Essais utopiques libertaires de «petite»








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6.FRANCE - Communautés artistiques et libertaires en France

a)Les groupes de chanteurs militants : l’exemple de la Muse Rouge


D’après Gaetano MANFREDONIA, les « groupements chansonniers »273 militants ou engagés sont très nombreux au début du XX° siècle, au point d’évoquer « la frénésie artistique » des militants qui inquiète la police. Ils sont rarement purement anarchistes, et mêlent socialistes, anarchistes et indépendants au côté de chansonniers authentiques.

Les associations culturelles, sportives, musicales, théâtrales… sont à l’époque largement utilisées pour diverses raisons, dont :

  • un goût réel pour l’activité proposée,

  • un moyen de se regrouper pour détourner la censure,

  • une manière d’utiliser une forme de propagande supplémentaire, parmi d’autres,

  • un lieu convivial pour échanger, débattre, passer de bons moments, ce qui est essentiel à une époque sans télévision !




MANFREDONIA cite quelques groupements, notamment quand leurs liens avec l’anarchisme est bien établi, au moins par les nombreuses références qui les concerne dans la presse libertaire.

  • 1900 : L’art social du 13° à Paris

  • 1901 : Le Groupe des poètes et chansonniers révolutionnaires

  • 1902 : La Marianne

  • 1903 : La Lyre sociale de la rive gauche

  • 1905 : La Muse rouge

  • 1907 : Les Amis de la chanson



Et pour la seule année 1912 :

  • 1912 : Le Groupe artistique et syndical de propagande

  • 1912 : Le Groupe Libre de propagande par le théâtre et la chanson

  • 1912 : Libéria (ex-Pupilles montmartroises) de la Fédération Révolutionnaire Communiste Anarchiste

  • 1912 : La Rénovation artistique, groupe de propagande par la chanson

  • 1912 : Le Groupe artistique et musical (au Sud de Paris)




La Muse rouge est une des associations qui dure le plus longtemps (une trentaine d’années de 1901 à 1939)274.

Elle apparaît en 1901 comme Groupe des poètes et chansonniers révolutionnaires avec l’aide d’anarchistes dont surtout Sébastien FAURE (1858-1942). Le groupe compte des chansonniers plus ou moins libertaires : Constant MARIE plus connu sous le pseudonyme de Père LAPURGE (1838-1910), Paul PAILLETTTE (1844-1920), Eugène CHATELAIN (1829-1902)… Il y également des chansonniers socialisants ou moins marqués, mais parfois favorables aux anarchistes : Jean-Baptiste CLÉMENT (1836-1903), Achille LEROY (1841-1929)... Il est intéressant (et étonnant : 30 ans après) d’y voir d’anciens communards ou d’hommes liés à la Commune de 1871 : MARIE, CLÉMENT, CHATELAIN… ce qui prouve une fois de plus le rôle fondamental de l’insurrection parisienne dans la promotion du socialisme, et surtout du socialisme libertaire. Clovis POIRIER dit CLOVYS (1885-1955) y tient un grand rôle : animateur, directeur (1917-1926), gérant de l'organe La Muse rouge (1922-1926) édité à La fraternelle de Sébastien FAURE.

Ce groupe en 1905 s’appuie sur un périodique La Chanson ouvrière animé surtout par Maurice DOUBLIER (tué en Argonne en 1916), René MOUTON et Frédéric MOURET. MOUTON est un des responsables de l’AIA - Association Internationale Antimilitariste mouvement fortement influencé par l’anarchisme, et donc un des animateurs de L’action antimilitariste.

Il n’est pas étonnant de trouver dès l’origine l’important leader anarchiste Sébastien FAURE, connu surtout pour sa force oratoire ; il aime en effet pousser lui aussi la chansonnette, est l’auteur de multiples poésies et chansons, et propose dans son expérimentation pédagogique La Ruche d’utiliser largement le chant. Il a d’ailleurs rédigé un livret de chansons et comédies pour enfants275.
Le nom de La Muse rouge semble vraiment se développer entre 1905 et 1907. En 1908 elle lance un périodique La chanson aux ouvriers. Son importance lui rallie ce qu’il se fait de mieux chez les artistes ou militants très proches de l’anarchie comme le poète Charles D’AVRAY (de son vrai nom Charles-Henri JEAN 1878-1960), les antimilitaristes, « éducationnistes » et néo-malthusiens MAURICIUS (de son vrai nom Maurice VANDAMME 1886-1974) et Madeleine VERNET (de son vrai nom Madeleine CAVALIER 1878-1949), le vigneron et chansonnier qu’est Eugène BIZEAU (1883-1989)… Maurice DOUBLIER assure une forme de secrétariat rigoureux qui serait une des raisons de la longévité de l’association.

Le groupement se rattache à la tradition des goguettes (qu’il organise mensuellement) et des cafés militants. Il garde toujours une rigueur idéologique et assume une autonomie économique qui lui permet de contrer à sa manière la vogue des cafés-concerts de l’époque. MANFREDONIA rattache à juste titre certains de ses membres à ce que les libertaires Henri POULAILLE276 et Michel RAGON277 vont préciser comme étant de la vraie littérature prolétarienne, créée par et pour des travailleurs. C’est par exemple le cas du vigneron BIZEAU, du commis DOUBLIER ou de l’ouvrier ciseleur PAILLETTE.

Les liens de la Muse rouge avec le mouvement syndicaliste révolutionnaire tient autant à une réelle volonté idéologique, qu’à son emplacement (en face de la Bourse du travail du boulevard Magenta), ou à l’appartenance à la CGT de certains de ses membres (DOUBLIER) ainsi qu’aux liens multiples entretenus lors des activités artistiques.

Leur œuvre est donc de propagande, dans le meilleur sens du terme, avec la qualité artistique et la volonté politique de représenter avec dignité la cause populaire, en éloge et en défense de ce prolétariat des champs et de la ville dont ils sont parfois issus.
La plupart des membres de La Muse rouge résistent à la vague militariste et patriotarde de 1914, et nombreux participent aux rares revues qui résistent, comme celle de Sébastien FAURE CQFD - Ce Qu’il Faut Dire. Mais la guerre opère tout de même ses ravages, et fauche deux animateurs de talents : Maurice DOUBLIER en 1916, et Léon ISRAËL. Antimilitariste (et condamné pour cela à plusieurs reprises entre 1918 et 1923) Louis RAFFIN (plus connu sous le pseudonyme de Louis LORÉAL (1894-1956) est un ouvrier d'imprimerie actif comme chansonnier. Mais il évolue mal, s'adonne à la boisson et passe au collaborationnisme sous Vichy. Il est radié du syndicat des correcteurs à la Libération.

La Muse rouge reprend cependant après guerre, et perdure jusqu’en 1939. Elle fonde de 1922 à 1924 (12 numéros) La Muse rouge : revue de propagande révolutionnaire par les arts, dont le titre révèle la fidélité aux aspirations d’éducation ouvrière des origines. Beaucoup d’éditoriaux sont rédigés par des anarchistes.

Les conflits avec la volonté hégémonique du PCF contribuent cependant à isoler l’association et à augmenter les conflits. La plupart de ses chansonniers, menés surtout par Charles d'AVRAY, ont bloqué l'adhésion à le FTOF-Fédération du Théâtre Ouvrier de France procommuniste, au début des années 1930.

b)Le « Cinéma du Peuple » en France au début du siècle.


Le 28 octobre 1913278, la « Coopérative libertaire » du Cinéma du Peuple relie francs-maçons, anarchistes (Jeanne dite Jane MORAND 1887-1969, Charles-Ange LAISANT, Jean GRAVE et André GIRARD des Temps Nouveaux, Sébastien FAURE et Pierre MARTIN du Libertaire…) et des syndicalistes-révolutionnaires de la CGT alors largement dominée par le syndicalisme libertaire d’action directe279. C’est le cas d’Yves-Marie BIDAMANT, syndicaliste cheminot280 qui devient secrétaire de la coopérative, ou de l’aide opérateur Henri SIROLLE, « secrétaire des cheminots anarchistes » (Éric JARRY). Des socialistes de diverses tendances en sont également proches, dont le secrétaire adjoint CHEVALIER. Jeanne MORAND (1883-1969)281, ancienne compagne de LIBERTAD, anarchiste et antimilitariste active et souvent inquiétée par la police, se partage entre le Cinéma du Peuple et le Théâtre du Peuple où elle donne des cours de diction et de comédie : pour elle, la culture est partie intégrante de la lutte émancipatrice et de la propagande ; elle est aidée par son nouveau compagnon, Jack LONG dit JACKLON. L’écrivain Marcel MARTINET aurait également donné son appui.

Cette coopérative a été annoncée au Congrès de Paris de la Fédération Communiste-Anarchiste Révolutionnaire282 des 15-17/08/1913. Elle veut faire du cinéma un outil de dénonciation et de propagande, et se lie à de nombreuses autres organisations, dont la coopérative L’Entraide. Elle veut relier syndicats, athénées, Universités populaires… Résolument libertaire, elle lutte contre toute action électorale et l’inscrit même dans ses Statuts. Il s’agit, comme le dit Tangui PERRON, de la « première expérience de production cinématographique du mouvement ouvrier français 283». Elle est soutenue à fond par le journal La Bataille Syndicaliste, dont le gérant Eugène MOREL est proche de la coopérative, mais la guerre lui met rapidement fin. Son siège se trouve dans la Maison des syndiqués du 17° arrondissement, ce qui montre son rattachement à la CGT d’action directe.

L’organisation repose « sur un mode autogestionnaire » assez rare à l’époque note Isabelle MARINONE dans sa thèse.

La Coopérative dispose également d’une volonté de développement national et international, et annonce des correspondants dans une demi-douzaine de pays, sans compter le continent américain. Elle disposerait d’une succursale à Amiens.

Sa thématique libertaire ressort surtout dans la primauté au rôle éducatif, le refus du militarisme et du cléricalisme, l’anti-électoralisme et l’antiparlementarisme. La lutte contre l’alcoolisme n’est pas oubliée. L’unique documentaire de 1914 de la coopérative, Les obsèques du citoyen Francis de PRESSENSÉ rend d’ailleurs hommage à celui qui est considéré comme un des réalisateurs de la loi de séparation de l’Église et de l’État, « un grand socialise et un honnête homme » (Le Libertaire, 30/05/1914).
Dans cette expérience étonnante participe a tout premier plan l’anarchiste espagnol Armando GUERRA qui deviendra en Espagne de 1936 un réalisateur important mais seulement récemment redécouvert284. Il est connu pour son premier film Un grito en la selva tourné en France en 1913285.

GUERRA de son vrai nom José Maria ESTIVALIS CALVO est né vers Valence en 1886. C’est un extraordinaire globetrotteur qui parcourt l’Europe et l’Afrique de long en large, par goût et par nécessité. Militant syndicaliste (typographe) et anarchiste, il écrit dans divers journaux libertaires (de Cuba, Suisse, France, Égypte, Espagne…) et doit souvent fuir la répression policière286. Militant toute sa vie, il sera cinéaste au front durant la Guerre civile287, mais ne supportera pas la « Retirada » et l’exil : il meurt rapidement à Paris, qu’il redécouvre par nécessité, en mars 1939.

Il est l’auteur pour le Cinéma du peuple en 1914 d’un des premiers films sur La Commune de Paris (Partie I), ce mouvement qui est un des plus référencés de toute l’histoire libertaire. L’affiche du film et réalisée par Maximilien LUCE288 est reproduite sur le site du RA Forum289. La guerre l'empêche cependant de produire la partie II de la Commune alors qu'il en a rédigé l'essentiel du scénario. Ce film qui utilise un très grand nombre de figurants est un des premiers dans le genre. Il est surtout tourné au Pré Saint-Gervais. Parmi les scénaristes on trouve le célèbre écrivain Lucien DESCAVES.

Un autre film de 1913, Les Misères de l’aiguille est un des premiers films sociaux sur la classe ouvrière. Louise, l’ouvrière piqueuse-découpeuse, est incarnée par Jeanne ROQUES, plus connue sous son pseudonyme de Musidora !

C’est Yves BIDAMANT secrétaire de l’Union des Syndicats de France qui l‘avait sollicité. GUERRA durant toutes ses pérégrinations, est accueilli et aidé par les militants anarchistes ou anarcho-syndicalistes locaux, ce qui prouve son implantation internationale et son rayonnement.

Le premier film (Les Misères de l’aiguille) est financé par souscription (20 000 actions de 25 francs) et se fait en collaboration, selon GUERRA lui-même, avec la Lux Film (boulevard Jourdan à Paris). La majorité des actionnaires sont des ouvriers et/ou des militants.
Deux autres films sociaux du Cinéma du peuple, le premier sans doute de GUERRA, sont cités par l’article du Libertaire ; ils ont des titres éloquents : Le vieux docker et Victime des exploiteurs. Le vieux docker, sans doute également dû à GUERRA, raconte la vie travailleuse et sans espoir d'un travailleur qui une fois usé est mis au chômage et jeté à la rue. Il semble que ce film est aussi une manifestation de solidarité avec un autre docker (et charbonnier), Jules DURAND (1880-1926) anarchiste et anarcho-syndicaliste du Havre, viré et mis en procès en 1910.
Des projets concernent Francisco FERRER, le pédagogue anarchiste espagnol assassiné en 1909 (sans doute sous influence de GUERRA qui avait été traumatisé par cette exécution), Biribi, ce camp déjà fermement dénoncé par DARIEN, et une deuxième partie sur La Commune. Un autre projet concerne le tournage d’un film sur la réalisation du journal La Bataille syndicaliste.
Selon GUERRA, les pellicules seraient détruites par des opposants patriotes au moment de la première guerre mondiale, opposants qu'il nomme «hordes nationalistes».

c)Théâtres sociaux, souvent liés aux Bourses du Travail - début XX° siècle.


Dans les Bourses du Travail d'avant 1914, l'activité théâtrale est fréquente mais mal connue. La vocation «d'instruire tout en amusant»290 révèle une tonalité post-fouriériste évidente. Elle est conforme à la pensée éducationniste d'un Fernand PELLOUTIER (Cf. sa brochure L'Art et la révolte, 1897). Socialistes, syndicalistes et libertaires semblent alors partager cette même vocation émancipatrice à travers l'action théâtrale. Quasiment toutes les Bourses proposent des activités théâtrales, mais rares sont celles qui disposent d'une structure appropriée ou d'une activité régulière, comme Amiens, Paris ou Marseille.
Le Théâtre social d'Amiens possède «une des principales troupes intersyndicale de l'époque»291. Fondé en 1903, arrêté durant la guerre de 1914-1918, ce théâtre poursuit ses activités jusque dans les années 1930. Il accueille des acteurs extérieurs, mais l'essentiel des activistes et des acteurs sont des ouvriers syndiqués. Profondément enraciné dans la Bourse du travail grâce à son secrétaire général Auguste CLEUET, il profite aussi aux diverses associations et mouvements politiques de la région. Il connaît cependant des dissensions liées à l'intervention municipale qui subventionne la Bourse : socialistes et syndicalistes ne partagent pas toujours les mêmes motivations, même s'ils se retrouvent ensemble au sein de la structure mise en place. Durant une courte période entre 1907-1909 les anarchistes semblent dominer, pour laisser ensuite la place à une vision plus réformiste.
La Bourse du Travail de Bayonne bénéficie au Groupe anarchiste d’éducation libre de Bayonne-Biarritz-Boucau, qui en 1908 puis en 1911, anime ses « concerts-causeries » agrémentés de pièces292.
La Bourse du Travail de Bourges utilise le théâtre social à vocation éducative et propagandiste.
La Bourse du Travail de Fougères utilise le théâtre social à vocation éducative et propagandiste.
La Bourse de Lyon, «installée dans une ancienne salle de spectacle (le théâtre des Variétés), obtient, pour ses "grandes fêtes populaires", le concours de la compagnie professionnelle Roche-Chevalier (1901-1904) puis la contribution de L’Œuvre (théâtre libre) (1902-1905), une troupe amateure locale dont la Bourse récupèrera d’ailleurs les décors»293.
Le Théâtre social de Marseille lié à la Bourse du Travail depuis 1903 cesse ses activités en 1914294. Il est surtout animé par l'anarchiste Caroline AMBLARD (née VALLIER en 1872, et épouse de l'ouvrier Lucien AMBLARD né en 1870)295. Elle est tout à la fois coordinatrice, syndicaliste, auteure et principale actrice pour les rôles féminins.

Cette ouvrière en imprimerie a lutté contre la misogynie de la CGT (Fédération du Livre et de l'Imprimerie) d'alors. Elle participe au mouvement anarchiste dans les Bouches du Rhône (elle écrit dans L'Ouvrier conscient) et bonne oratrice, elle intervient souvent dans l'Union des chambres syndicales ouvrières de ce département. Dans la Bourse du Travail elle est considérée comme une antimilitariste radicale à la veille du premier conflit mondial. Cet antimilitarisme, qu'elle contribue à amplifier par les pièces jouées au Théâtre social, lui vaut une condamnation en 1913. Elle est surtout connue pour sa pièce À travers l'émancipation ouvrière jouée le 20/04/1912.
À la Bourse du Travail de Montpellier, l'action du théâtre libérateur, notamment pour les femmes, est défendue par L. GALIBET296.
Le Théâtre social de Paris fondé en 1906 est hébergé à la Bourse du Travail parisienne.
La Bourse du Travail de Perpignan joue des «pièces sociales» vers 1907. Joseph BAZERBE y œuvre pour créer un Théâtre social.
La Bourse du Travail de Saint-Étienne accueille le Groupe artistique de la jeunesse syndicaliste, de 1912 à 1914.

d)GIEA - Grupo Internacional de Ediciones Anarquistas - Paris 1923-1927


Fuyant la répression et la dictature, de nombreux libertaires espagnols résident en France. Des communautés très unies, mais fluctuantes, se fixent à Toulouse, Marseille, Montpellier et surtout Paris. Ils ne manquent pas forcément de moyens, car l’illégalisme peut en fournir. Le Groupe mené par DURRUTI, ASCASO et JOVER a semble-t-il amassé un beau butin en dévalisant la Banque d’Espagne de Gijón (09/09/1923). Une bonne partie de ces fonds permet le renforcement du GIEA - Grupo Internacional de Ediciones Anarquistas297 à Paris en fin 1923. Le groupe va rassembler une multitude d’exilés célèbres, en plus des 3 cités notamment OROBÓN FERNÁNDEZ, Liberto CALLEJAS et Juanet (pseudonyme de Juan MOLINA)… mais également des italiens et des français (Louis LECOIN, Sébastien FAURE…). L’UAC - Union Anarchiste Communiste y est officiellement rattachée.

À partir du GIEA apparaissent la Librería Internacional et La Revue Internationale Anarchiste, bel essai réalisé en 3 langues (français, espagnol et italien). La partie espagnole s’intitule Acción. D’autres publications sont aidées, comme Le Libertaire de l’UAC, Liberación (de la Fédération Anarchiste de Langue Espagnole, dirigée par CALLEJAS), Iberión, Tiempos Nuevos (dirigé par OROBÓN FERNÁNDEZ).

Mais l’œuvre sans doute la plus spectaculaire, quoique difficile à analyser sur le plan financier, est la publication de l’extraordinaire Encyclopédie Anarchiste, immense réalisation coordonnée par l’infatigable Sébastien FAURE.

e)La Ruche culturelle et libertaire


En France, cette association, fondée en décembre 1958, regroupe des artistes, et surtout des écrivains et des chansonniers libertaires.

Une des principales animatrices est sans doute May PICQUERAY. André MAILLE (1893-1978) assume la trésorerie et Justin OLIVE (1886-1962) le secrétariat. Eugène GRANDGUILLOTTE appartient au bureau initial ; comme MAILLE il est passé par les journaux pacifistes, notamment Les Nouvelles pacifistes (1949-1950) et est proche de Louis LOUVET. Au bureau on trouve également Jean MOREAU, remplacé ensuite par Lucy HUBERTY (née en 1903) et Henriette GIRARDIN (née ROYO 1891-1970). L a néo-malthusienne Jeanne HUMBERT fait partie du groupe.

La même année 1958, La Ruche édite une brochure-hommage : Sébastien FAURE, son œuvre et sa pensée298. L'association accueille en effet également Les Amis de Sébastien FAURE fondée en 1949. En 1955 c'est Justin OLIVE qui en assure le secrétariat Ce syndicaliste (passé par CGT, CGT-U, CGT-SR et CNT-F) et anarchiste (FA) appartient également aux Amis de Han RYNER et au Groupe Louise MICHEL de la FA, ce qui nous en apprend encore plus sur les réseaux et l'idéologie et les pratiques culturelles de cette mouvance.

f)L'Ateneo español de Toulouse (1858-1999)


La tradition des centres culturels, à la fois bibliothèques, lieux d'échanges, d'éditions, de productions artistiques et de débats et de formation engagés… s'exprime souvent dans le monde hispano-américain sous la forme des Athénées ou Ateneos. Partout dans l'exil post-Retirada (après 1939) se re-créent ces formes particulières de l'associationnisme ibérique. C'est une manière de résister, de se remotiver, et aussi de rester lier à l'expérience ancienne en terre d'Espagne. Par exemple en France l'Ateneo Iberoamericano de Paris (AIAP) est annoncé dans le journal Officiel du 28/12/1958. En 1961 se fondent à Lyon l'Ateneo Cervantès et à Paris le Centro de Estudios Sociales y Económicos.

Dans la capitale de l'exil espagnol (Toulouse) libertaires, socialistes et républicains (et rarement avec les mouvements autoritaires comme le PCE) multiplient également les associations. La FIJL-Fédération Ibérique des Jeunesses anarchistes propose la création d'un Ateneo dès décembre 1958 ; on peut donc légitimement penser que le cas parisien a servi pour remobiliser les énergies. Deux réunions préparatoires ont lieu à Toulouse (au local de la FL-CNT en mars, et dans un café en mai 1959). Le 28/06/1959 se tient la 1° Assemblée générale dans les locaux du Museum d'histoire naturelle. L'Athénée espagnol de Toulouse-Ateneo español de Toulouse vient de se doter de Statuts et d'un premier Bureau. Il faut cependant attendre le 5 avril 1960 pour que cet organisme soit validé par arrêté ministériel comme «Association étrangère»299.

Pluraliste et «rigoureusement apolitique» (selon ses Statuts), cet Ateneo est résolument antiautoritaire, ce qui en exclut les communistes. Parmi les 11 membres du premier bureau on compte 7 libertaires, dont deux noms prestigieux qui occupent les places de secrétaires : Ramón LIARTE VIU (1918-2004) et José PEIRATS VALLS (1908-1989). Ces deux importants anarcho-syndicalistes sont également des écrivains prolétaires au service de leur cause et de l'émancipation globale. Le jeune José a bénéficié dans sa jeunesse des Écoles rationalistes des quartiers populaires de Barcelone et y a animé très tôt un Ateneo remarquable qui le marque pour la vie300. Il eest donc logiquement sur la longue période une des chevilles ouvrières de l'Ateneo. Le groupe artistique libertaire catalan Terra Lliure-Terre Libre fondé en 1951 à Toulouse aide aux premiers pas de l'Ateneo, ne serait-ce que par le prêt de son local. Parmi les soutiens plus ou moins libertaires on compte Albert CAMUS (1913-1960) et María CASARÈS (1922-1996). L'adhésion est rapidement massive : 200 en fin de 1960, et à 75% libertaire301. Federica MONTSENY MAÑE (1905-1994) responsable nationale de la CNT de l'exil est sur l'estrade de l'Ateneo dès décembre 1960 et surtout en octobre 1961 pour la participation à la fête en l'honneur des 75 ans de Salvador DE MADARIAGA. Elle intervient donc plusieurs fois à l'Ateneo, une des trop rares femmes d'ailleurs pour les grandes conférences. Parmi les autres animateurs ou intervenants libertaires on peut citer l'instituteur et poète Luis BAZAL RODRÍGUEZ (1905-1993), le coiffeur Roque SANTAMARÍA CORTIGUERA (1911-1980), le guérillero Marcelino MASSANA BANCELLS (1918-1981) dit Pancho, l'organisateur Miguel CELMA MARTÍN (1920-2007)... Du côté des français s'illustrent Aristide LAPEYRE (1899-1974), Gaston LEVAL (Pierre PILLER, 1895-1978) et Frank MINTZ (1941-). Au niveau institutionnel, l'appui de la CNT ne manque pas (informations, dons d'une bibliothèque, de livres…) ni celui du SIA. Le CLC-Congrès pour la Liberté de la Culture, sans être anarchiste mais foncièrement antitotalitaire, fournit des aides importantes.
Les activités culturelles commencent vraiment dès mars 1960 avec une conférence de l'écrivain Fernando VALERA APARICIO (1899-1982) sur QUEVEDO. Les personnalités invitées sont des écrivains, des artistes et/ou sont souvent engagées politiquement en faveur de l'exil. L'ensemble est très éclectique, et très peu marqué par la pensée acrate, car la volonté antidogmatique des Ateneos est de faire partager la culture globale, pas seulement la culture d'un seul camp. Comme PEIRATS l'a toujours affirmé et pratiqué, la culture est de tous et de toutes. Entre 1959 et 1969 ce sont plus de cent conférences qui sont tenues, dont une soixantaine publiques et gratuites (les autres étant limitées aux proches de l'Ateneo sont appelées parfois «intimes»)302.

Des fêtes ou bals ou repas dansants… sont organisés à divers moments, mais assez rituellement en fin d'année les 24 ou 31 décembre. Cela permet de ramener quelques fonds, comme avec les lotos.

Parmi les autres activités les sorties, excusions (excursiones) ou jiras (giras) sont régulièrement pratiquées. C'est une tradition forte en milieu acrate ibérique, qui en a fait une pratique parfois naturiste (au sens large du terme), de découverte culturelle et pédagogique, d'activité sportive, et de rencontre militante (surtout durant les périodes de répression où c'était le seul moyen de se réunir sans risque d'intervention policière). Les liens se renforcent également entre l'Ateneo et le club de foot Iberia.

Des concerts classiques dès 1962 attirent semble-t-il assez peu de monde, mais des soirées musicales plus dans le vent conviennent aux jeunes. Le ciné-club, en accord avec la FOL-Fédération des Œuvres Laïques est nettement plus animé et attire un grand nombre de participants. Du fait de cette adhésion à la FOL, les jeunes de la Sección Juvenil s'intègrent à d'autres activités : Olympiades, Kermesses… Des clubs de photographie ou de vidéo se mettent en place et permettent de monter quelques expositions. La bibliothèque est ouverte largement. Philatélie, échecs… sont également accueillis par l'Ateneo.

Des cours de langues (espagnol, anglais, français, espéranto) existent quelques années.

Diverses petites publications sont réalisées : des rapports d'activités, Sapience, Journal du Club de Jeunes de l'Ateneo español, un Boletin
L'Ateneo a donc eu un grand rôle dans l'exil toulousain et au-delà.

L'échec final, malgré la présence entre 300 et 400 adhérents durant les bonnes années, comme pour toutes les organisations semblables, tient à différentes raisons, entre autres :

- problèmes financiers, accrus par la raréfaction des dons et le scandale du CLC (liens avec la CIA).

- changement générationnel, l'exil s'estompe, surtout après la mort de FRANCO et les jeunes générations se tournent vers d'autres activités.

- concurrence avec les institutions officielles de l'État espagnol.

- concurrence plus amicale avec d'autres organisations de l'exil, par exemple pour le théâtre avec Los Amigos del Teatro Español.

- conflits internes.

- problèmes de voisinage rue de l'Étoile, et donc autolimitation des activités jugées dérangeantes.

- perte du local et d'un lieu attractif et convivial en 1971.

La dernière conférence publique daterait de 1977. L'Ateneo dès lors vivote, participe à quelques commémorations, puis décide de s'auto-dissoudre le 31 janvier 2000.

g)Le groupe « Panique » des années 1960 en France


Sans être expressément « anarchiste », le mouvement lancé vers 1963 par les anti-autoritaires exilés chilien (Alejandro JODOROWSKY), espagnol (Fernando ARRABAL) et polonais (Roland TOPOR) est un mouvement libertaire par bien des points. Il refuse tout dogme, toute règle et renoue avec « l’anti-politisme » des anti-autoritaires.

Le choix du nom est une référence ironique au dieu Pan, « dieu de l’amour, de l’humour et de la confusion » affirme JODOROWSKY dans le magasine Actuel. La provocation et la liberté sexuelle, bien dans l’esprit des sixties, s’insèrent sans problème dans la geste libertaire. En 1965 le groupe propose « L’éphémère panique » qui est une des activités les plus marquantes du Festival de la Libre Expression de l’anarchiste Jean-Jacques LEBEL.

Les liens entre toutes ses initiatives révèlent la communauté idéologique et culturelle qui les anime alors.

h)Les BÉRURIER noir, post-punks libertaires français


Ce mouvement du « rock alternatif » dont il cherche à créer des liens permanents, est né dans les « squattes (sic) fin 1970-début 80 », notamment le squat d’usine dans le XX° à Paris, rue Pali-Kao, et s’est sabordé en 1989 « plutôt que de se compromettre dans des histoires de pognon ». « Il aura été un groupe engagé, un ‘’peu’’ anarchiste, voire utopiste, mais surtout humaniste ».303 Le groupe est marqué par la banlieue, les périphéries urbaines, note Larry PORTIS304.

Son nom est issu du héros de Frédéric DARD. Il est fondé dans la région parisienne par deux artistes marqués par la vague « punk », notamment des groupes radicaux comme Parabellum; il s’ouvre à une dizaine d’autres personnes progressivement. Cette petite communauté au comportement assez libertaire, est tout autant un collectif de vie, une « bande » (PORTIS) soudée, qu’un groupe musical. Elle compte 13 personnes au moment de sa dissolution, dont le frère de Manu CHAO, dit Tonio MANO NEGRA. Parmi les fondateurs, le guitariste LORAN poursuivra son engagement anarcho-musical avec le groupe Tromatism.

Leur thématique est fermement antiraciste, alors que pour beaucoup de skinheads qui voulaient en être proche, des aspects fascisants étaient fréquents. C’est pourquoi des skinhead engagés font scission, deviennent des Redskins et soutiennent souvent le groupe305. Leur réseau rock alternatif, leur insertion dans les Redskins… ont fait de ce groupe un centre de convivialité militante, souvent libertaire, de productions diverses, de coopératives sauvages… qui a peu d’équivalent aujourd’hui.

Fidèles à cet engagement anti-raciste, les Béruriers symbolisent une « jeunesse qui emmerde le Front national » comme l’indique leur titre  Porcherie.

L’anticapitalisme est un des autres thèmes dominants de ces libertaires qui s’opposent radicalement au marché et à toutes concessions politiques.

De nombreux titres illustres leur engagement militant, internationaliste, antimilitariste, anti-policier et souvent provocateur : Nada, Frères d’armes, Guernica, Vietnam Laos Cambodge, Macadam massacre

Militants alternatifs, originaires parfois des squats, ils défendent le droit au logement et la possibilité de monter des lieux de vie parallèles (Cf. Ainsi squattent-ils en 1989)

En fin 2003 et début 2004, le groupe est partiellement en train de se reconstruire, sur d’autres bases.

Aujourd’hui (une vingtaine de personnes) comme hier (« on a commencé à 100 ou 150 »), le groupe a fonctionné comme une micro-société utopique et solidaire itinérante. D’après le saxophoniste du groupe MASTO « ça grouillait, ça fusionnait, ça rigolait, ça baisait. C’était une sorte de magma qui s’entraidait beaucoup aussi. Aujourd’hui, c’est l’occasion de passer du temps ensemble à nouveau »306.

i)Cinémaginaire de Perpignan (1984)


Dans les Pyrénées orientales, les mouvements associatifs et communautaires foisonnent et pour beaucoup sont animés d'un esprit libertaire et parfois anarchiste. Les communautés présentent souvent un côté artistique ou formatif. À Opoul depuis 1968 un collectif d'artistes mêle influences surréalistes et pensées libertaires. Au Mas Planères depuis 1977 des artisans, artistes, et accompagnateurs sociaux maintiennent une communauté ouverte jusqu'en 1981 ; les principales activités sont la ferronnerie et l'animation musicale. À Cannaveilles en fin des années 1970 un autre regroupement d'artistes engagés se maintient quelques années. À Fillols dans les années 1970 le Collectif d'artistes multiplie les productions écrites et les animations de rue (théâtre et marionnettes).
L'Association Cinémaginaire se structure à Perpignan en 1984 et rayonne vite sur tout le département, avec l'appui des collectivités. Elle fonctionne encore en 2016. Elle est animée par une petite équipe dont François BOUTONNET, issu d'une famille de libres penseurs, libertaire et écologiste lui-même. C'est une organisation culturelle engagée (pour contrer le cinéma uniquement commercial), dont les thématiques tournent autour des résistances, de l'autonomie. L'association pratique l'assembléisme (direction collégiale) et l'égalité salariale pour la douzaine d'employée. Elle vit de quelques subventions publiques, des adhésions et surtout des activités menées. Cas rare elle englobe «tout le champ des images animées : création, diffusion, production, formation, organisation d'un festival»307. Cela évoque un peu le cinéma libertaire des années 1936-38 en Espagne.

j)Les Périphériques :


En France, ce milieu de vie alternatif des années 1990 et 2000 est une communauté mi-théâtrale, mi pédagogique, participant à la formation de groupes diversifiés allant des cadres d’EDF aux chômeurs et précaires, en passant auprès de patients d’un institut psychiatrique308.

Il s’inspire un peu dans ses méthodes de la pédagogie libertaire et des pratiques autogestionnaires.

k)« L’utopie concrète » autour du cinéaste GUÉDIGUIAN


Sans être libertaire (au contraire Robert GUÉDIGUIAN est proche du PCF), la communauté artistique, quasi familiale, réalisée autour du réalisateur dans le Sud français est une forme « d’utopie concrète »309 assez stimulante et attachante au tournant du millénaire : acteurs complices et fidèles, maison de production AGAT Films...

Mais les productions tournent un peu en rond, et un ouvriérisme de fond (malgré quelques analyses critiques) distancient encore plus GUÉDIGUIAN des libertaires.

l)Communauté artistique et culturelle de la région toulousaine : Terre Blanque


Le Cca de Terre Blanque se situe Route de Muret à Saint-Lys (34 170), contact : 1klum@free.fr et site http://ccaterreblanque.chez.com/presentation.htm. Il évolue entre lieu d'animation culturelle, lieu de formation, et est surtout centré sur la sculpture. Il propose ateliers, stages, initiations, stages d'éveil et formations… pour tous les publics, initiés comme néophytes. Il peut accueillir des artistes en résidence. Les débats et parcours proposés dépassent la seule sculpture pour s'ouvrir à d'autres activités artistiques plus larges.

D'esprit éclectique, il se présente comme Zone autonome (Cf. http://www.terreblanque.org/), connotation qui sent bon son Hakim BEY et ses TAZ.
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