Essais utopiques libertaires de «petite»








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C.Quelques communautés libertaires politiques, culturelles et artistiques :



Avec l’éducation et la formation, et le groupe éditorial, le domaine artistique constitue l’autre grand champ où les libertaires s’investissent largement et influencent fortement leurs contemporains. On peut retenir quelques expériences, dans des domaines artistiques très variés.

1.Quelques aventures libertaires des avant-gardes : Symbolisme, Modernisme et Néo-impressionnisme (années 1880-1890)…


En fin du XIX° de multiples regroupements affinitaires s’opèrent dans le champ de l’art, de la littérature, de la presse et parfois - mais rarement - de l’engagement politique. Il y a cependant tout un climat qui mêle critique culturelle et critique sociale, provocations et solidarité avec certains évènements politiques. Comme la volonté libertaire est commune à l'anarchisme et à l'avant-gardisme fin de siècle, les convergences existent bel et bien.

Les lieux de rencontres sont éphémères et ponctuels, presque jamais permanents : on se retrouve dans les cafés, les expositions, les salons, les librairies, les athénées, les tertulias (lieux d'échanges), la rédaction des multiples revues (Cf. ci-dessous), souvent de vies courtes, qui marquent la période… On y discute de tout, et parfois on y exprime une vision anarchiste de la vie, de l’art et de la politique. « L’agit-prop » s’appuie sur le théâtre libéré, la vague des banquets et meetings, etc. tous ancêtre des « happenings » et en symbiose avec l'action directe prônée par les courants révolutionnaires. Tout un monde d'artistes libres ou «d'anarchistes littéraires»1 (analysés par les espagnols CLARÍN - Leopoldo ALAS 1852-1901 et par José MARTÍNEZ RUIZ 1873-19672) plus ou moins autoproclamés, donnent de l'écho aux idées acrates, sans forcément apporter grand-chose pour la théorie ou la réalité de l'engagement quotidien.

Une multitude de petits groupes ou clubs d’agitation culturelle (majoritairement urbains et particulièrement parisiens) ont précédé le symbolisme et autres avant-gardes. Ils ont souvent intégré nombre de libertaires et autres écrivains indépendants et caustiques, comme Jules JOUY (1855-1897). Par exemple en France : les Hydropathes (vers 1878-1884 - 32 numéros de leur revue du 22 janvier 1879 à 1880), les Hirsutes (vers 1881-1884), les Zutiques ou Zutistes de l’Hôtel des Étrangers (vers 1871 et à nouveau vers 1884), les Jemenfoutistes… On peut aussi citer les Fumistes animés par SAPECK (Eugène BATAILLE).

a)Le symbolisme et le modernisme 


Dans les années 1870-1880, des intellectuels, critiques, écrivains et artistes… renient progressivement le naturalisme alors en vogue pour lancer le mouvement symboliste, qui s’affirme vraiment vers 1886. Ils revendiquent une sorte de néoromantisme (mais sans toujours le nommer), sont souvent liés à la bohème réfractaire et au décadentisme, et s’inspirent prioritairement des poètes Charles BAUDELAIRE (1821-1867), du franco-uruguayen Isidore Lucien DUCASSE (LAUTRÉAMONT 1846-1870), de Paul VERLAINE (1844-1896), Stéphane MALLARMÉ (1842-1898) et surtout Arthur RIMBAUD (1854-1891), ce que feront plus tard bien des surréalistes notamment pour MALDOROR et RIMBAUD. Le mouvement est surtout implanté en France et en Belgique, mais va connaître quelques vivaces surgeons, par exemple en Espagne et Amérique latine, au Royaume Uni (proche du Préraphaélisme) et en Russie (BRIOUSSOV).

L'expansion espagnole et latino-américaine tient surtout au fait qu'un groupe étoffé d'Españoles en París3 (étudiants, exilés et/ou réfugiés) vivent en «bande picaresque» sur les bords de la Seine4 et s'y lient à tout ce que la ville offre en groupements culturels et plus ou moins politiques en fin du XIX° et au début du XX° siècle. Pourtant bien installée outre-Pyrénées comme «la vipère d'Asnières» (surnom de Luis BONAFOUX d'origine franco-vénézuelienne), cette «bohème espagnole»5 renforce ensuite les courants novateurs dans la péninsule ibérique.
Le symbolisme est assez proche des idées du modernisme que Rubén DARIO (1867-1916) contribue à énoncer dans le monde latino-américain : «mouvement littéraire hispano-américain caractérisé par l'expansion individuelle, la liberté et l'anarchisme dans l'art»6. Dans ce courant les influences parisiennes du Parnasse et du symbolisme se mêlent à un néoromantisme diffus et au décadentisme ; ce mouvement est illustré par exemple en Espagne par le marquis «anaristocrate»7 et hédoniste Antonio de HOYOS y VINENT (1885-1940), lié à l'anarchosyndicalisme, à la FAI et au Parti Syndicaliste, et futur mort dans une prison franquiste.

En Colombie l'anarchisant José Maria VARGAS VILA (1860-1933) présente une trajectoire engagée similaire, avec un style plus ampoulé assez caractéristique au point de se nommer «vargasvilesco». Malgré sa courte vie, le libéral radical et anticlérical équatorien Juan MONTALVO (1832-1889) leur est parfois associé, plus comme un précurseur. Favorable à un art antidogmatique et à la libre imagination, l'hispano paraguayen Rafael BARRETT (1876-1910) peut être également évoqué. Il a considérablement marqué l'idéal acrate en Amérique du Sud jusqu'à nos jours comme le rappelle l'intéressante thèse récente de Gerardo GARAY8. Il convient également de rappeler l'importance de Luis BONAFOUX d'origine sud-américaine, et qui a vécu un bon moment à Porto-Rico. L'écrivain anarchiste espagnol Julio CAMBA ANDREU (1882-1962) fait également le lien Espagne-Amérique latine, notamment en Argentine et Uruguay ; il évolue ensuite très mal vers un philo-franquisme détestable.
En Catalogne le modernisme catalan s'illustre surtout autour du cabaret Els Quatre Gats et de la librairie l'Avenç (et la revue du même nom) de l'ambigu Jaume BROSSA i ROGER (vers 1870-1919). Il oscille entre anarchisme, catalanisme et individualisme radical, mais accepte un État minimal, ce qui le rapprocherait plutôt de la tradition anarchiste et libertarienne étatsunienne. Il collabore cependant aux revues anarchistes comme la Revista Blanca et Ciencia Social.

Le peintre et dramaturge Santiago RUSIÑOL (1861-1931), considéré parfois comme symboliste, est un bon vivant, épicurien et manieur d'une acide satire contre les conventions de son temps. Il a sans doute surtout fréquenté le jeune Pablo PICASSO (1881-1973) au Els Quatre Gats ; PICASSO aurait fait une vingtaine de tableaux de RUSIÑOL. Santiago est un de ceux qui font de Sitges une des places en vogue de l'art avant-gardiste, et il y établit à Sitges l'atelier-musée du «Cau Ferrat».

Avec BROSSA, Ignasi IGLESIAS PUJADAS (1871-1928), Alexandre CORTADA I SERRA (1865-1935) et surtout Pere COROMINES i MONTANYA (1870-1939) forment le groupe culturel Foc Nou qui anime largement le Teatre independent et qui s'exprime beaucoup dans L'Avenç. COROMINES paie ses liens avec l'anarchisme par une arrestation (1896) et est même condamné à mort lors du tristement célèbre procès de Montjuïc. Il oeuvre longtemps pour la révision de ce procès, en lien notamment avec la famille MONTSENY.

Le modernisme catalan est donc par bien des points comparables aux diverses avant-gardes plus ou moins libertaires ; il n'en demeure pas moins que l'anarchisme en Catalogne, malgré des liens avec quelques catalanistes, n'a jamais privilégié le particularisme catalan. La très grande majorité des revues anarchistes catalanes restent d'ailleurs écrites en castillan.
Pour le reste de l'Espagne, la bohème teintée de décadentisme et de modernisme se développe un peu partout, notamment au tournant du siècle avec Emilio CARRERE MORENO (1881-1947) qui s'autodéfinit «anarchiste sentimental». Mais il évolue vite vers le conservatisme et caricature ses amours de jeunesse9.
Pour revenir au symbolisme, à Paris, la brasserie GAMBRINUS10 près du Luxembourg semble le lieu de rencontre obligé pour la jeune génération, un peu ce que sera le Flore pour la génération de l’après deuxième Guerre mondiale. Le Café VOLTAIRE près de l’Odéon est un autre lieu fréquenté, autour du groupe dit de La Courte échelle. Les cafés, lieux de beuveries, de rencontres, d’échanges, de promiscuité recherchée avec les femmes et le Lumpen… se retrouvent souvent à l’origine des groupements dits d’avant-gardes, tant politiques que culturelles, et prolongent ainsi la tradition des pubs et des cafés populaires.
Voulant donner « une forme sensible » aux « Idées », aux états d’âme et à l’inconscient, les symbolistes ouvrent tout grand l’imagination et laissent libre cours aux interprétations et aux correspondances (au sens baudelairien) les plus mystérieuses. «L'artiste symboliste se déclare pas moins que démiurge, créateur de mondes, et bientôt "théurge", créateur de mythes et de religions» notent Leonid HELLER et Michel NIQUEUX en analysant un mouvement russe bien influencé par la religiosité11. Ces symbolistes se considèrent parfois comme des «anarchistes de l'esprit (anarchistes spirituels)» (Paul VERLAINE 1844-1896 & Rémy de GOURMONT 1858-1915)12 ou des «anarchistes lyriques» (SAINT POL-ROUX 1861-1940) et/ou des compagnons de routes partageant certaines thématiques : par exemple la haine de la vie bourgeoise, l'antimilitarisme, l'amour libre... Camille MAUCLAIR (pseudonyme de Camille Laurent Célestin FAUST 1872-1945), Pierre QUILLARD (1864-1912), Adolphe RETTÉ (1863-1930), Bernard LAZARE (né Lazare BERNARD 1865-1903), Laurent TAILHADE (1854-1919), Georges DARIEN (pseudonyme de Georges Hippolyte ADRIEN, 1862-1921) ou Octave MIRBEAU (1848-1917) sont de ceux là... Le supplément littéraire de La Révolte animée par Jean GRAVE (1854-1939) leur est largement ouvert dès 188713, tout comme L'en dehors de Zo D'AXA (pseudonyme d'Alphonse GALLAUD de la PÉROUSE 1864-1930) après 1891.

La liberté de ton, le refus de toute règle, l’emploi de termes nouveaux et la reconnaissance de nouveaux modes d’expression, du vers libre, le rejet des anciens… manifestent une volonté de rupture et une position anarchisante plus ou moins marquée sur le front de l'art et des mœurs. La provocation, et le total respect de la liberté individuelle, deviennent une manière d'être et un art de vivre (Laurent TAILHADE). On peut évoquer une sorte de propagande par le fait artistique, ou une revendication d'une esthétique d'action directe. Les «discours athlétiques» promus par le poète libertaire André VEIDAUX (1868-1927) s'inscrivent tout à fait dans cette optique. Tous ces points permettent de maintenir une certaine unité libertaire (de l’expression, de la pensée, des modes de communications…) dans un groupe par ailleurs fort disparate. Mais attention, cela ne veut pas dire, sauf rares exceptions, que ces artistes et intellectuels sont en symbiose avec l'anarchisme comme projet social, bien loin de là le plus souvent14. Ils apparaissent plus comme des révoltés individualistes et esthétisants que comme des penseurs d'une anarchie dont ils ignorent les fondements.

Les « vers libres » (« vers émancipés » pour FÉNÉON), inventés (?) par la franco-polonaise Marie KRYSINSKA (1857-1908) et propulsés par Gustave KAHN (1859-1936) en 1887 dans Les palais nomades sont un bon exemple de cette méthode qui annonce par certains côtés les tentatives surréalistes. Le franco-étatsunien Francis VIELÉ-GRIFFIN (1864-1937), également un peu anarchisant à l’époque, est l’autre principal promoteur des « vers libres » (Cf. Joies de 1888). Malheureusement ses penchants libertaires de jeunesse ne l’empêchent pas d’accepter la Légion d’honneur par la suite.

On peut associer parmi les initiatives novatrices, malgré des sources plutôt naturalistes, les propositions du Théâtre libre (lancé dès 1887) par André ANTOINE (1858-1943). Mais le premier théâtre plus nettement symboliste semble être en 1890 le Théâtre d’Art (futur Théâtre de l’Œuvre en 1893) avec le poète Paul FORT (1872-1960), l’écrivain Séverin FAUST dit Camille MAUCLAIR (1872-1945) et le peintre nabi Édouard VUILLARD (1868-1940). MAUCLAIR contribue alors à la presse anarchiste, mais finit bien mal sa vie dans l’entourage vichyssois ! Le Théâtre de l’Œuvre est assez proche de l’anarchisme - et résolument symboliste - au milieu de la décennie, autour de la libre personnalité d’Aurélien-François-Marie LUGNÉ-POË (1869-1940) qui le dirige jusqu’en 1899.
En France le pivot et le moteur du groupe à ses débuts semble bien être Félix FÉNÉON (1861-1944). C'est un des rares qui sait de quoi il cause. Lecteur assidu de KROPOTKINE, et bientôt de STIRNER, il est lié aux anarchistes, y compris aux illégalistes ; plus tard il est ami d’Émile HENRY, et peut-être l’auteur toujours inconnu de l’attentat du café Foyot à Paris en 1894. Curieux paradoxe pour un employé du Ministère de la Guerre ! S'il n'est pas totalement anarchiste ou encarté, il apparaît en tout cas comme tel aux yeux de ses amis et des policiers qui vont vite le repérer, et des historiens ultérieurs : « FÉNÉON était un anarchiste. Tous ses amis au fond étaient anarchistes : SIGNAC et PISSARRO, KAHN et TAILHADE, LUCE, RÉGNIER et LECOMTE, comme l'avait été SEURAT» note John REWARD15. Il faudrait ajouter Kees VAN DONGEN, tout à la fois «fauve, anarchiste et mondain», car il doit beaucoup à FÉNÉON pour ses débuts, ses contacts et ses premières ventes et expositions sur le sol français ; ce néerlandais avait été proches des libertaires en son pays et y a même illustré en 1897 un ouvrage de KROPOTKINE16. John REWARD exagère cependant la mise, et confond socialisme et violence, rébellion et anarchisme, bohème et militance. Mais c'est vrai que FÉNÉON marque son époque, par sa présence amicale auprès des libertaires et de bien des écrivains et artistes non conformistes, par son rôle essentiel dans maintes petites revues, par la pertinence de ses critiques et par son personnage, grand et mince, et son apparence toujours soignée et un peu dandy. Là aussi il faut noter un autre paradoxe : par principe, par rigueur intellectuelle, et peut être également par prudence vu son emploi, FÉNÉON reste un homme de l'ombre, discret rarement mis en avant, bref «un homme qui désirait être oublié» comme l'écrit John REWALD (1912-1994) dans un superbe article récemment réédité17. Ce dernier aspect, sa modestie et sa générosité rarement dévoilée, son refus de signer certains travaux, son insouciance par rapport à la postérité, bref «son refus de parvenir» (pour l'écrire comme Albert THIÉRRY 1881-1915)… sont dignes d'un penseur anarchiste conséquent et de grande qualité.

Paul ADAM (1865-1920), auréolé par le scandale de son livre Chairs molles (1885), lui aussi connaisseur de KROPOTKINE, appuie l’ami FÉNÉON, exprime parfois des idées libertaires et s’essaie aussi au roman utopique (Lettres de Malaisie de 1898 en étant le plus connu).

Ancien hydropathe, le grec Jean MORÉAS (pseudonyme d’Ioánnis A. PAPADIAMANTÓPOULOS 1856-1910), par ses contacts avec Le Figaro, réussit à faire passer le Manifeste littéraire du mouvement dans le numéro du 18/09/1886. Cet « oriental » qui propulse le groupe préfigure en quelque sorte le rôle du roumain Tristan TZARA (pseudonyme de Samuel ROSENSTOCK 1896-1963) pour le dadaïsme.

Plus engagés semblent le franco-polonais Mécislas GOLBERG (1869-1907) qui édite Sur le trimard, ou Pierre QUILLARD qui vise L'anarchie par la littérature (1892).
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