes au monde »190). Ce prototype de colonie communiste, et de vie « biblique » tant la référence religieuse est omniprésente, fut dispersé par la force en mars 1650, assez facilement semble-t-il, du fait de leur faible nombre et de la non-violence affichée par certains d’entre eux, non-violence qui s’inspire du pacifisme très fort de WINSTANLEY191. (Cf. mon chapitre sur les utopies libertaires liées à la révolution anglaise dans http://www.acratie.eu/FTPUTOP/U3A-FERM.DOC, et dans http://www.acratie.eu/FTPUTOP/U4TRACES.DOC sur les messianismes et hérésies).
(3)« C’est gratuit parce que c’est à vous - It's free because it's yours »

Adeptes du « théâtre guérilla », de la provocation et du happening, les diggers développent avant tout de multiples activités artistiques, journalistiques qui sont solidaires, libres et gratuites (distribution de nourriture, soins médicaux, hébergement, transports… par exemple). Il s’agit d’une utopie expérimentale, de l’action, ici et maintenant, qui ne concerne les gens que si ils y trouvent plaisir et intérêt : « ainsi les diggers créaient les conditions pour réaliser ce qu’ils pensaient. C’est à dire : l’éternité c’est maintenant, si vous avez un rêve (fantasy), agissez pour le réaliser, construisez ou implanter un mouvement autour de lui. Et si c’est sympa, les gens vous rejoindront »192. Cette vision semble évidemment post-fouriériste.

Cette volonté de donner consistance à leurs rêves, de vivre leur utopie, et d’y entraîner les personnes avec qui ils sont en contact relève tout à fait de la conception anarchiste de la « propagande par le fait ». L’action directe remplace les discours, l’action sert d’incitation à l’action, l’exemple devant devenir le moteur de la nouvelle société. C’est pourquoi l’action est privilégiée (« action as a value »193), pas l’action pour l’action, mais l’action comme déclencheur. Leur ironie et leur attitude désinvolte ont également permis d’en faire des « sortes de Robin des bois du XXe siècle »194.

Après comme le note à juste titre Alice GAILLARD, ce n'est pas la gratuité en tant que telle, ni le partage offert à tout-e-s qui sont l'essentiel, mais bien que chacun se prenne en mains dans toutes ces activités, et développe les principes d'autonomie, de «mutualisme et d'autogestion»195. Puisque «Every thing is free» alors «do your own thing», c'est à dire agit toi-même, récupère, réutilise, modifie… en toute liberté et pour ton propre intérêt et celui de tes proches.


  • Repas et produits libres…


Parmi les grandes initiatives des diggers, les repas diffusés à tous ceux qui en ont besoin. Ils renouent avec une vieille tradition de solidarité anarchiste, que l’on retrouve à toutes les époques, comme par exemple les « soupes conférences » des chansonniers anarchistes Paul MARTINET et de François BRUNEL dans le Paris de la fin du XIX° siècle. Marie-Paul-Ange MARTINET appartenait au groupe Les niveleurs troyens, ce qui nous fait une sacrée coïncidence : « nivelers » et « diggers » appartenant tous les deux au mouvement contestataire de la révolution britannique.

Le premier repas gratuit daterait du 29/09/1966. Ces distributions constituent un des hauts moments de l’utopie communautaire appliquée de ce mouvement : cela commence avec de la « reprise individuelle » (comme auraient dit les anarchistes de la Belle Époque) de nourriture (souvent des vols purs et simples), ou avec de la récupération aux halles de produits délaissés, ou des bas morceaux que quelques grossistes leurs cèdent. La deuxième phase est la cuisson collective dans de gigantesques pots à lait. Enfin le tout est amené sur la voie publique pour être distribué en de gigantesques soupes populaires. Les convives sont invités par tracts, comme celui-ci qui indique :

« Repas à l’œil. Bon ragoût bien chaud.

Tomates mûres. Fruits frais.

Apportez bol et cuiller

Au Panhandle d’Ashbury Street

16h 16h 16h 16h 16h

Repas gratuit. Tous les jours. Repas gratuit.

C’est gratuit parce que c’est à vous !

Les diggers »196
Ils sont donc parmi les inventeurs du « free » (au double sens de libre et gratuit) qui récemment avec le GNU et Linux se répand dans l’internet mutualiste. En reprenant la notion « de prise au tas », ils se rangent dans la lignée du « communisme anarchiste kropotkinien » comme n’hésite pas à l’affirmer un peu rapidement l’italien ORRÍCO197.
Poussant l’activisme solidaire de plus en plus loin, en 1967, Emmett GROGAN se lance même dans la livraison gratuite de repas aux plus nécessiteux, et aux membres des communes californiennes : cette tâche harassante et totalement désintéressée se nomme « Free Food Home Delivery service ». L’auteur reconnaît que c’est épuisant, peu gratifiant pour ceux qui la mènent, car bien vite les aspects matériels sont écrasants. D’autre part les bénéficiaires prennent vite cette distribution comme un dû, à sens unique, ce qui révèle l’échec à la fois solidaire, et en terme d’exemplarité, de ce procédé.


  • Commerce libre et échange libre


L’autre activité la plus référencée est celle des magasins gratuits, qui sont une vraie provocation alternative de la société marchande. Ainsi Peter BERG anime un des premiers « free stores » des sixties (on dit aussi « free shops »). Les clients sont appelés à puiser au tas (pour continuer à utiliser des formules anarchistes) mais également à fournir des denrées. L’histoire a surtout retenu la gratuité du commerce, mais beaucoup moins ces aspects de troc, de solidarité et de mutualisation qui sont cependant beaucoup plus intéressants pour une analyse des mouvements utopiques.

Pour bien montrer leur mépris du capitalisme, et de la propriété, dès octobre 1966 ils organisent un happening contre l’argent dans lequel sont brûlés des dollars, geste que reprendront bien des militants et artistes contestataires par la suite. C’est le fameux Digger’s death of money and rebirth of Haight Parade/La parade des diggers sur la mort de l’argent et la renaissance du quartier de Haight Asbury.

Dans un tract de fin 1966, des diggers résument leurs oppositions socio-économiques : « Nous combattons ceux qui veulent nous tuer par un travail idiot, des guerres de fous furieux et la moralité de l’argent morne ». (Citation extraite de Underground, anthologie d’Actuel, 2001). Un grand nombre de leurs archives et mémoires sont regroupés dans le site http://diggers.org/ et permettent de retrouver tous ces slogans dans leur contexte.
Leurs initiatives débordent de la communauté hippie, et se répandent même dans le ghetto noir de la ville. Un Black-man free store est y créé en début 1967.


  • Publications libres


Parmi les autres activités libres, les diggers participent à des imprimeries et des publications libres : c’est le cas de la Communication Company, et surtout de la Hand Free City News. Dès l’origine de leur mouvement, ils multiplient les affiches, tracts, feuilles d’informations… dont les Diggers papers sont les plus connus.

La Communication Company (la ComCo comme elle était parfois nommée) est menée par Claude, « à l’esprit anarchiste marqué » d’après Peter COYOTE. Il s’agit de Claude HAYWARD, qui est aidé par son épouse Helene et par un ancien militant « beat » de North Beach, Chester ANDERSON.

Cette imprimerie forme une société qui vise à publier rapidement et à bas prix (« quick and inexpensive printing service for the hip community »198) pour les mouvements de la contre-culture. En 1967 elle se nomme elle même le « publishing arm of the diggers », et en effet, diggers et Black Panthers Party sont parmi les plus édités. Elle se lie à l’Undergroud Press syndicate.

Des écrivains proches ou gagnés par l’esprit de la contre-culture passent également par là ; par exemple, le roman de Kirby DOYLE, Happiness bastard, a été un des premiers ouvrages gratuits imprimés sur la gestetner de la Company.


  • Services libres


Parmi les autres activités, les Diggers proposent aussi, mais plutôt de manière ponctuelle, quelques services gratuits

- des consultations médicales

- des services juridiques


  • Communication et manifestations culturelles libres


Enfin, leurs initiatives les plus populaires sont sans doute les soirées ou concerts rock, dont ils obtiennent la totale gratuité (du lieu, des musiciens, des sonos, de la nourriture et des boissons…) par une débrouillardise étonnante.

Les concerts libres on été initiés dans la Baie de San Francisco par The family dog dès octobre 1965.

Le plus célèbre des happenings musicaux organisés par les diggers semble être un des premiers, l’Outlaw Mutation Boogie au Panhandle Park de San Francisco, pour lequel ils avaient obtenu l’appui du Grateful Dead, de Country Jo and the Fish, de Janis JOPLIN et de Big Brother and the Holding Company. Superbe participation !

Le groupe le plus célèbre et un des plus rigoureux sur les principes semble être le Grateful Dead, toujours prêt à participer, et souvent bénévolement. Malgré le succès il va vivre dans d’importantes difficultés financières jusqu’en 1970. Une seule entorse à cette belle solidarité semble être l’histoire de leur participation à Woodstock. Comme pour celui des Who, leur « manager » se montre alors d’une intransigeance incroyable (d’après Barry MILES) pour pouvoir être payé cash ! Cela tranche d’autant plus que les Who et les Grateful Dead sont les deux seuls à procéder ainsi. La légende commence à vite s’éroder.

Le déjà célèbre organisateur Billy GRAHAM, qui a déjà aidé la Mime Troupe pour leurs shows musicaux de fin 1965 (shows qui marquent sans doute le début de sa renommée), se met parfois au service des diggers, notamment lors du First Human Be-In de janvier 1967.
(4)Le théâtre de rue et le « théâtre guérilla »

À l’origine des diggers se trouve l’expérience de la San Francisco Mime Troupe fondée au début des années soixante (1959 ?) notamment par Ron DAVIS (Ronnie G. DAVIS) et le couple Peter BERG (né en 1937, surnommé Le Hun par GROGAN, et fils de « libertaire ») et Judy GOLDHAFT, danseuse et militante écologiste199. Si BERG représente l’aile libertaire, DAVIS semble plus influencé par de vagues idées marxistes. Parmi les membres de la New Left qui conseillent la troupe, on place souvent en premier le couple formé par Saul LANDAU et Nina SERRANO, anciens activistes du Wisconsin.200 De l’épopée beat, et même plus avant, Kenneth REXROTH et Lawrence FERLINGHETTI sont également très proches.

La plupart de ces artistes vivent dans une sorte de communauté, très partiellement itinérante, mais dont San Francisco reste invariablement le centre.

C’était « la troupe la plus loufoque (zany) et la plus anarchiste dans le bon sens du terme » raconte le digger Peter COYOTE à Etan BEN-AMI en 1989201.

Dans une volonté comparable à celle du prestigieux Living Theatre (Cf. ci-dessus) ou du Bread and Puppet Theatre (créé à new York en 1963 par Peter SCHUMAN), ces jeunes comédiens tentent de renouveler le théâtre contemporain, en essayant de rompre toute différence, de briser tous les murs (réels ou mentaux), entre acteurs et spectateurs. Ces « participatories shows » visent à faire réagir le public, à l’intégrer à la pièce. Le fait de jouer parfois hors des scènes traditionnelles, de faire un théâtre de rue est également une forme de réinvention assumée de la Commedia dell’arte du XVIème siècle italien ou des compagnies nomades d’autrefois. Ainsi il faut renouer avec « la tradition théâtrale parallèle : celle d’une praxis vitale, multiforme, utopique d’un théâtre qui a cherché à développer ses propres lieux hors de la ‘’forêt pétrifiée’’ des édifices traditionnels… »202. C’est dès 1962 qu’ils commencent des « tournées hors les murs », en jouant surtout dans des parcs, avec la pièce The Dowry. Dès novembre 1965, aidés par les Family Dogs, ils se diversifient et organisent des fêtes à dominante musicale, type de happening qui va se généraliser avec les diggers et les grands groupes de rock underground de ces années là.

Toujours comme le Living, ils jouent souvent des scènes très provocatrices, antimilitaristes (L’amant militaire), contre la guerre du Vietnam, contre la religion et pour la libération sexuelle, et s’en prennent souvent aux tabous de leur époque (notamment sur la sexualité mixte, blancs-noirs)... La pièce dirigée par Peter COYOTE, The Ministrel Show, Civil Rights in a Cracker Barrel, a été arrêtée dans plusieurs villes par les autorités, lors de leur « first cross-country show » de 1966, souvent pour mots et gestes « obscènes ».

Nous avons donc affaire à un théâtre militant, plus par sa thématique et ses pratiques que par son appartenance politique. C’est pourquoi reviennent souvent les notions « d’agit-prop théâtrale » ou de « théâtre guérilla ». Cette notion est sans doute due à Peter BERG dès 1965, et donne le titre au manifeste de Ronnie DAVIS Guerrilla Theater publié cette année là. Il y a un incontestable hommage aux idées guévaristes qui se développent en cette période, et certains adhérents ont même fait le voyage à Cuba. Le théâtre doit enseigner, informer, persuader ; il doit viser la transformation de la société (vocation révolutionnaire) et en même temps montrer un exemple de changement par sa manière d’être, de jouer (« to teach, direct toward change, and be an example of change »). Cette cohérence entre moyens et fins est le propre de tous les grands courants libertaires. Ce théâtre militant a développé l’idée du Free (dès 1966 avec la proposition de Free Fairs, ou kermesses, foires, exhibitions gratuites) en même temps ou en complémentarité avec les positions des leaders des diggers.
Cette utilisation politico-artistique du théâtre en milieu libertaire est très ancienne, tant en France qu’aux ÉU. En Italie les Bozzeti sociali de Pietro GORI ont souvent été joués de cette manière. Dans les années 1920 aux ÉU, de nombreuses troupes libertaires coexistent, par exemple la Troupe Gaetano BRESCI à New York, la Troupe de Jessup en Pennsylvanie, la Troupe libertaire de Long Island, la Troupe Autonome de Browntown… Toutes elles se mettent au service de la cause et particulièrement des victimes de la répression. Les pièces sont accompagnées de conférences, bals, lectures de poèmes… ce que les mouvements Beat et Hippie ne feront que reprendre, parfois sans le savoir. Pour Cristina VALENTI, 3 caractéristiques sont à prendre en compte, et on peut les appliquer sans crainte aux années 1960-1970 :

  • Il s’agit bien déjà d’un théâtre de « propagande civile »

  • l’expérience « artistico-créative » n’est jamais dégagée de l’aspect militant

  • le fonctionnement repose sur des pratiques autogérées, ce qui est une « forme de socialisation » libertaire forte203.


Peter BERG poursuit donc une longue tradition libertaire, et se reconnaît dans les idées de « diffusion de la culture » de l’anarchiste Kenneth REXROTH ; tous les deux ont été marqués au moins indirectement par la tradition anarcho-syndicaliste des membres des IWW et leur pratique de l’action directe et du happening.

Emmett et son ami Billy LANDOUT sont à la fois en dedans (ils jouent des petites scènes) et en dehors, puisqu’ils utilisent la troupe pour leurs propres actions.

C’est vers 1966 que les Diggers se forment réellement en se séparant progressivement de la Mime Troup qu’ils jugent trop limitée. Ils sont au départ une douzaine204 ou une vingtaine selon d’autres sources. Ils se séparent progressivement de Ronnie DAVIS (jugé trop professionnel, trop prudent), mais continuent à en assumer les méthodes.

Peter COYOTE reste lui fidèle à la Mime Troup jusqu’en fin 1967.
(5)Liens politiques et artistiques des diggers

Les diggers sont liés à de nombreux radicaux, comme c’est le cas au niveau politique, avec le Black Panther Party - BPP, voire avec les Hell Angels. Le groupe serait un des rares mouvements hippies à nouer des liens fréquents avec ces Hell’s Angels, surtout via Pete KNELL, ami de COYOTE, et véritable « président » du groupe de motards de San Francisco. Quant au BPP, beaucoup de leurs premiers tracts sont tirés par les coopératives des diggers.

Ceux-ci participent de manière très critique à quelques manifestations du SDS de Thomas HAYDEN, mais leur volonté destructrice et anti « vieille gauche » les amène à bouleverser l’université d’été du Michigan de ce mouvement en 1967. Crainte de la récupération et refus de « l’enrégimentement » sont toujours mis en avant.

Dans l’East End new-yorkais, Emmett GROGAN est lié au groupe post-beat « The Anarchists », animé par PAULSKY, avec lequel il organise un bal populaire monstre a Tompkin’s Square Park en 1967.
Au niveau artistique, c’est encore plus flagrant. Les groupes musicaux, à l’époque souvent de véritables petites communautés libertaires contestataires, sont souvent là quand on a besoin d’elles. C’est surtout vrai avec le Jefferson Air Plane et le Grateful Dead.

Le Grateful Dead, entre autres groupes proches, est celui qui accepte souvent les demandes des diggers pour organiser des concerts gratuits, qui sont à chaque fois de vrais happenings politiques. Il est lié aux Merry Pranksters (les Joyeux lutins), communauté psychédélique qui sillonne alors les États-Unis dans un bus bariolé.
Membre des Prankster, l’écrivain Ken KESEY participe à bien des happenings205. C’est alors un adepte des acid-tests et du LSD, qui commence à être célèbre avec son superbe ouvrage qu’est Vol au-dessus d’un nid de coucou (One Flew Over the Cuckoo’s Nest – 1962), même si Jack NICHOLSON ne lui a pas encore donné ces lettres de noblesse en tenant le rôle principal du film de Milos FORMAN de 1975.

L’auteur Richard BRAUTIGAN (1935-1984), lui aussi en 1968 bon adepte du « free » et donc en quelque sorte disciple consentant des diggers, propose gratuitement un livre poétique et écologique qui porte le nom de Please Plant This Book - S’il te plaît, plante ce livre, puisqu’il contient de nombreuses semences ! La couverture montre une délicieuse petite fille pieds nus dans un cadre verdoyant paisible. Ce poète (dont la première poésie date de 1956) admiré par GINSBERG qui le surnommait « Bunthorne » (poète précieux, charmeur et transcendantal) doit beaucoup de son succès ultérieur aux diggers, car le groupe diffusa un grand nombre de ses écrits ronéotypés. Lui-même diffusait gratuitement ses poèmes dans les rues de Haight Ashbury. C’est en participant à une manifestation des diggers qu’il se lie à une superbe rousse surnommée Flame, qui finance des activités alternatives. Ses lectures publiques au festival de Monterey en 1967 l’ont rapidement placé à un haut niveau de la mythologie hippie.

Parmi d’autres compagnons de route des diggers, il faut également parler des poètes Michael McCLURE, Kirby DOYLE et Lenore KANDEL.

L’acteur Peter COYOTE (né en 1942, membre de la Mime Troup depuis 1965, et actif auprès des diggers), déjà licencié en littérature, écrivain et interprète, va vite se faire un nom. Sans cesser d’écrire et de jouer, il assume une grande diversité des tâches menées par le Free City Collective. Son ranch, nommé Olema, est un havre accueillant pour bien des marginaux206.

De la génération beat antérieure, Emmett GROGAN ne reconnaît vraiment qu'Allen GINSBERG et Gary SNYDER, les plus anarchistes d’entre eux. Mais il leur reproche de se fourvoyer avec des intellectuels comme T. LEARY ou Richard ALPERT (eux aussi participent parfois aux activités de Haight Ashbury) qui jouent trop dans le star système de la culture hippie.

L’importance des poètes, le goût de la poésie qui transparaît dans tout Ringolevio, les happenings qui comprennent de nombreuses déclamations, sont dans la droite ligne de la contre culture californienne des années 1950, incarnée surtout par l’anarchisant Kenneth REXROTH, mais aussi par William BURROUGHS et Alexander TROCCHI.


  • L’Artists Liberation Front : pour un art populaire, autogéré et autonome


Beaucoup de ces artistes compagnons de route adhèrent à l’Artists Liberation Front, un des regroupements des plus actifs et des plus virulents, sur San Francisco, qui existe depuis 1966. Leur nom est une référence au mouvement de libération du peuple vietnamien, et nous rappelle leur opposition radicale à la guerre impérialiste menée alors par leur propre pays. Le Front permet d’unifier les mouvements politiques et artistiques anciens (appui de Kenneth REXROTH, militant libertaire installé dans la baie depuis les années trente) et les plus récents (dont Ronnie DAVIS est alors un des plus actifs). Aux yeux des observateurs attentifs de l’époque, comme Barbara WOHL, ce mouvement est composé du « plus grand nombre d’anarchistes jamais réunis en un même lieu et à un même moment »207, c’est à dire en avril-mai 1966. L’Artists Liberation Front est dirigé en 1966 par un collectif de 7 membres, avec à leur tête Alan MYERSON ; DAVIS et BERG y représentent la Mime Troupe, et Bill GRAHAM (indiqué comme « entrepreneur ») représente le Fillmore Auditorium.
(6)Mouvements proches et prolongements des diggers…

À la fin des sixties, aux États Unis, quelques mouvements s’inspirent des diggers, de leur philosophie du « free », malgré l’opposition de ceux-ci. C’est le cas des « provos diggers » de Berkeley, ou des diggers de la côte Est menés pas Abbie HOFFMAN et Paul KRASSNER dès le début 1968. Avec ce mouvement « yippie », la rupture ne va pas tarder.

Même dans les milieux religieux californiens apparaissent alors les slogans de « free churches (églises libres)».
En Italie, le Gruppo Dionisio, fondé en 1965 par Giancarlo CELLI, devenu libertaire en 1968, entreprend de 1972 à 1977 des expériences de théâtre guérilla et promeut « l’uso libero » (l’usage libre) dans le quartier de Tiburina à Rome. Ces initiatives sont de la même veine que celle des Diggers, notamment quand le Gruppo veut « produire en commun et pour tous » (tract de juin 1972). Le communisme libertaire n’est pas loin, puisque tous peuvent « user librement des produits nécessaires, en fonction de leurs besoins et selon leur conscience ». L’argent est naturellement proscrit208. Ce groupe est lié aux expérimentations de «murales» politisés et de développement de communautés en Sardaigne.

Dans les années 1980 dans la province de Forlì, le mouvement des Zappatori senza Padrone forme une sorte de prolongement italien des diggers de San Francisco.
Aux Pays Bas, le mouvement provo (1965-1967), prolongé ensuite par les Kabouters et les Krakers, est proche des diggers californiens par leur mode de vie. Ils sont pour des services gratuits, pas seulement la bouffe, mais aussi les transports (vélos et autos dites «blanches»), le logement… Ils ont distribué également de la nourriture, et un de leur magasin coopératif s'appelle justement le Diggershop, créé à Amsterdam en 1967.


  • Une utopie autogestionnaire des sixties ?


Dans leur dernière grande production, The Digger’s Papers, le collectif se positionne en faveur du développement des communes libres et autogérées, autonomes, et pour la mise sur pied d’une coordination entre elles. Cette sorte de fédéralisme libertaire est une des rares propositions anarchistes du grand mouvement des communes qui était alors en train de se produire. Leur texte utopique « The Post-Competitive, Comparative Game of a Free City209 - Le jeu comparatif et post-concurrentiel dans la cité libre » serait l’œuvre de GROGAN lui-même210. La proposition repose sur le regroupement, dans le cadre des villes ou des quartiers, des « free families » composées de groupes politiques, de familles élargies, de communes, voire de « various revolutionist gangs » (malgré le sens péjoratif du terme). L’ensemble forme ensuite les « free cities ». Le texte fournit la liste des regroupements organisationnels nécessaires, tant pour le commerce, la vie économique quotidienne (électricité, réparations mécaniques…), les aspects financiers (« free city bank »). Il est intéressant d’en donner la liste, car elle montre la volonté de détruire l’individualisme, et de contrer la société de consommation en proposant des alternatives. Elle révèle également l’importance de la contre-culture dans ses besoins écologiques et artistiques, et dans son souci de créer une « communitarian utopy – utopie communautaire 211».

- Free city switchboard/Information Center pour tous les besoins de logements, de fonctionnements, d’aide judiciaire,

- Free food storage and Distribution center pour les fournitures libres,

- Free city garage and Mechanics pour offre de véhicules libres et pour leur entretien,

- Free city bank and Treasury pour la solidarité financière et la suppression de l’économie monétaire à l’intérieur de la commune,

- Free city legal assistance pour la défense judiciaire du mouvement,

- Free city housing and Work space pour organiser le squattage des bâtiments,

- Free city Stores and Workshops pour un commerce et un artisanat solidaire et libre,

- Free medical thing pour l’entraide sanitaire,

- complétée par un Free city hospital,

- Free city environmental and Design gang, à vocation esthétique et écologique,

- Free city schools pour permettre une éducation libre,

- Free city news and Communication company pour l’information écrite libre,

- Free city events and Festival planning Committees pour l’organisation d’activités culturelles et de happenings,

- Cooperative farms and campsites, pour s’approvisionner en produits alimentaires et resserrer les liens avec le milieu rural,

- Scavenger Corps and Transport gang, pour l’entretien de la ville et l’organisation des transports,

- Free city Tinkers and Gunsmiths etc. pour conserver des objets nécessaires, garantir les réparations et l’entretien…,

- Free city radio, TV and Computer stations pour les activités libres de communications,

- et notamment pour garantir et diffuser la Free city music
C’est pourquoi les diggers sont membres de la coordination connue sous le nom de Free Family, qui tentait de relier les communes de toute la côte pacifique. Ils sont liés également à la Hearthshire Community (aujourd’hui Hearth Community), dont une des plus durables actions s’exprime dans une « école libre », « à tous les sens du terme », la Hearth School, établie à San Francisco en 1967, puis en milieu rural, grâce à l’acquisition de terrain en 1971.

Parmi ces centaines de communes qui se développent en Californie, la Sutter Street Commune (Sutter Street s’appelle plus tard Scott Street) de San Francisco adopte l’esprit digger. En 1969 elle se rend célèbre en publiant un hebdomadaire gratuit, Kaliflower. Ce journal, orientaliste d’inspiration, est édité par le Free print shop. Il est diffusé vers plusieurs dizaines de communes (peut-être 300 ?). La célébrité est telle que la Sutter Street Commune devient la Kaliflower Commune. En 1971 le journal prend une autre dimension, en devenant The intercommunal newspaper et dure visiblement 2 ans.


  • Et après les sixties et les seventies ?


En hiver 1983 eut lieu une petite tentative de redévelopper le Panhandle Free Food et la tradition des fournitures gratuites. Mais c’est de courte durée, et l’expérience garde un aspect festif, ponctuel, dans l’esprit de Ringolevio. C’est semble-t-il la lecture du livre de GROGAN qui est à l’origine de cette petite expérience212.
De nombreux diggers se sont reconvertis dans l’écologie, le retour à la nature, le bio-régionalisme ou les mouvements alternatifs, culturels et/ou politiques.

Par exemple David SIMPSON et Jane LAPINER continuent à animer une firme alternative au nom symbolique de Human Nature.

Freeman HOUSE, connu comme grand défenseur des saumons, est le principal coordinateur du Mattole Restoration Council-MRC dans la vallée de la Mattole River.

Dans cette veine naturaliste, Richard BRAUTIGAN semble faire l’éloge bucolique et mystico-écologique de Trout Fishing in America - La pèche à la truite en Amérique. En réalité il dénonce les mythes naturalistes autant que l’enracinement citadin. La célébrité est au rendez-vous avec ce livre sur l’errance et la futilité du mode de vie urbain et stressé qui s’impose dans les États-Unis de son temps. Mais il préfère, toujours fidèle aux idéaux hippies, vivre en semi-communauté artistique et littéraire dans son ranch du Montana, à Paradis Valley. La déprime et l’alcool le conduisent cependant au suicide le 25/10/1984.

Quant à l’acteur Peter COYOTE (Peter COHAN da SILVA) aujourd’hui consacré, il ne renie rien de ces expériences californiennes dans un livre récent de souvenirs213. De 1975 à 1983 il a même assumé un rôle dans l’agence culturelle étatique de Californie (California State Arts Council). Il a été délégué à la Democratic National Convention de 1997, poursuivant de manière réformiste son ancien engagement libertaire. Vivant toujours en Californie, il est membre d’un groupe écologiste de défense contre la pollution de la Bay, the Baykeepers. Acteur dans près de 80 films, il est membre de plusieurs organisations professionnelles. De son admiration pour Gary SNYDER, il a gardé l’esprit Zen, bouddhisme ouvert qu’il assume depuis le début des années 1970, puisqu’en 1998 il se reconnaît toujours comme « a Zen student for twenty-five years »214.

Peter BERG, comme d’autres anciens diggers dont Judy GOLDHAFT, a également rejoint le biorégionalisme dont l’antiétatisme renoue avec la vie anarchisante de ses jeunes années. Ce mouvement connaît un net regain de jeunesse avec les mouvements anti-OMC de l’année 2000. Il a créé une Fondation, Planet Drum, à laquelle se rattachent de près ou de loin de nombreux ex-diggers. Elle perpétue ses idées après sa mort en 2011. Le site (http://www.planetdrum.org/) la présente comme «A voice for bioregional sustainability, education and culture». Le mouvement, toujours fidèle à la baie californienne, évolue également en d'autres régions, particulièrement en Équateur215.
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